lundi 14 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1811964 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | RICHARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 16 décembre 2018, le 26 avril 2020 et le 21 janvier 2021, M. C E et Mme E, représentés par Me Richard, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mis à leur charge à hauteur de 359 478 euros en droits et pénalités au titre des années 2011 et 2012 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :
- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que la vérificatrice n'aurait pas, avant l'envoi de la demande d'éclaircissements, engagé un dialogue oral et contradictoire loyal sur les discordances dont elle avait connaissance à partir des éléments en sa possession concernant la vérification de comptabilité de la SARL Lairoux Automobiles ;
- la procédure est irrégulière en ce que le service vérificateur aurait méconnu le caractère contradictoire de l'examen de la situation fiscale personnelle dès lors qu'il n'a pas engagé avant l'envoi de la proposition de rectification un dialogue contradictoire sur les points qu'il envisageait de retenir, notamment sur les prétendues distributions effectuées par la SARL Lairoux Automobiles et sur le déséquilibre de la balance des espèces ;
- la procédure d'impositions est irrégulière dès lors qu'en méconnaissance des dispositions de l'article L. 12 du livre des procédures fiscales, l'administration fiscale n'a pas, pour contrôler la cohérence des revenus déclarés, pris en compte les mouvements financiers enregistrés sur le compte courant d'associé de M. E ouvert dans les écritures comptables de la SARL Lairoux Automobiles ;
- l'administration fiscale ne leur a pas communiqué, en méconnaissance de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales, les documents obtenus auprès de la SARL Lairoux Automobiles ou auprès de la SARL Autodiscount, pas plus que le procès-verbal d'audition du gérant de la SARL Lairoux Automobiles, lequel ne pouvait leur être opposé sauf à méconnaître l'article L. 80 F. du livre des procédures fiscales.
- les sommes taxées au titre de l'année 2012 dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers correspondant à la marge réalisée à la suite de ventes de véhicules ne constituent pas des distributions occultes de la SARL Lairoux Automobiles, dès lors que ce n'est pas la société qui a procédé à l'achat des véhicules revendus et que les apports et prélèvements résultant des opérations ont été comptabilisés dans le compte courant d'associé de M. E ;
- la méthode employée par l'administration fiscale pour reconstituer le montant des distributions effectuées par la SARL Lairoux Automobiles est radicalement viciée ;
- la somme de 100 000 euros, imposée par l'administration fiscale au titre de l'année 2011 dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée, ne constitue pas un revenu imposable mais un prêt d'argent ;
- il appartenait au service de vérifier si la somme de 6 950 euros, imposée par l'administration fiscale au titre de l'année 2011 dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée, correspondant à un remboursement d'avance effectuée à la SARL Lairoux Automobiles, était inscrite au débit du compte courant d'associé ouvert au nom de M. E.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 27 juin 2019 et le 7 décembre 2020, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. et Mme E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme E, domiciliés à Luçon (Vendée), ont été avisés le 27 juin 2013 qu'ils faisaient l'objet d'un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle portant sur la période du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2013. L'administration fiscale a également procédé à la vérification de comptabilité, sur la période du 1er décembre 2012 au 31 mai 2013, de la société à responsabilité limitée (SARL) Lairoux Automobiles, dont M. E était gérant et associé unique et qui a été placée en liquidation judiciaire le 9 octobre 2013. A l'issue de la procédure d'examen de la situation fiscale personnelle de M. et Mme E, l'administration fiscale leur a notifié, par proposition de rectification du 11 juillet 2014, son intention de procéder au rehaussement de leur revenu imposable au titre des années 2011 et 2012 en réintégrant dans leur base imposable, d'une part, dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée, la somme de 106 956 euros au titre de l'année 2011 et la somme de 80 160 euros au titre de l'année 2012 selon la procédure de taxation d'office, d'autre part, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, la somme de 221 507 euros au titre de l'année 2012 selon la procédure de rectification contradictoire. A la suite des observations des contribuables du 29 juillet 2014, complétées le 11 septembre 2014, l'administration fiscale a maintenu les rectifications par courrier du 22 octobre 2014. Après avis de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires du 2 avril 2015, favorable à la position de l'administration fiscale, ainsi que l'examen des recours des contribuables par supérieur hiérarchique du vérificateur et l'interlocuteur départemental, l'administration fiscale a mis en recouvrement, par voie de rôles émis le 31 octobre 2015, les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux correspondants à ces rehaussements, pour un montant total de 359 478 euros. Après le rejet, par deux décisions des 16 octobre 2017 et 24 octobre 2018, de leurs réclamations préalables des 1er mars 2017 et 19 décembre 2017 tendant à la décharge de ces impositions supplémentaires, M. et Mme D ont saisi le tribunal d'une requête et de deux mémoires aux termes desquels ils demandent la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mis à leur charge à hauteur de 359 478 euros en droits et pénalités au titre des années 2011 et 2012.
Sur l'étendue du litige :
2. Il résulte de l'instruction que le 26 juin 2019, l'administration fiscale a procédé à un dégrèvement partiel, à hauteur de 8 583 euros en droits et 3 879 euros en pénalités, sur les cotisations supplémentaires de prélèvements sociaux mises à la charge des requérants au titre de l'année 2012, pour tenir compte de la censure, par le conseil constitutionnel dans sa décision n° 2016-610 QPC, des dispositions de l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale, renvoyant aux dispositions du 2° du 7 de l'article 158 du code général des impôts.
3. Il n'y a donc pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de décharge des cotisations supplémentaires de prélèvements sociaux mises à la charge des requérants au titre de l'année 2012 en tant qu'elles excèdent le solde restant dû après dégrèvement, soit 46 759 euros en droits et 21 136 euros en intérêt et pénalités.
Sur les conclusions aux fins de décharge des impositions litigieuses :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
4. En premier lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales : " Avant l'engagement d'une des vérifications prévues aux articles L. 12 et L. 13, l'administration des impôts remet au contribuable la charte des droits et obligations du contribuable vérifié ; les dispositions contenues dans la charte sont opposables à l'administration ". Aux termes de l'article L. 12 du livre des procédures fiscales : " Dans les conditions prévues au présent livre, l'administration des impôts peut procéder à l'examen contradictoire de la situation fiscale des personnes physiques au regard de l'impôt sur le revenu, qu'elles aient ou non leur domicile fiscal en France, lorsqu'elles y ont des obligations au titre de cet impôt. / A l'occasion de cet examen, l'administration peut contrôler la cohérence entre, d'une part les revenus déclarés et, d'autre part, la situation patrimoniale, la situation de trésorerie et les éléments du train de vie des membres du foyer fiscal. ". Dans sa version remise aux contribuables avec l'avis de vérification qui leur a été adressé le 27 juin 2013, la charte des droits et obligations du contribuable vérifié prévoyait les dispositions suivantes : " Dans le cadre de l'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle (ESFP), le dialogue joue également un rôle très important tout au long de la procédure. Il vous permet de présenter vos explications sur les discordances relevées par le vérificateur à partir des informations dont il dispose ".
5. D'une part, il ne résulte pas des dispositions de la charte des droits et obligations du contribuable vérifié, dans sa version applicable, que le vérificateur était tenu, avant d'avoir recours à la procédure de demande de justifications prévue par l'article L. 16 du livre des procédures fiscales, d'engager un dialogue sur les discordances relevées par lui.
6. D'autre part, le caractère contradictoire que doit revêtir l'examen de la situation fiscale personnelle d'un contribuable au regard de l'impôt sur le revenu en vertu des articles L. 47 à L. 50 du livre des procédures fiscales interdit au vérificateur d'adresser la notification de redressement qui, selon l'article L. 48, marque l'achèvement de cet examen, sans avoir au préalable engagé un dialogue contradictoire avec le contribuable sur les points qu'il envisage de retenir. Cette obligation n'implique pas que l'administration soumette au débat l'ensemble des éléments qu'elle avait rassemblés à cet effet.
7. Il résulte de l'instruction que les contribuables ont été informés, par courrier du 27 juin 2013, de l'engagement d'un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle. Ainsi qu'ils le précisent eux-mêmes, la charte des droits et obligations du contribuable vérifié leur a été remise à cette occasion. Trois entretiens entre le service vérificateur et les contribuables ont eu lieu les 5 septembre 2013, 17 octobre 2013 et 21 novembre 2013, qui ont donné lieu à des comptes-rendus des 10 septembre 2013, 25 octobre 2013 et 2 décembre 2013 versés aux débats, au cours desquels les contribuables ont communiqué au service des informations sur leur situation matrimoniale, patrimoniale et fiscale mais n'ont pas été en mesure de fournir les justificatifs demandés relatifs à la cession de deux véhicules personnels, des relevés d'assurance-vie de chacun des membres du couple et des autres comptes d'épargne et de placements. Il ressort également de ces comptes-rendus que le service a sollicité des informations et justificatifs concernant des chèques émis par la SARL Lairoux Automobiles et crédités sur les comptes personnels de M. E qu'elle a considérés comme insuffisamment identifiés et dont les contribuables ont affirmé qu'ils correspondaient à des ventes de véhicules réalisées par la SARL dans le cadre de son activité commerciale et enregistrées en comptabilité. Estimant sur la base des éléments dont il disposait ainsi qu'il existait une discordance entre les montants des crédits mentionnés sur les comptes financiers des contribuables et les revenus déclarés, le service a, par deux courriers du 27 décembre 2013 demandé aux contribuables, sur le fondement de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales des éclaircissements sur, d'une part, l'identification d'un solde de crédit de 203 080 euros pour l'année 2011 et d'un solde de crédit de 151 198 euros pour 2012, et d'autre part, un déséquilibre de la balances des espèces de 79 160 euros pour l'année 2012. Les contribuables ont répondu à cette demande par courrier du 27 février 2014 et ont fourni à cette occasion des justificatifs de certaines des sommes apparaissant au crédit de leurs comptes personnels.
8. Il résulte de ce qui précède que le service vérificateur a engagé un dialogue contradictoire sur le fondement des rehaussements projetés qu'il envisageait de retenir, notamment en ce qui concerne les distributions effectuées par la SARL Lairoux Automobiles et le déséquilibre de la balance des espèces. Si les requérants soutiennent également, il est vrai, que l'administration fiscale devait engager un dialogue contradictoire concernant les discordances entre la comptabilité de la SARL Lairoux Automobiles et le compte courant d'associé de M. E, l'administration fiscale a cependant écarté la comptabilité de la SARL Lairoux Automobiles comme non probante et par voie de conséquence, le compte courant d'associé de M. E au sein de la SARL.
9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la procédure d'imposition serait irrégulière à raison d'une absence de dialogue contradictoire, doit être écarté en toutes ses branches.
10. En deuxième lieu, ainsi qu'il vient d'être dit, l'administration fiscale a écarté la comptabilité de la SARL Lairoux Automobiles comme non probante et par voie de conséquence, le compte courant d'associé de M. E au sein de la SARL. Par suite, les requérants n'établissent, ni que le compte courant d'associé de M. E retracerait effectivement les mouvements financiers résultant de la vente par la SARL Lairoux Automobiles de véhicules, ni par suite qu'il présenterait un caractère utile pour apprécier la cohérence entre les revenus déclarés et la situation patrimoniale et de trésorerie constatée. Dans ces conditions, ils ne peuvent sérieusement soutenir que l'administration fiscale aurait méconnu les dispositions de l'article L. 12 du livre des procédures fiscales en ne prenant pas en compte les mouvements financiers enregistrés sur le compte courant d'associé de M. E ouvert dans les écritures comptables de la SARL Lairoux Automobiles pour contrôler la cohérence des revenus déclarés.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande. ".
12. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, et au plus tard avant la mise en recouvrement, d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des documents et renseignements obtenus auprès de tiers, qu'elle a utilisés pour fonder les impositions, avec une précision suffisante pour mettre à même l'intéressé d'y avoir accès avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent. Lorsque le contribuable lui en fait la demande, l'administration est, en principe, tenue de lui communiquer, alors même qu'il en aurait eu connaissance, les renseignements, documents ou copies de documents obtenus auprès de tiers qui lui sont opposés, afin de lui permettre d'en vérifier l'authenticité ou d'en discuter la teneur ou la portée. Il en va autrement s'agissant des documents et renseignements qui, à la date de la demande de communication, sont directement et effectivement accessibles au contribuable dans les mêmes conditions qu'à l'administration. Dans cette dernière hypothèse, si le contribuable établit qu'il ne peut avoir effectivement accès aux mêmes documents et renseignements que ceux détenus par l'administration, celle-ci est alors tenue de les lui communiquer.
13. Il résulte de l'instruction que les rectifications envisagées par le service dans son courrier du 11 juillet 2014 reposaient sur l'insuffisance des réponses apportées pour justifier d'une part, le prêt de 6 950 euros accordé par la SARL Lairoux Automobiles, d'autre part, le prêt de M. B de 100 000 euros, en outre l'appréhension par M. E du produit de ventes de véhicules réalisées par la SARL Lairoux Automobiles, non comptabilisées par celle-ci et enfin des sommes créditées sur les comptes personnels et le déséquilibre de la balance des espèces non justifiés. Il résulte de la proposition de rectification notifiée aux contribuables qu'était jointe à celle-ci la proposition de rectification datée du 18 février 2014 adressée au gérant de la SARL Lairoux Automobiles et qui concluait au rejet de la comptabilité de cette société et à la reconstitution de celle-ci précisant que 113 véhicules, acquis par M. E, ont été vendus dans le cadre de l'activité de la SARL Lairoux Automobiles, sans toutefois que ces ventes soient inscrites en comptabilité, reconstituant un chiffre d'affaires de 858 237 euros. Il en résulte que l'administration fiscale, qui ne s'est pas fondée sur les documents comptables de la SARL Lairoux Automobiles et sur le compte courant d'associé de M. E pour asseoir les rectifications notifiées aux contribuables, mais sur la reconstitution de la comptabilité qu'elle a effectuée après avoir écarté comme non sincère et non probante celle de la SARL Lairoux Automobiles, n'était pas tenue de communiquer à ces derniers ces documents.
14. En outre, si le courrier de réponse aux observations du contribuable mentionne un procès-verbal d'audition datant du 8 octobre 2009, document qui n'aurait pas été communiqué aux contribuables malgré leur demande, il résulte toutefois tant de la proposition de rectification que de la décision de rejet de la réclamation préalable que l'administration fiscale n'a pas entendu fonder les impositions supplémentaires litigieuses sur les circonstances rappelées par ce document, lesquelles sont exclusivement motivées par les considérations citées au point précédent, ni même conforter les éléments dont elle disposait par la référence à ce procès-verbal d'audition qui au demeurant, porte sur une période antérieure à celle ayant fait l'objet du contrôle.
15. Enfin, ce procès-verbal, établi à l'issue de l'enquête dont M. E a fait l'objet en application des dispositions de l'article L. 80 F du livre des procédures fiscales, pouvait être régulièrement opposé aux contribuables dans le cadre de l'examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle dès lors qu'aux termes de l'article L. 80 H du livre des procédures fiscales, les constatations contenues dans ce procès-verbal sont opposables aux contribuables et aux tiers dans le cadre des procédures de contrôle mentionnées à l'article L. 47 du livre des procédures fiscales et notamment de l'examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle.
En ce qui concerne le bien fondé des impositions litigieuses :
S'agissant des revenus d'origine indéterminée :
16. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. ".
17. Si les requérants soutiennent que la somme de 6 950 euros correspond à un remboursement d'avance effectuée à la SARL Lairoux Automobiles inscrite au débit du compte courant d'associé ouvert au nom de M. E, il résulte de la proposition de rectification que cette somme a été réintégrée dans les revenus imposables du foyer non au titre de revenus distribués imposée dans la catégorie des revenus de capitaux mobilier, mais en tant que revenus d'origine indéterminée dans le cadre d'une procédure de taxation d'office. Or, les requérants ne produisent ni les relevés dudit compte courant d'associé sensé mentionner le mouvement financier en cause, ni aucun autre élément de nature à caractériser la nature de la somme litigieuse alors que le service a relevé dans la proposition de rectification l'absence de précisions des contribuables concernant l'origine de cette somme qui, d'une part résulte de l'encaissement d'un chèque émis d'une banque dans laquelle la SARL ne dispose pas de compte bancaire et d'autre part n'a pas fait l'objet d'un remboursement. Par suite, les requérants n'apportent pas la preuve qui leur incombe de l'origine de la somme de 6 950 euros.
18. En outre, si les requérants soutiennent que la somme de 100 000 euros ne constitue pas un revenu imposable mais un prêt d'argent réalisé en deux chèques de 50 000 euros chacun émis par M. B, l'attestation manuscrite du 2 janvier 2011 de M. B précisant avoir accordé un prêt de 100 000 euros par chèque à M. E, celle du frère de ce dernier du 2 juin 2014 confirmant que M. B a prêté en 2011 à M. E une somme sous forme de deux chèques de 50 000 euros et précisant avoir reçu du contribuable un chèque de 102 300 euros en remboursement du prêt consenti et un extrait de relevé de compte bancaire personnel de M. E mentionnant le débit le 30 juin 2014 d'une somme de 102 300 euros ne suffisent pas à établir la réalité du prêt dès lors qu'aucun élément n'est produit concernant les conditions de ce prêt et la date exacte de celui-ci. Par suite, les requérants n'apportent pas la preuve qui leur incombe de la nature de la somme concernée.
S'agissant des revenus de capitaux mobiliers :
19. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : () 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices.; (). ".
20. Il résulte de l'instruction que la comptabilité de la SARL Lairoux Automobiles a été écartée par l'administration fiscale, dans le cadre de la procédure de vérification de comptabilité dont cette société faisait l'objet comme non sincère car les reports de prix de ventes de véhicules et de valeurs portés en comptabilité ne correspondaient pas aux montants facturés aux clients et ne mentionnaient pas le numéro de facturation ou la date propre aux ventes de véhicules. L'administration fiscale a également relevé que 113 factures de ventes de véhicules n'ont pas été enregistrées en comptabilité pour un montant total de 857 237,86 euros en 2012, cette somme correspondant aux crédits constatés sur le compte bancaire personnel de M. E issus de chèques établis à l'ordre de la SARL Lairoux Automobiles et d'encaissement de chèques établis à l'ordre de M. E et correspondant à des ventes de véhicules effectuées par la SARL Lairoux Automobiles. Pour ensuite reconstituer le chiffre d'affaires, le service a constaté qu'il ne pouvait pas déterminer avec précision la marge réalisée sur ces ventes en l'absence de connaissance du prix d'achat des véhicules revendus. Il a donc estimé la marge moyenne réalisée par véhicule par la SARL Lairoux Automobiles sur 48 véhicules dont les opérations régulièrement inscrites en comptabilité en 2012 et l'a appliquée aux 113 véhicules vendus pour estimer que la SARL a réalisé un bénéfice de 221 507 TTC sur la vente de ces 113 véhicules sur l'exercice clos le 31 décembre 2012. L'administration fiscale ayant constaté que ces sommes avaient été appréhendées par M. E, ce que les contribuables ont reconnu, elle a réintégré ces dernières dans le revenu imposable des requérants en vue de l'imposer dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.
21. D'une part, si les requérants soutiennent que les achats de véhicules supportés par M. E ont été comptabilisés dans le compte courant d'associé et qu'il aurait procédé au remboursement pour partie des sommes correspondantes, ils n'apportent aucune pièce au soutien de leur allégation autre que le bilan de la SARL Lairoux Automobiles qui ne présente pas un caractère régulier et sincère et n'établissent pas que la méthode utilisée par l'administration pour reconstituer le chiffre d'affaires de la SARL Lairoux Automobiles serait radicalement viciée ou excessivement sommaire.
22. D'autre part, et à supposer que l'administration fiscale, qui s'est référée dans la proposition de rectification du 11 juillet 2014 au 1° et au 2° du I. de l'article 109 du code général des impôts, ait entendu se fonder, pour établir les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu litigieuses, sur le seul 2° du I. de cet article, il résulte de l'instruction que la reconstitution du chiffre d'affaires de la SARL Lairoux Automobiles a mis en lumière l'appréhension par M. E du produit des ventes réalisées par le versement des sommes correspondantes sur ses comptes bancaires personnels. S'ils contestent la réalité de ces distributions et soutiennent que le montant de la distribution doit être recalculé au regard du solde du compte courant d'associé, établi à 167 239 euros au 31 décembre 2012 en ôtant au prix de vente des véhicules réalisées les sommes correspondant à l'achat de ces véhicules réalisés par M. E, le montant des achats réalisés par M. E ne repose toutefois sur aucun document probant. Dans ces conditions, l'administration fiscale doit être regardée comme établissant que les distributions en cause ont été effectivement appréhendées par les requérants. Au surplus, et si l'administration fiscale a en réalité entendu fonder les impositions litigieuses sur le 1° du I du même article 109 du code général des impôts, M. E étant seul maître de l'affaire en sa qualité de gérant et d'associé unique de la SARL Lairoux Automobiles, il est ainsi présumé avoir appréhendé les sommes en cause, les requérants n'apportant aucun élément de nature à renverser cette présomption.
23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt litigieux seront rejetées.
Sur les frais liés au litige :
24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. et Mme E la somme que ceux-ci réclament au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer, à hauteur des sommes de 8 583 euros en droits et 3 879 euros en pénalités, sur les conclusions aux fins de décharge des cotisations supplémentaires de prélèvements sociaux mises à la charge M. et Mme E au titre de l'année 2012.
Article 2 : Le surplus de la requête de M. et Mme E est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, Mme E et la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Livenais, président,
M. Huin, premier conseiller.
Mme Thierry, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2022.
Le rapporteur,
F. A
Le président,
Y. LIVENAIS
Le greffier,
E. LE LUDEC
La République mande et ordonne ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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01/06/2026