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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1909166

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1909166

vendredi 24 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1909166
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCAZEAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 20 août 2019, le 27 septembre 2019, le 9 octobre 2020 et le 25 mars 2021, M. H, représenté par Me Cazeaux, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 et 2016 ainsi que des majorations correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure est irrégulière dès lors que l'administration fiscale n'a pas pris en compte la demande de la SCI MAR 2 tendant à obtenir la prorogation du délai de réponse à la proposition de rectification ;

- le résultat imposable de la SCI MAR 2 ne pouvait être évalué d'office dès lors que l'absence de réception des avis de vérification par la gérante de la SCI MAR 2 résulte de la défaillance du système de La Poste et qu'il ne saurait, de ce fait, lui être reproché ;

- il n'y a pas de gérance de fait de sa part sur la SCI MAR 2 dès lors qu'il n'existe pas de confusion de patrimoine entre le sien et celui de la SCI MAR 2 et qu'il ne dispose que d'une procuration et non d'une délégation de pouvoir sur la gestion de la SCI MAR 2 ;

- la méthode de reconstitution du résultat imposable de la SCI MAR 2 est contestable dès lors que le produit de la vente de l'actif de la SCI Beau Rivage ne pouvait être conservé à l'actif de la SCI MAR 2, la SCI Beau Rivage ayant été dissoute au 31 décembre 2015, cette dissolution étant indépendante de la publication d'un avis de dissolution-liquidation ;

- la sortie de l'actif de la SCI MAR 2 des titres de la SCI Beau Rivage trouve sa justification dans la cession de l'immeuble sis rue de la Tour d'Auvergne à Nantes, ces titres ayant perdu toute valeur économique à l'occasion de cette cession.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 11 mars 2020 et le 23 avril 2021, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. H ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public.

En présence de M. F, expert-comptable de M. H

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière (SCI) Beau Rivage, qui exerçait l'activité de location de locaux à usage d'habitation, a été constituée le 1er janvier 1996 entre M. E H et Mme G H, détenteurs respectivement de 3 999 parts et 1 part du capital de cette société. Cette SCI était propriétaire d'un immeuble sis 17, rue de la Tour d'Auvergne à Nantes (Loire-Atlantique). Par acte notarié du 31 janvier 2012, M. E H a cédé l'intégralité de ses parts pour un prix de 599 850 euros à la SCI MAR 2, société imposée à l'impôt sur les sociétés, créée le 25 janvier 2012 par M. B H et Mme C D et gérée par cette dernière. Le 26 septembre 2015, la SCI beau Rivage a vendu l'immeuble situé rue de la Tour d'Auvergne pour la somme de 560 000 euros. A la suite de cette vente, la SCI Beau Rivage a été dissoute et mise en liquidation, M. H ayant été nommé liquidateur amiable de cette société. Les SCI Beau Rivage et MAR 2 ont fait l'objet de procédures distinctes de vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016. Après avoir évalué d'office le résultat de la SCI MAR 2, l'administration fiscale a rectifié les résultats de celle-ci et considéré que les bénéfices identifiés à l'occasion de cette rectification étaient constitutifs de revenus distribués appréhendés par M. E H. Par proposition de rectification notifiée à ce dernier le 12 juin 2018 selon la procédure contradictoire, l'administration a ainsi procédé à la rectification du revenu imposable de M. H, procédé à l'imposition des distributions en cause et notifié à l'intéressé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2015 et 2016 à hauteur de 244 058 euros en droits et pénalités. Ces rectifications ont été maintenues après rejet des observations du contribuable et mises en recouvrement le 31 décembre 2018. M. H a contesté ces rectifications par réclamation du 13 février 2019 qui a été rejetée par décision de l'administration fiscale du 25 juin 2019. Par la présente requête, M. H demande au tribunal la décharge des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre des années 2015 et 2016.

Sur les conclusions aux fins de décharge des impositions supplémentaires litigieuses :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

2. D'une part, si M. H soutient que l'administration fiscale ne pouvait refuser à la SCI MAR 2 la prorogation du délai de trente jours pour présenter des observations à la proposition de rectification la concernant et qu'elle ne pouvait pas procéder à l'évaluation d'office de son résultat dès lors que l'opposition à contrôle relevée repose sur une absence de distribution des avis de vérifications due aux dysfonctionnement des services postaux, de tels moyens tirés de la régularité de la procédure d'imposition de la SCI MAR 2 sont inopérants en vertu du principe de l'indépendance des procédures d'imposition suivie à l'encontre de cette société, redevable de l'impôt sur les sociétés, et de celle appliquée au requérant.

3. D'autre part, en tout état de cause, les impositions supplémentaires mises à la charge de M. H ont été établies dans le cadre de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 55 du livre des procédures fiscales et à la suite de la prorogation du délai de trente jours de réponse à la proposition de rectification.

4. Enfin, et à supposer ce moyen soulevé, il est constant que la vérification de comptabilité dont a fait l'objet la SCI Beau Rivage n'a donné lieu à aucun rehaussement notifié au titre de l'impôt sur le revenu à M. H de sorte que l'irrégularité éventuelle de cette procédure de contrôle est sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition ici en litige. Dans ces conditions, M. H n'est pas fondé à soutenir que les impositions supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mis à sa charge seraient intervenus à l'issue d'une procédure d'imposition irrégulière.

S'agissant du bien-fondé des cotisations d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux litigieuses :

5. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; (). ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés ". Enfin, aux termes de l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes ; (). ".

6. Pour mettre à la charge de M. H les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux litigieuses, l'administration fiscale a estimé que les rectifications des bénéfices imposables de la SCI MAR 2 constituaient une distribution dès lors que ces bénéfices rectifiés n'avaient pas été affectés aux réserves ni incorporés au capital de la SCI MAR 2 mais désinvestis dès lors qu'ils avaient bénéficié à M. H qu'elle a considéré être gérant de fait de la SCI MAR 2.

7. Il résulte de l'instruction que la cession par laquelle la SCI MAR 2 a acquis au cours de l'année 2012 les titres de la SCI Beau Rivage a été réalisée sans libération du capital par ses associés et sous la forme d'un crédit-vendeur accordé à la SCI MAR 2 par M. H, associé et gérant de droit de la SCI Beau Rivage, dont le dernier terme devait intervenir en 2031, la SCI MAR 2 ayant par ailleurs contracté un emprunt bancaire d'un montant de 200 000 euros au titre de la même opération. A l'occasion de la vente par la SCI Beau Rivage de l'immeuble sis rue de la tour d'Auvergne à Nantes pour un montant de 560 000 euros, une somme de 174 711 euros a été prélevée sur ce prix de vente pour rembourser l'emprunt bancaire de la SCI MAR 2. Il est constant que le solde du produit de cette cession immobilière, qui devait être versé en principe à la SCI MAR 2 en sa qualité d'associé majoritaire de la SCI Beau Rivage, a été appréhendé en deux fois par M. H.

8. D'une part, M. H, par ailleurs liquidateur amiable de la SCI Beau Rivage, disposait d'une procuration sur les comptes bancaires de la SCI MAR 2, dont le siège était établi à son domicile, et s'est toujours comporté à l'égard des tiers, dont l'administration fiscale, comme le représentant de la société. L'administration fiscale pouvait donc, à bon droit, considérer que M. H était gérant de fait de la SCI MAR 2 et donc avoir la libre disposition des fonds susceptibles d'être encaissés par cette société.

9. D'autre part, si M. H soutient que les sommes qu'il a ainsi appréhendé n'ont pas été distribuées par la SCI MAR 2 dans le cadre d'une renonciation à ses bénéfices, mais correspondraient au remboursement par la SCI Beau Rivage d'une créance dont il disposait sur cette dernière à raison de son compte courant d'associé dans cette SCI, les documents versés aux débats présentant le solde créditeur du compte courant d'associé de M. H au sein de la SCI Beau Rivage à la clôture de l'exercice 2011 puis à la clôture de l'exercice clos en 2014 n'établissent toutefois pas la réalité de la dette de celui-ci sur la SCI MAR 2 en l'absence de procès-verbal de l'assemblée générale de la SCI Beau Rivage justifiant de l'affectation de fonds au compte courant d'associés de M. H et d'une comptabilité qui permettrait de justifier de l'état d'entrée et de l'évolution du compte courant d'associé En outre, M. H n'établit pas que la valeur du compte courant d'associé détenu dans la SCI Beau Rivage n'aurait pas été incluse dans le prix de cession. Dans ces conditions, M. H, qui n'établit pas existence de cette contrepartie, ne renverse pas la présomption de désinvestissement des sommes en cause.

10. Enfin, si M. H soutient qu'il disposait par ailleurs d'une créance sur la SCI MAR 2 dans le cadre du crédit vendeur contracté à l'occasion de la cession à cette dernière des parts de la SCI Beau Rivage, laquelle constituerait la contrepartie des revenus distribués en cause, aucun élément, notamment une quelconque délibération de l'assemblée générale de la SCI MAR 2 venant autoriser par ce truchement le remboursement de ce crédit vendeur, ne vient confirmer ces allégations.

11. Dans ces conditions, l'administration fiscale pouvait, à bon droit, considérer que M. H, en sa qualité de gérant de fait de la SCI MAR 2, avait appréhendé les sommes devant revenir à cette société sans qu'aucune contrepartie n'en justifiât l'appréhension de sorte que la distribution au profit de l'intéressé constitue un avantage occulte.

12.

En ce qui concerne la majoration pour manquement délibéré :

13. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

14. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a assorti les impositions supplémentaires mises à la charge de M. H au titre de l'année 2015 de la majoration pour manquement délibéré prévue par les dispositions précitées du code général des impôts, en tenant compte d'une part de l'appréhension en 2015 et en 2016 du produit de la cession de l'immeuble sis rue de la tour Auvergne sur le compte bancaire de la SCI Beau Rivage au détriment de la SCI MAR 2, ces agissements résultant d'une confusion de patrimoine et d'autre part, du caractère répété et de l'importance des prélèvements procédant d'agissements effectués en toute connaissance de cause pour se soustraire à l'impôt. Dans ces conditions, ces circonstances n'étant pas sérieusement contestées par le requérant, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, du caractère délibéré des manquements commis par M. H. C'est par suite à bon droit qu'elle a mis à sa charge, au titre de l'année 2015, la majoration de 40 % prévue par le a) de l'article 1729 du code général des impôts.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. H doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. H la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. H est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E H et à la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique

Délibéré après l'audience du 3 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

M. Huin, premier conseiller.

Mme Thierry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2023.

Le rapporteur,

F. A

Le président,

Y. LIVENAIS

Le greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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