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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1906607

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1906607

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1906607
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLEFEUVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 juin 2019, M. A B, représenté par Me Lefeuvre, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à sa charge au titre des années 2013 et 2014, ainsi que des majorations correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure d'imposition dont il a fait l'objet au titre de l'année 2013 est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article L. 68 du livre des procédures fiscales, l'administration fiscale ayant mis en œuvre la procédure d'évaluation d'office sans lui avoir adressé au préalable de mise en demeure, alors qu'il ne s'est pas livré à une activité occulte au sens de l'article L. 169 de ce code ;

- l'administration fiscale ne démontre pas qu'il a exercé une activité illicite au cours de l'année 2013 en se bornant à se référer aux résultats de l'enquête de police dont il a fait l'objet ;

- le montant du bénéfice que lui aurait procuré cette activité au cours de l'année 2013 retenu par l'administration fiscale est erroné, dans la mesure où il y a lieu de prendre en compte les dépenses engagées au cours de cette même période au titre de cette activité ;

- la majoration pour activité illicite mise à sa charge au titre de l'année 2013 n'est pas fondée, en l'absence d'activité illicite établie ;

- le rehaussement des revenus salariés déclarés au titre de l'année 2014 auquel a procédé l'administration fiscale n'est pas fondé, une partie des sommes qu'elle a prises en compte correspondant à des indemnités kilométriques ou à des frais professionnels ;

- le montant du bénéfice que lui aurait procuré l'activité illicite menée au cours de l'année 2014 retenu par l'administration fiscale est erroné, dans la mesure où il y a lieu de prendre en compte les dépenses engagées au cours de cette même période au titre de cette activité ;

- la majoration pour manquement délibéré mise à sa charge au titre de l'année 2014 n'est pas fondée ;

- il y a lieu pour l'administration fiscale de communiquer l'ensemble des informations bancaires en sa possession qui lui ont été confisquées, afin de garantir le caractère contradictoire de la procédure.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 octobre 2019, le directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre Ouest conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a exercé avec sa compagne, Mme D E B, devenue son épouse au cours de l'année 2015, les fonctions de cogérant de la société Balthazar Communication entre 2003 et 2013, puis de la société Le Grand B et de la société Curiosity is Beautiful, qui ont successivement repris l'activité menée par cette première entreprise dans le secteur de la publicité et de la communication jusqu'au courant, respectivement, de l'année 2014 et de l'année 2016. M. B a fait l'objet de poursuites pénales à raison de ses agissements au sein de ces sociétés entre 2012 et 2016 et, par un jugement du tribunal correctionnel de Nantes du 18 janvier 2018, a été condamné, en particulier, pour des faits d'usage de faux en écriture, de tentative d'escroquerie, de banqueroute, d'abus de biens sociaux, de contrefaçon de chèque et d'usage de chèque contrefait commis au cours de cette période. L'administration fiscale, informée de la procédure pénale alors en cours, a engagé à son encontre un examen de sa situation fiscale personnelle, à l'occasion duquel elle a remis en cause le montant des revenus déclarés par l'intéressé au cours des années 2013 et 2014. Par deux propositions de rectification des 7 décembre 2017 et 20 mars 2018, elle a par suite notifié à M. B des rehaussements de ses revenus imposables d'une part, dans la catégorie des bénéfices non commerciaux au titre des années 2013 et 2014, selon la procédure d'évaluation d'office, et d'autre part, dans la catégorie des traitements et salaires au titre de l'année 2014, selon la procédure de rectification contradictoire, ainsi, par conséquent, que des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à sa charge au titre de ces deux années. Par sa requête, M. B demande la décharge desdites impositions supplémentaires, ainsi que des majorations correspondantes.

Sur les conclusions aux fins de décharge des impositions :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 73 du livre des procédures fiscales : " Peuvent être évalués d'office : / 1° Le bénéfice imposable des contribuables qui perçoivent des revenus provenant d'entreprises industrielles, commerciales ou artisanales, ou des revenus d'exploitations agricoles imposables selon un régime de bénéfice réel, lorsque la déclaration annuelle prévue à l'article 53 A du code général des impôts n'a pas été déposée dans le délai légal () / Les dispositions de l'article L. 68 sont applicables dans les cas d'évaluation d'office prévus aux 1° et 2°. ". Aux termes de l'article L. 68 du même livre, dans sa rédaction alors applicable : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° et 5° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. / Toutefois, il n'y a pas lieu de procéder à une mise en demeure : () / 3° Si le contribuable s'est livré à une activité occulte, au sens du troisième alinéa de l'article L. 169 () ". Et aux termes de l'article L. 169 de ce livre, dans sa rédaction alors applicable : " () L'activité occulte est réputée exercée lorsque le contribuable ou la personne morale mentionnée à la première phrase du présent alinéa n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et soit n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, soit s'est livré à une activité illicite. () ".

3. L'administration fiscale a constaté, après avoir consulté les pièces de la procédure pénale dont M. B a fait l'objet, qui lui ont été transmises par l'autorité judiciaire, que l'intéressé a reconnu s'être livré, au cours de la période en litige et dans le cadre de ses fonctions de gérant de la société Le Grand B, à une activité consistant à détourner des fonds de cette société à son profit. Ainsi, et comme l'a constaté le tribunal correctionnel de Nantes dans son jugement du 18 janvier 2018 déclarant l'intéressé coupable desdits faits, M. B a mis en place, avec sa compagne, un système frauduleux consistant à établir de fausses factures au nom de divers fournisseurs afin de bénéficier de versements de sommes d'argent en provenance de cette société, réalisés sur ses comptes personnels, tout en dissimulant en être le bénéficiaire, et a, par ailleurs, directement utilisé les comptes de la société pour financer des dépenses personnelles. Il est en outre constant qu'au titre des années 2013 et 2014, l'intéressé n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations de résultats et de chiffres d'affaires qu'il était tenu de souscrire. Dans ces conditions, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, de l'exercice, par M. B, d'une activité illicite de détournement de fonds. Dès lors que M. B s'est ainsi livré à une activité occulte au sens de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, l'administration pouvait régulièrement, pour l'imposition des revenus que lui a procuré cette activité au cours de la période en litige, mettre en œuvre la procédure d'évaluation d'office prévue par les dispositions précitées de l'article L. 73 de ce livre, sans avoir à lui adresser, au préalable, une mise en demeure, ainsi que le prévoit le 3° de l'article L. 68 du même livre. Par suite, le moyen tiré de l'absence de mise en demeure préalable aux impositions en litige doit être écarté.

4. En second lieu, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a transmis à M. B les 2 et 5 octobre 2017 et le 13 février 2018 les relevés bancaires, copies de chèques et procès-verbaux d'audition dont elle avait obtenu la communication au cours du contrôle, et sur lesquels elle s'est notamment fondée pour mettre à sa charge les impositions litigieuses. Par suite, et en tout état de cause, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'ayant conservé ces documents en sa possession, l'administration ne l'aurait pas mis en mesure de présenter sa défense, en méconnaissance du principe du contradictoire.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

S'agissant des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 92 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus. () ".

6. Ainsi qu'il a été dit au point 3, M. B doit être regardé comme ayant exercé, au titre des années 2013 et 2014 en litige, une activité illicite au sens des dispositions précitées de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales. L'administration fiscale a constaté à ce titre, en se fondant sur les éléments recueillis au cours de l'enquête pénale, le dossier qui lui a été transmis par l'autorité judiciaire et les déclarations effectuées par l'intéressé au cours de cette enquête, qu'au titre de l'année 2013, M. B a obtenu le versement indu, par la société Le Grand B, d'une somme de 12 143 euros, et qu'au titre de l'année 2014, il a obtenu de cette société, d'une part le versement d'une somme de 183 756 euros, l'ensemble de ces sommes ayant donné lieu à l'établissement de fausses factures, et d'autre part la prise en charge de billets d'avion pour un voyage privé, à hauteur de 4 762 euros, ainsi que de frais de location d'un véhicule, à hauteur de 2 229 euros. Elle pouvait, par suite, imposer les revenus ainsi perçus par l'intéressé dans la catégorie des bénéfices non commerciaux au titre des années 2013 et 2014. Si le requérant soutient que, pour déterminer le montant de ces bénéfices, il convenait de déduire les frais exposés dans le cadre de son activité des sommes dont il a ainsi bénéficié, il ne produit aucun élément de nature à justifier de la réalité et du montant de ces frais. M. B n'apporte pas, par suite, la preuve qui lui incombe en vertu des articles L. 193 et R. 193-1 du livre des procédures fiscales, du caractère exagéré des impositions supplémentaires mises à sa charge à ce titre.

7. En second lieu, aux termes de l'article 81 du code général des impôts : " Sont affranchis de l'impôt : / 1° Les allocations spéciales destinées à couvrir les frais inhérents à la fonction ou à l'emploi et effectivement utilisées conformément à leur objet. () ". Aux termes de l'article 82 de ce code : " Pour la détermination des bases d'imposition, il est tenu compte du montant net des traitements, indemnités et émoluments, salaires, pensions et rentes viagères, ainsi que de tous les avantages en argent ou en nature accordés aux intéressés () ". Et aux termes de l'article 83 de ce code : " Le montant net du revenu imposable est déterminé en déduisant du montant brut des sommes payées et des avantages en argent ou en nature accordés : () / 3° Les frais inhérents à la fonction ou à l'emploi lorsqu'ils ne sont pas couverts par des allocations spéciales. / La déduction à effectuer du chef des frais professionnels est calculée forfaitairement en fonction du revenu brut () ; elle est fixée à 10 % du montant de ce revenu. () / Les bénéficiaires de traitements et salaires sont également admis à justifier du montant de leurs frais réels () ".

8. Pour rehausser le montant des revenus salariés déclarés par M. B au titre de l'année 2014 à raison de son activité au sein de la société Trantor, l'administration fiscale a estimé, au vu des mouvements constatés sur les comptes bancaires de l'intéressé, que cette société lui avait versé une somme totale de 28 762 euros, supérieure au montant de 13 941 euros mentionné sur sa déclaration de revenus. Si le requérant, qui ne conteste pas le montant des sommes qui lui ont été versées par la société Trantor, soutient que la somme complémentaire de 14 821 euros correspond au remboursement de frais professionnels exposés dans l'intérêt de l'entreprise et d'indemnités kilométriques qui ne peuvent être pris en compte dans la base d'imposition à l'impôt sur le revenu, il n'apporte aucun élément de précision ni de justification à l'appui de ses allégations alors, au demeurant, qu'il lui appartenait de déclarer l'ensemble des revenus perçus et que, n'ayant pas opté pour la déduction des frais réels, il a bénéficié, à raison de ses frais professionnels, de la déduction forfaitaire de 10 % du montant de ses revenus prévue par le 3° de l'article 83 du code général des impôts. L'administration fiscale a pu, par suite, à bon droit, réintégrer dans le revenu imposable de M. B au titre de l'année 2014 l'intégralité des sommes versées par son employeur au cours de cette période.

S'agissant des majorations :

9. En premier lieu, aux termes de l'article de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () c. 80 % en cas de découverte d'une activité occulte. (). ".

10. Il résulte de ce qui précède que, M. B ayant exercé une activité illicite de détournement de fonds, et n'ayant pas déposé les déclarations qu'il était tenu de souscrire à ce titre, a exercé une activité occulte au titre de l'année 2013. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a assorti les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à la charge du requérant à raison des revenus tirés de cette activité, au titre de cette année, de la majoration de 80 % prévue par les dispositions précitées de l'article 1728 du code général des impôts.

11. En second lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

12. Pour faire application de la majoration pour manquement délibéré au titre des bénéfices non commerciaux et des traitements et salaires perçus par M. B au titre de l'année 2014 et non déclarés par l'intéressé, l'administration fiscale a estimé que celui-ci ne pouvait ignorer avoir eu la disposition des sommes en cause, alors que ces sommes représentent plus de 200 000 euros et qu'il n'a déclaré avoir perçu que des revenus de 13 941 euros. Dans ces conditions, et eu égard en particulier au montant des sommes non déclarées et aux conditions dans lesquelles M. B a obtenu le versement des revenus en cause, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, du caractère délibéré des manquements commis par le requérant. C'est par suite à bon droit qu'elle a mis à sa charge, au titre de l'année 2014, la majoration de 40 % prévue par le a) de l'article 1729 du code général des impôts.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à sa charge au titre des années 2013 et 2014, ainsi que des majorations correspondantes, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre Ouest.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

Mme Thierry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 décembre 2022.

La rapporteure,

V. C

Le président,

Y. LIVENAIS

Le greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

5

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