vendredi 27 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1805448 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | LEFEUVRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 14 juin 2018, le 14 avril 2020 et le 5 septembre 2021, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Ouest Atlantique Audit (OAA), représentée par Me Lefeuvre, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2012 et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des exercices clos en 2011 et 2012, ainsi que des majorations correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros H.T. au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-c'est à tort que le service, qui supporte en l'espèce la charge de la preuve, a déterminé un montant de rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée par rapprochement entre les encaissements comptabilisés sur ses comptes clients et les montants de recettes figurant sur ses déclarations trimestrielles de chiffre d'affaires, cette méthode ne tenant pas compte de l'existence de flux financiers non commerciaux entre elle-même et sa filiale, la SARL Aequatio, ni de l'existence de passifs de taxe sur la valeur ajoutée ; une telle méthode présente plus généralement un caractère exagérément abstrait et qui ne permet pas de rattacher utilement la taxe prétendument collectée à une période d'exigibilité précise ;
- c'est également à tort que le service a procédé à une compensation entre les factures impayées adressées à la SARL Aequatio et les sommes inscrites dans sa comptabilité en crédit du compte fournisseur de cette filiale pour en déduire l'existence de montants de taxe collectée non déclarée afférentes aux encaissements ainsi constatés, faute d'avoir estimé que la renonciation au paiement effectif de ces sommes était constitutive d'un acte anormal de gestion ; cette appréciation a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Rennes n°s 1800363, 1802561 statuant sur un recours formé parallèlement par la SARL Aequatio ;
- c'est également à tort que le service a cru identifier un supplément de taxe sur la valeur ajoutée déductible sur ses opérations avec la SARL Aequatio, la compensation entre les créances et les dettes de cette dernière dans ses comptes n'étant pas fondée en l'espèce ;
- c'est à tort que le service a remis en cause la prise en charge des frais kilométriques afférents à l'utilisation par M. A, son gérant, de ses véhicules personnels pour des déplacements à caractère professionnel ;
-l'application de la majoration de 40 % pour manquement délibéré aux impositions litigieuses n'est pas justifiée.
Par des mémoires en défense enregistrés le 13 novembre 2018, le 22 avril 2021 et le 27 septembre 2021, le directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par la société requérante n'est fondé.
Par une ordonnance du 14 septembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 septembre 2021 à 12 heures en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Un mémoire, présenté pour l'EURL OAA par Me Lefeuvre, a été enregistré le 29 septembre 2021 à 09 h 39 et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Livenais, président-rapporteur ;
- et les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. L'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Ouest Atlantique Audit (OAA), dont le gérant et associé unique est M. A, exerce une activité d'audit et de commissariat aux comptes. Elle est, en outre, la société-mère de la SARL Aequatio, qui exerce une activité de cabinet d'expert-comptable. L'EURL OAA a fait, d'une part, l'objet d'un contrôle sur pièces portant sur la période correspondant à l'année 2010 à l'issue duquel le service, par proposition de rectification du 19 décembre 2013, a notifié à la société des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2010, assortis de l'application de la majoration de 40 % pour manquement délibéré prévue au a de l'article 1729 du code général des impôts. D'autre part, à l'issue d'une vérification de la comptabilité de l'EURL OAA au titre de la période correspondant aux exercices clos en 2011 et 2012, le service a notamment notifié à cette dernière, par une proposition de rectification du 20 mai 2014, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2012 ainsi que des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2011 et 2012, assortis là encore de la majoration de 40 % pour manquement délibéré. Ces impositions supplémentaires ont été intégralement maintenues en dépit de l'avis très partiellement favorable à la société émis par la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires le 12 novembre 2015. L'EURL OAA demande au tribunal de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2012 et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des exercices clos en 2011 et 2012, ainsi que des majorations correspondantes.
Sur le bien-fondé des impositions litigieuses :
En ce qui concerne les rappels de taxe sur la valeur ajoutée :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. - Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. / () ". Aux termes de l'article 269 du même code dans sa rédaction applicable à la période en litige : " 1. Le fait générateur de la taxe se produit : / a) Au moment où la livraison, l'acquisition intracommunautaire du bien ou la prestation de services est effectué ; / () / 2. La taxe est exigible : c) Pour les prestations de services autres que celles visées au b bis, lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits () ".
3. D'une part, pour identifier au titre de l'ensemble de la période en litige l'existence de montants de taxe sur la valeur ajoutée collectée et non reversée au Trésor public, le service a procédé au rapprochement des encaissements inscrits aux comptes clients de l'EURL OAA au titre des trois années 2010, 2011 et 2012 et des montants des recettes déclarées par la société requérante dans le cadre de ses déclarations de chiffre d'affaires CA 3 déposées au titre des mêmes années. Le vérificateur a ainsi constaté l'existence de recettes afférentes à des opérations soumises à la taxe sur la valeur ajoutée non déclarées et, par suite, l'existence de montants omis de taxe collectée, correspondant d'ailleurs pour l'essentiel aux sommes inscrites au passif du compte de taxe sur la valeur ajoutée de la société pour chacun des exercices correspondants. Par le recours à cette méthode, fondée sur les éléments financiers et comptables de l'entreprise, l'administration fiscale rapporte la preuve, qui lui incombe en l'espèce en vertu de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, de l'existence de montants de taxe collectée non reversée par l'EURL OAA au titre de l'ensemble de la période vérifiée. La société requérante ne remet pas sérieusement en cause l'administration de cette preuve, d'une part en émettant une critique d'ordre général sur le caractère " abstrait " de cette méthode qui ne permettent pas d'apprécier la portée, ni le bien-fondé, de cette critique et d'autre part, en faisant état de la nature des liens financiers existant entre l'EURL OAA et la SARL Aequatio, cette observation étant au demeurant sans portée puisque seuls ont été pris en compte par le service les encaissements inscrits au compte client ouvert pour la SARL Aequatio dans les comptes de la société requérante, qui sont présumés correspondre en l'absence de preuve contraire à la rémunération de prestations de services rendus à sa filiale par l'EURL OAA et, à ce titre, soumises à la taxe sur la valeur ajoutée.
4. D'autre part, il résulte de l'instruction que l'EURL OAA a facturé au cours de la période vérifiée à la SARL Aequatio des honoraires correspondant à des prestations effectuées par la société requérante pour le compte de cette filiale et restées en partie impayées par la SARL Aequatio, de sorte que le compte fournisseur de cette société dans les comptes de l'EURL OAA présentait un solde créditeur, l'EURL OAA ayant au demeurant, et au titre de la même période, omis de régler à sa filiale diverses prestations de mise à disposition de salariés que cette dernière lui avait rendues.
5. Alors même que contrairement à ce que soutient l'EURL OAA, le service n'a pas eu recours à une compensation légale de ses dettes et de ses créances et n'a pas recherché l'existence d'un acte anormal de gestion qui aurait résidé dans la renonciation de sa part au paiement par la SARL Aequatio des prestations que l'EURL OAA lui avait facturées, mais qu'il s'est contenté d'opérer un rapprochement entre les comptes clients et fournisseurs de ces deux sociétés, il n'est pas sérieusement contesté qu'en l'absence de paiement direct des prestations de services qui lui avaient été rendues par l'EURL OAA, le compte fournisseur de la SARL Aequatio dans les comptes de la société requérante présentait un solde créditeur. Dans la mesure où la SARL Aequatio est la filiale de l'EURL OAA et qu'elles partagent, en outre, le même gérant en la personne de M. A, l'EURL OAA doit être regardée comme ayant eu la libre disposition des sommes ainsi portées au crédit du compte fournisseur de la SARL Aequatio. Ainsi, c'est à bon droit que le service a estimé que les sommes en cause devaient être regardées pour l'EURL OAA comme des encaissements au sens de l'article 269 du code général des impôts et a mis à la charge de cette dernière le montant de la taxe sur la valeur ajoutée afférente aux opérations correspondantes.
6. En second lieu, l'EURL OAA n'est pas fondée à contester le bien-fondé du rétablissement, par le service, des montants de taxe sur la valeur ajoutée déductible auxquels elle pouvait prétendre au titre de l'ensemble de la période vérifiée, ce rétablissement s'étant traduit, en l'espèce, par un rehaussement de la taxe ajoutée déductible par la société au titre d'opérations qui lui avaient été facturées par la SARL Aequatio et ce surplus de taxe déductible ayant été déduit par l'administration fiscale des rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige, de sorte qu'il a donné lieu à une réduction des impositions supplémentaires mises à la charge de la société requérante.
En ce qui concerne les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés :
7. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ". Pour l'application de ces dispositions, il incombe toujours au contribuable de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du même code que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité.
8. L'administration fiscale a fondé les rehaussements litigieux en matière d'impôt sur les sociétés sur la réintégration dans le bénéfice imposable de l'EURL OAA de charges constituées par le remboursement à M. A de frais kilométriques correspondant aux dépenses que ce dernier aurait exposé à l'occasion de déplacements professionnels au cours desquels il aurait utilisé l'un ou l'autre de ses véhicules personnels.
9. L'EURL OAA ne justifie pas de la réalité du caractère professionnel des déplacements ayant donné lieu au versement des frais en cause, alors même que tant la société requérante que la SARL Aequatio disposent chacune de deux véhicules destinés aux déplacement des salariés ou du gérant de ces entreprises, dont l'indisponibilité systématique n'est pas établie, et que l'administration fiscale fait valoir sans être contredite que les frais kilométriques versés à M. A ont été calculés sur la base d'une puissance fiscale qui ne correspond à aucune de celles des deux véhicules personnels de M. A et que, dans le cadre de l'exercice de son droit de communication, le service vérificateur a constaté que le kilométrage parcouru par les véhicules personnels de M. A était largement inférieur aux kilomètres pris en charge par la société. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le service a remis en cause le caractère déductible de ces charges.
Sur les pénalités :
10. Eu égard à la profession d'expert-comptable de M. A et à l'activité de commissariat aux comptes de la société requérante qui était donc particulièrement informée de l'étendue de ses obligations comptables et fiscales, au caractère répété des manquements constatés tant en matière de taxe sur la valeur ajoutée que de détermination du résultat imposable et au montant des insuffisances relevées, c'est à bon droit que le service a appliqué aux rehaussements contestés la majoration prévue au a) de l'article 1729 du code général des impôts.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge de la requête de l'EURL OAA ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, sa demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'EURL OAA est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Ouest Atlantique Audit et au directeur du contrôle fiscal Centre-Ouest.
Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Livenais, président,
Mme Rosemberg, première conseillère,
Mme Thierry, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.
Le président-rapporteur,
Y. LIVENAIS
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
V. ROSEMBERG
Le greffier,
E. LE LUDEC
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis
en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Lt/ell
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026