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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1906042

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1906042

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1906042
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSELARL RACINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires respectivement enregistrés le 6 juin 2019 et les 13 avril et 11 mai 2022, Mme D A, représentée par Me Lovaert Pessardière, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier du Haut-Anjou à lui verser la somme totale de 287 543,85 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait de l'infection qu'elle a contractée le 6 novembre 2014 ;

2°) de débouter le centre hospitalier du Haut-Anjou de sa demande de sursis à statuer et de complément d'expertise ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier du Haut-Anjou la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité du centre hospitalier du Haut-Anjou est engagée du fait de l'infection nosocomiale qu'elle a subie à la suite de l'intervention chirurgicale du 6 novembre 2014 ; le lien entre cette intervention et l'infection résulte d'un faisceau d'indices : les infections à propionibacterium mettent plusieurs mois à être diagnostiquées, ce qui va à l'encontre d'une infection précoce en lien avec la réalisation des ponctions, le risque infectieux lié aux ponctions sur prothèse articulaire est inférieur à 1/15 000 ; l'importance du sepsis retrouvé, ainsi que les douleurs persistantes, plusieurs mois après la pose de la prothèse, vont également dans le sens d'une infection liée à la pose de sa prothèse de hanche ; le centre hospitalier du Haut-Anjou n'apporte pas la preuve de l'existence d'une cause étrangère ;

- il appartient au tribunal de condamner le centre hospitalier du Haut-Anjou à indemniser l'intégralité de ses préjudices, liés à l'infection nosocomiale, sans sursoir à statuer et sans préjudice des actions en garantie que l'établissement de santé pourrait exercer à l'égard du chirurgien qui a réalisé l'opération du 6 novembre 2014 dans le cadre de son activité libérale ;

- aucune expertise complémentaire n'est nécessaire afin de déterminer la responsabilité du centre hospitalier du Haut-Anjou à son égard ;

- aucun partage de responsabilité entre le centre hospitalier du Haut-Anjou et le chirurgien qui a réalisé l'opération du 6 novembre 2014 ne peut être opéré par le tribunal dès lors que ce dernier ne peut se prononcer sur la responsabilité de ce médecin dans le cadre de son activité libérale ;

- ses préjudices, liés à l'infection nosocomiale qu'elle a subie, seront indemnisés comme suit :

* 798 euros au titre de ses frais divers avant consolidation ;

* 3 112 euros au titre de ses frais d'assistance par tierce personne avant consolidation ;

* 852,10 euros au titre de ses frais divers post consolidation ;

* 149 500 euros au titre de sa perte de gains professionnels future ;

* 50 000 euros au titre de l'incidence professionnelle ;

* 7 881,25 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire ;

* 20 000 euros au titre des souffrances endurées ;

* 3 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;

* 34 400 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;

* 10 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;

* 8 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 juillet 2019, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par Me Ravaut, demande au tribunal de prononcer sa mise hors de cause.

Il soutient que les conditions d'une indemnisation au titre de la solidarité nationale ne sont pas réunies dès lors que l'infection nosocomiale subie par Mme A a entraîné un déficit fonctionnel permanent limité à 20 %.

Par un mémoire enregistré le 26 juillet 2019, la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique, agissant pour le compte de celle de la Mayenne, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier du Haut-Anjou à payer à la caisse primaire d'assurance maladie de la Mayenne la somme de 158 075, 89 euros représentant le montant des prestations servies au titre de l'assurance maladie ;

2°) d'assortir cette somme des intérêts au taux légal, avec anatocisme à compter de la date d'enregistrement de son mémoire ;

3°) de condamner le centre hospitalier du Haut-Anjou au paiement de l'indemnité forfaitaire de gestion pour un montant de 1 080 euros ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier du Haut-Anjou la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité de plein droit du centre hospitalier du Haut-Anjou est engagée dès lors que Mme A a souffert d'une infection nosocomiale liée à la pose de sa prothèse de hanche droite ;

- les prestations liées à cette infection nosocomiale et versées à l'occasion de la prise en charge de Mme A représentent la somme totale de 158 075, 89 euros.

Par un mémoire et des pièces complémentaires respectivement enregistrés le 15 mars 2023 et les 24 septembre et 29 octobre 2024, M. B C, fils de Mme A, représenté par Me Lovaert Pessardière, déclare reprendre l'instance engagée par sa mère, décédée le 29 janvier 2023, et demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier du Haut-Anjou à lui verser la somme totale de 104 943,85 euros en réparation des préjudices que Mme A a subis du fait de l'infection qu'elle a contractée le 6 novembre 2014 ;

2°) de débouter le centre hospitalier du Haut-Anjou de sa demande de sursis à statuer et de complément d'expertise ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier du Haut-Anjou la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité du centre hospitalier du Haut-Anjou est engagée du fait de l'infection nosocomiale que sa mère a subie à la suite de l'intervention chirurgicale du 6 novembre 2014 ; le lien entre cette intervention et l'infection résulte d'un faisceau d'indices : les infections à propionibacterium mettent plusieurs mois à être diagnostiquées, ce qui va à l'encontre d'une infection précoce en lien avec la réalisation des ponctions, le risque infectieux lié aux ponctions sur prothèse articulaire est inférieur à 1/15 000 ; l'importance du sepsis retrouvé, ainsi que les douleurs persistantes plusieurs mois après la pose de la prothèse, vont également dans le sens d'une infection liée à la pose de cette prothèse de hanche ; le centre hospitalier du Haut-Anjou n'apporte pas la preuve de l'existence d'une cause étrangère ;

- il appartient au tribunal de condamner le centre hospitalier du Haut-Anjou à indemniser l'intégralité des préjudices subis par sa mère, liés à l'infection nosocomiale, sans sursoir à statuer et sans préjudice des actions en garantie que l'établissement de santé pourrait exercer à l'égard du chirurgien qui a réalisé l'opération du 6 novembre 2014 dans le cadre de son activité libérale ;

- aucune expertise complémentaire n'est nécessaire afin de déterminer la responsabilité du centre hospitalier du Haut-Anjou dans la prise en charge de sa mère ;

- aucun partage de responsabilité entre le centre hospitalier du Haut-Anjou et le chirurgien qui a réalisé l'opération du 6 novembre 2014 ne peut être opéré par le tribunal dès lors que ce dernier ne peut se prononcer sur la responsabilité de ce médecin dans le cadre de son activité libérale ;

- les préjudices, liés à l'infection nosocomiale que sa mère a subie, seront indemnisés comme suit :

* 798 euros au titre de ses frais divers avant consolidation ;

* 3 112 euros au titre de ses frais d'assistance par tierce personne avant consolidation ;

* 852,60 euros au titre de ses frais divers post consolidation ;

* 36 800 euros au titre de sa perte de gains professionnels future ;

* 15 000 euros au titre de l'incidence professionnelle ;

* 7 881,25 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire ;

* 20 000 euros au titre des souffrances endurées ;

* 3 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;

* 12 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;

* 3 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;

* 2 500 euros au titre du préjudice esthétique permanent.

Par deux mémoires en défense, respectivement enregistrés les 25 avril 2022 et 18 avril 2023, le centre hospitalier du Haut-Anjou, représenté par Me Buttier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de débouter M. C de l'ensemble de ses demandes ;

2°) à titre subsidiaire, de surseoir à statuer dans l'attente d'une décision définitive sur le recours initié contre le médecin ayant réalisé, au titre de son activité privée, l'intervention du 6 novembre 2014 ;

3°) à titre très subsidiaire, d'ordonner un complément d'expertise afin de départager les conséquences de l'infection nosocomiale et du retard de diagnostic ;

4°) de mettre à la charge de M. C les frais de ce complément d'expertise ;

5°) à titre infiniment subsidiaire, de limiter sa part de responsabilité à 50 % ;

6°) à titre très infiniment subsidiaire, de liquider les préjudices de Mme A en les évaluant à la somme totale maximale de 63 232,95 euros ;

7°) de réduire à de plus justes proportions la demande de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre principal, il ne peut voir sa responsabilité engagée dès lors qu'il n'existe aucune imputabilité certaine de l'infection nosocomiale subie par Mme A à son hospitalisation en son sein ; Mme A n'a présenté aucun signe d'infection dans les mois qui ont suivi l'intervention du 6 novembre 2014 ; aucune suspicion d'infection n'est évoquée par les médecins qui ont suivi cette dernière à près de cinq mois et demi de l'intervention ; cette infection peut avoir été contractée à l'occasion de la réalisation de la première ponction, au sein du centre hospitalier universitaire d'Angers, le 10 juillet 2015, dont les résultats n'ont pas permis de constater l'existence d'une infection ;

- à titre subsidiaire, en raison de l'existence d'un partage de responsabilité avec le médecin ayant réalisé, au titre de son activité libérale, l'intervention du 6 novembre 2014, le tribunal doit surseoir à statuer dans l'attente de la décision de la cour d'appel d'Angers sur la responsabilité dudit médecin afin d'éviter une double indemnisation et une contrariété de décisions ;

- un complément d'expertise est nécessaire dès lors que le rapport de l'expert judiciaire ne distingue pas les préjudices liés à l'infection nosocomiale de ceux liés au retard de diagnostic, manquement commis par le médecin ayant réalisé, au titre de son activité libérale, l'intervention du 6 novembre 2014 ;

- à titre infiniment subsidiaire, si le tribunal n'estimait pas devoir ordonner une mesure complémentaire d'expertise, il devrait fixer à 50 % des préjudices subis par Mme A la part imputable à l'infection nosocomiale ;

- à titre très infiniment subsidiaire les préjudices de Mme A seront indemnisés comme suit :

* 672,35 euros au titre de ses frais divers avant consolidation ;

* 2 057 euros au titre de ses frais d'assistance par tierce personne avant consolidation ;

* 852,60 euros au titre de ses frais divers post consolidation ;

* 12 000 euros au titre des souffrances endurées ;

* 34 400 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;

* 6 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;

* l'indemnisation du préjudice d'agrément, du préjudice esthétique temporaire, de la perte de gains professionnels future et de l'incidence professionnelle sera rejetée.

Un mémoire produit par le centre hospitalier du Haut-Anjou et enregistré le 27 mai 2022 n'a pas été communiqué.

Vu :

- l'ordonnance n° 1705835 du 16 août 2017 par laquelle le président du tribunal administratif de Nantes a prescrit une expertise et désigné un expert médical ;

- le rapport d'expertise judiciaire du 21 juin 2018 ;

- l'ordonnance de taxation n° 1705835 du 8 août 2018 par laquelle le président du tribunal administratif de Nantes a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expertise à la somme de 1 560 euros ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code monétaire et financier ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Baufumé, rapporteure,

- les conclusions de Mme Le Lay, rapporteure publique,

- et les observations de Me Briand, substituant Me Buttier, représentant le centre hospitalier du Haut-Anjou.

Des pièces enregistrées le 29 novembre 2024 et produites pour M. C n'ont pas été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. En raison d'une ostéonécrose aseptique de la tête fémorale droite, à l'origine de douleurs, Mme D A, née le 30 mars 1962, a subi, le 6 novembre 2014, au sein du centre hospitalier du Haut-Anjou (Château-Gontier-sur-Mayenne, Mayenne), une intervention chirurgicale, au cours de laquelle lui a été posée une prothèse totale de hanche droite. Bien que les suites de cette opération se soient révélées simples, Mme A a souffert de douleurs persistantes. En raison de ces douleurs, une scintigraphie osseuse a été réalisée le 27 mars 2015, au sein du même établissement de santé, dans le cadre de la suspicion d'une mauvaise intégration de la prothèse. Les douleurs persistant, Mme A a subi, le 10 juillet 2015, au sein du centre hospitalier universitaire (CHU) d'Angers (Maine-et-Loire) et dans le cadre d'une suspicion d'infection, une ponction articulaire qui n'a cependant pas permis de ramener de liquide. Une seconde ponction, réalisée le 11 septembre 2015 au sein de ce même CHU a cependant permis de récolter du liquide dont l'analyse a abouti, le 16 octobre 2015, au constat de la présence d'une infection à propionibacterium. Mme A a alors subi, au sein de l'hôpital privé Saint-Grégoire (Rennes, Ille-et-Vilaine), une nouvelle intervention chirurgicale, le 24 décembre 2015, ayant consisté en l'ablation de sa prothèse et en la pose d'une prothèse d'espacement avant de bénéficier, du 15 au 21 avril 2016, au sein de ce même établissement de santé, d'une hospitalisation dans le cadre de la pose d'une nouvelle prothèse totale de hanche.

2. Estimant que sa prise en charge avait été défaillante, Mme A a sollicité l'organisation d'une mesure d'expertise judiciaire à laquelle le juge des référés près du tribunal administratif de Nantes a fait droit par l'ordonnance n° 1705835 du 16 août 2017 susvisée. Le 21 juin 2018, l'expert désigné, chirurgien orthopédiste, assisté d'un sapiteur infectiologue, a rendu son rapport. L'intervention du 6 novembre 2014 ayant été réalisée par un chirurgien du centre hospitalier du Haut-Anjou dans le cadre de son activité libérale, Mme A a également sollicité l'organisation d'une mesure d'expertise judiciaire à laquelle le tribunal de grande instance de Laval a fait droit par une ordonnance du 20 décembre 2017.

3. Mme A ayant introduit devant la juridiction judiciaire une action aux fins d'indemnisation de ses préjudices sur le fondement de la responsabilité pour faute du chirurgien ayant effectué l'intervention du 6 novembre 2014, la cour d'appel d'Angers a notamment jugé, par un arrêt du 27 août 2024, d'une part, que ce dernier, avait commis une faute dans le suivi post opératoire de l'intéressée mais que cette faute n'avait pas eu de conséquence en termes de retard dans la guérison de l'infection subie par Mme A et d'aggravation des conséquences de celle-ci et, d'autre part, que le chirurgien avait manqué à son obligation d'information pré opératoire. Elle a condamné ce dernier à verser 3 000 euros à Mme A en réparation de son préjudice d'impréparation.

4. Par une requête et deux mémoires respectivement enregistrés le 6 juin 2019 et les 13 avril et 11 mai 2022, Mme A a demandé au tribunal de condamner le centre hospitalier du Haut-Anjou à lui verser la somme de 287 543,85 euros en réparation de ses préjudices, liés à l'infection nosocomiale dont elle a souffert. A la suite du décès de la requérante le 29 janvier 2023, l'instance a été reprise par son fils, M. B C. La caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique, agissant pour le compte de celle de la Mayenne, demande, quant à elle, la condamnation du centre hospitalier du Haut Anjou à lui rembourser ses débours.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité sans faute du centre hospitalier du Haut-Anjou :

5. Aux termes des dispositions du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, les établissements de santé " sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 1142-1-1 du même code : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : / 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d' atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales () ". Pour l'application de ces dispositions, présente un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge. Il en va notamment ainsi de l'infection qui, bien que survenant postérieurement à la fin de la prise en charge du patient au sein de l'établissement de santé, n'a pas d'autre origine que cette prise en charge.

6. Par ailleurs, en l'absence de certitudes médicales permettant d'affirmer ou d'exclure qu'un dommage corporel survenu au cours ou dans les suites d'un acte de soins est imputable à cet acte, il appartient au juge, saisi d'une demande indemnitaire sur le fondement des dispositions citées ci-dessus, de se fonder sur l'ensemble des éléments pertinents résultant de l'instruction pour déterminer si, dans les circonstances de l'affaire, cette imputabilité peut être retenue.

7. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire du 21 juin 2018, d'une part, que la première ponction articulaire réalisée le 10 juillet 2015, dans le cadre d'une suspicion d'infection, n'a pas permis de récolter de liquide articulaire, un tel liquide n'ayant pu être recueilli qu'à l'occasion de la seconde ponction, effectuée le 11 septembre 2015, au sein du même établissement de santé et, d'autre part, que l'analyse de ce liquide n'a permis de constater la présence du germe propionibacterium que dix mois après la réalisation de l'intervention du 6 novembre 2014. Il résulte, toutefois, également de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise susmentionné, qui s'appuie notamment sur des courriers de deux médecins ayant suivi Mme A, au sein du CHU d'Angers puis au sein de l'hôpital privé Saint-Grégoire, que l'absence de liquide à l'issue de la première ponction articulaire n'exclut pas le diagnostic d'infection de prothèse, ce qui a d'ailleurs motivé la réalisation de la seconde ponction. Il en résulte, par ailleurs, que le risque infectieux lié à la réalisation d'une ponction articulaire s'avère inférieur à 1/15 000 et que les infections à germe propionibacterium mettent plusieurs mois à être diagnostiquées, ces infections, que l'expert judiciaire qualifie de " torpides à bas bruit et de croissance lente " étant connues dans les hypothèses de poses de prothèses. Il résulte, en outre, de l'instruction, et plus particulièrement du rapport d'expertise judiciaire du 21 juin 2018, que l'importance du sespis retrouvé par le chirurgien ayant réalisé l'intervention d'ablation de la prothèse le 24 décembre 2015 est le signe d'une infection en développement depuis longtemps. Il ne résulte, enfin, pas de l'instruction que l'infection subie par Mme A était en incubation au moment de sa prise en charge par le CH du Haut-Anjou ou qu'elle serait due à une cause étrangère. Par suite, l'origine la plus vraisemblable de cette infection, survenue au décours de la prise en charge de Mme A, est l'opération de pose de sa prothèse totale de hanche le 6 novembre 2014 au sein de cet établissement de santé. Elle présente, dès lors, un caractère nosocomial.

8. Il résulte, en outre, de l'instruction, et plus particulièrement du rapport d'expertise susmentionné du 21 juin 2018, et il n'est pas contesté, d'une part, que les protocoles d'aseptisation mis en place par le CH du Haut-Anjou, ainsi que la préparation cutanée préopératoire et l'antibioprophylaxie effectuées à l'occasion de l'intervention du 6 novembre 2014, ont été réalisés sans qu'aucune faute de l'établissement de santé ne puisse être caractérisée et, d'autre part, que le déficit fonctionnel permanent subi par Mme A n'est pas supérieur à 25 % et, par conséquent, n'excède pas le seuil prévu à l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique précité.

9. Enfin, à supposer que le chirurgien ayant réalisé l'opération du 6 novembre 2014 au sein du CH du Haut Anjou, exerçant en secteur libéral, ait commis des fautes au regard de son devoir d'information et dans le suivi post opératoire de Mme A, cette circonstance n'est pas de nature à exonérer ou atténuer la responsabilité que cet établissement encourt sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.

10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner un complément d'expertise ou de surseoir à statuer, que la responsabilité sans faute du CH du Haut-Anjou doit être engagée au titre de l'infection nosocomiale subie par Mme A et qu'il lui appartient d'indemniser le requérant, ayant-droit de cette dernière, de l'intégralité des préjudices subis par sa mère en lien avec infection. Il en résulte également qu'il appartient au même établissement de santé de rembourser à la CPAM de la Loire-Atlantique, agissant pour le compte de celle de la Mayenne, les débours correspondant aux frais liés à l'infection nosocomiale dont a souffert Mme A.

En ce qui concerne l'indemnisation des préjudices subis par Mme A :

11. Le droit à la réparation d'un dommage, quelle que soit sa nature, s'ouvre à la date à laquelle se produit le fait qui en est directement la cause. Si la victime du dommage décède, son droit, entré dans son patrimoine avant son décès, est transmis à ses héritiers.

12. Il résulte par ailleurs de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire, et il n'est pas contesté, que la date de consolidation de l'état de santé de Mme A peut être fixée au 30 juin 2017.

S'agissant des préjudices patrimoniaux temporaires :

Quant aux frais divers hors assistance par tierce personne :

13. M. C sollicite le remboursement des frais de déplacement engagés par sa mère, à compter du 5 mars 2015, à l'occasion, d'une part, de consultations destinées à assurer le suivi de son état de santé en lien avec la recherche et la prise en charge de son infection nosocomiale, et notamment dans le cadre de la préparation de la seconde intervention chirurgicale du 24 décembre 2015 ayant rendu nécessaires des consultations pré opératoires chez différents spécialistes et, d'autre part, de séances de rééducation à hauteur de trois par semaine. Ces déplacements, représentant un total non contesté de 2 280 kilomètres, étant en lien avec les conséquences de l'infection nosocomiale subie par Mme A, M. C est fondé à demander, compte tenu du barème d'indemnités kilométriques correspondant aux années 2015 et 2016 et de la distance parcourue, le remboursement des frais de déplacement de sa mère, résultant entièrement du dommage qu'elle a subi, pour la somme totale de 1 238 euros.

Quant à l'assistance par tierce personne actuelle :

14. Il résulte de l'instruction et il n'est pas contesté, que l'état de santé de Mme A, dont le périmètre de marche, qui devait se faire avec une canne, était limité à 500 mètres, a nécessité l'assistance d'une tierce personne, sous la forme d'une aide non spécialisée à hauteur de deux heures par jour du 4 février au 13 avril 2016, de deux heures par semaine du 1er septembre 2016 au 30 janvier 2017 et d'une heure par semaine du 13 mai 2016 au 26 juin 2016 puis du 31 janvier 2017 au 30 juin 2017. Il résulte, enfin, de l'instruction que Mme A n'a bénéficié d'aucun versement de prestation au titre de la compensation du handicap. Par suite, compte tenu du salaire minimum moyen lissé sur les années 2016 et 2017, augmenté des charges sociales, et eu égard aux congés payés, aux jours fériés et aux dimanches, il sera fait une juste appréciation des besoins actuels en assistance par tierce personne de Mme A au titre des périodes susmentionnées en fixant leur évaluation à la somme de 3 202,80 euros.

S'agissant des préjudices patrimoniaux permanents :

Quant aux frais de déplacement :

15. M. C sollicite le remboursement des frais de déplacement engagés par sa mère à l'occasion de ses séances de kinésithérapie d'entretien à hauteur de trois fois par semaine entre le 1er juillet et le 31 décembre 2017 puis à hauteur de deux fois par semaine entre le 1er janvier et le 30 septembre 2018. Il résulte de l'instruction, et plus particulièrement du rapport d'expertise judiciaire susmentionné, et il n'est pas contesté, que l'état de santé de Mme A, en lien avec les séquelles de l'infection nosocomiale qu'elle a subie, a rendu nécessaires de telles consultations. Par suite, M. C est fondé à demander, compte tenu du barème d'indemnités kilométriques correspondant aux années 2017 et 2018 et de la distance parcourue, s'élevant à la somme de 2 436 kilomètres, le remboursement des frais de déplacement de sa mère, résultant entièrement du dommage qu'elle a subi, pour la somme totale de 1 322,75 euros.

Quant à la perte de gains professionnels postérieurs à la consolidation :

16. Eu égard à la finalité de réparation d'une incapacité permanente de travail qui lui est assignée par les dispositions de l'article L. 341-1 du code de la sécurité sociale et à son mode de calcul, en fonction du salaire, fixé par l'article R. 341-4 du même code, la pension d'invalidité doit être regardée comme ayant pour objet exclusif de réparer, sur une base forfaitaire, les préjudices subis par la victime dans sa vie professionnelle en conséquence de l'accident, c'est-à-dire les pertes de revenus professionnels résultant de l'incapacité permanente et l'incidence professionnelle de cette incapacité. Pour se conformer aux règles énoncées, il appartient aux juges du fond de déterminer, en premier lieu, si l'incapacité permanente conservée par la victime en raison des fautes commises par le centre hospitalier entraîne des pertes de revenus professionnels et une incidence professionnelle et, dans l'affirmative, d'évaluer ces postes de préjudice sans tenir compte, à ce stade, du fait qu'ils donnent lieu au versement d'une pension d'invalidité. Pour déterminer dans quelle mesure ces préjudices sont réparés par la pension, il y a lieu de regarder cette prestation comme réparant prioritairement les pertes de revenus professionnels et, par suite, comme ne réparant tout ou partie de l'incidence professionnelle que si la victime ne subit pas de pertes de revenus ou si le montant de ces pertes est inférieur au capital représentatif de la pension.

17. M. C sollicite l'indemnisation de la perte des gains professionnels de sa mère à compter du 1er juillet 2017, date à laquelle cette dernière a été licenciée. Il résulte de l'instruction, et plus particulièrement du rapport d'expertise judiciaire susmentionné, et il n'est pas contesté, que, sans la survenue de l'infection nosocomiale subie par Mme A, cette dernière n'aurait pas souffert d'un déficit fonctionnel permanent de 20 %. Il en résulte, par ailleurs, tant du rapport d'expertise judiciaire que de la lettre de notification du licenciement de l'intéressée, que ce licenciement est en lien direct avec l'inaptitude de Mme A, elle-même liée aux complications engendrées par l'infection nosocomiale.

18. Il résulte par ailleurs de l'instruction, et plus particulièrement de l'avis d'imposition de Mme A au titre des revenus de l'année 2014, qu'avant la survenue de l'infection nosocomiale dont elle a souffert, la requérante bénéficiait d'un revenu annuel total de 20 296 euros soit 1 691,33 euros en moyenne par mois. Il en résulte, en outre, qu'elle a bénéficié, d'une part, à compter du 19 septembre 2017 et pour une durée de trois ans, du versement de l'aide au retour à l'emploi à hauteur de 12,99 euros par jour, d'autre part, à compter du mois de novembre 2017 et jusqu'à la date de son décès, de l'allocation adulte handicapé, pour un montant de 13,70 euros par mois jusqu'au mois de mars 2018 et de 13,84 euros par mois à compter du mois d'avril 2018 et, enfin, du versement d'une pension d'invalidité à compter du 1er juillet 2017 et jusqu'à la date de son décès, pour un montant de 797 euros mensuels jusqu'au 30 juin 2018 et pour un montant de 829,07 euros mensuels à compter du 1er juillet 2018. Compte tenu de ces éléments et de la date du décès de Mme A, le 29 janvier 2023, il résulte de l'instruction que cette dernière a bénéficié de ressources s'élevant à la somme totale de 66 860,50 euros entre le 1er juillet 2017 et la date de son décès et qu'elle a, par conséquent, subi une perte de gains professionnels s'élevant à la somme totale de 44 767,50 euros. Par suite, il sera fait une exacte appréciation de son préjudice en l'évaluant à cette somme de 44 767,50 euros.

Quant à l'incidence professionnelle :

19. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire susmentionné que Mme A, qui a souffert d'une incapacité permanente partielle à hauteur de 20%, a bénéficié du versement d'une pension d'invalidité de deuxième catégorie à compter du 1er juillet 2017, a été licenciée à la même date et n'a plus exercé d'activité professionnelle jusqu'à son décès le 29 janvier 2023. Par suite, eu égard aux circonstances de l'espèce, notamment à l'âge de l'intéressée à la date de son licenciement, il sera fait une juste appréciation de son préjudice en l'évaluant à la somme de 8 000 euros.

20. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est fondé à demander, au titre de l'indemnisation des préjudices patrimoniaux subis par sa mère, le versement de la somme totale de 58 531,05 euros, au versement de laquelle le centre hospitalier du Haut-Anjou doit être condamné.

S'agissant des préjudices extra patrimoniaux temporaires :

Quant au déficit fonctionnel temporaire :

21. Il résulte de l'instruction et plus particulièrement du rapport d'expertise susmentionné, et il n'est pas contesté, que Mme A a souffert d'un déficit fonctionnel temporaire total du 23 décembre 2015 au 4 février 2016, du 14 avril au 12 mai 2016 puis du 27 juin au 31 août 2016, d'un déficit fonctionnel temporaire partiel de 25 % du 12 mai au 26 juin 2016 puis du 30 janvier au 30 juin 2017, d'un déficit fonctionnel temporaire partiel de 50 % du 1er septembre 2016 au 30 janvier 2017 et, enfin, d'un déficit fonctionnel temporaire partiel de 75 % du 4 février au 13 avril 2016. Il s'ensuit qu'il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel partiel de l'intéressée en le fixant à la somme de 4 728,75 euros.

Quant aux souffrances endurées :

22. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise susmentionné et il n'est pas contesté, que les souffrances, physiques et psychologiques, endurées par Mme A et entrainées par la survenue de son infection nosocomiale et les conséquences de cette dernière, notamment la nécessité d'effectuer deux nouvelles opérations chirurgicales et de suivre une lourde rééducation, peuvent être évaluées à 4 sur une échelle de 0 à 7. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ces souffrances, en lien exclusif avec l'infection nosocomiale, en les fixant à la somme de 7 500 euros.

Quant au préjudice esthétique :

23. Il résulte de l'instruction que Mme A a subi un préjudice esthétique lié à l'utilisation d'un fauteuil puis à sa boiterie et à la nécessité d'utiliser une canne anglaise pour se déplacer. Ce préjudice, temporaire et permanent, peut être évalué à 3 sur une échelle de 0 à 7. Par suite, il sera fait une juste appréciation, avant application du taux de perte de chance, de ce préjudice en l'évaluant à la somme globale de 3 700 euros.

S'agissant des préjudices extra patrimoniaux permanents :

Quant au déficit fonctionnel permanent :

24. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise susmentionné, et il n'est pas contesté, que Mme A a souffert, à la suite de l'infection nosocomiale qu'elle a subie, d'un déficit fonctionnel permanent évalué à 20 %. Mme A était âgée de 55 ans à la date de consolidation de son état de santé. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme totale de 20 000 euros.

Quant au préjudice d'agrément :

25. M. C sollicite l'indemnisation du préjudice d'agrément subi par sa mère, soutenant que cette dernière ne pouvait plus pratiquer le cyclisme, la natation et l'équitation. S'il n'établit pas la pratique régulière, par cette dernière, de ces deux premières activités, il établit, par la production de deux attestations circonstanciées, l'exercice régulier, par Mme A, de l'équitation, avant la survenue de l'infection nosocomiale dont elle a souffert. Il résulte par ailleurs de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire susmentionné, que l'état de santé de Mme A à la suite de cette infection lui interdisait la pratique de l'équitation. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme totale de 1 000 euros.

26. Il résulte de tout ce qui précède que l'évaluation des préjudices extra patrimoniaux subis par Mme A peuvent être évalués à la somme globale de 36 928,75 euros.

27. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est fondé à demander, au titre de l'indemnisation de l'ensemble des préjudices subis par sa mère, la somme totale de 95 459,80 euros, au versement de laquelle le centre hospitalier du Haut-Anjou doit être condamné.

En ce qui concerne les débours de la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique :

28. En premier lieu, la caisse primaire d'assurance maladie de Loire-Atlantique produit une notification de ses débours au titre de frais hospitaliers, de frais médicaux, de frais pharmaceutiques, de frais de kinésithérapie ainsi que de frais de transport et d'appareillage, correspondant respectivement, d'une part, aux hospitalisations de Mme A au sein de la clinique Saint-Grégoire, de la polyclinique du Maine et du centre de rééducation de Granville, à la suite de l'intervention du 24 décembre 2015, d'autre part, aux frais médicaux liés à la ponction et à la scintigraphie réalisées au mois de septembre 2015 et aux consultations orthopédiques postérieures et, enfin, aux achats d'antibiotiques, aux séances de kinésithérapie du 18 octobre 2016 au 27 janvier 2017 et aux frais d'appareillage du 14 octobre 2016 au 23 juin 2017 et de transport du 23 janvier 2017 au 19 mai 2017. Elle sollicite également le remboursement des indemnités journalières qu'elle a versées du 23 février au 2 août 2015 et du 19 octobre 2015 au 30 juin 2017. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise susmentionné, ainsi que de l'attestation d'imputabilité du médecin de conseil de la caisse primaire, et il n'est par ailleurs pas contesté, que ces débours sont en lien avec les séquelles subies par Mme A en lien direct et exclusif avec l'infection nosocomiale dont elle a souffert. Par suite, il y a lieu de condamner le centre hospitalier du Haut-Anjou à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Loire-Atlantique, agissant pour le compte de celle de la Mayenne, la somme de 41 436,06 euros au titre des frais que cette dernière a supportés du fait des soins reçus par son assurée s'agissant des dépenses de santé antérieures à la date de consolidation de l'état de santé de cette dernière.

29. En deuxième lieu, la caisse primaire d'assurance maladie de Loire-Atlantique sollicite le remboursement de débours correspondant, à titre viager, à des séances de kinésithérapie d'entretien à hauteur de 25 par an, à l'achat d'une boîte d'antibiotiques par semaine et au renouvellement d'une canne métallique tous les deux ans. Elle sollicite également le remboursement de débours, toujours à titre viager, s'agissant du versement de la pension d'invalidité dont a bénéficié Mme A à compter du 1er juillet 2017. Il résulte du rapport d'expertise susmentionné, ainsi que de l'attestation d'imputabilité du médecin de conseil de la caisse primaire, et il n'est par ailleurs pas contesté, que ces débours sont en lien avec les séquelles de l'infection nosocomiale subie par Mme A. Il est toutefois constant que cette dernière est décédée le 29 janvier 2023 et que les débours de la caisse primaire doivent, par conséquent, être calculés jusqu'à cette date et non à titre viager. Par suite, il y a lieu de fixer, d'une part, le montant des frais liés au renouvellement de la canne métallique, c'est-à-dire à deux renouvellements, une fois tous les deux ans, entre le 1er juillet 2017 et le 29 janvier 2023, à la somme totale de 18,30 euros. Il y a lieu, d'autre part, de fixer le montant des séances de kinésithérapie et d'achats de paracétamol, sur la base annuelle de 25 séances de kinésithérapie et de 52 boîtes, à la somme totale de 2 883 euros sur la même période et, enfin, le montant des débours correspondant au versement de la pension d'invalidité sur cette même période à la somme totale de 56 369,78 euros. Par suite, il y a lieu de condamner le CH du Haut-Anjou à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Loire-Atlantique la somme de 59 271,08 euros au titre des frais que cette dernière a supportés du fait des soins reçus par son assurée entre le 1er juillet 2017 et le 29 janvier 2023.

30. Il résulte de tout ce qui précède que le CH du Haut-Anjou est condamné à verser, à la caisse primaire d'assurance maladie de Loire-Atlantique, agissant pour le compte de celle de la Mayenne, au titre de ses débours, la somme globale de 100 707,14 euros.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

31. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 susvisé, et eu égard à la somme dont elle obtient le remboursement dans le présent jugement, la caisse primaire d'assurance maladie de Loire-Atlantique est en droit d'obtenir le versement d'une indemnité forfaitaire de gestion d'un montant de 1 191 euros. Cette indemnité doit être mise à la charge du centre hospitalier du Haut-Anjou.

Sur les intérêts et la capitalisation :

32. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.

33. Il y a lieu, dès lors, de faire droit aux conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire Atlantique tendant à ce que la somme qui lui est allouée au point 30 du présent jugement porte intérêt au taux légal à compter du 26 juillet 2019, date d'enregistrement de son mémoire. La capitalisation des intérêts a été demandée aux termes de ce même mémoire. Par suite, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 26 juillet 2020, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais d'expertise :

34. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".

35. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge définitive du centre hospitalier du Haut-Anjou les frais et honoraires de l'expertise judiciaire, liquidés et taxés à la somme de 1 560 euros par ordonnance n° 1705835 du président du tribunal en date du 8 août 2018.

Sur les frais du litige :

36. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

37. Dans les circonstances de l'espèce, et en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier du Haut-Anjou, une somme de 2 000 euros à verser à M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a, en revanche, pas lieu de mettre à la charge de l'établissement de santé la somme demandée au même titre par la CPAM de la Loire-Atlantique, qui n'est pas représentée par un avocat dans la présente instance.

DECIDE :

Article 1er : Le centre hospitalier du Haut-Anjou est condamné à verser à M. C une somme totale de 95 459,80 euros.

Article 2 : Le centre hospitalier du Haut-Anjou est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique la somme de de 100 707,14 euros. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 26 juillet 2019, avec capitalisation pour la première fois le 26 juillet 2020 ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Article 3 : Le centre hospitalier du Haut-Anjou versera à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 4 : Les honoraires et frais d'expertise, liquidés et taxés par une ordonnance du président du tribunal administratif du 8 août 2018 pour un montant total de 1 560 euros sont mis à la charge définitive du centre hospitalier du Haut-Anjou.

Article 5 : Le centre hospitalier du Haut-Anjou est condamné à verser à M. C une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au centre hospitalier du Haut-Anjou, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique et à l'Office National d'Indemnisation des Accidents Médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Copie en sera adressée à la caisse primaire d'assurance maladie de la Mayenne et à l'expert.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La rapporteure,

A. BAUFUMÉ La présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

Le greffier,

P. VOSSELER

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis

en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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