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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1909050

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1909050

mardi 4 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1909050
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantAVOXA NANTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 14 août 2019 et le 24 septembre 2020, M. et Mme D et B C, représentés par Me Le Borgne, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de la commune d'Indre a refusé de faire droit à leur demande d'indemnisation de leurs préjudices résultant de l'illégalité de l'arrêté du 16 mars 2012 par lequel le maire ne s'est pas opposé à leur déclaration préalable de travaux ;

2°) de condamner la commune d'Indre à leur verser une somme de 36 673,07 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 27 mai 2019, en réparation de leurs préjudices ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Indre une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté du 16 mars 2012 par lequel le maire d'Indre ne s'est pas opposé à leur déclaration préalable portant sur la surélévation de leur maison d'habitation a été annulé par un jugement n°1207785 de ce tribunal du 31 décembre 2012 ; cette illégalité fautive engage la responsabilité de la commune d'Indre ;

- leurs préjudices résultant de cette illégalité fautive se décomposent comme suit : le remboursement des 10 000 euros de dommages et intérêts et 2 000 euros de frais de justice qu'ils ont été condamnés à verser à leur voisin par un jugement du 1er février 2018 du tribunal de grande instance de Nantes, en raison de la réalisation des travaux ; les frais de procédure engagés devant le tribunal de grande instance de Nantes à hauteur de 3 673,07 euros ; un préjudice moral à raison de 1 000 euros par année de procédure soit 8 000 euros ; un préjudice de jouissance de 1 000 euros par année de procédure soit 8 000 euros ; une perte de valeur vénale de leur bien immobilier à hauteur de 5 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 avril 2020, la commune d'Indre, représentée par Me Bernot, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. et Mme C le versement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin, rapporteure,

- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public,

- les observations de Me Le Borgne, avocat des requérants, et celles de Me Dallemane, avocate de la commune d'Indre.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a présenté, le 16 janvier 2012, une déclaration préalable de travaux en vue de la surélévation d'une partie de son habitation. Par un arrêté du 16 mars 2012, le maire de la commune d'Indre n'a pas fait opposition à cette déclaration préalable. Par un jugement n°1207785 du 31 décembre 2021 devenu définitif, ce tribunal a annulé cet arrêté. Par un courrier du 24 mai 2019, M. et Mme C ont demandé à la commune d'Indre de les indemniser des préjudices subis à raison de la délivrance de l'arrêté illégal du 16 mars 2012. Cette demande a fait l'objet d'un refus implicite. Les requérants demandent au tribunal de condamner la commune d'Indre à les indemniser des préjudices subis à raison de la délivrance de l'arrêté du 16 mars 2012.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de la commune d'Indre :

2. Il résulte de l'instruction que par le jugement n°1207785 du 31 décembre 2012, ce tribunal a annulé l'arrêté du 16 mars 2012 par lequel le maire d'Indre ne s'est pas opposé aux travaux de surélévation d'une construction existante déclarés par M. C, au motif que le projet méconnaissait les dispositions prévues par le 3 de l'article 6.2 du plan local d'urbanisme de la commune. Cette illégalité est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de la commune d'Indre, au nom de laquelle cet arrêté a été pris. Les requérants sont fondés à engager la responsabilité de cette commune à raison de la faute ainsi commise.

3. Il résulte toutefois de l'instruction que la règlementation applicable au projet de M. C, et notamment le 3 de l'article 6.2 du plan local d'urbanisme de Bouaye, ne présentait pas un degré de complexité tel que l'irrégularité du projet en cause n'aurait pu être apparente pour le pétitionnaire, quand bien même celui-ci n'aurait pas été un professionnel de l'immobilier, M. C ayant d'ailleurs déjà antérieurement déposé une déclaration préalable de travaux, mettant en présence de l'application des mêmes dispositions. Il suit de là qu'en présentant une déclaration de travaux portant sur un projet dont il ne pouvait ignorer qu'il méconnaissait les règles d'urbanisme applicables, M. C a commis une faute de nature à atténuer la responsabilité de la commune de Bouaye. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une exacte appréciation en estimant que cette faute est propre à exonérer cette commune à concurrence de la moitié de la responsabilité qu'elle encourt à l'égard des requérants.

En ce qui concerne les préjudices :

4. L'ouverture du droit à indemnisation est subordonnée au caractère direct et certain des préjudices invoqués avec l'illégalité fautive de l'arrêté du 16 mars 2012 par lequel le maire de la commune d'Indre ne s'est pas opposé à la déclaration préalable.

Quant au remboursement des sommes mises à la charge des requérants par un jugement du tribunal de grande instance de Nantes :

5. Il résulte de l'instruction que, dès le 2 avril 2012, M. et Mme C ont entamé les travaux auxquels le maire d'Indre ne s'était pas opposé par l'arrêté du 16 mars 2012, ceux-ci ayant été achevés à une date qui n'est pas précisée, de sorte qu'il n'est pas établi que les travaux se seraient poursuivis après le 31 décembre 2012, date à laquelle l'arrêté du 16 mars 2012 a été annulé, le recours en annulation formé à l'encontre de cet arrêté n'étant pas suspensif. Par un jugement du 1er février 2018, le tribunal de grande instance de Nantes a condamné M. et Mme C à verser à leur voisin une somme de 10 000 euros de dommages et intérêts à raison du préjudice de jouissance et de perte de valeur vénale de son bien immobilier résultant de la réalisation par les requérants des travaux illégalement autorisés par l'arrêté du 16 mars 2012 et les a condamnés aux dépens à hauteur de 2 000 euros. Les requérants produisent deux chèques établis à l'ordre de la caisse pécuniaire de règlement des avocats pour justifier de l'acquittement de ces sommes. Par suite, il y a lieu d'indemniser ce chef de préjudice à hauteur de 12 000 euros. Compte tenu du partage de responsabilité retenu, l'indemnité à verser en réparation de ce chef de préjudice s'établit à 6 000 euros.

Quant aux frais d'avocats exposés à l'occasion de l'instance judiciaire :

6. Les frais utilement exposés par le bénéficiaire d'une autorisation individuelle d'urbanisme à l'occasion d'une instance judiciaire engagée par des tiers et à l'issue de laquelle le juge judiciaire ordonne, à raison de l'illégalité de cette autorisation, la démolition d'une construction ainsi que l'indemnisation des préjudices causés aux tiers par celle-ci, sont susceptibles d'être pris en compte dans le préjudice résultant de l'illégalité fautive de l'autorisation, à l'exclusion de ceux relatifs aux astreintes éventuellement prononcées.

7. Les requérants produisent deux notes d'honoraires établies par l'avocate les ayant représentés devant le tribunal de grande instance de Nantes à l'occasion de l'instance judiciaire les opposants à leur voisin, les mentions figurant sur ces notes étant suffisamment précises pour établir un lien entre les frais engagés et l'instance évoquée au point précédent, contrairement à ce que soutient la commune. Les requérants produisent également une note d'honoraires pour une provision de 600 euros, établie par un autre avocat, pour une affaire " C / Bouganne ". La commune conteste le lien de causalité entre ces frais et la faute, dès lors que cet avocat n'a pas représenté les requérants devant le tribunal de grande instance. Toutefois, la note d'honoraires présente la mention " aff : C / Bouganne ", les requérants justifiant suffisamment que cet avocat avait assuré une mission de postulation devant le tribunal de grande instance. La demande formée au titre de ce chef de préjudice doit donc être accueillie et le chef de préjudice évalué à la somme de 3 673,07 euros demandée par les requérants. Compte tenu du partage de responsabilité retenu, l'indemnité à verser en réparation de ce chef de préjudice est de 1 836,54 euros.

8. Les requérants demandent à être indemnisés d'un préjudice résultant des " tracas " et " pertes de temps et d'énergie " occasionnés par les procédures, administrative et judiciaire, formées par leur voisin à leur encontre à raison de l'arrêté du 16 mars 2012. D'une part, s'agissant de la procédure administrative, il résulte de l'instruction que la procédure devant le tribunal administratif n'a duré que cinq mois, entre le 7 août 2012, date d'introduction de la requête au fond et d'une requête en référé-suspension, et le 31 décembre 2012, date de lecture de la décision au fond. D'autre part, s'agissant de la procédure judiciaire, il résulte de l'instruction que ce n'est que le 23 décembre 2014 que leur voisin a fait assigner M. et Mme C devant le tribunal de grande instance, ceux-ci ayant fait le choix de maintenir la surélévation édifiée en méconnaissance des règles d'urbanisme, postérieurement à la déclaration d'illégalité de ces travaux, Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence de M. et Mme C en fixant ce préjudice à la somme de 1 000 €. Compte tenu du partage de responsabilité retenu, l'indemnité à verser à raison de ce chef de préjudice est donc de 500 euros.

9. Les requérants soutiennent que l'impossibilité de réaliser un enduit sur la façade extérieure de la surélévation réalisée en exécution de l'arrêté du 16 mars 2012, en raison du refus de leur voisin de permettre l'installation d'un échafaudage sur son terrain, entraîne un préjudice de jouissance, de même que l'absence de travaux d'électricité et de finition, qu'ils n'ont pu financer en raison des sommes engagées dans le cadre de leurs procédures devant le tribunal administratif et le tribunal de grande instance. Le préjudice de jouissance ainsi invoqué ne présentant toutefois pas de lien de causalité avec la faute imputable à la commune, les requérants ne sont pas fondés à lui en demander la réparation.

10. Les requérants font enfin valoir la perte de valeur vénale de leur bien immobilier, en l'absence de réalisation des travaux de finition évoquée au point précédent. Toutefois, cette absence ne résultant pas de la faute commise par la commune d'Indre, mais de l'impécuniosité alléguée des requérants, les requérants ne sont pas fondés à demander l'indemnisation d'une perte de valeur vénale de leur bien, à la supposer établie.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la commune d'Indre doit être condamnée à verser à M. et Mme C la somme totale de 8 336,54 euros, somme assortie des intérêts au taux légal à compter du 27 mai 2019, date de réception de leur réclamation indemnitaire préalable.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à que soit mise à la charge de M. et Mme C, qui ne sont pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune d'Indre sur le fondement de ces dispositions. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de cette dernière une somme de 1 500 euros à verser à M. et Mme C au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La commune d'Indre est condamnée à verser à M. et Mme C la somme de 8 336,54 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 27 mai 2019.

Article 2 : La commune d'Indre versera à M. et Mme C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune d'Indre sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C et à la commune d'Indre.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.

La rapporteure,

C. MILIN

Le président,

A. A DE BALEINE

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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