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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1904122

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1904122

mercredi 10 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1904122
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSELARL CLEMENT & DELPIANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 avril 2019, Mme D B, représentée par Me Lefèvre puis par Me Diversay, demande au tribunal :

1°) de condamner l'hôpital intercommunal du Pays de Retz à lui verser la somme totale de 15 500 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison d'un harcèlement moral ;

2°) de mettre à la charge de l'hôpital intercommunal du Pays de Retz la somme de 3 000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a été victime de harcèlement moral de la part de la direction de l'établissement de santé qui, d'une part, lui a adressé, à domicile, une décision de changement d'affectation sur un site situé à 21 km de chez elle, d'autre part, a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de son état de santé, en lien avec cette décision malgré l'avis unanime de la commission de réforme et, enfin, lui a adressé un courrier, le 4 octobre 2018, aux termes duquel il lui a été demandé de reprendre ses fonctions sous la menace d'un abandon de poste et d'une radiation des cadres ;

- les préjudices qu'elle a subis du fait de ce harcèlement moral doivent être indemnisés comme suit :

* 9 000 euros en réparation du préjudice financier lié à sa perte de rémunération d'août 2017 à octobre 2018 à la suite de sa demande de placement en disponibilité personnelle, formulée en raison de la menace de radiation des cadres qu'elle a subie ;

* 5 000 euros au titre de son préjudice moral ;

* 1 500 euros au titre des démarches et frais de procédure qu'elle a dû engager.

Par un mémoire, enregistré le 1er août 2019, l'hôpital intercommunal du Pays de Retz, représenté par Me Clément, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de condamner Mme B au paiement des entiers dépens et de mettre à la charge de cette dernière la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Un mémoire produit pour Mme B et enregistré le 15 septembre 2022 n'a pas été communiqué.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Dubus, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Lefèvre, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D B a exercé les fonctions d'agent des services hospitaliers au sein de l'hôpital intercommunal du Pays de Retz (HIPR), à Pornic (Loire-Atlantique), en tant qu'agent contractuel depuis 2008, puis en tant qu'agent titulaire à compter du 1er septembre 2014. Elle a été affectée, dès son recrutement en 2008, sur le site de Paimboeuf, au service d'un des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) de l'hôpital intercommunal. Par courrier du 23 novembre 2016, dont elle a pris connaissance à son domicile le 27 novembre 2016, le directeur de l'HIPR a informé Mme B qu'elle serait affectée à l'EHPAD de Pornic à compter du 9 janvier 2017. Le 28 novembre 2016, au cours de son service et en raison d'un état de faiblesse important, cette dernière a été orientée par ses collègues vers le médecin du travail. Par courrier réceptionné par l'administration le 7 décembre 2016, Mme B a adressé à l'HIPR une déclaration initiale d'accident du travail. La commission de réforme, réunie le 13 avril 2017, a émis un avis favorable à l'imputabilité au service de l'accident du 28 novembre 2016. Par décision du 26 avril 2017, le directeur de l'HIPR a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident du 28 novembre 2016. Cette décision a été annulée par le jugement n° 1706263 du 17 février 2021, devenu définitif, du tribunal administratif de Nantes.

2. Mme B a été placée en congé de maladie ordinaire à compter du 28 novembre 2016. Elle a formulé une demande de placement en congé de longue maladie. Par avis du 7 septembre 2017, le comité médical départemental s'est prononcé en défaveur d'un tel placement en congé de longue maladie et en faveur d'une réintégration de l'intéressée dès notification. Le comité médical supérieur a, par avis du 19 juin 2018, confirmé celui du comité médical départemental. Par courrier du 4 octobre 2018, le directeur de l'établissement de santé a, d'une part, mis Mme B en demeure de se présenter, le 16 octobre 2018, devant le médecin du travail pour une visite médicale de reprise et, sous réserve de l'avis d'aptitude rendu par ce dernier, de reprendre ses fonctions le jour même et l'a, d'autre part, informée qu'elle s'exposait, à défaut, à une radiation des cadres pour abandon de poste. Mme B a alors demandé son placement en disponibilité pour convenances personnelles, ce qui lui a été accordé par décision de l'HIPR.

3. Par courrier du 17 décembre 2018, Mme B a adressé à l'HIPR une demande tendant à l'indemnisation de ses préjudices en lien avec le harcèlement moral qu'elle estimait avoir subi. Devant le silence gardé par l'administration, et par la présente requête, Mme B demande la condamnation de l'HIPR au versement d'une somme totale de 15 500 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait du harcèlement moral dont elle a fait l'objet.

Sur les conclusions indemnitaires :

4. Aux termes du premier alinéa de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 portant droit et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. () ".

5. D'une part, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. D'autre part, pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé. Enfin, peuvent être qualifiés de harcèlement moral les agissements répétés qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail de l'agent susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel.

7. Mme B soutient qu'elle a fait l'objet d'agissements constitutifs de harcèlement moral de la part de la direction de l'HIPR dès lors qu'elle a, par courrier du 23 novembre 2016, reçu à domicile le 27 novembre suivant, été destinataire d'une décision modifiant son affectation et la nommant sur un nouveau site, situé à 21 km de chez elle, sans avoir été consultée à ce sujet. Il résulte toutefois de l'instruction, et notamment des termes mêmes de la décision du 23 novembre 2016, et il n'est pas contesté, que ce changement d'affectation avait pour objectif, d'une part, de faire cesser des dysfonctionnements constatés au sein de l'EHPAD de Paimboeuf, auquel Mme B était affectée depuis huit ans et, d'autre part, de répondre à une situation de souffrance professionnelle dans laquelle se trouvait la requérante. Il est par ailleurs soutenu par l'HIPR, et non sérieusement contesté, et il résulte des termes de la décision précitée du 23 novembre 2016, que l'établissement de santé a procédé à plusieurs changements d'affectation, concernant différents agents, dans le cadre de la réorganisation de cet EHPAD. Il s'en suit que la décision du 23 novembre 2016, prise isolément, et aussi regrettable que soit le fait de l'avoir adressée au domicile de la requérante, n'est pas susceptible de faire présumer l'existence d'agissements constitutifs d'un harcèlement moral.

8. Mme B soutient, d'autre part, que le fait, pour la direction de l'HIPR, d'avoir, par décision du 26 avril 2017, refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de l'accident qu'elle a subi à la suite de la réception de la décision de changement d'affectation susmentionnée, et alors que la commission de réforme s'était prononcée favorablement à une telle reconnaissance par avis du 13 avril 2017, relève d'un agissement constitutif de harcèlement moral. Toutefois, une telle décision de rejet, fondée sur les conclusions d'un médecin psychiatre agréé, prise par la direction de l'HIPR, qui n'était, au demeurant, pas liée par l'avis de la commission de réforme, ne saurait caractériser un exercice anormal du pouvoir hiérarchique.

9. Mme B soutient, enfin, que relève d'un agissement constitutif de harcèlement moral le courrier du 4 octobre 2018, aux termes duquel la direction de l'HIPR l'a notamment mise en demeure de se présenter, le 16 octobre 2018, devant le médecin du travail pour une visite médicale de reprise et, sous réserve de l'avis d'aptitude rendu par ce dernier, de reprendre ses fonctions le jour même. Toutefois, il est constant que, par avis du 7 septembre 2017, le comité médical départemental s'était prononcé en faveur d'une réintégration de l'intéressée dès notification de cet avis et que le comité médical supérieur avait, par avis du 19 juin 2018, confirmé cet avis du comité médical départemental. Il résulte en outre de l'instruction, et notamment des termes d'un courrier du 20 juillet 2018 adressé par la direction de l'HIPR à Mme B, ainsi que d'une décision du 13 juillet 2018 de réintégration de la requérante, et il n'est pas contesté par cette dernière, qu'elle a été reçue en entretien le 30 juillet 2018 afin d'évoquer sa situation et les conditions de sa reprise d'activité, sous réserve de l'avis d'aptitude du médecin du travail. Il n'est par ailleurs pas contesté par la requérante qu'il lui a alors été proposé d'intégrer l'EHPAD de Saint-Père-en-Retz, plus proche de son domicile que celui de Pornic. Il résulte de ce qui précède que le fait, pour la direction de l'HIPR, qui a reçu Mme B en entretien et a tenté de trouver un poste correspondant davantage à ses contraintes, d'avoir informé l'intéressée de sa décision de la réintégrer, à la lumière des avis du comité médical départemental et du comité médical supérieur et sous réverse d'un avis d'aptitude émis par le médecin du travail, n'est pas susceptible de faire présumer l'existence d'agissements constitutifs d'un harcèlement moral.

10. Enfin, Mme B soutient que relève d'un agissement constitutif de harcèlement moral le fait de l'avoir informée de ce qu'elle s'exposait à une radiation des cadres pour abandon de poste si elle ne se rendait pas à la visite médicale de reprise et, dans l'hypothèse d'un avis d'aptitude rendu par le médecin du travail, ne reprenait pas son activité professionnelle. Toutefois, d'une part, le fait, pris isolément, de l'avoir alertée sur les conséquences d'un tel comportement n'est pas susceptible de faire présumer l'existence d'agissements constitutifs d'un harcèlement moral. Enfin, et au surplus, le certificat médical émis par le médecin traitant de la requérante, au demeurant non produit par cette dernière et alors que Mme B n'établit pas qu'il aurait apporté un élément nouveau relatif à son état de santé ou à une aggravation de ce dernier, n'était pas de nature à remettre en cause les appréciations médicales émises par le comité médical départemental et par le comité médical supérieur par avis respectifs, susmentionnés, des 7 septembre 2017 et 19 juin 2018.

11. Il résulte de tout ce qui précède que si Mme B a souffert de son changement d'affectation, les faits qu'elle dénonce, pris isolément ou dans leur ensemble, ne sont pas susceptibles de faire présumer l'existence d'agissements constitutifs d'un harcèlement moral de la part de l'HIPR.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requérante tendant à la condamnation de l'établissement public à lui verser une indemnité de 15 500 euros en réparation de ses préjudices liés au harcèlement moral qu'elle estime avoir subi doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux dépens :

13. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de l'HIPR présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'HIPR qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme demandée au même titre par l'HIPR.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l'hôpital intercommunal du Pays de Retz au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et celles relatives aux dépens sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et à l'hôpital intercommunal du Pays de Retz.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2023.

La rapporteure,

A. A

La présidente,

M.BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention

en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis

en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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