vendredi 27 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1903897 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL ONELAW |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée sous le n° 1903897 le 11 avril 2019, la société à responsabilité limitée (SARL) Atelier du lieu, représentée par Me Malric, demande au tribunal :
1°) de prononcer la restitution au titre du crédit d'impôt en faveur des dépenses de recherche d'une somme totale de 3 827 euros dont elle estime disposer à raison des dépenses qu'elle a engagées en 2015 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) d'ordonner le versement des intérêts moratoires prévus à l'article L. 208 du livre des procédures fiscales.
Elle soutient que :
- il ne peut lui être reproché de ne pas présenter d'état de l'art dès lors qu'aucune connaissance précise ne peut être recensée dans le domaine dans lequel elle a entrepris d'effectuer ses recherches ; il appartient à l'administration fiscale de produire d'autres références bibliographiques démontrant les lacunes de la société sur ce point ;
- la thèse rédigée par Mme A, salariée au sein de la société dans le cadre d'une convention industrielle de formation par la recherche (CIFRE), ne constituant pas le projet de recherche et développement qu'elle a développé en interne, ainsi l'administration fiscale ne peut pas nier le caractère de nouveauté des méthodes mises au point par ce projet de recherche et développement en se basant sur les travaux universitaires de cette salariée ;
- le projet de développement d'un processus de décision à destination des agences proposant des prestations d'assistance à maîtrise d'ouvrage face à un projet urbain participatif dans les petites villes et en présence d'un élu local est éligible au crédit d'impôt en faveur des dépenses recherche qu'elle a engagées au titre des années 2015 à 2017 ; en vue de l'établir, elle produit le dossier technique d'éligibilité ;
- le caractère nouveau de son projet réside notamment dans le fait que la démarche participative est toujours étudiée du point de vue du citoyen et non de l'élu local, ce qu'elle s'attache à entreprendre ;
- l'incertitude repose dans le fait qu'il n'existe pas de méthode permettant à une agence réalisant de l'assistance à maîtrise d'ouvrage d'accompagner finement l'élu local d'une petite ville dans la mise en place de démarches participatives dans le cadre d'un projet urbain ; à cet égard, plusieurs hypothèses auxquelles l'homme de l'art ne sait répondre ont été listées ;
- le caractère systématique est révélé par les études de cas qu'elle a réalisées, selon les hypothèses émises par la thèse ;
- le caractère transférable et reproductible se traduit par la mise en place de ce nouveau processus décisionnel via des outils développés dans le cadre d'une démarche participative d'un élu local faisant en même temps appel à une agence réalisant de l'assistance à maîtrise d'ouvrage dans ces milieux complexes de communes rurales et d'intercommunalité ;
- des indicateurs de recherche et développement sont présents au regard des nombreuses publications que ce projet a engendré ;
- elle est fondée à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, du paragraphe 250 de l'instruction administrative référencée BOI-BIC-RICI-10-10-10-20.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 novembre 2019, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la SARL Atelier du lieu ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée sous le n° 1903899 le 11 avril 2019, la société à responsabilité limitée (SARL) Atelier du lieu, représentée par Me Malric, demande au tribunal :
1°) de prononcer la restitution au titre du crédit d'impôt en faveur des dépenses de recherche d'une somme totale de 26 350 euros dont elle estime disposer à raison des dépenses qu'elle a engagées en 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) d'ordonner le versement des intérêts moratoires prévus à l'article L. 208 du livre des procédures fiscales.
Elle invoque les mêmes moyens que ceux présentés au soutien de la requête n° 1903897.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 novembre 2019, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la SARL Atelier du lieu ne sont pas fondés.
III. Par une requête enregistrée sous le n° 1903902 le 11 avril 2019, la société à responsabilité limitée (SARL) Atelier du lieu, représentée par Me Malric, demande au tribunal :
1°) de prononcer la restitution au titre du crédit d'impôt en faveur des dépenses de recherche d'une somme totale de 17 045 euros dont elle estime disposer à raison des dépenses qu'elle a engagées en 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) d'ordonner le versement des intérêts moratoires prévus à l'article L. 208 du livre des procédures fiscales.
Elle invoque les mêmes moyens que ceux présentés au soutien de la requête n° 1903897.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 novembre 2019, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la SARL Atelier du lieu ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Thierry, conseillère,
- et les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes, enregistrées sous les n°s 1903897, 1903899 et 1903902, qui concernent la même contribuable, présentent à juger des questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre afin d'y statuer par un seul jugement.
2. La société à responsabilité limitée (SARL) Atelier du lieu, qui exploite une agence d'architecture, d'urbanisme et de design située à Nantes (Loire-Atlantique), a sollicité auprès de l'administration fiscale, par des déclarations souscrites les 18 mai et 11 juin 2018, le remboursement, qui lui a été refusé, de crédits d'impôt dont elle estime disposer au titre des dépenses de recherche qu'elle a engagées en 2015, 2016 et 2017 pour des montants respectifs de 3 827 euros, 17 045 euros et 26 350 euros. La SARL Atelier du lieu demande au tribunal la restitution de ces crédits d'impôt.
Sur les demandes de restitution des crédits d'impôt pour les dépenses de recherche :
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :
3. Aux termes de l'article 244 quater B du code général des impôts : " I. - Les entreprises industrielles et commerciales ou agricoles imposées d'après leur bénéfice réel () peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année. Le taux du crédit d'impôt est de 30 % pour la fraction des dépenses de recherche inférieure ou égale à 100 millions d'euros (). ". Et aux termes de l'article 49 septies F de l'annexe III au même code : " Pour l'application des dispositions de l'article 244 quater B du code général des impôts, sont considérées comme opérations de recherche scientifique ou technique : / a. Les activités ayant un caractère de recherche fondamentale, qui pour apporter une contribution théorique ou expérimentale à la résolution des problèmes techniques, concourent à l'analyse des propriétés, des structures, des phénomènes physiques et naturels, en vue d'organiser, au moyen de schémas explicatifs ou de théories interprétatives, les faits dégagés de cette analyse ; / b. Les activités ayant le caractère de recherche appliquée qui visent à discerner les applications possibles des résultats d'une recherche fondamentale ou à trouver des solutions nouvelles permettant à l'entreprise d'atteindre un objectif déterminé choisi à l'avance. / Le résultat d'une recherche appliquée consiste en un modèle probatoire de produit, d'opération ou de méthode ; / c. Les activités ayant le caractère d'opérations de développement expérimental effectuées, au moyen de prototypes ou d'installations pilotes, dans le but de réunir toutes les informations nécessaires pour fournir les éléments techniques des décisions, en vue de la production de nouveaux matériaux, dispositifs, produits, procédés, systèmes, services ou en vue de leur amélioration substantielle. Par amélioration substantielle, on entend les modifications qui ne découlent pas d'une simple utilisation de l'état des techniques existantes et qui présentent un caractère de nouveauté. ".
4. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si les opérations réalisées par l'entreprise entrent dans le champ d'application de l'avantage fiscal institué par l'article 244 quater B du code général des impôts eu égard aux conditions dans lesquelles sont effectuées ces opérations.
5. Il résulte de l'instruction que la SARL Atelier du lieu a déclaré, au titre du crédit d'impôt pour les dépenses de recherche des années 2015 à 2017, les dépenses exposées dans le cadre d'un projet d'étude et de mise en place, dans le contexte particulier de développement des compétences des établissements publics de coopération intercommunale en matière d'urbanisme, d' " un processus de décision pour une agence réalisant de l'assistance à maîtrise d'ouvrage face à un projet participatif dans les petits villes et en présence d'un élu local ". Ce projet avait pour objectif de développer des outils favorisant le processus décisionnel dans le cadre de la mise en place d'un projet d'aménagement urbain participatif dans les petites villes, pour la réalisation duquel l'élu local est contraint de faire appel à des agences réalisant de l'assistance à maîtrise d'ouvrage faute de disposer en interne de moyens techniques et humains suffisants pour assurer la maîtrise d'ouvrage. Parallèlement à la réalisation de ce projet, la SARL Atelier du lieu a recruté une architecte diplômée d'Etat et urbaniste de formation, doctorante, au titre d'une convention industrielle de formation par la recherche (CIFRE), dont les travaux de recherche, réalisés dans le cadre de cette étude, ont conduit à la soutenance d'une thèse. La société requérante fait valoir que ce projet, pour tous les axes étudiés, a permis de lever des incertitudes scientifiques et techniques et d'y répondre en apportant des connaissances nouvelles, lesquelles ont notamment fait l'objet de publications et de recensements divers.
6. Toutefois, ainsi que l'a relevé l'administration fiscale, il résulte de l'instruction que l'état de l'art présenté par la SARL Atelier du lieu ne permet pas d'apprécier l'existence d'une avancée ou d'une innovation apportée par l'étude à ce dernier, ladite étude se bornant à ne citer, en ce qui concerne spécifiquement le domaine de l'urbanisme dans lequel elle intervient, qu'une seule étude publiée en 2009. De même, les verrous ou incertitudes scientifiques ne sont pas mis en évidence et la société requérante ne produit aucun document permettant de modéliser les démarches conceptuelles qu'elle aurait menées en amont du développement des divers outils qu'elle a créés pour accompagner le processus décisionnel, lesquels sont présentés dans les dossiers d'éligibilité produits à l'appui de ses trois requêtes. En outre, il résulte également de l'instruction que la SARL Atelier du lieu n'établit pas suffisamment que les outils ainsi créés, tels que le support de formation aux élus, la grille d'évaluation de la portée de la participation citoyenne, la feuille de réunion, les outils spécifiques de discussion permettant de favoriser les débats ou encore, le tableau unique de hiérarchisation des actions, consisteraient en des résultats reproductibles. Enfin, il ne résulte pas davantage de l'instruction que les travaux qu'elle a menés au cours des trois années en litige auraient permis l'acquisition de nouvelles connaissances dans le domaine de l'urbanisme. Il suit de là que le contenu du projet rappelé au point 5 ne saurait être regardé comme une activité de recherche appliquée, contrairement à ce que soutient la société requérante. A cet égard, la circonstance que ses travaux, dont, au demeurant, l'ampleur et les diverses phases d'études concrètes qui se sont déroulées sur les trois années concernées ne sont pas précisées, ont donné lieu à diverses publications ne saurait suffire à les regarder comme éligibles au crédit d'impôt en cause.
7. Il résulte de ce qui précède que les études et travaux menés par la SARL Atelier du lieu à l'occasion de ses projets d'accompagnement des élus locaux des petites villes dans le cadre d'un projet urbain participatif ne peuvent pas être regardés comme ayant été engagés en vue de la production de nouveaux matériaux, procédés ou systèmes présentant un caractère de nouveauté ou comme ayant apporté une contribution théorique ou expérimentale à la résolution des problèmes techniques, au sens de l'article 49 septies F de l'annexe III au code général des impôts. Par suite, les dépenses en litige ne sont pas éligibles au crédit d'impôt en faveur de la recherche prévue par les dispositions précitées de l'article 244 quater B de ce code.
En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :
8. La SARL Atelier du lieu ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, du paragraphe 250 des commentaires administratifs publiés au Bulletin officiel des finances publiques le 12 septembre 2012 sous la référence BOI-BIC-RICI-10-10-10-20, qui ne contiennent au demeurant aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait ici application, dès lors qu'elle n'a fait l'objet d'aucun rehaussement d'imposition.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de restitution des crédits d'impôt présentées par la SARL Atelier du lieu doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'État, qui n'est pas la qualité de partie perdante dans les présentes instances, verse à la SARL Atelier du lieu les sommes que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°s 1903897, 1903899 et 1903902 de la SARL Atelier du lieu sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Atelier du lieu et à la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Livenais, président,
Mme Rosemberg, première conseillère,
Mme Thierry, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.
La rapporteure,
S. THIERRY
Le président,
Y. LIVENAISLe greffier,
E. LE LUDEC
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
N°s 1903897, 1903899, 190390
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026