mercredi 21 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1907875 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL BIROT - MICHAUD - RAVAUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 juillet 2019, M. B A, représenté par Me Parastatis, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Nantes à lui verser, en réparation des préjudices résultant de sa prise en charge, la somme totale de 976 000 euros ;
2°) de dire que cette somme portera intérêts au taux légal à compter de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Nantes la somme de 5 000 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les fautes du centre hospitalier universitaire de Nantes, qui ont consisté en un retard de diagnostic et un choix thérapeutique erroné, sont de nature à engager la responsabilité de l'établissement de santé ;
- il y a lieu d'indemniser ses préjudices comme suit :
* 320 000 euros au titre de son préjudice psychologique ;
* 300 000 euros au titre de son préjudice sexuel ;
* 16 000 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
* 500 euros par jour du 24 juin 2017 au 8 avril 2018 au titre de son préjudice esthétique temporaire ;
* 41 000 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent ;
* 130 000 euros au titre des souffrances endurées ;
* 25 000 euros au titre de son préjudice d'agrément ;
* son préjudice professionnel sera calculé par des éléments comptables à parfaire.
Par trois mémoires, respectivement enregistrés le 4 octobre 2019, les 2 janvier et 9 octobre 2020, le centre hospitalier universitaire de Nantes, représenté par Me Chabot puis par Me Meunier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'ordonner le sursis à statuer dans l'attente du dépôt du rapport de la seconde expertise sollicitée par M. A ;
2°) d'allouer à M. A, après application d'un taux de perte de chance de 70 %, une somme totale de 30 876,50 euros, dont il conviendra de déduire la provision de 45 000 euros qui lui a d'ores et déjà été versée ;
3°) d'appliquer un taux de perte de chance à 70 % sur la créance de la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique et de la débouter de ses demandes de remboursement au titre des frais médicaux, de la pension d'invalidité et des frais hospitaliers du 24 juin au 3 juillet 2017.
Il soutient que :
- il s'en remet à la sagesse du tribunal s'agissant du principe de sa responsabilité ;
- il y a lieu d'indemniser, après application du taux de perte de chance de 70 %, les préjudices subis par M. A comme suit :
* 7 000 euros au titre de son préjudice sexuel ;
* 146,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
* 1 330 euros au titre de son préjudice esthétique ;
* 15 400 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent ;
*7 000 euros au titre des souffrances endurées ;
* son préjudice professionnel sera réservé ;
* le préjudice psychologique et le préjudice d'agrément seront rejetés.
Par deux mémoires et une pièce complémentaire respectivement enregistrés le 9 octobre 2019, le 7 mai 2020 et le 20 octobre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Nantes à lui verser la somme de 356 834,78 euros représentant le montant des prestations servies au titre de l'assurance maladie ;
2°) d'assortir ces sommes des intérêts légaux, avec anatocisme, à compter de la date d'enregistrement de son dernier mémoire ;
3°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Nantes à lui verser la somme de 1 091 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Nantes la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute du centre hospitalier universitaire de Nantes, à l'occasion de la prise en charge de M. A, doit être retenue ;
- les prestations liées aux fautes du centre hospitalier universitaire de Nantes et versées à M. A représentent la somme totale de 356 834,78 euros après application du taux de perte de chance qui ne peut être fixé en dessous de 70 %.
Par un mémoire enregistré le 11 octobre 2019, l'Office National d'Indemnisation des Accidents Médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Ravaut, conclut à sa mise hors de cause et demande au tribunal de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Nantes la somme de 2 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Un mémoire produit pour le centre hospitalier universitaire de Nantes et enregistré le 7 novembre 2022 n'a pas été communiqué.
Vu :
- l'ordonnance n° 1711094 du 13 février 2018 par laquelle le président du tribunal administratif de Nantes a prescrit une expertise et désigné un expert médical ;
- le rapport d'expertise du 21 août 2018 ;
- l'ordonnance n° 1901818 du 24 septembre 2019 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Nantes a alloué à M. A une provision de 45 000 euros, à la charge du centre hospitalier universitaire de Nantes ;
- l'ordonnance de taxation n° 1711094 du 3 décembre 2018 par laquelle le président du tribunal a taxé et liquidé les frais et honoraires d'expertise ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code monétaire et financier ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Baufumé, rapporteure,
- les conclusions de Mme Dubus, rapporteure publique,
- et les observations de Me Parastatis, représentant M. A et en présence de ce dernier, et de Me Meunier, représentant le centre hospitalier universitaire de Nantes.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, né le 12 janvier 1984, a subi, le 24 juillet 2014, au sein du centre hospitalier universitaire (CHU) de Nantes, une tumorectomie au niveau de la partie gauche du gland de son organe génital. Un examen anatomo-pathologique réalisé le 1er août 2014 au sein du même établissement de santé a permis de conclure à l'existence d'un carcinome épidermoïde. Les 30 septembre et 1er octobre 2015 puis le 21 octobre 2015, ont été respectivement réalisées, au sein du CHU de Nantes, une nouvelle exérèse puis une amputation partielle du pénis avec curages ganglionnaires inguinaux. Après plusieurs consultations auprès du chirurgien qui l'avait opéré, devant le refus de ce dernier, à deux reprises, de réaliser de nouveaux pet scan et la persistance de douleurs, M. A a consulté un chirurgien au sein des Hospices Civils de Lyon (HCL). A été effectué, au sein de cet établissement de santé, un pet scan qui a établi la récidive du carcinome, récidive confirmée par la réalisation, le 10 mai 2017, toujours au sein des HCL, d'une biopsie suivie d'une amputation subtotale de la verge avec urétérostomie périnéale. Le 21 juin 2017, M. B A a subi, au sein de ce même établissement de santé, une amputation complémentaire de la verge et une reprise au niveau de l'urétérostomie.
2. Estimant que sa prise en charge au sein du CHU de Nantes avait été défaillante, M. A a sollicité l'organisation d'une mesure d'expertise judiciaire à laquelle le juge des référés près du tribunal administratif de Nantes a fait droit par ordonnance n° 1711094 du 13 février 2018. L'expert judiciaire, médecin urologue, a été désigné et a rendu son rapport le 21 août 2018. M. A a adressé une demande d'indemnisation au CHU de Nantes le 13 mars 2019, réceptionnée le 15 mars 2019, tendant à l'indemnisation des préjudices qu'il estimait avoir subis en raison des fautes commises par l'établissement de santé dans sa prise en charge. Devant le silence gardé par ce dernier pendant deux mois et par la présente requête, M. A demande au tribunal de condamner le CHU de Nantes à lui verser la somme de 976 000 euros en réparation de ces préjudices. La caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique demande, quant à elle, au tribunal de condamner le CHU de Nantes à lui rembourser ses débours.
3. M. A a également sollicité le versement d'une provision, demande à laquelle le juge des référés a fait droit par ordonnance n° 1901818 du 24 septembre 2019 en fixant le montant de cette provision à 45 000 euros, à la charge du CHU de Nantes.
Sur les conclusions du centre hospitalier universitaire tendant au sursis à statuer :
4. Le centre hospitalier universitaire de Nantes soutient qu'il doit être sursis à statuer dans l'attente du dépôt du rapport de la seconde expertise sollicitée par M. A. Toutefois, l'expert désigné par ordonnance n° 2006519 du 29 janvier 2021 du juge des référés du tribunal de Nantes, et ayant notamment eu pour mission de se prononcer sur l'origine des complications présentées par M. A depuis l'expertise initiale ayant donné lieu au rapport susmentionné du 21 août 2018, a déposé son rapport le 27 mars 2022.
5. Il résulte de ce qui précède que doivent être rejetées comme dépourvues de portée utile dans le présent litige, les conclusions présentées par le centre hospitalier universitaire de Nantes et tendant à ce que le tribunal sursoie à statuer dans l'attente du dépôt de ce rapport d'expertise.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Nantes :
S'agissant des fautes médicales :
6. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
7. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 21 août 2018 susmentionné, que le chirurgien qui suivait M. A au sein du CHU de Nantes a refusé, les 27 septembre et 19 octobre 2016, de réaliser de nouveaux pet scans, soutenant qu'il n'existait pas de récidive de carcinome. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction qu'un tel refus, pour maladroit qu'il ait été ainsi que l'a constaté l'expert, constituerait une faute. Par ailleurs, il n'en résulte pas non plus, et notamment du rapport d'expertise du 21 août 2018 susmentionné, et il n'est pas contesté, que la réalisation de ces examens, aux dates auxquelles M. A les a sollicités, aurait permis de détecter cette récidive.
8. En second lieu, il résulte cependant également de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire susmentionné, et il n'est pas contesté, qu'à la lecture du résultat de l'examen d'anatomie pathologie réalisé le 1er août 2014, qui faisait apparaitre des limites de l'exérèse intra lésionnelles, l'équipe médicale chargée du suivi de M. A aurait dû, conformément aux recommandations de l'association française d'urologie, réaliser, dès le mois d'août 2014, une exérèse complémentaire afin d'obtenir une marge d'exérèse négative. Il en résulte également, et il n'est pas contesté, que, toujours en conformité avec ces recommandations, la recherche du ganglion sentinelle aurait dû être entreprise. Il s'en suit qu'en s'abstenant de réaliser une telle exérèse complémentaire et de mettre en œuvre la recherche du ganglion sentinelle, le centre hospitalier universitaire de Nantes n'a pas assuré une prise en charge de M. A conforme aux données acquises de la science.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la prise en charge de M. A a été caractérisée par des manquements fautifs de nature à engager la responsabilité du CHU de Nantes.
S'agissant de la perte de chance :
10. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou du traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage advienne, la réparation qui incombe à l'hôpital devant alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
11. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire du 21 août 2018 susmentionné, et il n'est pas contesté, que le risque de récidive d'un carcinome tel que celui dont a souffert M. A est multiplié par trois en cas de marge positive. Il en résulte toutefois également, et il n'est pas contesté, qu'en tout état de cause, en l'absence de toute faute de la part du CHU de Nantes, c'est-à-dire si une exérèse complémentaire et une recherche de ganglion sentinelle avaient été mises en œuvre dès le mois d'août 2014, un tel risque de récidive aurait subsisté, évalué, au cas d'espèce, à 30 % par l'expert judiciaire. Il s'en suit que les fautes commises par le CHU de Nantes ont fait perdre à M. A 70 % de chance d'éviter la récidive ayant conduit à une ablation totale de la verge.
12. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents qu'il y a lieu de fixer à 70 % le taux de la perte de chance de M. A d'éviter les séquelles liées à l'absence de réalisation, dès le mois d'août 2014, d'une exérèse complémentaire et de la recherche du ganglion sentinelle et de mettre à la charge du CHU de Nantes la réparation de cette fraction des préjudices subis par l'intéressé et des dépenses exposées par la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique pour le compte de M. A et imputables à la prise en charge fautive.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant des préjudices de M. A :
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
13. M. A sollicite l'indemnisation du déficit fonctionnel total dont il a souffert au cours de ses hospitalisations, d'une part, au sein du CHU de Nantes, les 30 septembre et 1er , 21 et 22 octobre 2015 et, d'autre part, au sein des Hospices civils de Lyon, du 10 au 13 mai 2017 puis du 20 au 23 juin 2017. Il résulte par ailleurs de l'instruction, et particulièrement du rapport d'expertise judiciaire du 21 août 2018, et il n'est pas contesté, que M. A a subi un déficit fonctionnel total au cours de ces hospitalisations, en lien avec les fautes commises par le CHU de Nantes. Par suite, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire total du requérant, en lien avec les fautes commises par le CHU de Nantes, en l'évaluant à 12 jours et en lui accordant la somme totale de 126 euros après application du taux de perte de chance retenu.
Quant aux souffrances endurées :
14. Si M. A sollicite l'indemnisation, d'une part, de ses souffrances endurées et, d'autre part, de son préjudice psychologique, le poste de préjudice correspondant aux souffrances endurées recouvre tant les souffrances physiques que les souffrances morales. Il résulte par ailleurs de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire du 21 août 2018, et il n'est pas contesté, que les souffrances physiques et morales qui ont été endurées par M. A en lien avec les fautes du CHU de Nantes, peuvent être évaluées à 4,5 sur une échelle de 0 à 7, notamment en raison du choc psychologique lié à l'ablation totale de son organe externe génital et sexuel, de l'âge du requérant et des douleurs physiques qu'il a endurées après le mois d'août 2014, douleurs l'ayant notamment conduit à envisager une auto amputation. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ces souffrances, que M. A aurait eu 70 % de chance d'éviter en l'absence de faute de la part du centre hospitalier universitaire de Nantes, en les fixant, après application du taux de perte de chance retenu, à la somme de 12 000 euros.
Quant au préjudice esthétique temporaire :
15. M. A sollicite l'indemnisation de son seul préjudice esthétique temporaire, entre la date de son amputation totale le 24 juin 2017 et la date de consolidation de son état de santé le 8 avril 2018. Compte tenu de la durée de ce préjudice, il en sera fait une juste appréciation en le fixant, après application du taux de perte de chance retenu, à la somme de 1 750 euros.
Quant au déficit fonctionnel permanent :
16. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise susmentionné, et il n'est pas contesté, que M. A souffre d'un déficit fonctionnel permanent évalué à 25 %. Il en résulte cependant également qu'il aurait souffert, en l'absence de faute de la part du CHU de Nantes, en raison de l'ablation partielle de son organe génital externe, d'un déficit fonctionnel permanent de 10 %. Par suite, M. A étant âgé de 34 ans à la date de consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice, estimé à 15 %, en l'évaluant à la somme totale de 16 000 euros après application du taux de perte de chance retenu.
Quant au préjudice sexuel :
17. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire du 21 août 2018, que M. A a subi un préjudice sexuel particulièrement important, notamment lié à l'amputation totale de son organe sexuel. Dans les circonstances très particulières de l'espèce et compte tenu de l'âge du requérant à la date des faits, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant, après application du taux de perte de chance retenu, à la somme de 31 500 euros.
Quant au préjudice d'agrément :
18. Si M. A fait état d'un préjudice d'agrément, il n'apporte aucun élément de nature à démontrer la pratique régulière, avant son hospitalisation au sein du CHU de Nantes en août 2014, d'une activité sportive ou de loisirs. L'existence d'un préjudice spécifique d'agrément distinct des troubles de toute nature dans les conditions d'existences réparés au titre du déficit fonctionnel permanent n'est ainsi pas démontrée. Il n'y pas lieu, dès lors, de faire droit à sa demande d'indemnisation au titre de ce chef de préjudice.
Quant aux pertes de gains professionnels :
19. Si M. A sollicite l'indemnisation, d'une part, de sa perte de revenus entre son premier arrêt maladie et la reconnaissance de son invalidité le 10 septembre 2018 puis entre cette dernière et sa mise à la retraite et, d'autre part, de son préjudice de retraite, il ne produit aucun élément permettant d'établir la réalité de ses pertes de gains professionnels et de son préjudice de carrière. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction, et il n'est pas établi par M. A, qu'un lien de causalité existerait entre les fautes de l'établissement de santé et l'invalidité du requérant, alors en outre qu'il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire susmentionné, que l'état de santé de M. A était susceptible de s'aggraver, ce dernier souffrant d'un autre cancer, sans que cette évolution puisse être liée aux fautes de l'établissement de santé. Enfin, et en tout état de cause, M. A ne produit aucun élément permettant d'établir la réalité de ses pertes de gains professionnels et de son préjudice de carrière, ni de chiffrer ces derniers. Il n'y pas lieu, dès lors, de faire droit à sa demande d'indemnisation au titre de ces chefs de préjudice.
20. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander la somme totale de 61 376 euros, après application du taux de perte chance retenu, au titre de l'indemnisation de l'ensemble des préjudices dont il demande réparation. Il y a lieu de déduire de cette indemnité la provision dont il n'est pas contesté qu'elle a déjà été versée à hauteur de 45 000 euros.
S'agissant des conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique :
En ce qui concerne les dépenses de santé actuelles :
Quant aux frais d'hospitalisation :
21. La CPAM de la Loire-Atlantique produit une notification de ses débours au titre de frais hospitaliers d'un montant de 13 668,54 euros ainsi qu'une attestation de son médecin conseil faisant état du lien de causalité entre ces frais hospitaliers et les fautes commises par le centre hospitalier universitaire de Nantes dans la prise en charge de M. A. Ces débours, non contestés, correspondent aux hospitalisations de M. A, d'une part, au sein du centre hospitalier universitaire de Nantes, du 30 septembre au 1er octobre 2015 pour la réalisation d'une exérèse partielle et du 21 au 23 octobre 2015 pour la réalisation d'une amputation partielle du pénis et, d'autre part, au sein des Hospices civils de Lyon, du 10 au 13 mai 2017 pour une opération d'amputation subtotale de la verge et une urétérostomie et du 20 au 23 juin 2017 afin de réaliser une amputation complémentaire de la verge ainsi qu'une reprise de l'urétérostomie. Par suite il y a lieu de condamner le centre hospitalier universitaire de Nantes à verser à la CPAM de la Loire-Atlantique, après application du taux de perte de chance retenu, la somme de 9 567,98 euros au titre des frais d'hospitalisation.
Quant aux autres frais médicaux et pharmaceutiques :
22. La CPAM de la Loire-Atlantique, aux termes des notification et attestation susmentionnées au point 21 du présent jugement, demande la prise en charge de ses débours, pour un montant total de 7 595,34 euros au titre de frais médicaux et pharmaceutiques engagés entre le 3 octobre 2015 et le 3 avril 2018. Ces frais correspondent, d'une part, à des analyses biologiques, des consultations de la part de M. A auprès de son médecin traitant, d'un chirurgien urologue et au service des urgences et dans le cadre d'un test d'évaluation d'une dépression, d'autre part, à la réalisation d'une échographie de contrôle d'un organe intra pelvien et de tomographies et, enfin, à l'achat d'antalgiques, d'anti-inflammatoires, d'antidépresseurs, d'anticoagulants préventifs et d'antibiotiques. Par suite il y a lieu de condamner le centre hospitalier universitaire de Nantes à verser à la CPAM de la Loire-Atlantique, après application du taux de perte de chance retenu, la somme de 5 316, 74 euros au titre des frais médicaux et pharmaceutiques qui sont tous en lien avec la faute commise par l'équipe médicale ayant pris en charge M. A.
Quant aux frais d'appareillage et de transport :
23. La CPAM de la Loire-Atlantique, aux termes des notification et attestation susmentionnées au point 21 du présent jugement, demande la prise en charge de ses débours, non contestés, au titre de frais d'appareillage engagés du 15 mars 2017 au 15 février 2018 pour un montant total de 75,87 euros correspondant à la location mensuelle d'un neuro-stimulateur électrique, accompagné d'électrodes souples. Elle sollicite également la prise en charge des frais de transport de M. A du 20 mars 2017 au 22 août 2017 pour un montant total de 1 312,52 euros. Toutefois, si les frais de transport des 9 et 13 mai 2017 et du 23 juin 2017 correspondent bien aux déplacements effectués par le requérant entre son domicile et les Hospices civils de Lyon, la CPAM confirme, en réponse à une mesure d'instruction, ne pas pouvoir justifier de l'existence des frais de transport engagés les 23 mars et 22 août 2017 pour un montant de 57,17 euros. Par suite il y a lieu de condamner le centre hospitalier universitaire de Nantes à verser à la CPAM de la Loire-Atlantique, après application du taux de perte de chance retenu, la somme de 931,85 euros au titre des frais d'appareillage et de transport.
En ce qui concerne les indemnités journalières :
24. La CPAM de la Loire-Atlantique, aux termes de la notification des débours qu'elle produit, demande la prise en charge des indemnités journalières, non contestées, qu'elle a versées à M. A pour un montant total de 28 576,73 euros et correspondant aux périodes de déficit fonctionnel subies par le requérant et en lien avec les fautes commises par le centre hospitalier universitaire de Nantes. Par suite, il y a lieu de condamner ce dernier à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique, après application du taux de perte de chance retenu, la somme de 20 003,71 euros au titre de ces indemnités journalières.
En ce qui concerne les dépenses de santé futures :
25. La CPAM de la Loire-Atlantique sollicite la prise en charge de ses débours au titre de la pension d'invalidité dont a bénéficié M. A à compter du 1er décembre 2018 et à titre viager. Il ne résulte cependant pas de l'instruction et il n'est pas établi par la caisse primaire, que l'invalidité du requérant, qui souffrait d'un autre cancer, serait en lien avec les fautes commises par l'établissement de santé. Il n'y pas lieu, dès lors, de faire droit à sa demande de remboursement de ses débours au titre du versement de la pension d'invalidité.
26. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier universitaire de Nantes est condamné à verser à la CPAM de Loire-Atlantique, après application du taux de perte de chance retenu, la somme totale de 35 820, 28 euros.
En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :
27. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 14 décembre 2021 susvisé et eu égard à la somme dont elle obtient le remboursement dans le présent jugement, la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique est en droit d'obtenir le versement d'une indemnité forfaitaire de gestion d'un montant de 1 114 euros.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
28. Même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts du jour de son prononcé jusqu'à son exécution, au taux légal puis, en application des dispositions de l'article L. 313-3 du code monétaire et financier, au taux majoré s'il n'est pas exécuté dans les deux mois de sa notification. Par suite, les conclusions de M. A tendant à ce que les sommes qui lui sont allouées portent intérêts à compter de la date du jugement sont dépourvues de tout objet et doivent être rejetées.
29. Il y a en revanche lieu de faire droit aux conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique tendant à ce que la somme qui lui est allouée au point 26 du présent jugement porte intérêt au taux légal à compter du 9 octobre 2019, date d'enregistrement de son premier mémoire au greffe du tribunal. La capitalisation des intérêts a été demandée aux termes de ce même mémoire. Par suite, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 9 octobre 2020, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais d'expertise :
30. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".
31. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge définitive du centre hospitalier universitaire de Nantes les frais et honoraires de l'expertise judiciaire, liquidés et taxés à la somme de 3 365,80 euros par ordonnance n° 1711094 du président du tribunal en date du 3 décembre 2018.
Sur les frais de l'instance :
32. Dans les circonstances de l'espèce et en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Nantes une somme de 1 500 euros à verser à M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, en revanche, de mettre à sa charge la somme demandée au même titre par la caisse locale primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique, qui n'est pas représentée par un avocat dans la présente instance. Il n'y a pas lieu, non plus, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à sa charge la somme demandée au même titre par l'Office National d'Indemnisation des Accidents Médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
DECIDE :
Article 1er : Le centre hospitalier universitaire de Nantes est condamné à verser à M. A une somme totale de 61 376 euros dont il y aura lieu de déduire la provision déjà versée à hauteur de 45 000 euros.
Article 2 : Le centre hospitalier universitaire de Nantes est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique la somme de 35 820, 28 euros. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 9 octobre 2019, avec capitalisation pour la première fois le 9 octobre 2020 ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Article 3 : Le centre hospitalier universitaire de Nantes versera à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 4 : Les honoraires et frais d'expertise, liquidés et taxés par une ordonnance du président du tribunal administratif du 3 décembre 2018 pour un montant total de 3 365,80 euros sont mis à la charge définitive du centre hospitalier universitaire de Nantes.
Article 5 : Le centre hospitalier universitaire de Nantes est condamné à verser à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au centre hospitalier universitaire de Nantes, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique et à l'Office National d'Indemnisation des Accidents Médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Copie en sera adressée à l'expert.
Délibéré après l'audience du 30 novembre 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
M. Echasserieau, premier conseiller,
Mme Baufumé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2022.
La rapporteure,
A. BAUFUME La présidente,
M. C
La greffière,
Y. BOUBEKEUR
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention
en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis
en ce qui concerne les voies de droit commun
contre les parties privées, de pourvoir
à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
1
N°197875
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026