vendredi 2 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1907957 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | LEFEUVRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 juillet 2019, M. A B et Mme D B, représentés par Me Lefeuvre, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à leur charge au titre des années 2015 et 2016, ainsi que des majorations correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'administration fiscale n'est pas fondée à prendre en compte un montant de 119 010 euros pour rehausser le montant des revenus perçus et imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers au titre de l'année 2015, dans la mesure où le montant inscrit à leur compte courant d'associé au sein de la société Curiosity is Beautiful s'élève à 120 800 euros ;
- l'administration fiscale n'établit pas qu'ils auraient eu la disposition des sommes inscrites à leur compte courant d'associé au sein de la société Curiosity is Beautiful ;
- l'administration fiscale n'établit pas qu'ils auraient bénéficié de rémunérations ou d'avantages occultes de la part de la société Curiosity is Beautiful au titre des années 2015 et 2016 à hauteur des montants retenus ; ils ont justifié des dépenses qu'ils ont exposées pour le compte des sociétés dont ils ont exercé la gérance ;
- ils n'ont pas bénéficié de la prise en charge d'un voyage à l'étranger par l'une de ces sociétés ;
- ils justifient du montant des crédits d'impôt pour l'emploi d'un salarié à domicile qu'ils ont déclarés ;
- la majoration pour manquement délibéré mise à leur charge n'est pas fondée ; l'administration fiscale motive la mise en œuvre de cette majoration au titre des salaires et du bénéfice non commercial, alors que les rectifications dont ils font l'objet concernent les revenus de capitaux mobiliers ;
- il y a lieu pour l'administration fiscale de communiquer l'ensemble des informations bancaires en sa possession qui leur ont été confisquées, afin de garantir le caractère contradictoire de la procédure.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 octobre 2019, le directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre Ouest conclut :
1°) à ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins de décharge à hauteur du dégrèvement prononcé le 8 octobre 2019 ;
2°) au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il fait valoir que :
- un dégrèvement de cotisations de contributions sociales a été accordé à Mme E B pour un montant de 12 618 euros, en droits et pénalités, par une décision du 8 octobre 2019 ;
- le surplus des moyens de la requête n'est pas fondé.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B et son épouse, Mme D E B, ont exercé les fonctions de cogérants de la société Balthazar Communication entre 2003 et 2013, puis de la société Le Grand B et de la société Curiosity is Beautiful, qui ont successivement repris l'activité menée par cette première entreprise dans le secteur de la publicité et de la communication jusqu'au courant, respectivement, de l'année 2014 et de l'année 2016. Ils ont fait l'objet de poursuites pénales à raison de leurs agissements au sein de ces sociétés entre 2012 et 2016 et, par un jugement du tribunal correctionnel de Nantes du 18 janvier 2018, ont été condamnés, en particulier, pour des faits d'usage de faux en écriture, de tentative d'escroquerie, de banqueroute, d'abus de biens sociaux, de contrefaçon de chèque et d'usage de chèque contrefait commis au cours de cette période. L'administration fiscale, informée de la procédure pénale alors en cours, a engagé à leur encontre un examen de leur situation fiscale personnelle, à l'occasion duquel elle a remis en cause le montant des revenus déclarés par les intéressés au cours des années 2015 et 2016. Par une proposition de rectification du 20 mars 2018, elle a par suite notifié à M. et Mme B, selon la procédure contradictoire, des rehaussements de leurs revenus imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, ainsi, par conséquent, que des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à leur charge au titre de ces deux années. Par leur requête, M. et Mme B demandent la décharge desdites impositions supplémentaires, ainsi que des majorations correspondantes.
Sur l'étendue du litige :
2. Par une décision du 8 octobre 2019, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre Ouest a prononcé le dégrèvement des cotisations supplémentaires de contributions sociales mises à la charge de M. et Mme B au titre de l'année 2015 à hauteur de la somme de 12 618 euros. Ainsi, les conclusions de la requête tendant à la décharge de ces impositions sont, dans cette mesure, devenues sans objet. Il n'y a, par suite, plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions aux fins de décharge des impositions :
En ce qui concerne les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : () / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. ". Aux termes de l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () / c. Les rémunérations et avantages occultes () ".
4. D'une part, l'administration fiscale a constaté, au titre de l'année 2015, l'inscription au crédit du compte courant d'associé détenu par M. et Mme B au sein de la société Curiosity is Beautiful d'une somme de 120 800 euros. Les éléments retenus au cours de l'enquête pénale, et notamment les déclarations effectuées par les intéressés eux-mêmes à ce titre, ayant conduit à relever l'existence de fausses factures à hauteur d'un montant de 119 910 euros, l'administration fiscale a estimé que M. et Mme B avaient disposé, au titre de cette année, de revenus distribués imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers à hauteur de ce montant, qui n'est pas sérieusement contesté par les requérants. Dans ces conditions, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, des revenus distribués dont ont disposé les intéressés à ce titre.
5. D'autre part, l'administration fiscale a constaté que M. et Mme B ont exercé, au titre des années 2015 et 2016 en litige, alors qu'ils étaient associés de la société Curiosity is Beautiful, une activité illicite au sens des dispositions précitées de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales. Elle a relevé à ce titre, en se fondant sur les éléments recueillis au cours de l'enquête pénale, le dossier qui lui a été transmis par l'autorité judiciaire et les déclarations effectuées par les intéressés au cours de cette enquête, qu'au titre de l'année 2015, M. et Mme B ont obtenu de la société Curiosity is Beautiful, d'une part, le versement indu d'une somme de 83 730 euros sur leurs comptes personnels, et d'autre part, la prise en charge de frais personnels à hauteur d'un montant total de 16 693 euros, et qu'au titre de l'année 2016, ils ont obtenu le versement par cette société d'une somme de 34 600 euros, les versements dont ils ont bénéficié ayant donné lieu à l'établissement de fausses factures. Elle pouvait, par suite, estimer que les revenus ainsi perçus par les intéressés correspondaient à des rémunérations et avantages occultes, constitutifs de revenus distribués imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers au titre des années 2015 et 2016. Si les requérants soutiennent que, pour déterminer le montant des revenus dont ils ont bénéficié, il convenait de déduire des sommes ainsi perçues les frais exposés dans le cadre de leur activité, ils ne produisent, en tout état de cause, aucun élément de nature à justifier de la réalité et du montant de ces frais. L'administration fiscale pouvait, par suite, à bon droit, réintégrer les sommes en cause dans les revenus imposables de M. et Mme B au titre des années en litige.
6. En second lieu, aux termes de l'article 199 sexdecies du code général des impôts : " 1. Lorsqu'elles n'entrent pas en compte pour l'évaluation des revenus des différentes catégories, ouvrent droit à un crédit d'impôt sur le revenu les sommes versées par un contribuable domicilié en France au sens de l'article 4 B pour : / a) L'emploi d'un salarié qui rend des services définis aux articles L.7231-1 et D. 7231-1 du code du travail (). ".
7. Il résulte de l'instruction que M. et Mme B ont sollicité, au titre des années 2015 et 2016, le bénéfice de l'avantage fiscal institué par l'article 199 sexdecies du code général des impôts pour des montants respectifs de 14 277 euros et 14 725 euros, correspondant à l'emploi d'un salarié à domicile. L'administration fiscale fait toutefois valoir que les intéressés n'ont produit aucun élément permettant de justifier des dépenses exposées à ce titre. Dans ces conditions, et dès lors qu'ils ne produisent aucune pièce à l'appui de leur demande, M. et Mme B ne sont pas fondés à contester le rehaussement d'impôt sur le revenu prononcé par l'administration à ce titre.
En ce qui concerne la majoration pour manquement délibéré :
8. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".
9. Pour faire application de la majoration pour manquement délibéré au titre des revenus distribués par la société Curiosity is Beautiful à M. et Mme B au titre des années 2015 et 2016, l'administration fiscale a estimé que ceux-ci ne pouvaient ignorer avoir eu la disposition des sommes en cause, qui représentent au titre de chacune de ces deux années respectivement plus de 220 000 euros et plus de 34 000 euros, alors qu'ils n'ont déclaré avoir perçu que des revenus respectifs de 40 000 euros et 10 000 euros. Dans ces conditions, et eu égard en particulier au montant des sommes non déclarées et aux conditions dans lesquelles M. et Mme B a obtenu le versement des revenus en cause, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, du caractère délibéré des manquements commis par les requérants. Par ailleurs, si la proposition de rectification mentionne, par erreur, pour fonder l'application de la majoration en litige, les salaires et bénéfices non commerciaux dont les intéressés auraient eu la disposition, alors que les impositions supplémentaires mises à leur charge relèvent de la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, cette circonstance est sans incidence sur le bien-fondé de ces impositions. C'est par suite à bon droit qu'elle a mis à leur charge, au titre des années 2015 et 2016, la majoration de 40 % prévue par le a) de l'article 1729 du code général des impôts.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. et Mme B tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à leur charge au titre des années 2015 et 2016, ainsi que des majorations correspondantes, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée par M. et Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête à hauteur du dégrèvement d'un montant de 12 618 euros au titre de l'année 2015 prononcé le 8 octobre 2019 par le directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre Ouest.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme D B et au directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre Ouest.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Livenais, président,
Mme Rosemberg, première conseillère,
Mme Thierry, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 décembre 2022.
La rapporteure,
V. C
Le président,
Y. LIVENAIS
Le greffier,
E. LE LUDEC
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
5
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026