vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1806415 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | MORICE-CHAUVEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 13 juillet 2018, 20 février 2019 et 11 août 2021, la SARL CODIJADE, représentée par Me Guignard puis Me Morice-Chauveau, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de lui accorder la restitution de la somme de 15 954 euros (y compris 960 euros d'intérêts de retard) correspondant aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période allant du 1er avril 2011 au 31 mars 2012 à raison de la cession de terrains à bâtir ;
2°) à titre subsidiaire, de sursoir à statuer jusqu'à ce que la Cour de Justice de l'Union européenne ait apporté une réponse à la question préjudicielle posée par la Cour administrative d'appel de Lyon dans son arrêt n° 19LY00501 du 18 mars 2021 ou, à tout le moins, à celle posée par le Conseil d'État par son arrêt du 25 juin 2020 n° 416727, enregistrée sous le n° C-299/20 Icade Promotion SAS contre Ministère de l'Action et des Comptes publics ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'article 268 du code général des impôts, transposant l'article 368 de la directive 2006/112, ne prévoit qu'une seule condition pour l'application du régime de la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge aux livraisons de terrains à bâtir, tenant à ce que l'acquisition du bien n'ait pas ouvert de droit à déduction ;
- c'est à tort que le service lui a opposé, d'une part, la condition d'identité de caractéristiques juridiques (énoncée aux paragraphes 10 et 20 de l'instruction publiée au bulletin officiel des finances publiques - impôts sous la référence BOI-TVA -IMM-10-20), qui n'est pas prévue par la loi, d'autre part, la condition d'identité de caractéristiques physiques, qui n'est prévue ni par la loi, ni par les instructions publiées au bulletin officiel des finances publiques et qui a été rapportée dans des réponses ministérielles aux questions posées par MM. Carré et Vogel, députés, publiées au Journal officiel de l'Assemblée nationale des 30 août 2016 et 17 mai 2018 ;
- il convient de surseoir à statuer dans l'attente de la réponse donnée par la CJUE à la question préjudicielle, relative à l'interprétation de l'article 392 de la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006, posée par la cour administrative d'appel de Lyon dans l'arrêt n° 19LY00501.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 janvier 2019 et 10 juin 2020, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la SARL CODIJADE ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les conclusions de M. Kaczynski, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL CODIJADE, qui exerce l'activité de marchand de biens, a procédé à la cession de trois terrains à bâtir, qu'elle a soumise à la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge, ce que le service a, à l'occasion d'une vérification de comptabilité, remis en cause. La redevable demande au tribunal la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, d'un montant de 15 954 euros en droits et pénalités, qui lui ont été réclamés en conséquence.
2. Le I de l'article 257 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable, issue de l'article 16 de la loi du 9 mars 2010 de finances rectificative pour 2010, prévoit que les opérations concourant à la production ou à la livraison d'immeubles, lesquelles comprennent les livraisons à titre onéreux de terrains à bâtir, sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée. En vertu du 2 du b de l'article 266 du même code, l'assiette de la taxe est en principe constituée par le prix de cession.
3. L'article 392 de la directive du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée dispose toutefois que : " Les États membres peuvent prévoir que, pour les livraisons de bâtiments et de terrains à bâtir achetés en vue de la revente par un assujetti qui n'a pas eu droit à déduction à l'occasion de l'acquisition, la base d'imposition est constituée par la différence entre le prix de vente et le prix d'achat ". L'article 268 du code général des impôts, pris pour la transposition de ces dispositions, prévoit, dans sa rédaction issue de l'article 16 de la loi du 9 mars 2010 de finances rectificative pour 2010, que : " S'agissant de la livraison d'un terrain à bâtir (), si l'acquisition par le cédant n'a pas ouvert droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée, la base d'imposition est constituée par la différence entre : 1° D'une part, le prix exprimé et les charges qui s'y ajoutent ; 2° D'autre part, selon le cas : - soit les sommes que le cédant a versées, à quelque titre que ce soit, pour l'acquisition du terrain() ; - soit la valeur nominale des actions ou parts reçues en contrepartie des apports en nature qu'il a effectués. ".
4. Il résulte de ces dernières dispositions, lues à la lumière de celles de la directive dont elles ont pour objet d'assurer la transposition, que les règles de calcul dérogatoires de la taxe sur la valeur ajoutée qu'elles prévoient s'appliquent aux opérations de cession de terrains à bâtir qui ont été acquis en vue de leur revente et ne s'appliquent donc pas à une cession de terrains à bâtir qui, lors de leur acquisition, avaient le caractère d'un terrain bâti.
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'acquisition par la SARL CODIJADE en indivision avec la SARL SIMMA les 5 août 2008 et 29 juin 2011, des parcelles cadastrées BI 157 sise 101 route de Tharon à Saint-Michel-Chef-Chef, comprenant une maison d'habitation et un garage, et AK 341 sise 48 rue de la Cormerane à La Plaine-sur-Mer, comprenant une maison d'habitation, n'ont pas été soumises à la taxe sur la valeur ajoutée. Postérieurement à ces acquisitions, la société a procédé les 24 mai 2011 et 5 juillet 2011 à la division de ces parcelles en plusieurs lots, dont certains ont à nouveau été divisés. Ont ensuite été revendus à des particuliers comme terrain à bâtir les lots constitués des parcelles BI 877 -par acte de vente du 14 septembre 2011 au prix de 82 500 euros-, BI 245 -par acte du 13 décembre 2011- et BI 244 -par acte du 28 octobre 2011-. Si la société requérante soutient que le régime de la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge était applicable à ces opérations de revente, il résulte toutefois de ce qui vient d'être exposé que les terrains à bâtir cédés faisaient respectivement partie, au moment de leur acquisition, d'une seule et même unité foncière supportant notamment une maison d'habitation, ainsi que cela ressort des termes mêmes des actes de cession des 5 août 2008 et 29 juin 2011. Ces terrains avaient donc, au moment de leur acquisition, la qualité d'immeuble bâti et non de terrains à bâtir. Dès lors, c'est à bon droit que l'administration, qui s'est bornée à appliquer la loi, a estimé que les opérations de revente des 14 septembre 2011, 28 octobre 2011 et 13 décembre 2011 ne pouvaient être soumises au régime de taxation sur la marge prévu à l'article 268 du code général des impôts.
6. En second lieu, la SARL CODIJADE invoque, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, les réponses ministérielles n° 91143 et n° 4171 des 30 août 2016 et 17 mai 2018 faites à MM. Carré et Vogel, députés. Toutefois, ces réponses, qui précisent notamment que l'administration n'exige plus, pour la mise en œuvre de la taxation sur la marge, que le bien revendu soit identique au bien acquis quant à ses caractéristiques physiques tout en imposant que la condition d'identité juridique soit respectée, ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement. Il n'en va pas autrement des paragraphes 10 et 20, relatifs aux règles dérogatoires de taxation sur la marge applicable aux livraisons d'immeubles acquis et revendus, de l'instruction administrative référencée BOI-TVA-IMM-10-20-10.
7. Il résulte de ce qui précède, et alors que la Cour de justice de l'Union européenne s'est prononcée par une ordonnance C-191/21 du 10 février 2022 sur la question préjudicielle posée par la cour administrative d'appel de Lyon et par un arrêt C-299/20 du 30 septembre 2021 sur celle posée par le Conseil d'Etat, que la requête de la SARL CODIJADE doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D É C I D E
Article 1er : La requête de la SARL CODIJADE est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL CODIJADE et à la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 10 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mlle Wunderlich, présidente,
Mme Diniz, première conseillère,
Mme Milin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.
La rapporteure,
I. ALa présidente,
A.-C. WUNDERLICHLa greffière,
C. MICHAULT
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026