jeudi 21 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1903962 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 12eme chambre |
| Avocat requérant | AVOXA NANTES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 11 avril 2019, 31 mai 2023 et 21 août 2023, M. A B, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la communauté d'agglomération de la région nazairienne et de l'estuaire (la Carene) à l'indemniser des préjudices résultant d'un accident de travail survenu le 14 janvier 2011, à hauteur d'une somme de 100 000 euros, à parfaire, assortie des intérêts de droit à compter de la réception de la demande indemnitaire préalable ;
2°) d'ordonner avant dire droit une expertise visant à établir ses préjudices et de surseoir dans l'attente de la remise du rapport d'expertise définitif.
Il soutient que :
- la Carene a reconnu l'imputabilité au service de l'accident survenu le 14 janvier 2011 jusqu'au 4 janvier 2016 ;
- il justifie d'un préjudice financier tenant à l'impossibilité d'exercer son activité accessoire d'entraîneur de stages de natation et de sauvetage pour une association, qui lui rapportait environ 3 000 euros par an ;
- il a subi une perte de chance de bénéficier d'un avancement au grade d'éducateur principal de 1ère classe auquel il pouvait prétendre en raison de son ancienneté et de ses bonnes évaluations ; ce préjudice peut être évalué à 10 000 euros ;
- il subit des troubles dans ses conditions d'existence compte tenu de son traitement lourd et de ses consultations régulières aux urgences hospitalières ; ce préjudice peut être évalué à 10 000 euros ;
- il subit un préjudice moral compte tenu de l'impossibilité de fréquenter toute piscine alors qu'il a dédié sa carrière et ses loisirs au milieu aquatique ;
- depuis l'introduction de la requête, il a été mis à la retraite d'office pour invalidité, en dépit d'une faute inexcusable de son employeur, tenant à l'absence de déchloraminateurs, aucune tentative de reclassement n'a été faite ;
- cette mise à la retraite pour invalidité est génératrice de nouveaux préjudices, s'ajoutant aux préjudices initialement invoqués ; une mission d'expertise est indispensable pour déterminer l'étendue de ses préjudices ;
- il est recevable à solliciter la condamnation de la Carene à lui verser une somme de 100 000 euros à titre de dommages et intérêts, somme à parfaire, toutes causes confondues.
Par des mémoires en défense enregistrés le 17 avril 2020 et le 30 juin 2023, la Carene, représentée par Me Bernot, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les conclusions tendant à l'indemnisation d'une perte de chance d'être promu et d'un préjudice de carrière sont irrecevables dès lors que ces préjudices ne figurent pas au nombre des préjudices personnels ou de préjudices patrimoniaux autres que ceux forfaitairement réparés dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions ; ces deux préjudices ne sont en tout état de cause pas fondés ;
- les conclusions tendant à l'indemnisation d'un préjudice financier sont irrecevables dès lors que le requérant n'a pas formulé d'indemnisation à ce titre dans sa réclamation préalable ;
- la matérialité des troubles dans les conditions d'existence invoqués n'est pas établie ;
- le préjudice moral n'est pas établi dès lors qu'il n'est pas démontré que l'interdiction de fréquenter les milieux chlorés soit en lien direct avec l'accident de service, ni que les loisirs du requérant se limitent aux activités en milieu aquatique ;
- les conclusions tendant à la réparation des conséquences dommageables des conditions de recherche de son reclassement et de sa mise à la retraite pour invalidité sont irrecevables en l'absence de liaison du contentieux s'agissant de ces faits générateurs, distincts du fait générateur tenant à l'accident de travail, seul invoqué dans la réclamation préalable et dans la requête introductive d'instance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Milin, première conseillère ;
- les conclusions de Mme Malingue, rapporteure publique ;
- les observations de M. B ;
- les observations de Me William, substituant Me Bernot, représentant la Carene.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, éducateur des activités physiques et sportives principal de 2ème classe auprès de la Carene, qui exerçait des fonctions de maître-nageur à la piscine de Donges, a été victime, le 14 janvier 2011, d'un accident lié à l'inhalation d'une dose excessive de chlore. Par une décision du 28 mars 2017, la Carene a reconnu que cet accident était imputable au service, jusqu'au 4 janvier 2016, date de consolidation, et l'a donc pris en charge au titre des dispositions statutaires applicables aux fonctionnaires territoriaux. Par un courrier du 21 décembre 2018, M. B a demandé à la Carene de l'indemniser de troubles dans ses conditions d'existence, d'une perte de chance de bénéficier d'un avancement de grade et d'un préjudice moral, préjudices résultant selon lui de l'accident de service du 14 janvier 2011. Par un courrier du 19 février 2019, le président de la Carene a refusé de faire droit à cette demande indemnitaire. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner la Carene à l'indemniser des préjudices résultant de l'accident survenu le 14 janvier 2011.
Sur la responsabilité :
2. Il est constant que l'accident dont M. B a été victime le 14 janvier 2011 présente le caractère d'un accident de service. Au titre de l'obligation qui incombe aux collectivités de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions, la responsabilité sans faute de la Carene vis-à-vis de M. B est engagée en raison de l'accident de service en cause.
3. Les dispositions instituant la rente viagère d'invalidité et l'allocation temporaire d'invalidité ont pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Ces chefs de préjudices sont réparés forfaitairement dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne.
4. Il résulte de l'instruction que la réclamation indemnitaire préalable de M. B adressée à l'administration portait sur l'engagement de la responsabilité sans faute de l'employeur, à l'exclusion de toute demande d'engagement de la responsabilité pour faute de la Carene. Par conséquent, les demandes d'indemnisation présentées au titre de la perte de chance d'être promu et d'un préjudice de carrière, à laquelle il ne pourrait être fait droit qu'en cas d'engagement éventuel de la responsabilité pour faute de l'employeur reposent sur une cause juridique nouvelle et sont, comme le fait valoir la Carene en défense, irrecevables pour ce motif.
5. Le requérant soutient qu'il subit un préjudice financier tenant à l'absence de revenus tirés d'une activité professionnelle annexe, de moniteur de stage de natation et de sauvetage auprès d'une association, qu'il était autorisé à exercer, et à laquelle il a dû mettre fin en raison de l'interdiction médicale qui lui est faite de se trouver en milieu chloré. Toutefois, il résulte de l'instruction que M. B a continué à exercer cette activité annexe durant plusieurs années postérieurement à l'accident du 14 janvier 2011, de sorte que le lien de causalité entre la cessation de cette activité et les séquelles de cet accident ne peut être regardé comme établi avec certitude. En outre, et en tout état de cause, le requérant n'établit pas en outre les revenus tirés de cette activité annexe, ni leur régularité. Il suit de là que l'étendue du préjudice n'est pas établie de sorte que le chef de préjudice invoqué ne peut donner lieu à indemnisation.
6. Le requérant soutient qu'il subit, à raison de son accident de travail du 14 janvier 2011, des troubles dans ses conditions d'existence tenant à la lourdeur de son traitement et à la nécessité de se rendre régulièrement à des consultations hospitalières. Toutefois, il ne verse à l'instance aucun document relatif à un éventuel traitement ou à son suivi médical. Par conséquent, en l'absence de tout élément permettant de caractériser ces troubles dans les conditions d'existence, la réalité de ce chef de préjudice ne peut être tenue pour établie.
7. Le requérant fait valoir un préjudice moral, consécutif à l'accident du 14 janvier 2011, tenant à l'impossibilité de fréquenter toute piscine alors qu'il a dédié sa carrière et ses loisirs au milieu aquatique. Il résulte de l'instruction que, dans un avis du 25 mars 2019, le médecin-expert chargé de donner un avis sur la mise à la retraite pour invalidité de M. B a estimé que l'état de santé de celui-ci, se caractérisant par un asthme, était en rapport avec l'accident du travail et le rendait définitivement inapte à l'exercice de ses fonctions. Par conséquent, quand bien même M. B a continué d'exercer une activité accessoire de maître-nageur durant plusieurs années, après l'accident du service du 14 janvier 2011, le requérant établit suffisamment que l'impossibilité pour lui d'évoluer dans un milieu chloré est en lien avec cet accident. Compte tenu de l'impossibilité pour M. B, né en 1968, de continuer à fréquenter les piscines chlorées, alors qu'il avait fait de l'enseignement de la natation son métier et qu'il n'est pas sérieusement contesté que M. B consacrait une partie de ses loisirs à cette activité, le requérant justifie d'un préjudice moral dont il y a lieu de fixer l'indemnisation à un montant de 3 000 euros.
Sur la demande d'expertise :
8. Dans ses mémoires des 31 mai 2023 et 21 août 2023, M. B soutient que, depuis l'introduction de sa requête, il a été mis à la retraite d'office pour invalidité, en dépit d'une faute inexcusable de son employeur, tenant à l'absence de déchloraminateurs et à l'absence de tentative de reclassement. Il demande l'indemnisation de préjudices nouveaux, qu'il ne nomme pas mais qu'une expertise médicale serait selon lui susceptible de préciser. Toutefois, comme il a été dit au point 4, la réclamation indemnitaire préalable de M. B se fondait uniquement sur l'engagement de la responsabilité sans faute de la Carene, à l'exclusion de toute demande d'engagement de la responsabilité pour faute de la collectivité. Par conséquent, les conclusions tendant à l'indemnisation d'éventuels nouveaux préjudices, résultant d'une faute de la Carene, sont fondés sur une cause juridique nouvelle et sont pour ce motif irrecevables. Si le requérant fait valoir qu'il n'a pas, par ses mémoires des 31 mai 2023 et 21 août 2023, introduit de cause juridique nouvelle, mais s'est borné à solliciter l'indemnisation de préjudices nouveaux, résultant de sa mise à la retraite pour invalidité, qui découlerait du même fait générateur initialement invoqué, à savoir l'accident du travail du
14 janvier 2011, il résulte de l'instruction, comme il a été dit au point 1, que l'accident de service a été regardé comme consolidé à la date du 4 janvier 2016, soit avant la mise à la retraite d'office de M. B, qui ne fait pas valoir explicitement de rechute d'accident de service, et qui ne verse pas à l'instance de document permettant de présumer une telle rechute ou l'imputabilité au service de sa mise à la retraite, de sorte que le lien de causalité entre l'accident du 4 janvier 2011 et les éventuels préjudices résultant de la mise à la retraite d'office du 1er avril 2023 n'est pas établi. Par suite, il y a lieu de rejeter la demande d'expertise présentée par le requérant, ainsi que ses conclusions tendant à l'indemnisation de nouveaux préjudices en lien avec la mise à la retraite pour invalidité.
9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner la Carene à verser à
M. B la somme totale de 3 000 euros. Cette somme portera intérêts à compter du
24 décembre 2018, date de réception de la demande indemnitaire préalable de M. B par la communauté d'agglomération de la région nazairienne et de l'estuaire
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante de l'instance, la somme demandée par la Carene sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La responsabilité sans faute de la Carene vis-à-vis de M. B est engagée en raison de l'accident de service dont il a été victime le 14 janvier 2011.
Article 2 : La Carene est condamnée à verser à M. B la somme de 3 000 euros augmentée des intérêts à compter du 24 décembre 2018.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la communauté d'agglomération de la région nazairienne et de l'estuaire.
Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Gourmelon, présidente,
Mme Milin, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.
La rapporteure,
C. MILIN
La présidente,
V. GOURMELON
La greffière,
F. ARLAIS
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026