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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1811386

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1811386

lundi 14 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1811386
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLEFEUVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 2 décembre 2018, 2 mars 2021 et 2 août 2021, M. B C, représenté par Me Lefeuvre, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014, 2015 et 2016 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la détermination forfaitaire des charges de chaque exercice contrôlé, à hauteur de 50 % du chiffre d'affaires hors taxe pour les années 2014 et 2015 et à hauteur de 20% de celui-ci pour l'année 2016 est erronée dès lors qu'il établit par la production de tableaux récapitulatifs que les trois exercices étaient déficitaires ;

- c'est à tort que les bénéfices de la SARL Mediacome ont été imposés directement entre ses mains à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux dès lors que la société a exercé l'option d'assujettissement à l'impôt sur les sociétés ;

- les impositions ont été établies sur des périodes erronées, le service ayant retenu à tort une date de clôture des exercices au 31 mars en lieu et place d'une clôture au 31 décembre.

Par des mémoires en défense enregistrés les 3 juin 2019 et 22 mars 2021, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique conclut au non-lieu à statuer à hauteur de la somme totale de 7 482 euros et au rejet du surplus de la requête.

Elle soutient que :

- elle a prononcé, par une décision du 3 juin 2019, un dégrèvement partiel des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles M. C a été assujetti, à concurrence, d'une part, d'une somme de 3 191 euros en droits et de 1 595 euros en pénalités s'agissant de l'année 2014 et, d'autre part, d'une somme de 1 909 euros en droits et 787 euros en pénalités s'agissant de l'année 2016 ;

- le surplus des moyens soulevés par M. C n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thierry, conseillère,

- les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public,

- et les observations de Me Sophie Lefeuvre, substituant Me André Lefeuvre, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. A l'issue de deux vérifications de comptabilité portant sur les exercices clos en 2014 et 2015 puis en 2016 et 2017 dont a fait l'objet la société à responsabilité limitée (SARL) Mediacome, qui exerce une activité de conception de logiciels informatiques et de vente de matériel informatique, des rehaussements à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux assortis de majorations ont été notifiés par voie de taxation d'office à M. B C en sa qualité d'associé unique de cette société, sur le fondement de l'article 8 du code général des impôts, aux termes, respectivement, d'une proposition de rectification du 26 juillet 2017 au titre des années 2014 et 2015 et d'une proposition de rectification du 20 septembre 2017 au titre de l'année 2016. M. C demande au tribunal la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 à 2016 ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur l'étendue du litige :

2. Postérieurement à l'introduction de la requête, par une décision du 3 juin 2019, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique a prononcé le dégrèvement des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles M. C avait été assujetti, d'une part, s'agissant des impositions relatives à l'année 2014, à concurrence d'une somme de 3 191 euros en droits et 1 595 euros en pénalités, et d'autre part, s'agissant des impositions relatives à l'année 2016, à concurrence d'une somme de 1 909 euros en droits et 787 euros en pénalités. Les conclusions de la requête sont, dans cette mesure, devenues sans objet, de sorte qu'il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions aux fins de décharge des impositions litigieuses :

En ce qui concerne le principe de l'imposition à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux :

3. Aux termes de l'article 8 du code général des impôts : " Sous réserve des dispositions de l'article 6, les associés des sociétés en nom collectif et les commandités des sociétés en commandite simple sont, lorsque ces sociétés n'ont pas opté pour le régime fiscal des sociétés de capitaux, personnellement soumis à l'impôt sur le revenu pour la part de bénéfices sociaux correspondant à leurs droits dans la société. () Il en est de même, sous les mêmes conditions : () 4° De l'associé unique d'une société à responsabilité limitée lorsque cet associé est une personne physique () ". Aux termes de l'article 206 du même code : " () 3. Sont soumis à l'impôt sur les sociétés s'ils optent pour leur assujettissement à cet impôt dans les conditions prévues à l'article 239 : () e. Les sociétés à responsabilité limitée dont l'associé unique est une personne physique () ". L'article 239 de ce même code dispose : " 1. Les sociétés et groupements mentionnés au 3 de l'article 206 peuvent opter, dans des conditions qui sont fixées par arrêté ministériel, pour le régime applicable aux sociétés de capitaux. Dans ce cas, l'impôt sur le revenu dû par les associés en nom, commandités, coparticipants, l'associé unique de société à responsabilité limitée et les associés d'exploitations agricoles est établi suivant les règles prévues aux articles 62 et 162. / L'option doit être notifiée avant la fin du troisième mois de l'exercice au titre duquel l'entreprise souhaite être soumise pour la première fois à l'impôt sur les sociétés. () ". Enfin, aux termes de l'article 22 de l'annexe IV à ce code : " La notification de l'option prévue à l'article 239 du code général des impôts est adressée au service des impôts du lieu du principal établissement de la société ou du groupement qui souhaite exercer cette option. / La notification indique la désignation de la société ou du groupement et l'adresse du siège social, les nom, prénoms et adresse de chacun des associés, membres ou participants, ainsi que la répartition du capital social ou des droits entre ces derniers. Elle est signée dans les conditions prévues par les statuts ou, à défaut, par tous les associés, membres ou participants. Il en est délivré récépissé. / L'option ainsi exercée est irrévocable. () ".

4. En application de l'ensemble des dispositions susmentionnées, pour exercer valablement leur option pour l'imposition selon le régime propre aux sociétés de capitaux, les sociétés de personnes doivent soit notifier cette option au service des impôts du lieu de leur principal établissement, conformément aux prescriptions de l'article 239 du code général des impôts et de l'article 22 de l'annexe IV à ce code, soit cocher la case prévue à cet effet sur le formulaire remis au centre de formalités des entreprises dont elles dépendent à l'occasion de la déclaration de leur création ou de leur modification, manifestant ainsi sans ambiguïté l'exercice de leur option.

5. Pour contester son imposition à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux à la suite des vérifications de comptabilité dont a fait l'objet la SARL Mediacome dont il est l'unique associé, M. C soutient que cette entreprise doit être regardée comme ayant légalement opté pour son assujettissement à l'impôt sur les sociétés au titre des périodes vérifiées. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que M. C aurait notifié cette option au service des impôts du lieu de son principal établissement, ni coché la case prévue sur le formulaire remis au centre de formalités des entreprises compétent lors de sa création ni enfin que, contrairement à ce qu'affirme le requérant, les statuts de la SARL Mediacome ont prévu que cette dernière opterait pour l'assujettissement de ses résultats à l'impôt sur les sociétés. La circonstance que la SARL Mediacome, après s'être vu adresser une mise en demeure de déposer sa déclaration de résultat modèle 2031 en 2007, a indiqué à l'administration fiscale par courrier du 19 juillet 2007 qu'elle avait opté dès sa création pour le régime de l'impôt sur les sociétés, ne permet pas, par elle-même, de regarder cette société comme ayant régulièrement opté pour cet impôt. De même, si l'administration fiscale a adressé à cette société par la suite, en 2009, 2013, 2014 et 2015, des mises en demeure de déposer une déclaration de résultat modèle 2045, cette circonstance ne permet pas davantage d'établir l'exercice par la SARL Mediacome d'une option régulière pour l'impôt sur les sociétés. En conséquence, cette société relevait de plein droit du régime des bénéfices industriels et commerciaux, de sorte que c'est à bon droit que l'administration fiscale en a imposé les résultats entre les mains de M. C en application de l'article 8 du code général des impôts.

En ce qui concerne le quantum des impositions litigieuses :

6. Il résulte de l'instruction que la période d'exercice social de la SARL Mediacome a été fixée du 1er avril de l'année civile au 31 mars de l'année civile suivante ainsi qu'en attestent l'article 14 de ses statuts signés le 3 juillet 2006 et l'extrait du registre de commerce et des sociétés dépourvu de toute inscription modificative relative à l'exercice social. Dans ces conditions, en se bornant à produire un formulaire n° 2571-K pré-rempli par l'administration fiscale où figure la mention " du 01/01/2013 au 31/12/2013 " à la rubrique " exercice social ", M. C n'établit pas que l'exercice social de la SARL Mediacome coïnciderait avec l'année civile. Ainsi, le moyen selon lequel les bénéfices de cette société ont été déterminés sur des périodes erronées et, par suite, que la base imposable assignée à M. C au titre des années en litige serait erronée doit être écarté.

En ce qui concerne l'évaluation d'office des charges de la SARL Mediacome :

7. Aux termes de l'article L. 73 du livre des procédures fiscales : " Peuvent être évalués d'office : / 1° Le bénéfice imposable des contribuables qui perçoivent des revenus provenant d'entreprises industrielles, commerciales ou artisanales, ou des revenus d'exploitations agricoles imposables selon un régime de bénéfice réel, lorsque la déclaration annuelle prévue à l'article 53 A du code général des impôts n'a pas été déposée dans le délai légal ; () ". Et aux termes de l'article L. 193 du même livre : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". En application de ces dispositions, il appartient à M. C, dont les bénéfices industriels et commerciaux ont été régulièrement évalués d'office, d'apporter la preuve de l'exagération de l'évaluation faite par l'administration de ses bases d'imposition pour les années en litige.

8. Pour déterminer le montant des bénéfices industriels et commerciaux imposables à l'impôt sur le revenu retirés par M. C de son activité commerciale, l'administration fiscale a, en l'absence de présentation d'une comptabilité probante, reconstitué les résultats réalisés pour chacun des exercices litigieux à partir des documents bancaires et des quelques factures produites. Les chiffres d'affaires ont été déterminés en fonction des sommes encaissées sur le compte bancaire de M. C et les charges, faute pour le service de disposer de suffisamment de pièces justificatives, ont été évaluées de manière forfaitaire à 50% du chiffre d'affaires hors taxe au titre des exercices clos en 2014 et 2015 et à 20 % de celui-ci au titre des exercices clos en 2016 et 2017. A la suite de la production, en cours d'instance, de pièces justifiant les salaires nets versés à Mme A, salariée de la SARL Mediacome, l'administration fiscale a pu réajuster ce pourcentage à la hausse en ce qui concerne les années 2014 et 2016 et prononcer les dégrèvements partiels mentionnés au point 2 du présent jugement, de sorte que la comptabilisation de ces charges n'est plus en litige. Si M. C conteste par ailleurs la méthode de détermination forfaitaire des charges appliquée par l'administration et soutient que l'ensemble des exercices concernés étaient déficitaires, il ne l'établit pas en se bornant à produire, pour chacun des exercices, un tableau intitulé " Détail dépenses de l'exercice " sans l'assortir de documents ou pièces justificatives permettant d'attester de la réalité desdites dépenses. Il en résulte que M. C n'établit pas, ainsi qu'il lui incombe dès lors que les impositions litigieuses lui ont été notifiées par voie de taxation d'office et qu'au surplus il n'a pas produit d'observations dans le délai de trente jours courant à compter de la notification des propositions de rectification dont il a été destinataire, l'exagération de l'évaluation faite par l'administration des bases d'imposition pour les années en litige.

9. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à solliciter la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti à raison des bénéfices industriels et commerciaux réalisés par la SARL Mediacome au titre des exercices clos en 2014, 2015 et 2016.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. C la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer à concurrence, d'une part, d'une somme de 3 191 euros en droits et 1 595 euros en pénalités s'agissant de l'année 2014 et, d'autre part, d'une somme de 1 909 euros en droits et 787 euros en pénalités s'agissant de l'année 2016, sur les conclusions aux fins de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux présentées par M. C.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

M. Huin, premier conseiller,

Mme Thierry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2022.

La rapporteure,

S. THIERRY

Le président,

Y. LIVENAISLe greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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