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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1900626

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1900626

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1900626
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSYLVAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

F une requête enregistrée le 17 janvier 2019, Mme A D, représentée F Me Sylvain, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014 et 2016 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le fait que la somme inscrite au compte courant de la SCI Dona dans les comptes de la SARL SVMO, d'un montant de 83 339 euros, ait été transférée F deux virements de 41 669,50 euros chacun au crédit de son compte courant d'associé et de celui de M. B est sans influence sur l'existence d'un passif de la SARL SVMO, le passif restant en tout état de cause acquis pour cette dernière quelle que soit l'identité du créancier ; dans ces circonstances, l'administration fiscale a constaté à tort une distribution à son profit sur la base d'un prétendu passif fictif ;

- c'est à tort que l'administration fiscale a estimé que le prix unitaire des parts sociales de la SCI Dona, fixé à 2 000 euros, cédées F la SARL SVMO à son profit avait été minoré dès lors que ce prix correspond à celui retenu F le juge commissaire à la liquidation judiciaire de M. et Mme E D, également associés de la SCI Dona, pour la cession au profit de M. B des vingt parts sociales qu'ils détenaient dans cette société, F une ordonnance du 17 mars 2015 opposable aux tiers, et notamment à l'administration fiscale.

F un mémoire en défense enregistré le 29 août 2019, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- elle sollicite que soit opérée, s'agissant de la somme de 41 669 euros inscrite au crédit du compte courant d'associé de Mme D qu'elle a d'abord regardée comme un revenu distribué à son profit sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, une substitution de base légale afin que cette somme soit imposée sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts ;

- les moyens soulevés F Mme D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thierry, conseillère,

- et les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite de la vérification de comptabilité dont a fait l'objet la société à responsabilité limitée (SARL) SVMO, Mme A D, en sa qualité de gérante et associée de cette société à hauteur de 37 % des parts, a été destinataire d'une proposition de rectification en date du 4 septembre 2017 F laquelle l'administration fiscale lui a notifié, selon la procédure contradictoire prévue à l'article L. 55 du livre des procédures fiscales, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2014 et 2016, à raison de l'imposition dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, respectivement, d'une part, de la somme de 41 669 euros inscrite au crédit du compte courant d'associée de Mme D dans les comptes de la SARL SVMO et, d'autre part, de la somme de 113 933 euros correspondant au rétablissement de la valeur vénale, jugée insuffisante F le service, des onze titres de la SCI Dona que la SARL SVMO a cédé à Mme D, constituant selon l'administration fiscale une libéralité consentie F la société cédante à sa gérante. Mme D a présenté ses observations le 27 octobre 2017, en vain. Les impositions litigieuses ont été mises en recouvrement le 30 avril 2018. F courrier du 24 mai 2018, la requérante a présenté une réclamation qui a fait l'objet d'une décision de rejet, en date du 22 novembre 2018. Mme D demande au tribunal la décharge des impositions en cause ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur le bien-fondé des impositions litigieuses :

2. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés () ".

En ce qui concerne la somme de 41 669 euros portée au crédit du compte courant d'associé de Mme D :

4. Il résulte de l'instruction qu'à l'occasion de la vérification de comptabilité de la SARL SVMO, dont Mme D est gérante et associée, le service vérificateur a constaté qu'au cours du mois de février 2014, à la suite de la vente F la SCI Dona d'un terrain à bâtir qui lui appartenait, deux sommes de 39 058 euros ont été comptabilisées au débit des comptes courants d'associé de M. C B et Mme A D F le crédit du compte courant de la SCI Dona, dont la SARL détient des parts, ainsi qu'une somme de 5 223 euros comptabilisée au débit du compte courant d'associé de M. E D, F le crédit du compte courant de la SCI Dona. Puis, le service a relevé que F une écriture d'opérations diverses du 31 mars 2014, le solde créditeur du compte courant de la SCI Dona, d'un montant total de 83 339 euros, a été annulé F deux virements d'un montant respectif de 41 669,50 euros au crédit des comptes courants d'associé de Mme D et de M. B. En l'absence de contrepartie de cette écriture dans la comptabilité de la SCI Dona qui faisait l'objet d'une vérification de comptabilité à la même période, le service a procédé à la réintégration dans le résultat de la SARL SVMO de la somme de 83 339 euros, analysée comme un passif injustifié et, parallèlement, a imposé au titre de l'année 2014 dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, la somme de 41 669 euros inscrite au crédit du compte courant d'associé de Mme D dans les comptes de la SARL SVMO.

5. L'administration est en droit, à tout moment de la procédure contentieuse, de justifier d'une imposition en modifiant le fondement juridique, à la double condition que la substitution de base légale ainsi opérée ne prive le contribuable d'aucune des garanties de procédure prévues F la loi et que l'administration invoque, au soutien de la demande de substitution de base légale, des faits qu'elle avait retenus pour motiver le rehaussement initialement notifié.

6. Dans son mémoire en défense, communiqué aux requérants, l'administration fiscale a expressément demandé, concernant l'imposition de la somme de 41 669 euros, que soit opérée une substitution de base légale afin que la somme en litige soit imposée à l'impôt sur le revenu entre les mains de Mme D dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts et non sur le fondement, initialement, du 1° du 1 de cet article, la somme en cause, qui ne peut être regardée comme un bénéfice ou produit réalisé F la SARL SVMO qui n'a pas été mis en réserve ou incorporé au capital, correspondant à une somme mise à la disposition de Mme D, associée, au sens du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts.

7. Les sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé d'une société soumise à l'impôt sur les sociétés sont, sauf preuve contraire, à la disposition de cet associé, et ont le caractère de revenus distribués, imposables entre les mains de cet associé dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers en vertu du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. Pour que l'associé échappe à cette imposition, il lui incombe de démontrer, le cas échéant, qu'il n'a pas pu avoir la disposition de ces sommes ou que ces sommes ne correspondent pas à la mise à disposition d'un revenu.

8. A supposer même que l'inscription litigieuse au crédit du compte courant d'associé de Mme D procède, comme elle l'affirme, d'un transfert de la dette détenue F la SARL SVMO sur la SCI Dona aux associés de cette dernière, rien n'établit l'existence d'une contrepartie quelconque au crédit, dans un premier temps du compte courant de la SCI Dona, puis dans un second temps du compte courant d'associée de Mme D. F ailleurs, Mme D qui n'a pas cru nécessaire de répliquer au mémoire en défense de l'administration fiscale, ne conteste aucunement qu'une telle somme a été mise à sa disposition. F suite, l'administration fiscale a pu imposer la somme en litige sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, selon lequel les sommes mises à la disposition des associés, non prélevées sur les bénéfices, constituent des revenus distribués. Mme D, qui ne présente au demeurant aucune contestation sur ce point, n'ayant été privée d'aucune des garanties attachées à la procédure de rectification, il y a dès lors lieu d'accueillir la demande de substitution de base légale présentée F l'administration fiscale.

En ce qui concerne la cession à prix minoré des titres de la SCI Dona F la SARL SVMO au profit de Mme D :

9. En cas de refus des rehaussements F le contribuable qu'elle entend imposer comme bénéficiaire des sommes regardées comme distribuées sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, il incombe à l'administration d'apporter la preuve que celui-ci en a effectivement disposé. La preuve d'une distribution est apportée F l'administration lorsqu'est établie l'existence d'une part, de la sous-évaluation du prix convenu F rapport à la valeur vénale du bien cédé, d'autre part, d'une intention, pour la société, d'octroyer, et, pour le cocontractant, de recevoir, une libéralité du fait des conditions de la cession.

10. La valeur vénale réelle de titres non cotés en bourse sur un marché réglementé doit être appréciée compte tenu de tous les éléments dont l'ensemble permet d'obtenir un chiffre aussi voisin que possible de celui résultant du jeu de l'offre et de la demande à la date à laquelle la cession est intervenue. Cette valeur doit être établie, en priorité, F référence à la valeur des autres titres de la société telle qu'elle ressort des transactions portant, à la même époque, sur ces titres dès lors que cette valeur ne résulte pas d'un prix de convenance. Toutefois, en l'absence de transactions intervenues dans des conditions équivalentes et portant sur les titres de la même société ou, à défaut, de sociétés similaires, l'administration peut légalement se fonder sur l'une des méthodes destinées à déterminer la valeur de l'actif F capitalisation des bénéfices ou d'une fraction du chiffre d'affaires annuel, ou sur la combinaison de plusieurs de ces méthodes. Elle ne saurait toutefois procéder F combinaison entre la méthode F comparaison et l'une ou plusieurs des méthodes alternatives.

11. Il résulte de l'instruction que les onze parts sociales de la SCI Dona détenues F la SARL SVMO ont été cédées à Mme D les 3 février et 30 mars 2016, au prix unitaire de 2 000 euros. A l'issue de la vérification de comptabilité de la SARL SVMO, le service vérificateur a estimé que cette société avait délibérément minoré le prix de cession desdites parts F rapport à leur valeur vénale. Constatant que les cessions de titres de la SCI Dona intervenues antérieurement en 2015 ne pouvaient être retenues à titre comparatif dans la mesure où elles avaient été réalisées avec les mêmes parties et au même prix que la cession litigieuse, l'administration fiscale a exclu de fixer la valeur des titres F référence à d'autres transactions. Mme D ne conteste d'ailleurs pas l'absence de transactions équivalentes à la cession de titres entre elle-même et la SARL SVMO. Le service vérificateur a alors évalué la valeur vénale des parts cédées F combinaison des méthodes.

12. Mme D soutient que le prix unitaire de la part sociale fixé à 2 000 euros ne peut être considéré comme minoré en ce qu'il correspond au prix fixé pour la cession au profit de M. C B de vingt parts sociales de la SCI Dona appartenant à M. et Mme E D, dans le cadre de la liquidation judiciaire de ces derniers, et pour lequel le juge commissaire à la liquidation judiciaire de ceux-ci a, F une ordonnance du 17 mars 2015, autorisé ladite cession. Toutefois, contrairement à ce que soutient la requérante, le juge commissaire, en prenant cette ordonnance, n'a nullement procédé à l'évaluation du prix des parts de la SCI Dona, mais a seulement autorisé la vente de vingt parts de celle-ci au prix alors proposé F M. B. Une telle ordonnance, qui au demeurant n'est pas revêtue de l'autorité de la chose jugée, ne saurait donc s'imposer aux tiers ou à l'administration fiscale dans le cadre de l'évaluation de la valeur des parts de la SCI Dona. F suite, l'administration fiscale a pu à bon droit écarter les termes de cette cession, au surplus intervenue dans des conditions qui ne sont pas équivalentes à celles de la transaction réalisée F Mme D et ne pas appliquer ainsi, en l'absence de toute autre transaction de référence, la méthode F comparaison pour évaluer la valeur vénale des titres en cause.

13. L'administration fiscale, qui était ainsi en droit de déterminer la valeur vénale des titres en recourant à une méthode alternative fondée sur la valeur mathématique, a fixé le prix unitaire de la part sociale de la SCI Dona à 12 357,53 euros en prenant en compte la valeur mathématique obtenue F actualisation de la valeur d'actif net comptable et la valeur de productivité tirée du bénéfice. F suite, elle a relevé l'existence d'un écart significatif, à hauteur de la somme 113 933 euros, entre le prix de vente convenu et la valeur vénale des onze parts sociales de la SCI Dona cédées. Il résulte de l'instruction que Mme D est, ainsi qu'il a été dit, la gérante de la SARL SVMO et qu'elle détenait déjà 25 % des parts de la SCI Dona avant la cession litigieuse. Dans ces circonstances, et eu égard à l'importance de la minoration, l'administration fiscale doit être regardée comme établissant que l'opération constituait une libéralité consentie F la SARL SVMO au profit de Mme D, sa dirigeante, en lui cédant à prix minoré les titres en cause et en lui permettant ainsi de devenir indirectement propriétaire, F la détention de plus de 37 % du capital de la SCI Dona, d'un bien immobilier bâti d'une valeur estimée à près d'un million d'euros.

14. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a imposé à l'impôt sur le revenu entre les mains de Mme D dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, la somme de 113 933 euros correspondant à la différence entre le prix convenu et la valeur vénale des onze titres de la SCI Dona cédés F la SARL SVMO à sa gérante.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées F Mme D doivent être rejetées ainsi que, F voie de conséquence, les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et à la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 9 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

M. Huin, premier conseiller,

Mme Thierry, conseillère.

Rendu public F mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

La rapporteure,

S. THIERRY

Le président,

Y. LIVENAIS

La greffière,

C. MICHAULT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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