LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1803405

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1803405

mercredi 21 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1803405
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSPE GAYA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

E un jugement du 3 mars 2021, le tribunal administratif de Nantes, statuant sur la requête n° 1803405 de Mme C A tendant à la condamnation du centre hospitalier universitaire d'Angers à lui verser une provision de 40 000 euros en réparation des préjudices subis à l'occasion de sa prise en charge le 23 février 2012, a ordonné avant dire droit une expertise médicale en vue de déterminer l'origine de l'état de santé de Mme A et d'apprécier la nature et l'étendue de ses préjudices.

E une ordonnance n° 1803405 du 11 mars 2021, le juge des référés du tribunal administratif de Nantes a désigné un médecin expert, spécialisé en chirurgie orthopédique et traumatologie pour procéder à la mission d'expertise décidée E le jugement du 3 mars 2021. Le rapport d'expertise du 24 septembre 2021 a été enregistré le 7 octobre 2021.

E deux mémoires respectivement enregistrés les 12 novembre et 22 décembre 2021, Mme C A, représentée E Me Loiseau, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier universitaire d'Angers à lui verser, en réparation de ses préjudices, la somme de 48 595 euros ;

2°) de condamner le centre hospitalier universitaire d'Angers au paiement des frais d'expertise ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire d'Angers la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité pour faute du centre hospitalier universitaire d'Angers doit être engagée dès lors que le chirurgien l'ayant prise en charge au cours de l'intervention du 23 février 2012 a commis deux fautes médicales ; d'une part, en raison du délai de 5 ans séparant cette intervention et l'apparition de sa capsulite rétractile, l'indication thérapeutique était erronée, la réalisation d'une mobilisation sous anesthésie générale présentait trop de dangers, la seule option envisageable étant alors celle de l'acromioplastie ; E ailleurs, le chirurgien l'ayant prise en charge le 23 février 2012 a réalisé un geste fautif à l'origine des fractures dont elle a souffert ;

- la responsabilité pour faute du centre hospitalier universitaire d'Angers doit également être engagée dès lors que le chirurgien l'ayant prise en charge a manqué à son devoir d'information, en phase préopératoire, en ne l'informant pas des risques de fractures entraînés E la mobilisation sous anesthésie et en phase post opératoire, en lui cachant la nature et la gravité des fractures qu'il a causées ;

- il y a lieu d'indemniser ses préjudices comme suit :

* 5 030 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire ;

* 8 565 euros au titre de l'assistance E tierce personne;

*5 000 euros au titre des souffrances endurées ;

*20 000 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent ;

*10 000 euros au titre de son préjudice moral.

E un mémoire enregistré le 30 novembre 2021, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, représenté E Me Ravaut, demande au tribunal de le mettre hors de cause.

Il soutient que :

- le critère d'anormalité n'est pas établi ;

- les seuils de gravité prévus à l'article D.1142-1 du code de la santé publique ne sont pas atteints.

E deux mémoires respectivement enregistrés le 7 décembre 2021 et le 21 avril 2022, le centre hospitalier universitaire d'Angers, représenté E Me Meunier, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter la requête de Mme A et les demandes de la Mutualité sociale agricole,

2°) à titre subsidiaire, de limiter toute condamnation à l'application d'un taux de perte de chance qui ne saurait excéder 5% ;

3°) de débouter Mme A de toute demande indemnitaire excédant 1 183,93 euros ;

4°) de débouter la Mutualité sociale agricole de toute demande indemnitaire excédant 467,40 euros ;

Il soutient que :

- à titre principal, aucune faute ne peut lui être reprochée ; l'indication opératoire était justifiée dès lors que, E rapport à la réalisation d'une arthrolyse sous arthroscopie, le recours à la mobilisation sous anesthésie générale permet une hospitalisation plus courte et une reprise immédiate de la rééducation ; E ailleurs, la réalisation d'une telle arthrolyse présente également des risques de fractures ; aucune faute ne peut être reprochée au chirurgien dans la réalisation du geste de mobilisation le 23 février 2012 ;

- E ailleurs, aucun manquement à son devoir d'information ne peut lui être reproché dès lors qu'en phase préopératoire, ce praticien a donné des explications orales détaillées à Mme A qui avait, en outre, déjà subi une telle mobilisation en 2009 ; en phase post opératoire, la requérante a été informée de l'existence de fractures et du degré de gravité de ces dernières, comme cela ressort des nombreuses pièces produites ; enfin, Mme A n'a subi aucune perte de chance de se soustraire à l'opération du 23 février 2022 ;

- à titre subsidiaire, le taux de perte de chance retenu ne peut excéder 5% et les préjudices subis E Mme A doivent être indemnisés comme suit, avant application de ce taux de perte de chance :

*1 504,10 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire ;

*4 674,41 euros au titre de son assistance E tierce personne ;

* 3 000 euros au titre de ses souffrances endurées ;

* 23 678,51 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent ;

- les demandes de la caisse de Mutualité sociale agricole du Maine et Loire doivent être rejetées dès lors que cette dernière ne produit aucune attestation d'imputabilité ni aucun élément permettant de comprendre le lien établi entre les débours dont elle demande le remboursement et la faute qui lui est reprochée.

E un mémoire enregistré le 7 avril 2022, la caisse de Mutualité sociale agricole du Maine et Loire demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier universitaire d'Angers à lui verser la somme de 9 348 euros ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire d'Angers la somme de 1 144 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;

Elle soutient que :

- elle s'en remet à l'appréciation souveraine du tribunal s'agissant de la responsabilité du centre hospitalier universitaire d'Angers ;

- les prestations prises en charge à la suite des complications subies E Mme A s'élèvent à la somme totale de 9 348 euros.

Vu :

- le jugement n° 1803405 du 3 mars 2021 E lequel la 7ème chambre du tribunal a prescrit une expertise judiciaire ;

- l'ordonnance n°1803405 du 11 mars 2021 E laquelle le juge des référés a désigné un médecin expert, spécialisé en chirurgie orthopédique et traumatologie;

- le rapport d'expertise du 24 septembre 2021 ;

- l'ordonnance de taxation n°1803405 du 18 octobre 2021 E laquelle le président du tribunal a taxé et liquidé les frais et honoraires d'expertise ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Dubus, rapporteure publique,

- et les observations de Me De Bouglon, substituant Me Loiseau et représentant Mme A, et de Me Meunier représentant le centre hospitalier universitaire d'Angers.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a présenté une périarthrite scapulo-hémurale de l'épaule droite à partir de 2005. Le 26 mars 2007, elle a subi une acromioplastie à la clinique de l'Anjou à Angers (Maine-et-Loire). Dans les suites de l'intervention, elle a présenté une capsulite rétractile, traitée E médicaments et E kinésithérapie. Elle a ensuite été prise en charge au sein du centre hospitalier du Haut-Anjou où ont été réalisées, en 2008, plusieurs capsulo-dilatations, puis à nouveau à la clinique de l'Anjou pour une mobilisation sous anesthésie locorégionale en 2009. En l'absence d'amélioration notable, elle a consulté un chirurgien orthopédique au centre hospitalier universitaire d'Angers le 21 décembre 2011. Elle a alors subi une nouvelle mobilisation sous anesthésie générale au sein de cet établissement de santé le 23 février 2012. Toutefois, au décours de cette intervention, une fracture spiroïde sous-capitale et une fracture du pilier de l'omoplate sont survenues. Ces fractures ont été traitées de façon orthopédique avec immobilisation E un gilet maintenant le coude au corps. Mme A a été régulièrement surveillée E le chirurgien orthopédique ayant réalisé l'intervention chirurgicale du 23 février 2012, ayant été reçue en consultation les 19 mars 2012, 4 avril 2012, 2 mai 2012, 18 juillet 2012, 24 octobre 2012 et 23 janvier 2013. Elle a ensuite été prise en charge à la clinique Saint-Léonard de Trélazé (Maine-et-Loire), où elle a subi une arthrolyse sous arthroscopie le 23 septembre 2013. E un courrier du 20 avril 2017, Mme A a formé un recours préalable indemnitaire auprès du centre hospitalier universitaire d'Angers. A la suite de l'échec de la médiation mise en place E le centre hospitalier universitaire d'Angers le 16 juin 2017, un expert a été mandaté E la SHAM, assureur du centre hospitalier, aux fins de se prononcer sur la prise en charge de Mme A E le centre hospitalier universitaire d'Angers. Cet expert a rendu son rapport le 17 novembre 2017. A la suite à cette expertise et E un courrier du 16 février 2018, le centre hospitalier universitaire d'Angers a rejeté la demande préalable indemnitaire formée E la requérante.

2. A la suite de cette décision expresse de rejet, Mme A a demandé au tribunal administratif de Nantes de condamner le centre hospitalier universitaire d'Angers à lui verser une provision. E un jugement avant-dire droit du 3 mars 2021, susmentionné, le tribunal, d'une part, a écarté la fin de non recevoir opposée à titre principal E le centre hospitalier universitaire d'Angers tirée du défaut de liaison du contentieux et d'autre part, a ordonné une expertise judiciaire afin de déterminer l'origine de l'état de santé de Mme A et d'apprécier la nature et l'étendue de ses préjudices. L'expert a rendu son rapport le 24 septembre 2021. Mme A demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner le centre hospitalier universitaire d'Angers à lui verser la somme totale de 48 595 euros au titre des préjudices subis.

Sur l'engagement de la solidarité nationale :

3. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé E décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé E décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé E ledit décret ". Aux termes de l'article D. 1142-1 du même code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. / Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. ()".

4. Il résulte de ces dispositions que l'Oniam doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation des dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique.

5. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire susmentionné du 24 septembre 2021, et il n'est pas contesté, que Mme A a subi, en lien avec la mobilisation réalisée le 23 février 2012, un déficit fonctionnel permanent égal à 10 %. Il ne résulte E ailleurs pas de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire susmentionné, et il n'est pas établi, que cette intervention aurait, à elle seule et pendant une durée au moins égale à six mois, causé à la requérante, qui était au demeurant déjà en arrêt maladie avant la réalisation de cette opération, un arrêt temporaire de ses activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. Il résulte de ce qui précède que la condition de gravité du dommage, au sens de l'article D. 1142-1 du code de la santé publique, n'est en l'espèce pas remplie. Il s'en suit que les conditions de l'engagement de la solidarité nationale ne sont, en tout état de cause et ainsi que le soutient l'Oniam, pas réunies.

Sur les conclusions indemnitaires dirigées contre le centre hospitalier universitaire d'Angers :

En ce qui concerne les fautes médicales :

6. Aux termes de l'article L.1142-1 du code de la santé publique : " I. Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. ().

7. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire du 24 septembre 2021, que Mme A était à la recherche d'une solution thérapeutique lui permettant de diminuer les douleurs dont elle souffrait en raison de sa capsulite rétractile. Il en résulte également que la physiothérapie dont elle bénéficiait n'avait pas apporté les effets escomptés. Il en résulte enfin, et plus particulièrement du rapport d'expertise judiciaire susmentionné, que la situation clinique de la requérante, notamment caractérisée E une raideur modérée de son épaule droite ainsi qu'une rotation externe et une élévation antérieure satisfaisantes, justifiait la réalisation d'une tentative de mobilisation sous anesthésie générale, chirurgie plus légère qu'une arthrolyse sous arthroscopie, et ceci en dépit du fait que cinq années se soient écoulées depuis l'apparition de la capsulite rétractile dont souffrait Mme A et qu'une mobilisation sous anesthésie locorégionale ait déjà été réalisée. Il en résulte enfin, et notamment de la lecture scientifique produite E l'expert judiciaire, qu'une telle tentative de mobilisation pouvait laisser espérer une amélioration de l'état de santé de Mme A en dépit de la réalisation tardive d'un tel acte. E suite, il résulte de l'instruction qu'au regard de l'état de santé de la requérante et de la comparaison des bénéfices et des risques des trois options thérapeutiques susmentionnées, la réalisation d'une mobilisation sous anesthésie générale était justifiée.

8. Il résulte E ailleurs de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise susmentionné mais également d'un compte rendu d'ostéodensitométrie du 1er février 2011 et du compte-rendu opératoire du 23 février 2012, qu'une mobilisation douce et progressive a été réalisée E un chirurgien expérimenté et spécialisé dans la manipulation de l'épaule et que Mme A, E ailleurs bien détendue E l'anesthésie, ne souffrait que d'une ostéopénie, minimisant en théorie les risques de fracture. Il s'en suit qu'il ne résulte pas de l'instruction que le chirurgien ayant réalisé la mobilisation de l'épaule de Mme A aurait commis un geste fautif.

9. Il résulte enfin de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire susmentionné, et il n'est pas contesté, que le suivi opératoire dont a bénéficié Mme A au sein du centre hospitalier universitaire d'Angers a été conforme aux règles de l'art.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la prise en charge médicale de Mme A au cours et au décours de son l'opération réalisée le 23 février 2012 ne révèle pas de faute de la part du centre hospitalier universitaire d'Angers.

En ce qui concerne le défaut d'information :

11. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. () En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée E tout moyen ". Toute personne a le droit de recevoir les traitements et les soins les plus appropriés à son état de santé sous réserve de son consentement libre et éclairé. La preuve du recueil du consentement du patient incombe à l'établissement hospitalier.

12. D'une part, lorsque l'acte médical envisagé, même accompli conformément aux règles de l'art, comporte des risques connus de décès ou d'invalidité, le patient doit en être informé dans des conditions qui permettent de recueillir son consentement éclairé. Cette information n'est pas requise en cas d'urgence, d'impossibilité, ou de refus du patient d'être informé. La production E un établissement hospitalier d'un document écrit signé E le patient n'est ni nécessaire ni suffisante pour que puisse être considérée comme rapportée la preuve, qui lui incombe, de la délivrance de l'information prévue E les dispositions susmentionnées. Il appartient en revanche à cet établissement d'établir qu'un entretien, préalable nécessaire à la délivrance d'une information conforme à ces dispositions, a bien eu lieu et de démontrer E tout moyen que le destinataire de l'information a été mis à même de donner en connaissance de cause un consentement éclairé à l'acte de soins auquel il s'est ainsi volontairement soumis.

13. D'autre part, en cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.

14. En premier lieu, en ce qui concerne l'information préalable sur les risques de fractures entraînés E l'opération de mobilisation sous anesthésie générale, il ne résulte pas de l'instruction, et le centre hospitalier universitaire d'Angers n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, que Mme A aurait été informée de ces risques. Il s'en suit, et alors même que Mme A avait déjà subi une mobilisation sous anesthésie loco régionale, que les praticiens de l'établissement de santé ont manqué à leur devoir d'information et que ce manquement caractérise une faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier universitaire d'Angers. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment d'une lettre adressée le 9 novembre 2011 E le médecin traitant de Mme A au chirurgien ayant réalisé l'intervention du 23 février 2012, que cette dernière cherchait une solution thérapeutique afin d'améliorer son état de santé et de pouvoir à nouveau travailler au sein de son exploitation agricole. Il en résulte également qu'après avoir subi plusieurs capsulo-dilatations, au cours de l'année 2008, puis une mobilisation sous anesthésie loco-régionale en 2009, et devant l'échec de ces thérapeutiques et la persistance de douleurs, Mme A a consulté deux chirurgiens, en novembre 2009 à Laval puis en juin 2010 à Nantes, avant de s'adresser au praticien qui l'a opérée au sein du centre hospitalier universitaire d'Angers. Il résulte E ailleurs de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire, et il n'est pas contesté, que la seule alternative thérapeutique existant était le choix entre la mobilisation sous anesthésie générale, réalisée le 23 février 2012, et le recours à une arthrolyse sous arthroscopie, cette dernière chirurgie étant plus lourde que la première et présentant également des risques de fractures. Enfin, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise amiable du 17 novembre 2017, non contradictoire mais admis à titre d'information, que si Mme A était réticente à l'égard de la réalisation d'une mobilisation sous anesthésie, cette réticence tenait avant tout au risque d'échec de cette opération et non à ses éventuelles conséquences. Il résulte de tout ce précède qu'il doit être considéré qu'informée du risque, évalué à plus de 5%, d'apparition des fractures qu'elle a subies au décours de l'intervention du 23 février 2012, Mme A aurait tout de même consenti à cette opération. E suite, le manquement fautif de l'établissement de santé à son devoir d'information n'a, en l'espèce, privé la requérante d'aucune chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération.

15. En second lieu, Mme A soutient que le centre hospitalier universitaire d'Angers a manqué à son devoir d'information à la suite de la réalisation de l'opération du 23 février 2012 en ne l'informant pas de l'existence et du degré de gravité des fractures qu'elle avait subies au décours de cette intervention. Il résulte toutefois de l'instruction, et notamment du " certificat descriptif " du 27 février 2012 rédigé E le chirurgien ayant réalisé cette opération, " à la demande de Mme A et remis en main propre " mais également du courrier du 28 février 2012 adressé E ce praticien au médecin traitant de l'intéressée ainsi que de la lettre du 4 décembre 2012 envoyée E ce même chirurgien à la requérante, que cette dernière, qui ne produit aucun élément de nature à contredire le contenu de ces pièces, a été informée de la nature et de la gravité des fractures litigieuses. Il s'en suit que Mme A n'est pas fondée à soutenir que le centre hospitalier universitaire d'Angers aurait manqué à son devoir d'information post opératoire.

16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'engagement de la responsabilité du centre hospitalier universitaire d'Angers. Il y a lieu, dès lors, de rejeter ses conclusions indemnitaires ainsi que, E voie de conséquence, les conclusions présentées E la caisse de mutualité sociale agricole du Maine et Loire tendant au remboursement de ses débours et au versement de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les frais d'expertise :

17. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".

18. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de partager les frais de l'expertise judiciaire, liquidés et taxés à la somme de 1 200 euros E ordonnance n°1803405 du président du tribunal en date du 18 octobre 2021, à hauteur de 600 euros à la charge de Mme A et de 600 euros à la charge du centre hospitalier universitaire d'Angers.

Sur les frais de l'instance :

19. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

20. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire d'Angers, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes demandées E Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2: Les conclusions de la caisse de Mutualité sociale agricole du Maine et Loire sont rejetées.

Article 3 : Les frais et honoraires de l'expertise liquidés et taxés à la somme de 1 200 euros E ordonnance n°1803405 du président du tribunal en date du 18 octobre 2021 sont mis à la charge partagée du centre hospitalier universitaire d'Angers et de Mme A, à hauteur de 600 euros chacun.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au centre hospitalier universitaire d'Angers, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux et à la caisse de Mutualité sociale agricole du Maine et Loire.

Copie en sera adressée à l'expert.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public E mise à disposition au greffe le 21 décembre 2022.

La rapporteure,

A. B La présidente,

M. D La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention

en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis

en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

1

Décisions similaires

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

← Retour aux décisions