lundi 14 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1811033 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | ATLANTIC JURIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 novembre 2018 et 14 décembre 2021, l'association Surfing' Saint Gilles Croix de Vie, représentée par Mes Tertrais et Lacaze, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de prononcer la décharge des cotisations d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période allant du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2014, étendue jusqu'au 31 décembre 2015 en ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) à titre subsidiaire, de prononcer la réduction des rappels de taxe sur la valeur ajoutée à hauteur de la somme de 23 158 euros au titre de l'année 2014 et de la somme de 24 296 euros au titre de l'année 2015, ainsi que des pénalités correspondantes ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- l'administration fiscale ne pouvait valablement engager une procédure de vérification de compatibilité à son égard faute d'indices sérieux antérieurs au contrôle permettant de qualifier son activité de similaire à l'activité des entreprises commerciales qu'elle concurrence ;
- l'administration ne pouvait exiger que l'association satisfasse à l'obligation de présenter un fichier des écritures comptables et tirer les conséquences d'un manquement à cette obligation ;
- la procédure de taxation d'office a été appliquée à tort et présente un caractère abusif, l'administration fiscale n'ayant pas respecté son devoir de loyauté ;
- l'administration n'établit pas le caractère concurrentiel et lucratif de ses activités ; s'agissant du critère concurrentiel, la zone géographique d'attraction doit être réduite à la commune de Saint-Gilles Croix-de-Vie et les entreprises énumérées par l'administration ne proposent en tout état de cause pas les mêmes activités qu'elle ; à titre subsidiaire, s'agissant du critère relatif aux modalités de l'exercice de l'activité, elle établit exercer une activité d'utilité publique dès lors qu'elle est la seule structure à proposer du handisurf et des cours collectifs à faible coût aux élèves de deux collèges de la commune ; les prix qu'elle pratique ne sont pas comparables à ceux des entreprises du secteur commercial ; elle ne recourt à aucune méthode commerciale excédant les besoins de l'information du public sur les services qu'elle offre, son référencement sur TripAdvisor ne s'apparentant aucunement à de la publicité ;
- à titre subsidiaire, les services rendus à ses membres devraient être exonérés de taxe sur la valeur ajoutée en vertu du a du 1° du 7 de l'article 261 du code général des impôts et de la directive n° 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée ;
- la pénalité de 40 % prévue par l'article 1728 du code général des impôts n'est pas suffisamment motivée et est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière ; elle n'est pas justifiée en son principe.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 mai 2019, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par l'association Surfing' Saint Gilles Croix de Vie ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Thierry, conseillère,
- les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public,
- et les observations de Me Lacaze, représentant l'association Surfing' Saint Gilles Croix de Vie.
Considérant ce qui suit :
1. L'association Surfing' Saint Gilles Croix de Vie, fondée le 25 janvier 1979 et régie par la loi du 1er juillet 1901, à laquelle ses statuts donnent pour objet la pratique des sports de glisse, des activités nautiques et principalement le surf et ses disciplines associées, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période allant du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2014, étendue jusqu'au 31 décembre 2015 en matière de taxe sur la valeur ajoutée, à l'issue de laquelle le service a estimé qu'elle devait être assujettie à l'impôt sur les sociétés et à la taxe sur la valeur ajoutée au regard du caractère lucratif de son activité. Lui ont en conséquence été notifiés, selon la procédure de taxation d'office de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, par une proposition de rectification du 10 novembre 2017, d'une part, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période concernée et, d'autre part, des cotisations d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2014, dont elle demande au tribunal, à titre principal, la décharge. Par ailleurs, elle demande, à titre subsidiaire, la réduction des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie en ce qu'ils ont trait à la taxe afférente aux prestations à caractère sportif qu'elle a servies à ses adhérents au cours de la période vérifiée.
Sur les conclusions aux fins de décharge présentées à titre principal :
En ce qui concerne le principe de l'assujettissement aux impôts commerciaux :
2. Aux termes de l'article 206 du code général des impôts : " 1. () sont passibles de l'impôt sur les sociétés () toutes autres personnes morales se livrant à une exploitation ou à des opérations de caractère lucratif. () ". Aux termes de l'article 207 du même code : " 1. Sont exonérés de l'impôt sur les sociétés : () 5° bis. Les organismes sans but lucratif mentionnés au 1° du 7 de l'article 261, pour les opérations à raison desquelles ils sont exonérés de la taxe sur la valeur ajoutée ; () ". Aux termes de l'article 261 de ce code : " Sont exonérés de la taxe sur la valeur ajoutée : () / 7. (Organismes d'utilité générale) :/ 1° a. Les services de caractère social, éducatif, culturel ou sportif rendus à leurs membres par les organismes légalement constitués agissant sans but lucratif, et dont la gestion est désintéressée. ".
3. Les associations ne sont exonérées de l'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée que si, d'une part, leur gestion présente un caractère désintéressé, et, d'autre part, les services qu'elles rendent ne sont pas offerts en concurrence dans la même zone géographique d'attraction avec ceux proposés au même public par des entreprises commerciales exerçant une activité identique. Toutefois, même dans le cas où l'association intervient dans un domaine d'activité et dans un secteur géographique où existent des entreprises commerciales, elle reste exclue du champ de l'impôt sur les sociétés et de la taxe sur la valeur ajoutée si elle exerce son activité dans des conditions différentes de celles des entreprises commerciales, soit en répondant à certains besoins insuffisamment satisfaits par le marché, soit en s'adressant à un public qui ne peut normalement accéder aux services offerts par les entreprises commerciales, notamment en pratiquant des prix inférieurs à ceux du secteur concurrentiel et à tout le moins des tarifs modulés en fonction de la situation des bénéficiaires, sous réserve de ne pas recourir à des méthodes commerciales excédant les besoins de l'information du public sur les services qu'elle offre.
4. Pour assujettir l'association Surfing' Saint Gilles Croix de Vie à l'impôt sur les sociétés et à la taxe sur la valeur ajoutée, l'administration fiscale a estimé, sans remettre en cause le caractère désintéressé de sa gestion, qu'elle exerçait une activité lucrative.
5. D'une part, il résulte de l'instruction que l'association, lors des exercices vérifiés, dispensait des cours et stages de loisir de surf et disciplines associées à destination d'un public de tout âge tout au long de l'année. Si l'association soutient que sa zone géographique d'attractivité doit être limitée au territoire communal de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, il résulte également de l'instruction que ses licenciés sont majoritairement domiciliés en dehors du département de la Vendée. Ainsi, eu égard notamment à la nature des activités sportives qu'elle propose, sa zone géographique d'attraction couvre à tout le moins l'ensemble du territoire et des côtes de la Vendée, alors même que, comme l'a relevé le service, au moins quatre entreprises commerciales situées dans cette zone, nonobstant le fait que l'une d'entre elles constitue une entreprise à capitaux publics, proposent des cours et stages de loisir de sports de glisse. Dans ces conditions, les services de l'association requérante doivent être regardés comme offerts en concurrence avec ceux proposés au même public par des entreprises commerciales exerçant une activité identique.
6. D'autre part, si l'association requérante soutient qu'elle est le seul organisme à proposer des cours de handisurf, qui plus est en compétition et à un tarif préférentiel, elle n'a toutefois pas été en mesure de produire les justificatifs nécessaires, à l'exception d'un devis daté du 12 janvier 2014 d'un montant de 360 euros, pour estimer la part du produit perçu à raison de ces cours destinés aux personnes atteintes d'un handicap sur ses produits totaux. Par ailleurs, si l'association requérante allègue également être le seul organisme à proposer des formations en vue de l'obtention du brevet professionnel de la jeunesse, de l'éducation populaire et du sport (BPJEPS), il résulte toutefois de l'instruction que cette formation est également dispensée par une entreprise commerciale située dans la commune de Saint-Gilles-Croix-de-Vie. En outre, il résulte de l'instruction que les prix des stages loisirs et des cours de surf dispensés par l'association requérante sont, si ce n'est identiques, du moins du même ordre de grandeur que ceux proposés par les entreprises commerciales qu'elle concurrence. Par ailleurs, si la société soutient qu'elle propose ses services à un public plus varié que ceux visés par les entreprises commerciales eu égard à son offre de cours de surf destinée aux élèves de collèges privés avec lesquels elle a conclu une convention et proposé des cours de surf à un prix cinq fois inférieur au prix normalement pratiqué, elle n'est toutefois pas en mesure de chiffrer, à l'instar des cours de handisurf, le produit généré par cette offre ni la part qu'elle représente de son chiffre d'affaires au titre des exercices vérifiés, le service vérificateur n'ayant relevé quant à lui que deux factures sur la période vérifiée, d'un montant respectif de 2 500 euros et de 1 400 euros. Ainsi, il résulte de l'instruction que l'association Surfing' Saint Gilles Croix de Vie exerce son activité dans des conditions identiques à celles des entreprises commerciales et n'est, par suite, pas fondée à soutenir qu'elle agit dans un but d'utilité sociale, alors même qu'elle n'a pas recours à des méthodes publicitaires pour les besoins de l'information du public sur les services qu'elle offre.
7. Il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit que l'administration fiscale a estimé que l'association requérante exerçait une activité de nature lucrative au regard de la loi fiscale au titre des années 2014 et 2015 et, pour ce motif, a assujetti l'association requérante à l'impôt sur les sociétés et à la taxe sur la valeur ajoutée.
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : " I. - Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables. () ".
9. L'administration est en droit de vérifier la comptabilité d'une association dès lors qu'elle dispose d'indices sérieux selon lesquels l'activité exercée est susceptible d'entraîner l'assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée et à l'impôt sur les sociétés.
10. D'une part, l'association Surfing' Saint Gilles Croix de Vie soutient que l'administration fiscale a débuté ses opérations de contrôle sans disposer d'indices sérieux qui justifieraient l'engagement de celles-ci. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'avant l'engagement de la vérification de comptabilité, l'administration fiscale avait connaissance de trois entreprises commerciales implantées à Saint-Gilles-Croix-de-Vie qui proposaient, à l'instar de l'association, des cours et stages de surf et de la location de matériel tant en période estivale qu'hors saison et avait constaté, après consultation des sites internet de ces entreprises en 2016, que ces prestations étaient proposées à un prix identique à celles de l'association. Elle indique également avoir constaté, au moyen de l'examen des déclarations automatisées des données sociales unifiées, une hausse significative de la masse salariale de l'association entre 2013 et 2015. Ces éléments constituaient des indices sérieux laissant supposer que l'association se livrait à une activité lucrative justifiant la mise en œuvre des opérations de contrôle, indices susceptibles d'entraîner son assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée et à l'impôt sur les sociétés et la contraignant à tenir une comptabilité. Par suite, l'administration fiscale était en droit, par un avis daté du 27 avril 2017, d'engager une vérification de comptabilité à son encontre.
11. D'autre part, eu égard à ce qui a été dit au point 10 ci-dessus, l'administration était en droit d'exiger de l'association Surfing' Saint Gilles Croix de Vie la présentation d'une comptabilité dans les conditions prévues au paragraphe I de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales applicable aux vérifications de comptabilité engagées -comme en l'espèce-après le 1er janvier 2014. Faute pour l'association de satisfaire à cette obligation pour l'exercice 2014 pour lequel elle n'a remis qu'un fichier informatique de format " csv. " qu'elle n'a pas été en mesure de mettre en conformité en dépit de la demande du service vérificateur en ce sens, l'administration fiscale a pu valablement dresser un procès-verbal de défaut de présentation de comptabilité, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que l'association requérante contestait le principe de son assujettissement aux impôts commerciaux.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales : " I.- Lorsque la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés, le contribuable satisfait à l'obligation de représentation des documents comptables mentionnés au premier alinéa de l'article 54 du code général des impôts en remettant au début des opérations de contrôle, sous forme dématérialisée répondant à des normes fixées par arrêté du ministre chargé du budget, une copie des fichiers des écritures comptables définies aux articles 420-1 et suivants du plan comptable général. () ". Et aux termes de l'article L. 52 de ce livre : " I. - Sous peine de nullité de l'imposition, la vérification sur place des livres ou documents comptables ne peut s'étendre sur une durée supérieure à trois mois en ce qui concerne : / 1° Les entreprises industrielles et commerciales() / II. - Par dérogation au I, l'expiration du délai de trois mois n'est pas opposable à l'administration : () / 4° En cas de graves irrégularités privant de valeur probante la comptabilité. Dans ce cas, la vérification sur place ne peut s'étendre sur une durée supérieure à six mois. () / III. - En cas de mise en œuvre du I de l'article L. 47 A, les délais de trois ou six mois prévus, respectivement, au I et au 4° du II du présent article sont suspendus jusqu'à la remise de la copie des fichiers des écritures comptables à l'administration. () ".
13. S'il est constant que les opérations de contrôle de l'activité de l'association Surfing' Saint Gilles Croix de Vie ont débuté le 23 mai 2017 et ont pris fin le 16 octobre de la même année, soit postérieurement à l'expiration du délai de trois mois prévu par les dispositions citées ci-dessus applicables à la requérante, il résulte toutefois de l'instruction que l'association s'est abstenue de présenter, en ce qui concerne l'exercice clos en 2014, un fichier des écritures comptables conforme aux normes prévues par le I de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales, comme en atteste le procès-verbal établi par la vérificatrice le 1er août 2017, après avoir demandé en vain à l'association de mettre en conformité le fichier des écritures comptables relatif à l'exercice 2014. Dans ces conditions, le délai de trois mois prévu par l'article L. 52 du livre des procédures fiscales n'était pas opposable à l'administration fiscale faute pour l'association requérante d'avoir procédé à la remise d'un fichier des écritures comptables conforme aux dispositions de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales en ce qui concerne l'exercice clos en 2014 et l'administration fiscale pouvait donc à bon droit étendre la durée du délai de vérification sur place de trois à six mois. En tout état de cause et à supposer que le service n'ait pas entendu mettre en œuvre le droit à l'extension des délais de vérification qu'elle tire du 4° du II de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales, la procédure d'imposition n'a pas pu méconnaître les dispositions de cet article dès lors qu'à la date d'achèvement des opérations de contrôle, le 16 octobre 2017, l'association requérante n'ayant toujours pas remédié à la non-conformité du fichier des écritures comptables relatif à l'exercice clos en 2014, le délai de trois mois ne pouvait être dépassé car il demeurait suspendu en application du III de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales.
14. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction en vigueur à la date de la vérification de comptabilité : " Sont taxés d'office : () / 2° à l'impôt sur les sociétés, les personnes morales passibles de cet impôt qui n'ont pas déposé dans le délai légal leur déclaration, sous réserve de la procédure de régularisation prévue à l'article L. 68 ; / 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevables des taxes ; () ". Et aux termes de l'article L. 68 de ce livre, dans sa rédaction applicable : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° et 5° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. () ".
15. Il est constant que l'association Surfing' Saint Gilles Croix de Vie n'a pas déposé de déclarations de taxe sur la valeur ajoutée et de résultats pour les exercices clos en 2014 et 2015 dans les trente jours de la notification des mises en demeure qui lui ont été adressées le 27 avril 2017. Dès lors, l'administration fiscale pouvait, en application des articles L. 66 et L. 68 du livre des procédures fiscales, la taxer d'office à ces impôts. A cet égard, la circonstance qu'elle soit régie par la loi du 1er juillet 1901 ne la soustrait pas par principe à l'application de ces dispositions dès lors que, ainsi qu'il a été dit ci-dessus au point 10, l'administration fiscale disposait d'indices sérieux permettant de conclure au caractère lucratif de son activité antérieurement à l'engagement de la vérification de comptabilité. En outre, l'administration fiscale n'a pas davantage manqué à son devoir de loyauté en mettant en œuvre les articles L. 66 et L. 68 du livre des procédures fiscales dès lors que l'association requérante a été en mesure, préalablement à la mise en œuvre de cette procédure, de contester utilement les fondements de son imposition et notamment la remise en cause du caractère non-lucratif de son activité. Enfin, l'association requérante n'est pas fondée à soutenir que l'administration aurait manqué à son devoir d'information ni davantage qu'elle aurait recouru de façon abusive à cette procédure en s'abstenant d'assortir les mises en demeure litigieuses d'informations sur les conséquences d'un défaut de production des déclarations en cause dans le délai de trente jours imparti dès lors qu'aucun principe législatif ou réglementaire ne prévoit que ces mises en demeure soient assorties de telles mentions.
16. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales : " La juridiction saisie peut, lorsqu'une erreur non substantielle a été commise dans la procédure d'imposition, prononcer, sur ce seul motif, la décharge des majorations et amendes, à l'exclusion des droits dus en principal et des intérêts de retard. / Elle prononce la décharge de l'ensemble lorsque l'erreur a eu pour effet de porter atteinte aux droits de la défense ou lorsqu'elle est de celles pour lesquelles la nullité est expressément prévue par la loi ou par les engagements internationaux conclus par la France. ". Ainsi qu'il vient d'être dit, la procédure d'imposition suivie à l'encontre de l'association requérante n'est pas entachée d'irrégularité. Par suite, l'association Surfing' Saint Gilles Croix de Vie ne peut utilement demander l'application de ces dispositions.
Sur les conclusions subsidiaires aux fins de réduction des rappels de taxe sur la valeur ajoutée litigieux :
17. Aux termes de l'article 261 du code général des impôts : " Sont exonérés de la taxe sur la valeur ajoutée : () / 7. (Organismes d'utilité générale) :/ 1° a. Les services de caractère social, éducatif, culturel ou sportif rendus à leurs membres par les organismes légalement constitués agissant sans but lucratif, et dont la gestion est désintéressée. ".
18. Si l'association Surfing' Saint Gilles Croix de Vie soutient que les recettes des prestations dispensées aux adhérents de l'association doivent être exonérées de taxe sur la valeur ajoutée en application du 1° du 7 de l'article 261 du code général des impôts, à supposer même que l'on puisse qualifier certaines des prestations offertes comme des " services de caractère sportif " rendus à ses membres, elle n'apporte aucun élément permettant de chiffrer précisément la fraction de ses recettes correspondant aux services rendus à ses adhérents et ne met donc pas l'administration fiscale en mesure d'opérer une exonération sur les services en cause. Dans ces conditions, l'association requérante n'est pas fondée à se prévaloir de l'exonération prévue par les dispositions du 1° du 7 de l'article 261 du code général des impôts.
19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de réduction des rappels de taxe sur la valeur ajoutée présentées à titre subsidiaire par l'association Surfing' Saint Gilles Croix de Vie doivent être rejetées.
Sur les pénalités :
20. Aux termes de l'article 1728, dans sa rédaction applicable au litige : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () / b. 40 % lorsque la déclaration ou l'acte n'a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai ; () ".
21. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, la procédure d'imposition n'étant pas irrégulière, la pénalité de 40 % infligée à l'association requérante sur le fondement de l'article 1728 ne peut être irrégulière par voie de conséquence.
22. En deuxième lieu, en vertu de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, les décisions qui infligent une sanction doivent être motivées. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales : " Les décisions mettant à la charge des contribuables des sanctions fiscales sont motivées au sens des articles L. 211-2 à L. 211-7 du code des relations entre le public et l'administration, quand un document ou une décision adressés au plus tard lors de la notification du titre exécutoire ou de son extrait en a porté la motivation à la connaissance du contribuable. ". Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 10 novembre 2017 adressée par l'administration fiscale à l'association Surfing' Saint Gilles Croix de Vie mentionne les circonstances de droit et de fait ayant conduit à l'application de la majoration de 40 % prévue par le b. de l'article 1728 du code général des impôts, à savoir la circonstance qu'elle s'est abstenue, en dépit des mises en demeure qui lui ont été régulièrement notifiées, de déposer les déclarations de résultats et de taxe sur la valeur ajoutée dans les trente jours suivant la notification desdites mises en demeure. Il s'ensuit que la décision d'infliger cette majoration est suffisamment motivée.
23. En troisième lieu, il est constant qu'alors qu'elle s'est livrée à une activité lucrative, l'association Surfing' Saint Gilles Croix de Vie n'a pas déclaré dans le délai légal ses résultats imposables à l'impôt sur les sociétés ni procédé aux déclarations de taxe sur la valeur ajoutée au titre des exercices clos en 2014 et 2015. Il résulte de l'instruction que des mises en demeure de régulariser sa situation lui ont été régulièrement adressées le 27 avril 2017 et que l'association n'a pas déféré, dans le délai de trente jours prévu par les dispositions précitées de l'article L. 68 du livre des procédures fiscales, à ces mises en demeure. Si l'association requérante se prévaut de ce que l'assujettissement aux impôts commerciaux menaçait gravement son équilibre financier, une telle circonstance, qui peut fonder une demande de remise gracieuse, ne peut être utilement invoquée pour contester le bien-fondé d'une imposition et des pénalités dont elle est assortie. C'est dès lors par une exacte application de ces dispositions que les impositions en litige ont été assorties de la pénalité prévue au b. de l'article 1728 du code général des impôts, les circonstances selon lesquelles la présidence de l'association a changé au cours de la procédure de vérification, le contrôle s'est déroulé pendant la période estivale ou encore l'expert-comptable de cette dernière l'ait dissuadée de donner suite à ces mises en demeure étant parfaitement indifférentes à cet égard.
24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par l'association Surfing' Saint Gilles Croix de Vie doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme demandée par l'association Surfing' Saint Gilles Croix de Vie au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de l'association Surfing' Saint Gilles Croix de Vie est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association Surfing' Saint Gilles Croix de Vie et à la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Livenais, président,
M. Huin, premier conseiller,
Mme Thierry, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2022.
La rapporteure,
S. THIERRY
Le président,
Y. LIVENAISLe greffier,
E. LE LUDEC
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026