vendredi 28 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1905870 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | LEFEUVRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 juin 2019, M. et Mme A B, représentés D, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à leur charge au titre des années 2010 à 2016, ainsi que des majorations correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'administration fiscale ne démontre pas que M. B aurait exercé une activité occulte ;
- son activité n'a pas présenté de caractère habituel avant le 20 juin 2013, ainsi qu'il ressort du jugement du tribunal correctionnel de Nantes du 8 février 2018, qui s'impose à l'administration fiscale ;
- M. B ne peut être regardé comme ayant exercé une activité commerciale au sens de l'article 34 du code général des impôts, éclairé par les commentaires administratifs publiés au Bulletin officiel des finances publiques sous la référence BOI-BIC-CHAMP-10-10, paragraphe n° 10, et de l'article L. 110-1 du code de commerce ;
- l'administration fiscale ne pouvait dans ces conditions exercer son droit de reprise au-delà de la troisième année suivant celle au titre de laquelle l'imposition était due, conformément à l'article L. 169 du livre des procédures fiscales ;
- le montant des revenus pris en compte par l'administration fiscale pour mettre à leur charge les impositions litigieuses est erroné ; de nombreuses remises de chèques concernent leur vie privée ; les virements effectués par la société Bretaudeau concernent l'activité agricole de
M. B ; ils justifient, par la production de factures, de dépenses exposées pour l'entretien de son tracteur ;
- la pénalité de 80 % pour activité occulte dont ont été assorties les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à leur charge n'est pas fondée.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 décembre 2019, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public,
- et les observations de Me Lefeuvre, représentant M. et Mme B, qui a informé oralement le tribunal du décès de M. B, intervenu en cours d'instance.
Une note en délibéré, présentée pour M. et Mme B D, a été enregistrée au greffe du tribunal le 11 octobre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Par un jugement du 8 février 2018, le tribunal correctionnel de Nantes a déclaré
M. A B, demeurant à Vallet (Loire-Atlantique), coupable des faits d'exécution de travail dissimulé commis du 29 juin 2013 au 30 juin 2016, à raison de l'exercice non déclaré d'une activité de vidange de fosses septiques. Informée de ces faits par l'autorité judiciaire, l'administration fiscale a constaté que M. B n'avait souscrit aucune déclaration professionnelle auprès d'un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce ni aucune déclaration fiscale au titre du chiffre d'affaires et des revenus procurés par cette activité, exercée du 1er janvier 2010 au 30 juin 2016, qu'elle a de ce fait regardée comme une activité occulte. Elle a par conséquent procédé d'une part, à la reconstitution du chiffre d'affaires réalisé au titre de cette activité et soumis à la taxe sur la valeur ajoutée, selon la procédure de taxation d'office, et, d'autre part, à l'évaluation d'office des revenus tirés de cette activité et imposables à l'impôt sur le revenu du foyer de M. B et de son épouse, dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux. Par une proposition de rectification du 10 juillet 2018, l'administration fiscale a ainsi notifié à M. B des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des années 2010 à 2016 ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2010 au 30 juin 2016, qui ont été mis en recouvrement le 31 décembre 2018. M. et Mme B ont contesté les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à leur charge par une réclamation préalable du 15 novembre 2018, à laquelle l'administration fiscale a partiellement fait droit par une décision du 11 avril 2019. Par leur requête, M. et Mme B demandent la décharge de ces impositions, ainsi que des majorations correspondantes.
Sur les conclusions aux fins de décharge des impositions litigieuses :
2. Aux termes de l'article L. 68 du livre des procédures fiscales : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° et 5° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. / Toutefois, il n'y a pas lieu de procéder à cette mise en demeure : () / 3° Si le contribuable s'est livré à une activité occulte, au sens du deuxième alinéa de l'article L. 169 () ". Aux termes de l'article L. 73 du même livre : " Peuvent être évalués d'office : 1° Le bénéfice imposable des contribuables qui perçoivent des revenus provenant d'entreprises industrielles, commerciales ou artisanales, ou des revenus d'exploitations agricoles imposables selon un régime de bénéfice réel, lorsque la déclaration annuelle prévue à l'article 53 A du code général des impôts n'a pas été déposée dans le délai légal ; (). ".
3. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 169 du même livre : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. / Par exception aux dispositions du premier alinéa, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due, lorsque le contribuable exerce une activité occulte ou lorsqu'il est bénéficiaire de revenus distribués par une personne morale exerçant une activité occulte. L'activité occulte est réputée exercée lorsque le contribuable ou la personne morale mentionnée à la première phrase du présent alinéa n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et soit n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, soit s'est livré à une activité illicite. ". Il résulte de ces dispositions que dans le cas où un contribuable n'a ni déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire, ni fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, son activité est réputée occulte s'il n'est pas en mesure d'établir qu'il a commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ses obligations déclaratives.
En ce qui concerne le caractère occulte de l'activité de M. B :
4. Il résulte de l'instruction que, pour estimer que M. B s'était livré, du 1er janvier 2010 au 30 juin 2016, à une activité occulte de vidange de fosses septiques, l'administration fiscale s'est fondée sur le jugement du 8 février 2018 par lequel le tribunal correctionnel de Nantes l'a reconnu coupable des faits d'exécution d'un travail dissimulé au titre de cette activité, pour la période du 29 juin 2013 au 30 juin 2016, mais également sur les éléments recueillis au cours de la procédure pénale dont il a fait l'objet, portés à sa connaissance dans le cadre de l'exercice de son droit de communication. Elle a ainsi tenu compte, notamment, des déclarations de M. B, de ses relevés de comptes bancaires ainsi que des constats opérés lors des investigations menées par les services de la gendarmerie relatifs aux factures établies par l'intéressé et aux nombreux chèques encaissés par celui-ci au cours de la période en litige. Si les requérants soutiennent que le tribunal correctionnel de Nantes a constaté la prescription du délit poursuivi au titre de la période du 1er janvier 2010 au 28 juin 2013, cette circonstance ne faisait pas en elle-même obstacle, alors que la procédure d'imposition litigieuse est indépendante de la procédure pénale à l'issue de laquelle ce jugement est intervenu, à ce que l'administration fiscale prenne en compte les éléments afférents à cette période pour estimer que M. B exerçait l'activité en cause depuis le 1er janvier 2010, ce que les requérants ne contestent d'ailleurs pas sérieusement et qui n'est pas remis en cause par le seul constat de la prescription pénale. Il est en outre constant que M. B n'a pas déclaré l'activité de vidange de fosses septiques en cause auprès d'un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, et n'a souscrit aucune déclaration auprès de l'administration fiscale, sans que les requérants ne soutiennent avoir commis une erreur, justifiant qu'ils ne se soient pas acquittés de leurs obligations déclaratives. L'administration fiscale établit, dans ces conditions, le caractère occulte de l'activité de vidange de fosses septiques exercée par M. B du 1er janvier 2010 au 30 juin 2016, les requérants ne pouvant, au demeurant, utilement invoquer les dispositions de l'article 34 du code général des impôts, relatif à la définition des bénéfices industriels et commerciaux, éclairées par les commentaires administratifs publiés au Bulletin officiel des finances publiques sous la référence BOI-BIC-CHAMP-10-10, paragraphe n° 10, et de l'article L. 110-1 du code de commerce, relatif à la définition des actes de commerce, pour contester le caractère occulte de cette activité, les impositions litigieuses n'étant en tout état de cause pas fondées sur le caractère commercial ou non d'une telle activité.
En ce qui concerne la prescription du droit de reprise :
5. Il résulte de ce qui précède que, compte tenu de l'exercice occulte, par M. B, d'une activité de vidange de fosses septiques du 1er janvier 2010 au 30 juin 2016, le droit de reprise de l'administration à raison des impositions en litige s'exerçait, en application des dispositions précitées de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, jusqu'à la fin de la dixième année suivant celle au cours de laquelle l'imposition est due. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le droit de reprise de l'administration fiscale, exercé au cours de l'année 2018, aurait été prescrit au titre des années d'imposition en litige.
En ce qui concerne le montant des revenus imposables :
6. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. ". Aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193, le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré. ".
7. Il résulte de l'instruction que, pour procéder à l'évaluation d'office des revenus perçus par M. B au titre de son activité de vidange de fosses septiques au titre des années 2010 à 2016, imposables dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux, l'administration fiscale a tenu compte des sommes encaissées sur les comptes bancaires de l'intéressé qui ne constituaient pas des salaires et pensions, et correspondaient, pour l'essentiel, à des remises de chèques, ainsi qu'à des virements effectués par la société Bretaudeau. Si M. et Mme B soutiennent que de nombreuses remises de chèques prises en compte par l'administration fiscale sont sans lien avec cette activité et " concernent leur vie privée ", ils n'apportent aucun élément de précision ni de justification permettant de le démontrer, alors au demeurant qu'il est constant que la somme de 41 472,33 euros perçue en 2011, correspondant à un versement effectué dans le cadre d'une succession, n'a pas été prise en compte dans la base d'imposition. Ils ne justifient pas, par ailleurs, que les virements réalisés par la société Bretaudeau auraient été effectués dans le cadre de l'activité agricole de M. B, et non de l'activité occulte en cause. En outre, les factures qu'ils produisent sont insuffisamment précises pour établir qu'elles correspondraient aux frais engagés pour l'entretien du matériel, et en particulier du tracteur, utilisé pour l'exercice de l'activité de vidange de fosses septiques, et qui constitueraient, de ce fait, des charges déductibles de leur revenu imposable. Il en résulte que les requérants n'apportent pas la preuve, qui leur incombe, du caractère exagéré des bases d'imposition ainsi reconstituées.
En ce qui concerne la majoration pour activité occulte :
8. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () c. 80 % en cas de découverte d'une activité occulte. (). ".
9. Il résulte de ce qui précède que, M. B n'ayant pas déposé les déclarations qu'il était tenu de souscrire ni fait connaître son activité de vidange de fosses septiques, a exercé une activité occulte. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a assorti les cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu mises à la charge des requérants à raison des revenus tirés de cette activité, au titre des années 2010 à 2016, de la majoration de 80 % prévue par les dispositions précitées de l'article 1728 du code général des impôts.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. et Mme B tendant à la décharge des impositions litigieuses, ainsi que des majorations correspondantes, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme demandée par M. et Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B et à la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 7 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Livenais, président,
Mme Rosemberg, première conseillère,
M. Huin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 28 octobre 2022.
La rapporteure,
V. C
Le président,
Y. LIVENAIS
La greffière,
C. MICHAULT
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
5
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026