vendredi 28 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1909976 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | ORATIO ANGERS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 septembre 2019, la société civile (SC) Etablissements H. Brétéché et Cie, représentée par Me Héry, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2013 et 2014, ainsi que des intérêts de retard correspondants ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration fiscale a opéré une confusion entre les différents types d'amortissement pratiqués, selon qu'ils prennent en compte la durée normale d'utilisation, la durée d'usage ou la durée réelle d'utilisation ;
- les énonciations des commentaires administratifs publiés au Bulletin officiel des finances publiques sous la référence BOI-BIC-AMT-10-40-10, paragraphes n° 140 à 180, méconnaissent les dispositions du 2° du 1 de l'article 39 du code général des impôts selon lesquelles les amortissements pratiqués par une entreprise doivent tenir compte de la durée normale d'utilisation du bien, dans la mesure où elles prévoient que les immeubles de placement sont amortis en tenant compte de sa durée réelle d'utilisation ; en ajoutant à la loi, et en donnant au plan comptable général une portée supérieure à la loi, l'administration fiscale a méconnu le principe de légalité de l'impôt arrêté par l'article 34 de la constitution ; il y a lieu d'écarter l'application de ces commentaires administratifs ;
- l'administration fiscale a méconnu les dispositions du 2° du 1 de l'article 39 du code général des impôts ; la durée normale d'utilisation d'immeubles affectés à des hypermarchés, telle qu'elle résulte des usages de la profession, peut, ainsi que l'admet la jurisprudence, être évaluée à vingt ans, correspondant à l'application d'un taux d'amortissement de 5 %, la modification de la règlementation comptable intervenue à compter du 1er janvier 2005 étant sans incidence sur l'applicabilité des durées d'usage déterminées avant cette date ; les durées d'amortissement appliquées par l'administration fiscale ne correspondent pas à la durée d'utilisation normale de ses bâtiments ;
- en tout état de cause, la durée réelle d'utilisation des biens retenue par l'administration fiscale est erronée ; ainsi, la durée réelle d'utilisation doit être déterminée selon les règles comptables et en fonction de la politique de cession de l'entreprise telle qu'elle est prise en compte en comptabilité, l'administration fiscale ne pouvant retenir l'application de durées standards et prédéterminées ; il y a lieu de prendre en compte la durée d'usage applicable aux immeubles en cause dans leur ensemble, et non par composants ; les durées indicatives d'amortissement dont l'administration fiscale a fait application ne sont pas adaptées ; les immeubles en cause sont des bâtiments légers, dotés de structures métalliques ; les fortes contraintes auxquelles est soumis le secteur de la grande distribution conduisent à une obsolescence technique et commerciale des bâtiments plus rapide que dans d'autres secteurs professionnels ; la conception des bâtiments et l'importance des aménagements impose de procéder à leur réfection totale tous les vingt ans ; les spécificités liées à l'implantation de son immeuble sis à Pornichet démontrent que sa durée d'utilisation est nécessairement plus faible que pour un local classique ; compte tenu des spécificités du secteur de la grande distribution, les hypermarchés ont mis en place une politique commerciale conduisant à une utilisation plus intensive de leurs locaux, qui justifie qu'une durée d'amortissement plus brève que dans d'autres secteurs soit appliquée ; les hypermarchés font régulièrement l'objet de divers travaux de rénovation ; au regard de l'ensemble de ces éléments, la durée d'amortissement habituellement retenue par la profession pour les hypermarchés est de vingt ans ;
- elle est fondée à se prévaloir, sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations des commentaires administratifs publiés au Bulletin officiel des finances publiques sous les références BOI-BIC-AMT-10-40-10, paragraphes n° 130, n° 140 à 180 et n° 230 et BOI-BIC-AMT-10-40-30, paragraphe n° 80.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 mars 2020, le directeur du contrôle fiscal Centre-Ouest conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SC Etablissements H. Brétéché et Cie, qui exerce une activité de location de biens immobiliers, est propriétaire de quatre ensembles immobiliers à usage commercial et à usage d'habitation situés sur le territoire des communes du Pouliguen, de Saint-Nazaire et de Pornichet (Loire-Atlantique), qu'elle donne en location à des entreprises exploitant des hypermarchés. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014, à l'occasion de laquelle l'administration fiscale a en particulier remis en cause le montant des dotations aux amortissements pris en compte par la société et déduit de ses résultats au titre de cette période. Par une proposition de rectification du 16 juin 2016, elle lui a en conséquence notifié des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2013 et 2014. La réclamation préalable formée par la SC Etablissements H. Brétéché et Cie en vue de contester ces impositions complémentaires a été rejetée par une décision du 12 juillet 2019. Par sa requête, la SC Etablissements H. Brétéché et Cie demande la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2013 et 2014, ainsi que des intérêts de retard correspondants.
Sur les conclusions aux fins de décharge des impositions :
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :
2. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts, applicable à l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " () 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés (). ". Aux termes de l'article 39 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : () / 2° Sauf s'ils sont pratiqués par une copropriété de navires, une copropriété de cheval de course ou d'étalon, les amortissements réellement effectués par l'entreprise, dans la limite de ceux qui sont généralement admis d'après les usages de chaque nature d'industrie, de commerce ou d'exploitation et compte tenu des dispositions de l'article 39 A, sous réserve des dispositions de l'article 39 B. () ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient au contribuable de justifier tant du montant des amortissements qu'il entend déduire que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité.
3. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a remis en cause les durées d'amortissement pratiquées par la SC Etablissements H. Brétéché et Cie au titre des exercices clos en 2013 et 2014 pour les quatre ensembles immobiliers dont elle est propriétaire et situés au Pouliguen, à Saint-Nazaire et à Pornichet en substituant aux durées de quinze à vingt ans retenues pour la toiture, les bardages et les installations électriques, et de quinze à vingt-cinq ans retenues pour la structure et le gros œuvre, les durées respectives de vingt-cinq, vingt, vingt-cinq et quarante ans.
4. D'une part, si la SC Etablissements H. Brétéché et Cie soutient que l'administration fiscale n'a pas apprécié les durées d'amortissement des biens en cause conformément aux principes définis par le 2° du 1 de l'article 39 du code général des impôts, il résulte de l'instruction qu'elle a tenu compte, pour ce faire, de la durée normale d'utilisation applicable à la structure et aux différents composants de ces immeubles de placement, ainsi que le prévoient ces dispositions.
5. D'autre part, la société requérante n'établit pas, alors que depuis l'entrée en vigueur du règlement CRC 2002-10 du 12 décembre 2002 relatif à l'amortissement et à la dépréciation des actifs, intervenue au titre de l'établissement des comptes des exercices ouverts à compter du 1er janvier 2005, les amortissements doivent être pratiqués selon la méthode des amortissements par composants, que la durée normale d'utilisation à prendre en compte pour l'ensemble de chacun des biens immobiliers en cause serait de vingt ans.
6. Enfin, la SC Etablissements H. Brétéché et Cie conteste les durées d'amortissement appliquées par l'administration fiscale en invoquant d'une part, les caractéristiques propres aux biens immobiliers en cause, constitués de structures métalliques et, pour l'un d'entre eux, construit sur un terrain instable, ainsi que, d'autre part, les contraintes spécifiques en termes technique, technologique et d'aménagement auxquelles ils seraient soumis à raison de leur occupation à l'usage d'hypermarchés, les politiques commerciales pratiquées dans ce secteur d'activité imposant, selon elle, un usage intensif des locaux et la réalisation régulière de travaux de rénovation. Toutefois, les documents à caractère général qu'elle produit au soutien de ses allégations sont insuffisants pour établir que les durées d'amortissement retenues par l'administration fiscale pour la structure et les composants desdits biens seraient excessives, et ne correspondraient pas à leur durée normale d'utilisation.
En ce qui concerne l'interprétation de la loi fiscale :
7. En premier lieu, la SC Etablissements H. Brétéché et Cie ne peut utilement soutenir que les énonciations des commentaires administratifs publiés au Bulletin officiel des finances publiques sous la référence BOI-BIC-AMT-10-40-10, paragraphes n° 140 à 180 méconnaîtraient les dispositions précitées 2° du 1 de l'article 39 du code général des impôts ni, en tout état de cause, de l'article 34 de la Constitution, dès lors que les impositions litigieuses auxquelles elle a été assujettie n'ont pas été prononcées sur leur fondement, mais résultent de l'application des dispositions précitées du code général des impôts.
8. En second lieu, la société requérante n'est pas fondée à invoquer, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, les paragraphes n° 130, n° 140 à 180 et n° 230 des commentaires administratifs publiés sous la référence BOI-BIC-AMT-10-40-10 et le paragraphe n° 80 des commentaires administratifs publiés sous la référence BOI-BIC-AMT-10-40-30, qui ne comportent pas d'interprétation différente de la loi fiscale de celle dont il vient d'être fait application.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la SC Etablissements H. Brétéché et Cie tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2013 et en 2014, ainsi que des intérêts de retard correspondants, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat la somme demandée par la SC Etablissements H. Brétéché et Cie au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SC Etablissements H. Brétéché et Cie est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SC Etablissements H. Brétéché et Cie et au directeur du contrôle fiscal Centre-Ouest.
Délibéré après l'audience du 7 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Livenais, président,
Mme Rosemberg, première conseillère,
M. Huin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 28 octobre 2022.
La rapporteure,
V. A
Le président,
Y. LIVENAIS
La greffière,
C. MICHAULT
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
5
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026