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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1903531

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1903531

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1903531
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMAUDET-CAMUS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 avril 2019 et le 20 janvier 2021, Mme B A, représentée par Me Crestin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'association syndicale autorisée des propriétaires du lotissement du Housseau a refusé de faire droit à sa demande indemnitaire préalable ;

2°) de condamner l'association syndicale autorisée des propriétaires du lotissement du Housseau à lui verser une somme totale de 324 289,59 euros, au titre de ses préjudices financiers résultant des travaux d'amélioration de la conciergerie, du non versement d'une rémunération pour service fait des années 1994 à 2003, des frais de relogement provisoire à l'hôtel engendrés par son expulsion illégale, des frais de déménagement de ses meubles et des frais de son nouveau logement, ainsi que du préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence qu'elle estime avoir subis ;

3°) d'assortir cette somme des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts ;

4°) de mettre à la charge de l'association syndicale autorisée des propriétaires du lotissement du Housseau une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en s'abstenant de lui verser un salaire entre 1994 et 2003 et en la licenciant illégalement pour motif économique par un courrier du 28 septembre 2009, sans respecter les règles de délibération de l'assemblée générale prévues par ses statuts, l'association syndicale autorisée a commis des fautes de nature à engager sa responsabilité ; l'illégalité du licenciement a d'ailleurs été reconnue par la chambre prud'homale de la cour d'appel de Rennes, qui a jugé qu'il était dénué de cause réelle et sérieuse dans un arrêt du 7 novembre 2014 ;

- son licenciement étant illégal, son expulsion du logement mis à sa disposition dans le cadre de son contrat est également entachée d'illégalité et, en conséquence, fautif ; en outre, son maintien dans les lieux ou son expulsion n'ont pas été soumis aux membres de l'association syndicale autorisée lors de l'assemblée générale extraordinaire du 17 mars 2011, en méconnaissance des statuts de l'association ;

- les préjudices financiers qu'elle a subis du fait des dépenses de travaux qu'elle a effectuées dans la conciergerie avant son expulsion et de son déménagement contraint ainsi que son préjudice moral et les troubles dans ses conditions d'existence présentent un lien direct et certain avec son licenciement illégal et son expulsion ;

- le préjudice financier qu'elle a subi du fait de l'absence de versement de salaire entre 1994 et 2003 doit être évalué à hauteur de 102 989,28 euros ; à titre subsidiaire, si le tribunal estimait que ce préjudice avait déjà été réparé par la juridiction judiciaire, ce montant reste toutefois justifié par le préjudice lié à la réduction de ses droits à l'indemnisation de son chômage du fait de la perte de son emploi plus tôt que prévu, le préjudice lié à la perte de ses droits à pension de retraite et de ses gains professionnels en raison de son licenciement illégal, ainsi que la perte sérieuse de chance d'être titularisée ;

- le préjudice financier qu'elle a subi du fait des travaux qu'elle a effectués dans la conciergerie avant son expulsion, qui procèdent d'un enrichissement sans cause de l'association syndicale autorisée, doit être évalué à hauteur de 24 898 euros ;

- elle a subi un préjudice financier d'un montant de 1 845 euros, ayant dû se loger provisoirement à l'hôtel après son expulsion, d'un montant de 2 287,87 euros pour déménager ses meubles, et d'un montant de 92 269,44 euros correspondant à son loyer mensuel depuis la signature d'un contrat de location le 21 octobre 2013 ;

- elle a subi des troubles dans ses conditions d'existence, ayant été licenciée et expulsée illégalement alors qu'elle était née et avait toujours vécu au château du Housseau, où elle résidait avec son compagnon et sa mère âgée de 76 ans, lourdement handicapée ; ces troubles, associés à ses mauvaises conditions de travail lorsqu'elle était salariée et aux conditions brutales de son expulsion, ont eu des conséquences sur sa santé ; elle évalue le préjudice en résultant à hauteur de 50 000 euros ;

- elle a subi un préjudice moral qu'elle évalue à 50 000 euros, les agissements fautifs de l'association syndicale autorisée ayant conduit son compagnon à faire une tentative de suicide.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 septembre 2019 et le 24 mars 2021, l'association syndicale autorisée des propriétaires du lotissement du Housseau, représentée par Me Maudet, conclut au rejet de la requête, et que soit mise à la charge de Mme A une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître du présent litige, le juge administratif étant tenu par l'autorité de la chose jugée au civil par la chambre prud'homale de la cour d'appel de Rennes le 7 novembre 2014 ;

- la créance dont se prévaut Mme A est prescrite ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 mai 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 68-1250 du 32 décembre 1968 ;

- l'ordonnance n° 2004-632 du 1er juillet 2004 ;

- le décret n° 2006-504 du 3 mai 2006 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Jégard, rapporteur public,

- et les observations de Me Crestin, avocat de Mme A, ainsi que les observations de cette dernière et celles de Me Maudet, avocat de l'association syndicale autorisée des propriétaires du lotissement du Housseau.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été embauchée par l'association syndicale autorisée (ASA) des propriétaires du lotissement du Housseau à compter du 3 mai 1994, par un contrat à durée indéterminée, en qualité de " jardinier gardien ", chargée notamment de l'entretien des espaces verts du lotissement. Par un courrier du 28 septembre 2009, l'ASA a procédé au licenciement de la requérante, et par voie de conséquence, lui a enjoint de libérer le logement de fonction qu'elle occupait avec sa famille. Mme A a été expulsée de ce logement avec le concours de la force publique le 8 octobre 2013. Par un arrêt du 7 novembre 2014, la cour d'appel de Rennes a confirmé le jugement du conseil des prud'hommes de Nantes du 15 novembre 2012 ayant jugé que ce licenciement était sans cause réelle et sérieuse, que le contrat de travail avait été exécuté de façon déloyale par l'ASA, et ayant indemnisé la requérante. Le 15 août 2014, l'intéressée a demandé au préfet de la Loire-Atlantique de l'indemniser des préjudices nés de l'abstention fautive de celui-ci à prononcer d'office la dissolution de l'ASA des propriétaires du lotissement du Housseau et a saisi le tribunal administratif d'une contestation du refus du préfet par une requête enregistrée le 4 mars 2016, rejetée par le tribunal par un jugement du 12 juillet 2018, confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes du 25 octobre 2019. Par un courrier reçu par l'ASA le 27 décembre 2018, Mme A a sollicité la réparation des préjudices non encore indemnisés résultant de fautes commises par l'association. Une décision implicite de rejet est née du silence de l'ASA. Par sa requête, Mme A demande au tribunal de condamner l'ASA des propriétaires du lotissement du Housseau à lui verser une somme totale de 324 289,59 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur l'exception d'incompétence de la juridiction administrative :

2. Aux termes de l'article 1 de l'ordonnance du 1er juillet 2004 relative aux associations syndicales de propriétaires : " Peuvent faire l'objet d'une association syndicale de propriétaires la construction, l'entretien ou la gestion d'ouvrages ou la réalisation de travaux, ainsi que les actions d'intérêt commun, en vue : / a) De prévenir les risques naturels ou sanitaires, les pollutions et les nuisances ; / b) De préserver, de restaurer ou d'exploiter des ressources naturelles; / c) D'aménager ou d'entretenir des cours d'eau, lacs ou plans d'eau, voies et réseaux divers ; / d) De mettre en valeur des propriétés. ". Aux termes de l'article 2 de cette ordonnance : " Les associations syndicales de propriétaires sont libres, autorisées ou constituées d'office. () Les associations syndicales autorisées ou constituées d'office ainsi que leurs unions sont des établissements publics à caractère administratif, régis par les dispositions des titres III à V de la présente ordonnance et par l'article L. 211-2 du code des juridictions financières. ". Aux termes de l'article 24 de cette ordonnance : " Les agents des associations syndicales autorisées sont des agents contractuels de droit public. Le recrutement de ces agents ne leur donne aucun droit à être titularisés dans la fonction publique. Les associations syndicales peuvent en outre faire appel à raison de leur compétence à des agents de droit privé avec lesquels elles concluent des contrats à durée déterminée et indéterminée. ".

3. Il est constant que Mme A était agent de l'ASA des propriétaires du lotissement du Housseau, établissement public administratif. Elle avait ainsi, en vertu de l'article 24 précité de l'ordonnance du 1er juillet 2004, la qualité d'agent contractuel de droit public. Si l'article 24 de ladite ordonnance du 1er juillet 2004 autorise les associations syndicales autorisées à faire appel, à raison de leur compétence, à des agents de droit privé, les missions de la requérante, qui consistaient à entretenir les espaces verts et les espaces communs du lotissement du Housseau, ainsi qu'à gérer les réservations des courts de tennis, ne nécessitaient pas la détention de compétences particulières qui auraient justifié son recrutement par un contrat de droit privé. Elle avait, par suite, à la date de son licenciement, la qualité d'agent public, dont le contentieux relève de la juridiction administrative, en dépit de la circonstance, invoquée en défense, que la cour d'appel de Rennes a reconnu l'existence d'un contrat de droit privé entre l'ASA et l'intéressée. Par suite, l'exception d'incompétence de la juridiction administrative opposée par l'ASA doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. La décision implicite de rejet née du silence gardé pendant plus de deux mois par l'association syndicale autorisée sur la demande indemnitaire formée par Mme A a eu pour effet de lier le contentieux qui relève, eu égard à l'objet de la demande, de la pleine juridiction. Les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont ainsi sans incidence sur la solution du litige.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la prescription quadriennale :

5. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. / Sont prescrites, dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public. ". Aux termes de l'article 2 de cette loi : " La prescription est interrompue par : () / Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance ; / () / Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée. ". Aux termes de l'article 3 de cette loi : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement. ".

S'agissant du licenciement et de l'expulsion de la requérante :

6. Il résulte de l'instruction que la requérante s'est vu notifier son licenciement par un courrier du 28 septembre 2009 qui lui indiquait également qu'elle devrait restituer son logement de fonction dans un délai de 6 mois, et qu'elle a contesté cette mesure au motif que ce licenciement était dénué de cause réelle et sérieuse, sollicitant à titre principal sa réintégration dans son poste, à titre subsidiaire le versement de dommages et intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, et manquement à l'obligation d'exécution loyale du contrat de travail. Par un jugement du 15 novembre 2012, le conseil des prud'hommes de Nantes a estimé que le licenciement de Mme A était dénué de cause réelle et sérieuse et a condamné l'ASA au versement de dommages et intérêts. Par un arrêt du 7 novembre 2014, la chambre prud'homale de la cour d'appel de Rennes a confirmé que le licenciement de la requérante était dénué de cause réelle et sérieuse, a estimé que l'ASA avait manqué à son obligation de loyauté vis-à-vis de cette dernière et l'a condamnée au versement de dommages et intérêts. Le recours de la requérante devant le juge judiciaire, qui a eu tant pour objet que pour effet de caractériser l'existence des dommages résultant d'un licenciement dénué de cause réelle et sérieuse et d'une exécution déloyale du contrat de travail, est ainsi relatif au fait générateur et à l'existence d'une créance de l'intéressée sur l'ASA. Ce recours a, par suite, eu pour effet d'interrompre le cours de la prescription quadriennale de Mme A à l'encontre de l'ASA, en ce qui concerne les créances de la requérante sur l'ASA en raison tant de l'exécution de son contrat et de son licenciement, que de l'expulsion de son logement de fonction, qui en est la conséquence directe. L'arrêt de la chambre prud'homale de la cour d'appel de Rennes ayant eu force de chose jugée dès son prononcé, le 7 novembre 2014, le nouveau délai de prescription a commencé à courir le 1er janvier 2015. Ainsi, les créances de Mme A n'étaient pas prescrites le 27 décembre 2018, date de la demande indemnitaire préalable de la requérante auprès de l'ASA, de sorte que l'exception de prescription quadriennale opposée par l'administration doit être écartée en ce qui concerne les préjudices résultant du licenciement de Mme A et de l'expulsion de son logement de fonction.

S'agissant de l'absence de rémunération pécuniaire entre 1994 et 2003 :

7. Il résulte de l'instruction que, si le premier contrat à durée indéterminée de Mme A, conclu en 1994, stipulait que cette dernière ne percevrait pas de rémunération pécuniaire, la requérante a signé un nouveau contrat prévoyant une rémunération le 30 avril 2003, date à laquelle elle doit être regardée comme ayant eu connaissance de l'irrégularité de sa situation antérieure et, en conséquence, de sa créance sur l'ASA résultant de son absence fautive de rémunération. Il résulte des dispositions précitées de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 que le délai de prescription de cette créance a ainsi commencé à courir le 1er janvier 2004, de sorte qu'elle était prescrite le 1er janvier 2008. Le recours de Mme A devant le conseil des prud'hommes, introduit postérieurement, le 4 février 2011, n'a pu avoir pour effet d'interrompre le délai de prescription d'une créance déjà prescrite. Il en résulte que la créance résultant des préjudices subis par la requérante du fait de l'absence de versement de sa rémunération entre 1994 et 2003 est prescrite.

En ce qui concerne la faute de l'administration :

8. Il résulte de l'instruction que Mme A, alors en contrat à durée indéterminée, a été licenciée pour " motif économique ", le courrier de licenciement du 28 septembre 2009 précisant que l'assemblée générale de l'association syndicale autorisée avait voté en faveur de l'externalisation de l'entretien des espaces verts et des petits travaux dont elle avait la charge, et de la suppression des services relatifs aux courts de tennis, ayant pour conséquence la " suppression pure et simple de son poste ".

9. Mme A a sollicité devant le juge prud'homal, le 4 février 2011, la condamnation de l'ASA au versement de dommages et intérêts en raison du licenciement illégal dont elle estimait avoir fait l'objet. La présente requête impliquant les mêmes parties, et ayant également pour objet, entre autres conclusions, la condamnation de l'ASA à la réparation du préjudice subi par la requérante du fait de l'illégalité de son licenciement, l'autorité de la chose jugée s'attache à l'arrêt de la chambre prud'homal de la cour d'appel de Rennes du 7 novembre 2014, qui a jugé que le licenciement litigieux était dépourvu de cause réelle et sérieuse. Il en résulte le licenciement de Mme A doit être regardé comme illégal, de sorte que la requérante est fondée à soutenir que l'ASA a commis, en le prononçant, une faute de nature à engager sa responsabilité, tant du fait de ce licenciement que de l'expulsion du logement de fonction qui est intervenue en conséquence.

En ce qui concerne les préjudices :

S'agissant des préjudices invoqués en lien avec le licenciement illégal de Mme A :

10. Il résulte de l'instruction que par l'arrêt du 7 novembre 2014 précité, la cour d'appel de Rennes a condamné l'ASA à verser à Mme A une somme de 10 000 euros au titre de l'illégalité de son licenciement, qu'elle a estimé dénué de cause réelle et sérieuse. Si la requérante soutient, pour obtenir une indemnisation complémentaire, qu'elle a subi un préjudice lié à la réduction de ses droits à l'indemnisation de son chômage du fait de la perte de son emploi plus tôt que prévu, ainsi qu'un préjudice lié à la perte de ses droits à pension de retraite et de ses gains professionnels en raison de ce licenciement fautif, elle n'apporte aucune précision, ni aucun élément de nature à établir le montant de ses préjudices au-delà de l'indemnité de 10 000 euros qui lui a été accordée. Mme A invoque également la perte sérieuse de chance d'être titularisée. Toutefois, il résulte des dispositions de l'article 24 de l'ordonnance du 1er juillet 2004 visée ci-dessus que les agents des associations syndicales autorisées étant des agents contractuels, leur recrutement ne leur donne aucun droit à être titularisés dans la fonction publique, de sorte que la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait subi un préjudice du fait de cette perte de chance. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander devant le juge administratif une indemnisation des préjudices qu'elle a subis du fait de la faute de l'ASA, en supplément de ce qui lui a déjà été accordé par le juge judiciaire.

S'agissant des préjudices résultant de l'expulsion de la requérante de son logement de fonction :

11. D'une part, l'avantage en nature résultant de la disposition d'un logement de fonction par nécessité de service est la contrepartie des sujétions attachées à l'exercice effectif des fonctions, et ne peut être pris en considération pour la détermination des droits à indemnité de la requérante en dépit de son éviction illégale du service, l'intéressée n'ayant pas accompli, au cours de la période litigieuse, de service nécessitant un tel logement.

12. Il résulte de ce qui précède que les sommes que Mme A se prévaut d'avoir engagées pour se loger provisoirement à l'hôtel après son expulsion de son logement de fonction en 2013, pour déménager ses meubles et pour payer son loyer à compter de la signature d'un contrat de location le 21 octobre 2013 ne peuvent être prises en considération pour la détermination de ses droits à indemnité.

13. D'autre part, Mme A soutient qu'elle a subi un préjudice d'un montant total de 24 898 euros au titre de travaux qu'elle a effectués dans son logement avant son expulsion et qui procèdent d'un enrichissement sans cause de l'ASA. Toutefois, la seule production, par la requérante, d'un document " récapitulatif par tranche de travaux " pour un montant de 163 320 francs, daté du 19 mai 2003 et qui indique que " l'ensemble budgétaire déboursé par Mademoiselle A pourrait s'inscrire aux environs de 108 000 euros ", ne permet pas d'établir la réalité de ces travaux et, en conséquence, du préjudice qu'elle invoque, qui doit par suite être écarté.

14. Enfin, il résulte de l'instruction que les conditions brutales de l'expulsion de la requérante, dont elle se prévaut, résultent pour partie du fait qu'elle s'est maintenue dans son logement de fonction pendant plus de quatre ans, jusqu'à la date de son expulsion avec le concours de la force publique, le 8 octobre 2013. Eu égard toutefois à l'expulsion de son domicile dont Mme A et sa famille ont fait l'objet en conséquence du licenciement illégal de l'intéressée, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par cette dernière et des troubles dans ses conditions d'existence en lui allouant une somme de 2 000 euros à titre de réparation.

Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :

15. L'indemnité de 2 000 euros allouée à Mme A doit être augmentée des intérêts au taux légal à compter du 27 décembre 2018, date de réception par l'ASA de sa demande d'indemnisation.

16. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée par Mme A le 3 avril 2019. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 27 décembre 2019, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

17. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Crestin, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'ASA le versement à Me Crestin d'une somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'association syndicale autorisée des propriétaires du lotissement du Housseau est condamnée à verser à Mme A la somme de 2 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 27 décembre 2018, et de la capitalisation de ces intérêts à compter du 27 décembre 2019.

Article 2 : L'association syndicale autorisée des propriétaires du lotissement du Housseau versera à Me Crestin une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Crestin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de l'association syndicale autorisée des propriétaires du lotissement du Housseau présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à l'association syndicale autorisée des propriétaires du lotissement du Housseau et à Me Crestin.

Délibéré après l'audience du 3 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

La rapporteure,

L. C

Le président,

S. DEGOMMIERLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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