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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1909375

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1909375

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1909375
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL LEXCAP ANGERS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 août 2019 et le 4 juillet 2022, M. C B, représenté par Me Meunier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er juillet 2019 par laquelle la directrice générale de l'Ecole vétérinaire, agroalimentaire et de l'alimentation de Nantes Atlantique (ONIRIS) a rejeté sa demande tendant au versement d'une somme de 53 355,58 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis ;

2°) de condamner ONIRIS à lui verser une somme de 53 355,58 euros, assortie des intérêts au taux légal ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a réalisé, entre les années 2012 et 2017, 1608 heures supplémentaires dans l'intérêt du service qui ont été enregistrées dans l'outil informatique de gestion administrative d'ONIRIS mais n'ont pourtant fait l'objet d'aucun repos compensateur, ni d'aucune rémunération ;

- ces heures supplémentaires non compensées auraient dû être créditées sur son compte épargne temps, et un solde de tout compte aurait dû en faire mention lors de son départ de l'établissement ;

- l'absence de rémunération de ces 1 608 heures supplémentaires est illégale au regard des dispositions de l'article 6 du décret du 21 février 1992 portant statuts particuliers des corps d'enseignants-chercheurs des établissements d'enseignement supérieur publics relevant du ministre chargé de l'agriculture, et engage la responsabilité fautive d'ONIRIS ;

- il a, du fait de cette faute, subi un préjudice matériel d'un montant de 48 355,58 euros bruts ;

- il a subi un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence qu'il évalue à la somme de 5 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2019, ONIRIS conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les créances concernant les heures supplémentaires qui auraient été effectuées entre 2012 et 2014 sont prescrites ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 68-120 du 31 décembre 1968 ;

- le décret n° 92-171 du 21 février 1992 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Frelaut,

- les conclusions de M. Jégard, rapporteur public,

- et les observations de M. A, représentant ONIRIS.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, professeur de l'enseignement supérieur agricole affecté à l'Ecole vétérinaire, agroalimentaire et de l'alimentation de Nantes Atlantique (ONIRIS), a été radié des cadres par un arrêté du ministre de l'agriculture et de l'alimentation du 24 octobre 2017, après avoir démissionné. Par un courrier reçu par l'administration le 11 mai 2019, il a sollicité le versement d'une somme de 53 355,58 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait d'heures supplémentaires non rémunérées. Par un courrier du 1er juillet 2019, la directrice générale d'ONIRIS a rejeté sa demande. Par sa requête, M. B demande au tribunal de condamner ONIRIS à lui verser une somme de 53 355,58 euros.

Sur la prescription :

2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. / Sont prescrites, dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public. ". Aux termes de l'article 2 de cette loi : " La prescription est interrompue par : / Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement. () / Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée. ".

3. Lorsqu'un litige oppose un agent public à son administration sur le montant des rémunérations auxquelles il a droit en application d'une réglementation, le fait générateur de la créance se trouve en principe dans les services accomplis par l'intéressé. La prescription est alors acquise au début de la quatrième année suivant chacune de celles au titre desquelles ses services auraient dû être rémunérés.

4. Il résulte de ce qui précède que la créance de M. B sur l'administration au titre des heures supplémentaires qu'il déclare avoir effectuées en 2012 est prescrite depuis le 1er janvier 2017, celle au titre des heures supplémentaires alléguées en 2013 est prescrite depuis le 1er janvier 2018, et que la créance qui résulterait des heures supplémentaires de l'année 2014 est prescrite depuis le 1er janvier 2019. En revanche, la prescription des créances dont le requérant se prévaut au titre des années 2015, 2016 et 2017 a, par application des dispositions précitées de l'article 2 de la loi du 31 décembre 1968, été interrompue par sa demande indemnitaire préalable, reçue par l'administration le 11 mai 2019. Par suite, ONIRIS est fondée à soutenir que les créances dont se prévaut M. B au titre de ses heures supplémentaires alléguées pour les années 2012 à 2014 sont prescrites.

Sur la responsabilité d'ONIRIS :

5. Aux termes de l'article 6 du décret du 21 février 1992 portant statuts particuliers des corps d'enseignants-chercheurs des établissements d'enseignement supérieur publics relevant du ministre chargé de l'agriculture : " I. - Le temps de travail de référence des enseignants-chercheurs est constitué à parts égales, dans le respect des dispositions de l'article 5, par des activités d'enseignement et des tâches qui y sont liées et par des activités de recherche selon les modalités suivantes : / Les services d'enseignement en présence d'élèves ou d'étudiants sont déterminés par rapport à une durée annuelle de référence égale à 128 heures de cours ou 192 heures de travaux dirigés ou pratiques ou 256 heures de travaux cliniques ou toute combinaison équivalente en formation initiale, continue ou à distance ; / Ces services d'enseignement s'accompagnent de la préparation et du contrôle des connaissances y afférents. / Lorsque les enseignants-chercheurs réalisent des enseignements complémentaires au-delà de leur temps de travail de référence défini au présent article, ils perçoivent une rémunération dans des conditions prévues par décret. () ".

6. M. B soutient qu'il a effectué, au titre de l'année 2015, 616 heures supplémentaires, dont 386 ne lui auraient pas été payées, ainsi que 392 heures supplémentaires non rémunérées en 2016 et 196 en 2017. La seule production d'une liste de consultations datées de ces 3 années indiquant des noms d'animaux et des motifs de consultation, sans en préciser la durée, ne peut toutefois suffire à établir la réalité de ces heures non rémunérées, en l'absence de toute précision sur l'emploi du temps habituel du requérant. En outre, ONIRIS fait valoir en défense sans être sérieusement contestée d'une part, que les informations relevées dans la liste de consultations précitées font référence à des consultations de médecine vétérinaire effectuées au centre hospitalier universitaire vétérinaire (CHUV) de Nantes, où M. B, professeur en chirurgie équine, réalisait la majeure partie de ses enseignements, notamment sous forme de consultations au cours desquelles il encadrait des étudiants, d'autre part, que les consultations vétérinaires ainsi réalisées au CHUV ne correspondaient pas nécessairement à des heures d'enseignement clinique. Dans ces conditions, la faute dont le requérant se prévaut n'est pas établie, de sorte que ses conclusions à fin d'indemnisation ne peuvent qu'être rejetées.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à l'Ecole vétérinaire, agroalimentaire et de l'alimentation de Nantes Atlantique (ONIRIS).

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.

La rapporteure,

L. FRELAUT

Le président,

S. DEGOMMIERLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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