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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1906310

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1906310

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1906310
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationMagistrat : M. LABOUYSSE - R. 222-13
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juin 2019, M. B A, représenté par Me Hamid Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 avril 2019 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique lui a refusé l'échange de son permis de conduire contre un permis de conduire français ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de procéder à l'échange de son permis de conduire dans un délai de soixante jours, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de deux mois ;

3°) d'assortir l'une ou l'autre de ces injonctions d'une astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard à l'expiration de ce délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2019, le préfet de la Loire-Atlantique demande au tribunal de rejeter les conclusions de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une décision du 24 août 2020, la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal de grande instance de Nantes a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- le code de la route ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991.

Le président du tribunal a désigné M. David Labouysse, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 23 juin 2022 à partir de 9h45.

Considérant ce qui suit

1. M. B A est un ressortissant érythréen qui est né le 12 décembre 1976. Il séjourne en France au moyen d'un titre de séjour en qualité de réfugié. Il a, le 26 décembre 2017, sollicité l'échange du permis de conduire qui lui a été délivré par les autorités soudanaises contre un permis de conduire français. Cette demande a été rejetée par une décision du 12 avril 2019 prise par le préfet de la Loire-Atlantique. M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision.

2. L'article R. 222-3 du code de la route dispose que : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France () Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté () ". Pour l'application de ces dispositions, l'article 7 de l'arrêté interministériel du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen énonce : " A. - Avant tout échange, l'autorité administrative compétente s'assure de l'authenticité du titre de conduite et, en cas de doute, de la validité des droits. / B. - Pour vérifier l'authenticité du titre de conduite, l'autorité administrative compétente sollicite, le cas échéant, l'aide d'un service spécialisé dans la détection de la fraude documentaire. / C. - Si l'authenticité du titre de conduite est établie, celui-ci peut être échangé sous réserve de satisfaire aux autres conditions. / () / E. - Si le caractère frauduleux du titre est établi, l'échange n'a pas lieu et le titre est retiré par l'autorité administrative compétente, qui saisit le procureur de la République en le lui transmettant ".

3. En premier lieu, en vertu des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, une décision refusant l'échange d'un permis de conduire étranger contre un permis de conduire français doit être motivée, c'est à dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fonde.

4. Il ressort de la lecture de la décision attaquée qu'elle se réfère notamment aux dispositions de l'arrêté interministériel du 12 janvier 2012 précité, en particulier celles de ses articles 1er et 7. Elle mentionne que l'échange est refusé au motif que le permis de conduire soudanais produit par M. A est falsifié dès lors qu'il ne répond pas aux caractéristiques principales de fabrication et de sécurisation des permis de conduire soudanais, en précisant les anomalies relevées. Par suite, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fonde. Elle est dès lors motivée au sens des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée et le mémoire en défense précisent les raisons pour lesquelles a été relevée l'absence de caractère authentique du permis de conduire soudanais produit par M. A. Le rapport simplifié d'analyse de ce permis, établi le 8 mars 2019, par la division de l'expertise en fraude documentaire et à l'identité au sein du ministère de l'intérieur, ainsi que le rapport complémentaire établi par ce même service le 21 août 2019, mettant en évidence l'ensemble des anomalies affectant ce permis de conduire, ont été produits à l'instance. Le requérant ne conteste pas ces anomalies.

6. Lorsque la personne qui demande, sur le fondement des dispositions citées ci-dessus, l'échange d'un permis de conduire bénéfice de la qualité de réfugié en raison des craintes de persécution de la part des autorités du pays qu'elle a fui, les dispositions citées ci-dessus doivent être appliquées en tenant compte des stipulations de l'article 25 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés. Si, après avoir saisi le service spécialisé dans la détection de la fraude documentaire, l'autorité compétente estime que le caractère falsifié du titre de conduite est établi, elle rejette la demande d'échange de permis de conduire. Le préfet de la Loire-Atlantique pouvait ainsi légalement se fonder sur les seules données ressortant des investigations menées par la division de l'expertise en fraude documentaire et à l'identité au sein du ministère de l'intérieur pour refuser l'échange du permis de conduire de M. A. Ce dernier, qui ne conteste pas ces données, n'est dès lors pas fondé à soutenir que l'absence d'authenticité de ce permis n'est pas démontrée.

7. En dernier lieu, en vertu de l'article 1er de l'arrêté interministériel du 12 janvier 2012 précité, un permis de conduire étranger ne peut être échangé contre un permis français que si les conditions définies par l'ensemble des dispositions de cet arrêté sont remplies. Si ces conditions ne sont pas satisfaites, l'autorité préfectorale est tenue de rejeter la demande d'échange, quand bien même le demandeur justifierait de la nécessité, pour lui, de bénéficier d'un permis de conduire en France. Il suit de là que la circonstance que la détention d'un permis de conduire est nécessaire à l'exercice, par le demandeur, de son activité professionnelle, ne peut être utilement invoquée pour contester la légalité d'une décision refusant l'échange d'un permis de conduire étranger contre un permis de conduire français.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale du 12 avril 2019 refusant de procéder à l'échange du permis de conduire de M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au ministre de l'intérieur et à Me Hamid Kaddouri.

Une copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 202Le magistrat désigné,

D. C

La greffière,

S. BARBERA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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