jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1900569 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 12eme chambre |
| Avocat requérant | AVOXA NANTES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 janvier 2019, Mme B A demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Laval de réparer financièrement ce préjudice moral à hauteur de 25 000 euros ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Laval le versement d'une somme de
300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- par un jugement du 17 juillet 2018, le tribunal administratif de Nantes a annulé l'arrêté du 17 juin 2017 par lequel le maire de Laval l'avait licenciée ;
- par un courrier du 10 septembre 2018, elle a demandé au maire de Laval de procéder à l'exécution de ce jugement en procédant à sa réintégration, au versement de la rémunération dont elle a été privée du fait de ce licenciement illégal et en reconstituant sa carrière et ses droits en matière d'assurance retraite, maladie et chômage ainsi que de l'indemniser de son préjudice moral consécutif aux erreurs commises par la commune de Laval dans la gestion de sa carrière, à savoir le refus initial de requalifier son contrat de travail en contrat de travail à durée indéterminée puis son licenciement ;
- si le maire de Laval a bien pris les mesures d'exécution du jugement du 17 juillet 2018, la reconstitution de ses droits à la retraite restant toutefois à faire, il a en revanche implicitement refusé de faire droit à sa demande d'indemnisation ;
- les fautes commises par la commune de Laval ont entraîné un préjudice moral pouvant être évalué à hauteur de 25 000 euros tenant à la réduction de son train de vie et de celui de sa famille, un stress affectant sa vie personnelle et celle de son entourage, la séparation d'avec son conjoint, son déménagement et un relogement précaire avec sa fille, et la demande de remboursement par Pôle Emploi du remboursement des allocations versées à la suite du licenciement finalement annulé.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 décembre 2019, la commune de Laval, représentée par Me Bernot, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à supposer que la requérante puisse être regardée comme demandant l'exécution du jugement n°s 1504697 et 1607062 du 17 juillet 2018 par la reconstitution de ses droits à la retraite, de telles conclusions seraient irrecevables car relevant d'un litige distinct, lequel présente le caractère d'un litige indemnitaire de plein contentieux ;
- le préjudice moral allégué n'est pas établi dans sa réalité ni dans son étendue ;
- à supposer que la requérante puisse être regardée comme demandant l'indemnisation de ses frais d'avocat en produisant une facture d'honoraires, elle ne présente pas de conclusions en ce sens et de tels frais ont en tout état de cause déjà été pris en charge dans le cadre des instances n°s 1504697 et 1607062.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- la loi n° 2012-347 du 12 mars 2012 ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Milin, première conseillère ;
- les conclusions de Mme Malingue, rapporteure publique ;
- les observations de Me Bernot, avocat de la commune de Laval.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été employée par la commune de Laval à compter du mois de septembre 2005 au mois de juin 2015 en qualité de professeur d'émaux sur cuivre au sein de l'école municipale d'arts plastiques. Par une décision du 21 mai 2015, le maire de Laval a refusé de faire droit à la demande de Mme A tendant à la requalification de son contrat de travail en contrat d'agent non titulaire à durée indéterminée. A la suite de la suspension de l'exécution de cette décision ordonnée par le juge des référés du Tribunal par une ordonnance n° 1504712 rendue le 23 juin 2015, le maire de Laval a conclu avec Mme A, le 1er juillet 2015, un contrat à durée indéterminée en tant qu'assistant d'enseignement artistique. Par un arrêté du 17 juin 2016, motivé par la suppression de l'emploi de Mme A et l'impossibilité d'un reclassement, le maire de la commune a procédé au licenciement de l'intéressée. Par un jugement n°s 1504697 et 1607062 du 17 juillet 2018, le Tribunal a constaté qu'il n'y avait pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 21 mai 2015 et a annulé l'arrêté du 17 juin 2016. Par un courrier du 10 septembre 2018, Mme A a demandé au maire de Laval de prendre les mesures nécessaires à l'exécution de ce jugement et de l'indemniser de son préjudice moral consécutif au refus illégal de requalifier son contrat de travail en contrat de travail à durée indéterminée et à son licenciement illégal. Par son silence gardé sur cette demande d'indemnisation, le maire de Laval a implicitement refusé d'y faire droit. Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision et d'enjoindre à la commune de Laval de l'indemniser de son préjudice moral.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Il ressort sans ambiguïté des écritures de la requérante que celle-ci entend exclusivement, par l'introduction du présent recours, demander l'indemnisation d'un préjudice moral consécutif à des fautes commises par la commune de Laval et non demander l'exécution du jugement n°s 1504697 et 1607062 du 17 juillet 2018 par le prononcé de mesures de reconstitution de sa carrière concernant ses droits à la retraite, une telle reconstitution étant d'ailleurs en cours à la date d'introduction de la requête, comme le relève elle-même Mme A. Il suit de là que la fin de non-recevoir tenant à l'irrecevabilité de conclusions à fin d'injonction portant sur l'exécution du jugement n°s 1504697 et 1607062 ne saurait être accueillie.
Sur la responsabilité pour faute de la commune de Laval :
En ce qui concerne la décision de refus de requalification du contrat de travail de
Mme A en contrat de travail à durée indéterminée :
3. Il résulte de l'instruction que la conclusion, entre le maire de Laval et Mme A, le 1er juillet 2015, d'un contrat à durée indéterminée en tant qu'assistant d'enseignement artistique à temps complet prenant rétroactivement effet au 12 mars 2012, est intervenue à la suite de l'ordonnance du 23 juin 2015 par laquelle le juge des référés a suspendu l'exécution de la décision du 21 mai 2015 refusant de requalifier le contrat de Mme A en contrat à durée indéterminée, au motif que le moyen tiré de ce que la commune de Laval aurait commis une erreur de droit dans l'application du II de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale dans sa rédaction issue de la loi n° 2012-347 du 12 mars 2012, dès lors que les fonctions exercées par la requérante pour la commune de Laval correspondent, eu égard à leur continuité, à leur stabilité et à l'augmentation continue du nombre d'heures d'enseignement prévues chaque année, à un besoin permanent de la commune, paraissait propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Dans la présente instance, la commune de Laval n'apporte aucun élément de nature à justifier de la légalité du refus d'accorder à la requérante un contrat durée indéterminée, qu'elle a décidé de rapporter le 1er juillet 2015. Par ailleurs, il n'est pas contesté que Mme A remplissait les conditions fixées par l'article 21 de la loi n° 2012-347 du 12 mars 2012 pour se voir proposer la transformation de son contrat de travail à durée déterminée en contrat de travail à durée indéterminée, et ce alors qu'elle avait demandé une telle transformation dès le
13 septembre 2013. Il suit de là que la requérante est fondée à soutenir qu'en refusant de transformer son contrat en contrat à durée indéterminée, la commune de Laval a entaché sa décision du 21 mai 2015 d'une illégalité fautive de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne la décision de licenciement de Mme A :
4. Ce tribunal a, par un jugement, définitif, du 17 juillet 2018, annulé la décision du maire de Laval de licencier Mme A, au motif que la recherche d'un emploi de reclassement par la commune de Laval n'avait pas été suffisante, en méconnaissance du principe général du droit selon lequel il incombe à l'administration, avant de pouvoir prononcer le licenciement d'un agent contractuel recruté en vertu d'un contrat à durée indéterminée, de chercher à reclasser l'intéressé la période de trois mois, prévue par le IV de l'article 39-5 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale modifié, pendant laquelle le contrat de l'intéressé est suspendu afin qu'un reclassement soit recherché, n'a pas été respectée, Mme A ayant indiqué être ouverte à un reclassement sur un poste, non seulement de catégorie B, mais également de catégorie C.
5. Si l'intervention d'une décision illégale peut constituer une faute susceptible d'engager la responsabilité de la collectivité publique, elle ne saurait donner lieu à réparation si, dans le cas d'une procédure régulière, la même décision aurait pu légalement être prise.
6. En l'espèce, la commune de Laval n'établit pas qu'elle aurait été dans l'impossibilité de reclasser Mme A sur un poste de catégorie C si elle avait cherché à effectuer un tel reclassement, de sorte qu'il n'est pas établi que la décision de licenciement aurait pu être légalement prise, même si la procédure avait été régulière. Mme A a donc droit à l'indemnisation des préjudices résultant de cette décision illégale.
Sur la période indemnisable :
7. La responsabilité de la commune de Laval à l'égard de la requérante court à compter de la date à laquelle la commune de Laval a refusé de requalifier le contrat de travail de Mme A en contrat de travail à durée indéterminée, soit le 21 mai 2015, jusqu'à la date à laquelle la commune a procédé à cette requalification, par une décision du 1er juillet 2015 et de la date à laquelle elle a procédé au licenciement de Mme A, le 17 juin 2016, jusqu'à la date à laquelle elle a réintégré l'intéressée sur un poste de la collectivité, le 7 janvier 2019.
Sur les préjudices :
8. Mme A soutient que les fautes commises par la commune de Laval ont entraîné un préjudice moral tenant à la réduction de son train de vie et de celui de sa famille, à un stress affectant sa vie personnelle et celle de son entourage, à la séparation d'avec son conjoint, à son déménagement et un relogement précaire avec sa fille, et à la demande de remboursement par Pôle Emploi des allocations qui lui avaient été versées à la suite du licenciement finalement annulé.
9. Mme A n'apporte toutefois aucun élément permettant d'établir un état de stress particulier, pas davantage que la réalité de la séparation d'avec son conjoint et de son déménagement, ces deux dernières circonstances ne présentant au demeurant pas de lien direct avec les fautes commises par la commune. En revanche, le refus de requalification de son contrat de travail et, à plus forte raison, son licenciement illégal ont nécessairement entraîné des troubles dans ses conditions d'existence et dans celles des membres de sa famille composée d'un conjoint et d'un enfant, du fait de l'insécurité professionnelle puis matérielle dans laquelle la requérante s'est trouvée, quand bien même elle était en capacité de rechercher puis de retrouver un emploi à l'issue de son licenciement, ainsi qu'un préjudice moral tenant à l'infliction de deux décisions préjudiciables illégales. Dans ces conditions, compte tenu de la survenance de deux fautes quasi-successives et de la durée de ces troubles dans les conditions d'existence et de ce préjudice moral, il sera fait une juste appréciation des préjudices subis par Mme A en lui allouant à ce titre la somme de 3 000 euros, tous intérêts compris.
10. Enfin, si Mme A produit une note d'honoraires de son avocat, du
12 février 2018, elle ne présente pas de conclusions tendant à l'indemnisation de ces frais. En outre, si les frais de justice exposés devant le juge administratif en conséquence directe d'une faute de l'administration sont susceptibles d'être pris en compte dans le préjudice résultant de la faute imputable à celle-ci, toutefois, lorsque l'intéressé avait qualité de partie à l'instance, la part de son préjudice correspondant à des frais non compris dans les dépens est réputée intégralement réparée par la décision que prend le juge dans l'instance en cause sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, le préjudice tenant aux frais d'avocat exposés dans le cadre des instances contentieuses de Mme A tendant à l'annulation des décisions de refus de requalification de contrat de travail et de licenciement est réputée intégralement réparé par la décision prise par ce tribunal sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans le cadre des instances n°s 1504697 et 1607062.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de Laval au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Mme A, qui n'est pas représentée par un avocat, n'établit pas avoir engagé des frais dans le cadre de cette instance, de sorte que ses conclusions présentées au titre de cet article ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Laval est condamnée à verser à Mme A une somme de 3 000 euros, tous intérêts compris.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions de la commune de Laval présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Laval.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Gourmelon, présidente,
Mme Milin, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.
La rapporteure,
C. MILIN
La présidente,
V. GOURMELON
La greffière,
S. LEGEAY
La République mande et ordonne au préfet de la Mayenne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026