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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1900445

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1900445

vendredi 14 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1900445
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLEFEUVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 janvier 2019, M. C B, représenté par Me Lefeuvre, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2009, ainsi que des majorations correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a pas eu la libre disposition des fonds trouvés dans son véhicule lors d'un contrôle douanier le 3 novembre 2009 et à son domicile lors d'une perquisition menée le 5 novembre 2009 ; d'ailleurs, par un jugement du 26 juin 2014, le tribunal correctionnel de Dijon a prononcé sa relaxe au titre des faits de réalisation d'opérations financières entre la France et l'étranger sur des fonds provenant d'infraction à la législation sur les stupéfiants ;

- il ne peut être regardé comme ayant eu seul la libre disposition des fonds appréhendés, dans la mesure où M. AA. a également été condamné pour les faits de recel de bien venant de la cession non autorisée de stupéfiants à autrui dont il a été déclaré coupable.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 août 2019, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 janvier 2020.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, résidant à Saint-Lumine-de-Clisson (Loire-Atlantique), a été interpellé dans le département de la Côte-d'Or le 3 novembre 2009 par les services de la douane en possession d'une somme de 106 920 euros en espèces, d'un gramme de cannabis et d'une valise vide ayant contenu des stupéfiants, une seconde somme de 2 800 euros en espèces ayant en outre été trouvée lors de la perquisition menée par la suite à son domicile le 5 novembre 2009. Informé des poursuites pénales dont M. B a fait l'objet suite à cette interpellation et du jugement prononcé à son encontre par le tribunal correctionnel de Dijon le 26 juin 2014, l'administration fiscale a procédé à la réintégration dans le revenu imposable de l'intéressé au titre de l'année 2009 de la somme de 109 720 euros, en application de l'article 1649 quater-0 B bis du code général des impôts. Elle a par conséquent notifié à M. B, par une proposition de rectification du 15 novembre 2015, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2009. La réclamation préalable formée en contestation de ces impositions a été rejetée par une décision du 15 novembre 2018. Par sa requête, M. B demande la décharge des impositions supplémentaires auxquelles il a été assujetti, ainsi que des majorations correspondantes.

Sur les conclusions aux fins de décharge des impositions :

2. Aux termes de l'article 1649 quater-0 B bis du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au présent litige : " 1. () / . Lorsqu'il résulte des constatations de fait opérées dans le cadre d'une des procédures prévues aux articles 53, 75 et 79 du code de procédure pénale et que l'administration fiscale est informée dans les conditions prévues aux articles L. 82 C, L. 101 ou L. 135 L du livre des procédures fiscales qu'une personne a eu la libre disposition d'une somme d'argent, produit direct d'une des infractions visées au 2, cette personne est présumée, sauf preuve contraire appréciée dans le cadre des procédures prévues aux articles L. 10 et L. 12 de ce même livre, avoir perçu un revenu imposable égal au montant de cette somme au titre de l'année au cours de laquelle cette disposition a été constatée. / La présomption peut être combattue par tout moyen et procéder notamment de l'absence de libre disposition des sommes mentionnées au quatrième alinéa, du caractère non imposable de ces sommes ou du fait qu'elles ont été imposées au titre d'une autre année. / Lorsque plusieurs personnes ont la libre disposition des biens ou de la somme mentionnés respectivement au premier et au quatrième alinéas, la base du revenu imposable est, sauf preuve contraire, répartie proportionnellement entre ces personnes. / 2. Le 1 s'applique aux infractions suivantes : / a. crimes et délits de trafic de stupéfiants prévus par les articles 222-34 à 222-39 du code pénal () ".

3. D'une part, aux termes d'un jugement du 26 juin 2014, le tribunal correctionnel de Dijon a condamné M. B à une peine d'emprisonnement ferme pour des faits de détention non autorisée et d'usage illicite de stupéfiants, de non justification de ressources par une personne en relation habituelle avec l'auteur de crimes ou délits de trafic ou usage de stupéfiants, de transport et d'acquisition non autorisés de stupéfiants et de recel de bien venant de la cession non autorisée de stupéfiants à autrui, à raison de la détention en espèces de la somme de 109 720 euros trouvée à bord du véhicule avec lequel il circulait le 3 novembre 2009 et à son domicile le 5 novembre 2009. Il est ainsi constant que l'intéressé s'est rendu coupable d'infractions relevant du a) du 2 de l'article 1649 quater-0 B bis du code général des impôts, dont la somme trouvée en sa possession est le produit. Si ce même jugement du tribunal correctionnel de Dijon prononce par ailleurs la relaxe de M. B au titre des faits de réalisation d'opérations financières entre la France et l'étranger sur des fonds provenant d'infraction à la législation sur les stupéfiants pour lesquels il était également poursuivi, cette circonstance n'est pas de nature à établir, comme le requérant le soutient, qu'il n'aurait pas eu la libre disposition de cette somme, alors même qu'elle a été trouvée à bord du véhicule avec lequel il circulait ainsi, à hauteur de 2 800 euros, qu'à son domicile. Par suite, et quand bien même il a contesté, au cours de la procédure dont il a fait l'objet, avoir eu la libre disposition de cette somme, qu'il n'aurait fait que transporter à la demande de M. AA., gérant d'une bijouterie, dans le cadre d'une vente de bijoux à l'étranger, M. B, qui n'apporte aucun élément de justification au soutien de ses allégations, ne renverse pas la présomption instituée par le 1 de l'article 1649 quater-0 B bis du code général des impôts.

4. D'autre part, par le jugement du 26 juin 2014 précité, le tribunal correctionnel de Dijon, il est vrai, a également condamné M. AA. pour des faits de complicité de recel de bien venant de la cession non autorisée de stupéfiants à autrui, en relevant que celui-ci avait eu de nombreux contacts téléphoniques avec M. B dans les jours ayant précédé son interpellation et avait tenté à plusieurs reprises de le joindre dans les heures suivant son arrestation, sans être en mesure d'apporter d'explications ou de justifications probantes. Toutefois, ces seuls éléments ne permettent pas d'établir que M. AA., qui n'a pas été regardé par le juge pénal comme co-auteur des délits commis par le requérant, aurait eu, comme M. B, la libre disposition de la somme de 109 720 euros. Le requérant n'est par suite pas fondé à soutenir que le service aurait dû faire application du dernier alinéa du 1 de l'article 1649 quater-0 B bis du code général des impôts, et répartir entre eux la base du revenu imposable en cause.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2009, ainsi que des majorations correspondantes, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Lefeuvre et à la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

Mme Thierry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 14 octobre 2022.

La rapporteure,

V. D

Le président,

Y. LIVENAIS

Le greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

5

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