jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1908974 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Magistrat : M. LABOUYSSE - R. 222-13 |
| Avocat requérant | CALDERERO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 août 2019, M. A B, représenté par Me Nicolas Calderero, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 août 2019 prise au nom du préfet de la Sarthe prononçant la suspension de son permis de conduire pour une durée de quatre mois ;
2°) d'enjoindre à cette autorité de lui restituer ce permis de conduire dès la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 450 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la compétence du signataire n'est pas établie ;
- la procédure contradictoire n'a pas été mise en œuvre et aucune situation d'urgence ou de risque grave pour l'intéressé ou les tiers ne permettait de déroger à cette obligation procédurale ;
- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- l'avis de rétention sur la base de laquelle la décision attaquée a été prise est entaché de nullité ;
- la marge technique appliquée en vertu de l'article 6 de l'arrêté ministériel du 4 juin 2009 relatif aux cinémomètres de contrôle routier n'est pas justifiée ;
- la mesure est disproportionnée au regard de la gravité des faits et du but recherché.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2019, le préfet de la Sarthe demande au tribunal de rejeter les conclusions de la requête.
Il soutient que :
- le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire ne peut être utilement invoqué ;
- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le décret n° 2001-387 du 3 mai 2001 relatif au contrôle des instruments de mesure ;
- l'arrêté du 4 juin 2009 relatif aux cinémomètres de contrôle routier ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. David Labouysse, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 23 juin 2022 à partir de 10h45.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 5 août 2019 pris au nom du préfet de la Sarthe, le permis de conduire de M. A B a été suspendu pour une durée de quatre mois. M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. Aux termes de l'article L. 224-2 du code de la route dans sa rédaction applicable en l'espèce : " () le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis, prononcer la suspension du permis de conduire pour une durée qui ne peut excéder six mois. () lorsque le dépassement de 40 km/h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué et lorsque le véhicule est intercepté () ".
3. En premier lieu, l'arrêté du 5 août 2019 a été signé par M. C E en qualité de chef de bureau des polices administratives. Par un arrêté du 27 juin 2018, publié le 1er juillet suivant au recueil des actes administratifs du département de la Sarthe, le préfet de ce département a donné délégation, sous certaines conditions, à M. C E pour signer en cette qualité les décisions relatives à la gestion des droits à conduire, au nombre desquelles figurent les mesures de suspension d'un permis de conduire. Le requérant n'allègue même pas que les conditions présidant à la mise en œuvre de cette délégation ne seraient pas satisfaites en l'espèce. Par suite, le moyen tiré de l'absence de justification d'une délégation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort de la lecture de l'arrêté attaqué que la suspension du permis de conduire de M. B a été prononcée sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, qui est visé dans l'acte. Cette mesure a, selon les termes de l'arrêté, été prise au motif que l'intéressé a fait l'objet d'une mesure de rétention de son permis de conduire à la suite d'un excès de vitesse, en précisant que la vitesse de son véhicule a été mesurée à 131 km/h sur une portion de voie limitée à 90 km/h et qu'il représente ainsi un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route, de ses éventuels passagers et de lui-même. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui la fondent au sens de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Elle est, par suite, motivée au sens des dispositions combinées de cet article et de celles de l'article L. 211-2 du même code.
5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Selon l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : 1° En cas d'urgence () ".
6. La suspension du permis de conduire de M. B a été prononcée sur le fondement des dispositions de l'article L. 224-2 du code de la route et non sur celles de l'article L. 224-7 du même code. Compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, qui doit être prise dans les soixante-douze heures, le préfet peut légalement, en application des dispositions du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, se dispenser du respect d'une procédure contradictoire préalable. M. B ne peut dès lors utilement soutenir que l'arrêté du 5 août 2019 est intervenu en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 de ce code.
En ce qui concerne la légalité interne :
7. En vertu des dispositions citées au point 2 de l'article L. 224-2 du code de la route, la suspension d'un permis de conduire doit intervenir dans un délai de soixante-douze heures à compter de la rétention du permis. La durée de cette suspension ne peut pas être supérieure à six mois. Lorsque la suspension est prononcée au motif d'un dépassement de 40 km/h ou plus de la vitesse maximale autorisée, cet excès de vitesse doit être établi au moyen d'un appareil homologué et le véhicule doit avoir été intercepté.
8. A la date à laquelle a été prise la décision attaquée, le permis de conduire de M. B faisait l'objet d'une rétention pour une durée de soixante-douze heures depuis le 3 août 2019 à 10h35 en application des dispositions précitées du code de la route. La vitesse enregistrée lors de son interception était de 138 km/h, avec une vitesse retenue de 131 km/h, alors que la vitesse maximale autorisée à l'endroit du contrôle était de 90 km/h.
9. En premier lieu, d'une part, si la rétention du permis de conduire conditionne la possibilité d'en prononcer la suspension, elle ne constitue pas la base légale de cette décision, laquelle n'est pas prise pour l'application de la mesure de rétention. Il appartient seulement à l'autorité préfectorale de s'assurer qu'il ressort de l'avis de rétention l'existence d'un dépassement de 40 km/h ou plus de la vitesse maximale autorisée au moyen d'un appareil homologué. En tout état de cause, l'avis de rétention est signé par l'agent verbalisateur, dont l'identité et la qualité sont indiquées dans cet avis sous la rubrique "Autorité décidant de la mesure de rétention". Par suite, le moyen tiré de la nullité de l'avis de rétention doit être écarté.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'arrêté de la ministre de l'économie, de l'industrie et de l'emploi du 4 juin 2009 relatif aux cinémomètres, pris sur le fondement de l'article 3 du décret n° 2001-387 du 3 mai 2001 relatif au contrôle des instruments de mesure : " Les erreurs maximales tolérées applicables aux instruments en service sont les suivantes : ' pour les cinémomètres à poste fixe : - plus ou moins 5 km/h, pour les vitesses inférieures à 100 km/h ; - plus ou moins 5 % de la vitesse, pour les vitesses égales ou supérieures à 100 km/h ; ' pour les cinémomètres installés dans un véhicule en mouvement : - plus ou moins 10 km/h, pour les vitesses inférieures à 100 km/h ; - plus ou moins 10 % de la vitesse, pour les vitesses égales ou supérieures à 100 km/h ".
11. Une vitesse de 138 km/h a été relevée lors du contrôle dont a fait l'objet le véhicule de M. B le 3 août 2019 à 10h35. La mise en œuvre des dispositions précitées de l'article 6 de l'arrêté ministériel du 4 juin 2009 relatif aux cinémomètres devait conduire à appliquer une marge d'erreur de 5% ou 10% selon que l'excès de vitesse avait été constaté par un cinémomètre à poste fixe ou par un cinémomètre installé dans un véhicule en mouvement. L'application d'une marge de 5% ou de 10% aboutit à fixer la vitesse retenue à 131 km/h dans le premier cas, soit à plus de 40km/h par rapport à la vitesse maximale autorisée, et à 125 km/h dans le second cas, soit à moins de 40 km/h par rapport à cette vitesse maximale.
12. Il ressort des mentions de l'avis de rétention qu'une marge d'erreur de 5% a été appliquée, sans que toutefois soit expressément précisé le caractère fixe ou mobile du cinémomètre. Contrairement à ce que soutient le préfet de la Sarthe, ce caractère ne saurait se déduire de la seule application de la marge de 5%. Toutefois, il ressort des mentions de l'avis de rétention que l'infraction a été constatée à une heure précise le 3 août 2019 et à partir d'un poste fixe, dont les références sont précisées, situé sur la portion de la route départementale n° 323 traversant la commune de Sceaux-sur-Huisne (Sarthe) et que M. B a été immédiatement intercepté à la suite de cette infraction, interception qui a conduit à la rétention immédiate de son permis de conduire. Dans ces conditions, pour regrettable que soit l'absence de mention expresse, sur l'acte formalisant la mesure de rétention, de la nature du cinémomètre ayant permis de mesurer la vitesse du véhicule conduit par M. B, cet excès de vitesse doit être regardé comme ayant été constaté par un cinémomètre à poste fixe.
13. M. B ne pouvant utilement faire valoir les conséquences de la mesure en litige sur l'exercice de son activité professionnelle et, plus largement, sur sa situation personnelle, pour en contester la légalité, la mesure de suspension pendant une durée de quatre mois, soit deux mois en dessous du délai maximum de suspension, n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Sarthe du 5 août 2019 suspendant pour une durée de quatre mois la validité du permis de conduire de M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions présentées par M. B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.
Une copie en sera adressée au préfet de la Sarthe.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 202Le magistrat désigné,
D. D
La greffière,
S. BARBERA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026