jeudi 23 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1907667 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | JANOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, respectivement enregistrés le 14 juillet 2019 et le 6 juin 2023, Mme B D veuve F, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentante légale de ses fils G, A et E F, représentée par Me Janois, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner C à lui verser la somme totale de 367 250 euros, en réparation des préjudices que ses enfants et elle-même estiment avoir subis à raison de la carence de C dans la prise en charge médico-sociale de G, A et E F, en tant que personnes atteintes du handicap résultant du syndrome autistique ;
2°) de donner acte qu'elle se désiste de ses conclusions formulées à l'encontre de l'association d'hygiène sociale Sarthe ;
3°) de rejeter les demandes formulées par l'association d'hygiène sociale Sarthe ;
4°) de mettre à la charge de C la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle se désiste de ses conclusions dirigées à l'encontre de l'association d'hygiène sociale Sarthe ;
- en dépit des nombreuses décisions de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) du département de la Sarthe ayant décidé d'orienter ses enfants au sein d'un institut médical éducatif (IME) à temps plein, ces derniers n'ont été pris en charge que très partiellement au sein de tels établissements sociaux et médico sociaux, ce qui caractérise une carence fautive de la part de C ; G n'est plus pris en charge depuis le mois de mars 2016, E n'est plus pris en charge depuis le mois de décembre 2012, A ne bénéficie que d'une prise en charge très partielle depuis le 3 février 2017 ;
- cette carence de C, qui constitue une faute de nature à engager sa responsabilité a, d'une part, entraîné, pour ses trois enfants, une perte de chance de gagner en autonomie et d'avoir une vie décente et, d'autre part, causé à ces derniers, ainsi qu'à elle-même, un préjudice moral ;
- les préjudices subis doivent être évalués à :
* 133 900 euros pour son fils E au titre de l'absence de prise en charge du mois de décembre 2012 au mois de juillet 2019 ;
* 52 000 euros pour son fils G au titre de l'absence de prise en charge du mois de mars 2016 au mois de juillet 2019 ;
* 18 850 euros pour son fils A au titre de sa prise en charge partielle du mois de février 2017 au mois de juillet 2019 ;
* 162 500 euros en réparation de son propre préjudice moral dès lors qu'en raison de la carence de C, elle s'occupe seule de son fils E depuis près de 7 années, de jour comme de nuit, qu'elle s'occupe de ce dernier et de son fils G depuis le mois de mars 2016, qu'elle doit également s'occuper de son fils A depuis le mois de mars 2017, ce dernier n'étant accueilli en foyer que trois heures par jour depuis cette date, qu'elle subit des violences de la part de ses enfants en raison de leur pathologie, qu'elle est épuisée et stigmatisée par les institutions qui lui reprochent les retards de ses enfants et sa résistance à ce que ces derniers soient parfois trop médicamentés.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 septembre 2019, l'association d'hygiène sociale Sarthe conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que la juridiction administrative n'est pas compétente pour statuer sur les conclusions dirigées à son encontre dès lors qu'elle est dotée de la personnalité morale de droit privé et non chargée de la gestion d'un service public.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2023, l'agence régionale de santé des Pays de la Loire, représentée par Me Vérité, conclut à titre principal au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que les sommes qu'elle pourrait être condamnée à verser à la requérante soient réduites à de plus justes proportions.
Elle soutient que :
- C n'a commis aucune faute dans la prise en charge des fils de la requérante ;
- les préjudices antérieurs au 1er janvier 2015 sont atteints par la prescription quadriennale et ne peuvent par conséquent faire l'objet d'une indemnisation.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- le code de justice administrative
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Baufumé, première conseillère,
- les conclusions de Mme Le Lay, rapporteure publique,
- et les observations de Me Vérité représentant l'agence régionale de santé des Pays de la Loire.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B D veuve F est la mère de A, G et E F, respectivement nés le 23 mai 1988, le 17 mars 1990 et le 14 avril 1994, lesquels souffrent de troubles du spectre autistique profonds. Par trois courriers du 13 mars 2019, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentante légale de ses fils, Mme D veuve F a adressé à la ministre des solidarités et de la santé, à l'agence régionale de santé (ARS) des Pays de la Loire et à l'association d'hygiène sociale Sarthe une demande préalable tendant à l'indemnisation des préjudices que ses enfants et elle-même estimaient avoir subis à raison de la carence de C dans la prise en charge de A, G et E F en tant que personnes atteintes du handicap résultant du syndrome autistique. Ces demandes indemnitaires préalables ayant fait l'objet de décisions implicites de rejet, Mme D veuve F, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentante légale de ses fils, demande, dans le dernier état de ses écritures, de condamner C au versement de la somme globale de 367 250 euros en réparation de ces préjudices.
Sur le désistement partiel :
2. Aux termes de son mémoire en réplique enregistré le 6 juin 2023, Mme D veuve F a expressément abandonné ses conclusions dirigées à l'encontre de l'association d'hygiène sociale Sarthe. Ce désistement est pur et simple. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité pour faute de C :
3. Aux termes de l'article L. 114-1 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne handicapée a droit à la solidarité de l'ensemble de la collectivité nationale, qui lui garantit, en vertu de cette obligation, l'accès aux droits fondamentaux reconnus à tous les citoyens ainsi que le plein exercice de sa citoyenneté. / L'État est garant de l'égalité de traitement des personnes handicapées sur l'ensemble du territoire et définit des objectifs pluriannuels d'actions ". Aux termes de l'article L. 114-1-1 du même code, dans sa version alors applicable : " La personne handicapée a droit à la compensation des conséquences de son handicap quels que soient l'origine et la nature de sa déficience, son âge ou son mode de vie. / Cette compensation consiste à répondre à ses besoins, qu'il s'agisse de l'accueil de la petite enfance, de la scolarité, de l'enseignement, de l'éducation, de l'insertion professionnelle, des aménagements du domicile ou du cadre de travail nécessaires au plein exercice de sa citoyenneté et de sa capacité d'autonomie, du développement ou de l'aménagement de l'offre de service, permettant notamment à l'entourage de la personne handicapée de bénéficier de temps de répit, du développement de groupes d'entraide mutuelle ou de places en établissements spécialisés, des aides de toute nature à la personne ou aux institutions pour vivre en milieu ordinaire ou adapté, ou encore en matière d'accès aux procédures et aux institutions spécifiques au handicap ou aux moyens et prestations accompagnant la mise en œuvre de la protection juridique régie par le titre XI du livre Ier du code civil. () ". Aux termes de l'article L. 246-1 du même code : " Toute personne atteinte du handicap résultant du syndrome autistique et des troubles qui lui sont apparentés bénéficie, quel que soit son âge, d'une prise en charge pluridisciplinaire qui tient compte de ses besoins et difficultés spécifiques. / Adaptée à l'état et à l'âge de la personne, cette prise en charge peut être d'ordre éducatif, pédagogique, thérapeutique et social. () ".
4. Il résulte de ces dispositions que le droit à une prise en charge pluridisciplinaire est garanti à toute personne atteinte du handicap résultant du syndrome autistique, quelles que soient les différences de situation. Si, eu égard à la variété des formes du syndrome autistique, le législateur a voulu que cette prise en charge, afin d'être adaptée aux besoins et difficultés spécifiques de la personne handicapée, puisse être mise en œuvre selon des modalités diversifiées, notamment par l'accueil dans un établissement spécialisé ou par l'intervention d'un service à domicile, c'est sous réserve que la prise en charge soit effective dans la durée, pluridisciplinaire, et adaptée à l'état et à l'âge de la personne atteinte de ce syndrome.
5. Aux termes de l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles, dans sa rédaction alors applicable : " I. - La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est compétente pour : / 1° Se prononcer sur l'orientation de la personne handicapée et les mesures propres à assurer son insertion scolaire ou professionnelle et sociale ; / 2° Désigner les établissements ou les services correspondant aux besoins de l'enfant ou de l'adolescent ou concourant à la rééducation, à l'éducation, au reclassement et à l'accueil de l'adulte handicapé et en mesure de l'accueillir ; () III. ' Lorsqu'elle se prononce sur l'orientation de la personne handicapée et lorsqu'elle désigne les établissements ou services susceptibles de l'accueillir, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est tenue de proposer à la personne handicapée ou, le cas échéant, à ses parents ou à son représentant légal un choix entre plusieurs solutions adaptées. / La décision de la commission prise au titre du 2° du I s'impose à tout établissement ou service dans la limite de la spécialité au titre de laquelle il a été autorisé ou agréé. / Lorsque les parents ou le représentant légal de l'enfant ou de l'adolescent handicapé ou l'adulte handicapé ou son représentant légal font connaître leur préférence pour un établissement ou un service entrant dans la catégorie de ceux vers lesquels la commission a décidé de l'orienter et en mesure de l'accueillir, la commission est tenue de faire figurer cet établissement ou ce service au nombre de ceux qu'elle désigne, quelle que soit sa localisation. / A titre exceptionnel, la commission peut désigner un seul établissement ou service. () ".
6. Il résulte de la combinaison des dispositions citées aux points 3 et 5 qu'il incombe à la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH), à la demande des parents, de se prononcer sur l'orientation des enfants atteints du syndrome autistique et de désigner les établissements ou les services correspondant aux besoins de ceux-ci et étant en mesure de les accueillir, ces structures étant tenues de se conformer à la décision de la commission. Ainsi, lorsqu'un enfant autiste ne peut être pris en charge par l'une des structures désignées par la CDAPH en raison d'un manque de place disponible, l'absence de prise en charge pluridisciplinaire qui en résulte est, en principe, de nature à révéler une carence de C dans la mise en œuvre des moyens nécessaires pour que cet enfant bénéficie effectivement d'une telle prise en charge dans une structure adaptée. En revanche, lorsque les établissements désignés refusent d'admettre l'enfant pour un autre motif, ou lorsque les parents estiment que la prise en charge effectivement assurée par un établissement désigné par la commission n'est pas adaptée aux troubles de leur enfant, C ne saurait, en principe, être tenu pour responsable de l'absence ou du caractère insuffisant de la prise en charge, lesquelles ne révèlent pas nécessairement, alors, l'absence de mise en œuvre par C des moyens nécessaires. En effet, il appartient alors aux parents, soit, s'ils estiment que l'orientation préconisée par la commission n'est en effet pas adaptée aux troubles de leur enfant, de contester la décision de cette commission, qui rend ses décisions au nom de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH), laquelle a le statut de groupement d'intérêt public, devant la juridiction citée à l'article L. 241-9 du code de l'action sociale et des familles, soit, dans le cas contraire, de mettre en cause la responsabilité des établissements désignés n'ayant pas respecté cette décision en refusant l'admission ou n'assurant pas une prise en charge conforme aux dispositions de l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles. Compte tenu des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine, s'il appartient aux parents de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une carence de C dans la mise en œuvre des décisions de la CDAPH, il incombe ensuite à C de renverser cette présomption en produisant des éléments permettant d'établir que l'absence de prise en charge ne lui est pas imputable.
S'agissant de la prise en charge de A et de G F :
7. Mme D veuve F produit, d'une part, les décisions de la CDAPH du 28 septembre 2012, du 13 décembre 2013, du 22 mai 2015 et du 9 février 2018 prescrivant une prise en charge de son fils A en foyer d'accueil médicalisé du 25 septembre 2012 au 30 septembre 2020 avec un accueil de jour à compter du 20 septembre 2013 et, d'autre part, les décisions de la CDAPH du 8 janvier 2010, du 24 mai 2013, du 13 juin 2014, du 22 mai 2015 et du 9 février 2018 prescrivant une prise en charge de son fils G en foyer d'accueil médicalisé du 8 janvier 2010 au 31 décembre 2020, avec un accueil de jour du 1er janvier 2013 au 30 novembre 2014 et du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2017. Ces différentes décisions fixent toutes comme lieu d'accueil le foyer d'accueil médicalisé " FAM " " Le Verger " à Coulans-sur-Gée (Sarthe). Mme D veuve F produit également ses multiples démarches destinées à trouver un lieu d'accueil pour ses enfants et un compte rendu de la réunion du 19 janvier 2018 du groupe opérationnel de synthèse (GOS) aux termes duquel les membres de cette instance ont souligné l'urgence de la situation de la requérante et de ses enfants, l'absence de prise en charge G F et la prise en charge partielle de A F ainsi que le climat de violence dans lequel ces derniers vivent à domicile en raison de leur pathologie, climat ayant entraîné l'interruption de l'intervention d'un service d'aide à domicile. Mme D veuve F produit également les courriers du foyer d'accueil médicalisé " Le Verger " établissant que son fils A n'est plus pris en charge que 3 heures par jour depuis le 3 février 2017 et que son fils G ne bénéficie plus d'aucune prise en charge depuis le 1er mars 2016, se retrouvant à la seule charge de sa mère au domicile de cette dernière. Au regard des documents qu'elle a produits et des nombreuses démarches dont elle justifie, Mme D veuve F justifie, d'une part, de l'absence de prise en charge médico-sociale son fils G à compter du 1er mars 2016 et, d'autre part, de la prise en charge partielle de son fils A à compter du 3 février 2017. Elle a donc apporté suffisamment d'éléments pour faire présumer une carence de C dans la mise en œuvre des décisions de la CDAPH.
8. Par ailleurs, si l'ARS soutient que Mme D veuve F n'a contesté ni la décision du 3 février 2017 du foyer d'accueil médicalisé aux termes de laquelle l'arrêt de la prise en charge de son fils A en matinée a été décidée, ni la décision de la MDPH du 9 février 2018 prescrivant une prise en charge de ce dernier au sein de ce même foyer en accueil de jour du 1er octobre 2017 au 30 septembre 2020, cette circonstance est sans incidence sur le fait, qui résulte de l'instruction et qui n'est pas contesté, que ce dernier n'a pas été accueilli, et ce ceci en dépit des décisions de la CDAPH, au sein de ce foyer plus de trois heures par jour à compter du 3 février 2017, en raison de l'importance de sa pathologie et de la nécessité de dédier un professionnel en permanence pour l'accompagner. Il s'ensuit que A Bouabou n'a pas bénéficié de la prise en charge prescrite par la CADPH en raison d'une insuffisance de moyens disponibles. En outre, s'agissant de G F, si C soutient que l'absence de ce dernier au sein du foyer d'accueil médicalisé " Le Verger " a entraîné la rupture de son contrat de séjour en accueil de jour, cela ne résulte pas de l'instruction, et notamment pas du courrier du 1er mars 2016, sur lequel se fonde l'ARS elle-même, et aux termes duquel le FAM précise que les symptômes de la pathologie de l'intéressé, notamment son agressivité, ainsi que le fait que son frère réside au sein de ce même foyer, rendent impossible l'accueil de G F au sein de l'établissement. Il s'ensuit que ce dernier n'a pas bénéficié de la prise en charge prescrite par la CADPH en raison de moyens insuffisants à assurer l'accueil de deux adultes atteints du même syndrome autistique. Enfin, l'ARS soutient que l'absence de prise en charge ou la prise en charge partielle des enfants de la requérante est notamment liée au comportement de cette dernière et plus particulièrement au fait qu'elle aurait adressé des critiques permanentes aux professionnels en charge de l'accueil de ses enfants, aurait refusé les traitements médicaux destinés à ces derniers et commis des excès de langage. Il résulte toutefois de l'instruction, et notamment des courriers du FAM " Le Verger " mais également du compte rendu de la réunion du GOS, susmentionnés, d'une part, que la rupture des contrats de séjour des enfants de la requérante au sein de leurs lieux d'accueil est avant tout liée à l'importance de leurs symptômes et à la circonstance que les lieux d'accueil concernés n'étaient en capacité, ni de répondre à ces symptômes ni d'accueillir plusieurs adultes aussi lourdement handicapés et, d'autre part, que si Mme D a pu exprimer son désaccord sur les modalités de la prise en charge de ces derniers, il n'est pas établi que cette opposition aurait été systématique et de nature à faire obstacle à la prise en charge de A et G F conformément aux décisions les concernant de la CDAPH. Il résulte en outre de l'instruction, et notamment du compte-rendu de la réunion du GOS susmentionnée mais également des certificats médicaux concernant ses enfants, que le comportement de la requérante peut lui-même trouver sa cause dans l'extrême difficulté et l'épuisement dans lesquels se trouvait cette dernière à assumer seule la prise en charge, de jour et de nuit, de trois adultes dont la pathologie rendait, de l'avis même des lieux d'hébergement concernés, l'accueil extrêmement compliqué. Il résulte, enfin, de l'instruction, et notamment des arrêts de la cour d'appel d'Angers du 10 décembre 2018, que cette juridiction a considéré que la requérante s'investit de manière constante et quotidienne dans la prise en charge de ses fils malgré la complexité administrative et médicale de leur situation. Dans ces conditions, la prise en charge médico-sociale partielle de A et de G F révèle une carence de C dans la mise en œuvre des moyens nécessaires à la garantie de l'effectivité des orientations décidées par la CDAPH, laquelle est constitutive d'une faute. Mme D veuve F est donc fondée à mettre en cause la responsabilité de C à raison du défaut de prise en charge en foyer d'accueil médicalisé de G depuis le 1er mars 2016 et à raison de la prise en charge partielle de A depuis le 3 février 2017.
S'agissant de la prise en charge de E F :
9. Mme D veuve F produit les décisions de la CDAPH des 31 août, 13 septembre et 7 décembre 2012 et du 5 février 2016 prescrivant une prise en charge de son fils E en IME du 1er août 2012 au 14 avril 2014 et en foyer de vie du 7 décembre 2012 au 31 mai 2019 en hébergement permanent ou accueil de jour. Ces décisions fixent différents lieux d'accueil et indiquent à la requérante qu'il lui appartient de les solliciter régulièrement afin que la demande de placement de son fils puisse être prise en compte. S'il résulte de l'instruction que E F n'a plus bénéficié de prise en charge depuis le mois d'avril 2012, la requérante ne démontre pas, et ce malgré la mesure d'instruction diligentée par le tribunal, qu'elle aurait contacté les différents établissements désignés par la CDAPH aux termes des décisions susmentionnées. Par suite, et en dépit des démarches qu'elle a pu effectuer auprès d'autres établissements, elle n'apporte pas suffisamment d'éléments pour faire présumer une carence de C dans la mise en œuvre de ces décisions.
En ce qui concerne l'exception de prescription :
10. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur C, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'État, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis () ". Aux termes de son article 2 : " La prescription est interrompue par : () Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance ; / () Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée ". Aux termes de son article 3 : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement ". Aux termes de son article 7 : " L'Administration doit, pour pouvoir se prévaloir, à propos d'une créance litigieuse, de la prescription prévue par la présente loi, l'invoquer avant que la juridiction saisie du litige au premier degré se soit prononcée sur le fond ".
11. Lorsque la responsabilité d'une personne publique est recherchée, les droits de créance invoqués en vue d'obtenir l'indemnisation des préjudices doivent être regardés comme acquis, au sens de ces dispositions, à la date à laquelle la réalité et l'étendue de ces préjudices ont été entièrement révélées, ces préjudices étant connus et pouvant être exactement mesurés. La créance indemnitaire relative à la réparation d'un préjudice présentant un caractère continu et évolutif doit être rattachée à chacune des années au cours desquelles ce préjudice a été subi. Dans ce cas, le délai de prescription de la créance relative à une année court à compter du 1er janvier de l'année suivante, à la condition qu'à cette date le préjudice subi au cours de cette année puisse être mesuré.
12. Il résulte de l'instruction que la requérante a saisi l'ARS d'une réclamation préalable pour l'indemnisation de ses préjudices et de ceux de ses enfants par courrier du 13 mars 2019 suivant. Ainsi, en application des dispositions citées au point 10, les préjudices antérieurs au 1er janvier 2015 sont atteints par la prescription quadriennale. Il résulte en tout état de cause de l'instruction, comme cela a été précisé au point 8 ci-dessus, que la responsabilité de C à raison du défaut de prise en charge en foyer d'accueil médicalisé de G F et de la prise en charge partielle de A F est susceptible d'être engagée à compter du 1er mars 2016 pour le premier et à compter du 3 février 2017 pour le second.
En ce qui concerne les préjudices :
13. Il suit de ce qui précède que la responsabilité pour faute de C est engagée à à compter du 1er mars 2016 s'agissant de G F et à compter du 3 février 2017 s'agissant de A F. Il résulte par ailleurs des conclusions de la requérante que cette dernière ne sollicite la réparation de ses préjudices et de ceux de ses enfants que jusqu'au 31 juillet 2019. Par suite, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par ses enfants, qui n'ont pas pu bénéficier d'une prise en charge disciplinaire complète, en évaluant à 10 000 euros celui de G F et à 5 000 euros celui de A F, qui a bénéficié d'une prise en charge partielle. Il sera également fait une juste appréciation du préjudice moral subi par Mme D veuve F, qui a pris en charge seule ses trois enfants atteints d'autisme profond, au titre de ces mêmes périodes, mais qui n'établit la carence de C que concernant deux de ses trois enfants, en évaluant son préjudice à la somme de 25 000 euros.
14. En revanche, si la requérante sollicite la réparation du préjudice subi par chacun de ses enfants et lié à la perte de chance, pour ces derniers, de gagner en autonomie et d'avoir une vie décente, elle ne produit aucun élément de nature à établir la réalité de ces préjudices et le lien entre ces derniers et la carence fautive de C. Il s'en suit que les conclusions qu'elle présente aux fins de réparation de ces préjudices doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de C une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme D veuve F et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions de Mme D veuve F dirigées à l'encontre de l'association d'hygiène sociale Sarthe.
Article 2 : C versera à Mme D veuve F en qualité de représentante légale de G F la somme de 10 000 euros
Article 3 : C versera à Mme D veuve F en qualité de représentante légale de A F la somme de 5 000 euros
Article 4 : C versera à Mme D veuve F la somme de 25 000 euros.
Article 5 : C versera à Mme D veuve F la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D veuve F et au ministre de la santé et de la prévention.
Copie en sera adressée à la directrice générale de l'agence régionale de santé des Pays-de-la-Loire et à l'association d'hygiène sociale Sarthe.
Délibéré après l'audience du 2 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
M. Hannoyer, premier conseiller,
Mme Baufumé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.
La rapporteure,
A. BAUFUMÉ
La présidente,
M. BERIA-GUILLAUMIE
La greffière
B. GAUTIER
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis
en ce qui concerne les voies de droit commun
contre les parties privées, de pourvoir
à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026