mercredi 24 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1907860 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP GOSSELIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 juillet 2019 et 2 février 2022, la société MMA IARD et la société nantaise d'habitations, toutes deux représentées par Me Gosselin, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à leur verser la somme de 2 810 euros, en réparation des préjudices subis du fait des dommages occasionnés par des violences urbaines survenues le 3 juillet 2018, assortie des intérêts au taux légal qui seront capitalisés par année entière à compter du 31 janvier 2019 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- il n'est pas établi que la décision litigieuse a été signée par une autorité compétente ;
- la responsabilité de l'Etat est engagée sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure dès lors que les dommages subis sont la conséquence d'émeutes urbaines survenues le 3 juillet 2018 ; les dommages ont été commis à force ouverte ou par violence et procèdent de la commission de délits ; il n'est pas établi que ces émeutes auraient été préméditées ;
- le montant des dégradations matérielles causées au bitume du parking de la résidence située allée Maurice Tourneur, propriété de la Société nantaise d'habitations, s'élève à 1 868 euros ;
- la compagnie MMA Iard a indemnisé son assurée, la société nantaise d'habitations, des préjudices subis à hauteur de 942 euros et est ainsi subrogée, à concurrence de ce montant, dans les droits de cette dernière.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par les sociétés requérantes n'est fondé.
Par une ordonnance du 31 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été prononcée le 15 février 2022.
Une mesure d'instruction a été effectuée le 30 mai 2022, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, tendant à obtenir la quittance subrogatoire des sommes versées par MMA Iard à son assurée ainsi que les factures des travaux effectués par la société nantaise d'habitations.
En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, les pièces complémentaires produites par les requérantes, enregistrées le 2 juin 2022, ont été communiquées après la clôture de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Gave, rapporteur public,
- et les observations de Me Goven, substituant Me Gosselin, représentant MMA IARD et la société nantaise d'habitations.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite du décès, le 3 juillet 2018, de M. C B des suites d'une blessure par balle occasionnée par un fonctionnaire de police, lors d'un contrôle d'identité auquel l'intéressé avait voulu se soustraire, des émeutes urbaines ont éclaté dans le quartier du Breil et, plus tard dans la soirée, dans d'autres quartiers de Nantes et provoqué de nombreuses dégradations. Ces violences se sont répétées entre le 4 et le 7 juillet 2018. La compagnie d'assurance MMA Iard a versé à la société nantaise d'habitations, son assurée, la somme de 942 euros en réparation des dommages matériels causés au bitume du parking de l'immeuble dont elle est propriétaire, situé au 2 rue Maurice Tourneur à Nantes. Elle a laissé à la charge de la société nantaise d'habitations une somme de 1 868 euros, au titre de la franchise prévue au contrat d'assurance. Par un courrier du 31 janvier 2019, la société MMA Iard, assureur de la société nantaise d'habitations, a formé une réclamation indemnitaire préalable sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de sécurité intérieure et demandé au préfet de la Loire-Atlantique le versement d'une somme de 2 810 euros en réparation des dommages occasionnés au parking de l'immeuble appartenant à la société nantaise d'habitations. Par un courrier du 15 mai 2019, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté cette demande indemnitaire. La société MMA Iard et la société nantaise d'habitations demandent au tribunal de condamner l'Etat à les indemniser des préjudices subis sur le fondement de la responsabilité sans faute de l'Etat au titre des rassemblements et attroupements.
Sur le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 19 mai 2019 rejetant la réclamation indemnitaire préalable
2. Aux termes de l'article R. 421-1 de ce code : " Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ". Cette règle dite de la décision préalable, fixée à l'article R. 421-1 du code de justice administrative, a pour seul objet de permettre la liaison du contentieux. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur. Les vices propres dont serait entachée cette décision sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du préfet de la Loire-Atlantique du 19 mai 2019, rejetant la réclamation préalable formée le 31 janvier 2019 par les requérantes, est inopérant.
Sur la responsabilité de l'Etat :
3. Aux termes de l'article L. 211-10 du code de sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens () ". L'application de ces dispositions est subordonnée à la condition que les dommages dont l'indemnisation est demandée résultent de manière directe et certaine de crimes ou de délits déterminés commis par des rassemblements ou des attroupements précisément identifiés.
4. Les dommages dont la société MMA Iard et la société nantaise d'habitations demandent l'indemnisation ont été causés dans la nuit du 3 au 4 juillet 2018 dans le contexte des violences urbaines qui se sont déclenchées à partir du 3 juillet au soir. Si les documents établis par la société d'expertise Sedgwick, produits par les sociétés requérantes, intitulés " procès-verbal de constatations relatives aux causes et circonstances et à l'évaluation des dommages ", et " rapport bâtiment ", mentionnent le 2 juillet 2018 comme date du sinistre, il résulte de l'analyse de ces rapports d'expertise que cette mention ne constitue qu'une erreur de plume ainsi que le corrobore le fait que ces mêmes documents établissent un lien entre l'incendie et les émeutes urbaines dont il est constant qu'elles n'ont commencé que le 3 juillet 2018. Ce jour-là, des jeunes gens se sont regroupés à la suite du décès de M. B et ont procédé, après ce rassemblement, à diverses destructions et dégradations de bâtiments et d'équipements publics, notamment dans les quartiers du Breil et des Dervallières. Il résulte de l'instruction que l'incendie des véhicules situés dans le parking appartenant à la société nantaise d'habitations, lequel parking est situé dans le quartier du Breil, a été provoqué par des personnes qui étaient au nombre de celles qui s'étaient spontanément rassemblées, peu de temps auparavant, pour manifester leur émotion après le décès de M. B. En outre, de nombreux faits délictueux ont été commis dans l'agglomération nantaise durant la même soirée et dans les jours qui ont suivi. Dès lors, les dommages ainsi causés, qui constituent des délits commis à force ouverte contre des biens, doivent être regardés comme étant le fait d'un attroupement ou d'un rassemblement au sens des dispositions de l'article L. 211-10 du code de sécurité intérieure. Dans ces conditions, ces agissements sont de nature à engager la responsabilité de l'Etat sur ce fondement.
Sur les préjudices :
5. Il résulte de l'instruction que les sociétés requérantes ont fait procéder par le cabinet d'expertise Sedgwick à l'évaluation du montant des préjudices subis par la société nantaise d'habitations, suite aux évènements de la nuit du 3 juillet 2018. A l'issue de cette expertise, le montant total des dommages causés à cette société a été fixé à la somme non contestée de 2 810 euros correspondant au remplacement de 20 m2 de bitume et d'une bande blanche endommagés par l'incendie des véhicules, à la reprise d'un nez de trottoir, à l'élagage de plantes et à des replantations. Eu égard à la nature des dommages, il n'y a pas lieu de pratiquer un abattement sur cette somme pour tenir compte de la vétusté des biens endommagés. Ces dommages sont en lien direct avec le fait générateur de la responsabilité de l'Etat et ouvrent donc droit à réparation à la société nantaise d'habitations et à son assureur.
6. D'une part, la société MMA Iard a produit à l'instance la quittance subrogatoire du 9 janvier 2020, attestant du versement de la somme de 942 euros à son assurée, la société nantaise d'habitations, en réparation des dommages litigieux. Par suite, la société MMA Iard est subrogée dans les droits de son assurée. Dès lors, il y a lieu de condamner l'Etat à verser à la société MMA Iard la somme de 942 euros.
7. D'autre part, la société nantaise d'habitations, elle-même requérante et en droit d'obtenir la réparation intégrale de son préjudice, est recevable et fondée à demander la condamnation de l'Etat à l'indemniser à hauteur de la franchise laissée à sa charge, soit 1 868 euros.
8. Il résulte de ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à la société MMA Iard la somme de 942 euros et à la société nantaise d'habitations la somme de 1 868 euros en réparation des préjudices subis du fait des violences urbaines.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
9. Les indemnités allouées à la société MMA Iard et à la société nantaise d'habitations doivent être augmentées des intérêts au taux légal à compter du 31 janvier 2019, date de leur demande d'indemnisation. Ces intérêts seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts à compter du 31 janvier 2020, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, le versement à la société MMA Iard et à la Société nantaise d'habitations d'une somme globale de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la société MMA Iard la somme de 942 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 31 janvier 2019, lesquels intérêts seront capitalisés à compter du 31 janvier 2020 et à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Article 2 : L'Etat est condamné à verser à la Société nantaise d'habitations la somme de
1 868 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 31 janvier 2019, lesquels intérêts seront capitalisés à compter du 31 janvier 2020 et à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Article 3 : L'Etat versera à la société MMA Iard et à la Société nantaise d'habitations une somme globale de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société MMA Iard, à la Société nantaise d'habitations et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Coipe en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 9 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Martin, président,
M. Labouysse, premier conseiller,
Mme Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 août 2022.
La rapporteure,
N. A
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
No 1907860
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026