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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1801146

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1801146

mercredi 21 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1801146
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantMOULIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 février 2018 et 3 avril 2020, la société par actions simplifiée (SAS) L'Hôpital Privé du Confluent, représentée par Me Moulin, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la lettre du 6 décembre 2017 et l'avis de somme à payer du 5 avril 2017 émis par le trésorier du centre hospitalier universitaire (CHU) de Nantes pour un montant de 362 151 euros ;

2°) de prononcer la décharge desdites sommes ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Nantes la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'avis des sommes à payer est irrégulier en ce qu'il n'indique pas les nom, prénom et qualité de son signataire en méconnaissance des dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;

- la délégation de signature du directeur général de CHU de Nantes au bénéfice du directeur des affaires financières n'est pas produite ;

- cet avis méconnaît les dispositions de l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 en ce qu'il n'indique pas de manière suffisamment précise les bases de liquidation et les éléments de calcul, en regroupant sur une seule ligne l'ensemble des actes de laboratoires réalisés par le CHU au titre de l'année 2016 ne permettant pas d'identifier les critères tarifaires appliqués sur les différents actes d'oncologie génétique ;

- la créance n'est pas fondée en ce que la SAS L'Hôpital Privé du Confluent n'est ni l'établissement prescripteur ni l'expéditeur des actes qui ont été demandés par des médecins libéraux sur des patients en consultation externe qui n'ont pas été hospitalisés dans l'établissement ;

- la facturation repose sur une erreur de droit en ce que le code de la santé publique, les arrêtés du 12 avril 2005 et du 4 mai 2017 et l'instruction n° DGOS/PF4/2015/258 du 31 juillet 2015 relative aux modalités d'identification, de recueil des actes de biologie médicale et d'anatomopathologie hors nomenclature éligibles au financement au titre de la MERRI G03, font que de tels actes, inscrits au référentiel des actes innovants hors nomenclature (RIHN) ou sur la liste complémentaire (LC), exécutés par le CHU de Nantes, sont financés par la dotation perçue à ce titre, que lui seul peut percevoir ; ces modalités de prise en charge sont confirmées par l'annexe VIII de la circulaire n° DGOS/R1/2017/164 du 9 mai 2017 ;

- si la circulaire DHOS/F4/2009/387 du 23 décembre 2009 relative aux règles de facturation des actes de biologie et d'anatomopathologie non inscrits à la nomenclature des actes de biologie médicale avait inversé la logique en ouvrant la MERRI G03 aux établissements adresseurs, la circulaire DGOS/R5 n° 2210-325 du 3 septembre 2010 a interdit la facturation par les établissements exécutants aux établissements demandeurs des actes hors nomenclature réalisés en cancérologie, et l'instruction n° DGOS/PF4/2015/258 du 31 juillet 2015 a rendu obsolètes et inapplicables les dispositions de la circulaire de 2009 ou, à tout le moins, contient des dispositions spéciales qui dérogent à la circulaire de 2009 ;

- le CHU de Nantes ne peut invoquer à la fois la circulaire de 2009 et celle de 2018, cette dernière venant abroger la précédente alors, de plus, que la circulaire de 2018 est illégale en ce qu'elle prévoit son application de manière rétroactive au titre de l'année 2017.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2018, le centre hospitalier universitaire de Nantes conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués par la SAS L'Hôpital Privé du Confluent n'est fondé, notamment l'instruction n° DGOS/PF4/DSS/1A/2018/46 du 23 février 2018 relative aux actes de biologie médicale et d'anatomopathologie hors nomenclatures éligibles au financement au titre de la mission d'intérêt général d'enseignement, de recherche, de rôle de référence et d'innovation G03, aux règles de facturation de ces actes et aux modalités de délégation vient confirmer l'interprétation de la circulaire du 23 décembre 2009 qui impute les actes de biologie hors nomenclature à la charge de l'établissement prescripteur qui peut en demander le financement via la dotation MIGAC.

L'instruction a été close au 14 avril 2020.

En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de se fonder sur un moyen soulevé d'office tiré de l'irrecevabilité de la requête pour tardiveté au regard de l'avis des sommes à payer du 5 avril 2017 mentionnant les voies et délais de recours dont la notification découle de la

connaissance de la décision, révélée par le recours gracieux exercé le 29 mai 2017, plus de

deux mois avant l'enregistrement de la requête.

La SAS L'Hôpital Privé du Confluent a répondu au moyen soulevé d'office par un mémoire enregistré le 24 octobre 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- l'arrêté du 4 mai 2017 fixant la liste des structures, des programmes, des actions, des actes et des produits financés au titre des missions d'intérêt général mentionnées aux articles D.162-6 et D.162-7 du code de la sécurité sociale, ainsi que la liste des missions d'intérêt général financées au titre de la dotation mentionnée à l'article L.162-23-8 ;

- l'instruction n° DGOS/PF4/2015/258 du 31 juillet 2015 relative aux modalités d'identification, de recueil des actes de biologie médicale et d'anatomopathologie hors nomenclature éligibles au financement au titre de la MERRI G03 ;

- la circulaire DHOS/F4 n° 2009-387 du 23 décembre 2009 relative aux règles de facturation des actes de biologie et d'anatomopathologie non inscrits à la nomenclature des actes de biologie médicale;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de Mme Dubus, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) L'Hôpital Privé du Confluent qui constitue un pôle d'établissements de santé privés parmi lesquels figurent notamment le centre Catherine de Sienne, s'est vu adresser par le centre hospitalier universitaire (CHU) de Nantes une lettre de relance datée du 6 décembre 2017 relative à un avis de sommes à payer, daté du 5 avril 2017, se rapportant à l'activité génétique réalisée par le CHU au titre de l'année 2016 pour le compte du Centre Catherine de Sienne, d'un montant de 362 151 euros. Par la présente requête, la SAS L'Hôpital Privé du Confluent demande l'annulation du titre de recettes du 5 avril 2017 et la décharge de la somme afférente.

Sur la régularité du titre exécutoire :

2. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre.

3. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge.

4. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre : statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.

5. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () Une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation () ". Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de perception individuel délivré par l'autorité administrative doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur. Ces dispositions n'imposent pas, en revanche, de faire figurer sur cet état les nom, prénom et qualité du signataire.

6. Il résulte de l'instruction que l'extrait de titre de recettes émis à l'encontre de la SAS L'Hôpital Privé du Confluent et adressé à cette dernière comportait les nom, prénom et qualité de M. B A, Directeur général du CHU de Nantes. Il résulte toutefois de l'instruction que le bordereau-journal du titre de recettes communiqué par le CHU de Nantes n'est pas signé par le directeur général, mais par le directeur des affaires financières du centre hospitalier. Dès lors, la société requérante est fondée à soutenir qu'en l'absence de production de la délégation de signature du directeur général au directeur financier, il n'est pas établi que le titre de recettes, fondé sur le bordereau journal précité a été émis par une autorité compétente. Par suite, la SAS L'Hôpital Privé du Confluent est fondée à demander l'annulation du titre en litige.

7. Il résulte de tout ce qui précède que l'avis des sommes à payer, daté du 5 avril 2017 retraçant l'activité génétique réalisée par le CHU au titre de l'année 2016 pour le compte du Centre Catherine de Sienne d'un montant de 362 151 euros, ensemble la lettre de relance du 6 décembre 2017 doivent être annulés.

Sur les conclusions à fin de décharge :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu et en l'état de l'instruction, le présent jugement n'implique pas de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 362 151 euros. Les conclusions présentées en ce sens, doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Nantes une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SAS L'Hôpital Privé du Confluent et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'avis des sommes à payer émis par le centre hospitalier universitaire de Nantes le 5 avril 2017, retraçant l'activité génétique réalisée par le CHU au titre de l'année 2016 pour le compte du Centre Catherine de Sienne d'un montant de 362 151 euros, et la lettre de relance du 6 décembre 2017 sont annulés.

Article 2 : Le centre hospitalier universitaire de Nantes versera à la SAS L'Hôpital Privé du Confluent la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la SAS L'Hôpital Privé du Confluent est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SAS L'Hôpital Privé du Confluent et au centre hospitalier universitaire de Nantes.

Copie pour information en sera adressée au directeur des finances publiques de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2022.

Le rapporteur,

B. C

La présidente,

M. D

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°1801146

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