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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1910689

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1910689

mercredi 10 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1910689
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantBOISSET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 1er octobre 2019, 29 juillet et 9 novembre 2022 et 1er mars 2023, Mme B A, représentée par Me Boisset, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Nantes à lui verser une indemnité de 178 465,69 euros en réparation des préjudices subis du fait d'un accident de trajet survenu le 10 octobre 2012 ;

2°) de majorer cette somme des intérêts au taux légal à compter du 25 juin 2019 et capitalisation des intérêts ;

3°) de mettre à la charge du CHU de Nantes la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité sans faute du centre hospitalier doit être engagée ainsi qu'il ressort du rapport d'expertise du 3 novembre 2017 ;

- à titre subsidiaire, la responsabilité pour faute du centre hospitalier doit également être engagée en ce qu'en omettant d'organiser une visite de reprise du travail et en lui laissant reprendre son activité d'auxiliaire de puériculture sans aménagement de poste, elle l'a privée d'une chance d'éviter une aggravation de sa pathologie ;

- ses préjudices, dans le dernier état de ses écritures, sont constitués :

- des souffrances endurées qui devront être indemnisées à hauteur de 10 000 euros ;

- des frais d'aménagement de son véhicule qui devront être indemnisés à hauteur de 6 789,49 euros ;

- du préjudice d'incidence professionnelle qui devra être indemnisé à hauteur de 50 904,64 euros pour la période résiduelle de travail, 20 000 euros pour compenser la perte de chance d'évolution de sa carrière ;

- du préjudice d'agrément qui devra être indemnisé à hauteur de 4 000 euros ;

- du déficit fonctionnel temporaire total et partiel qui devra être indemnisé à hauteur de 33 292 euros ;

- du déficit fonctionnel permanent qui devra être indemnisé à hauteur de 50 131,45 euros ;

- des dépenses actuelles de santé qui devront être indemnisées à hauteur de 500 euros ;

- et des frais divers qui devront être indemnisés à hauteur de 2 848,11 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 février 2021 et 26 janvier 2023, le CHU de Nantes, représenté par Me Lesné, demande au Tribunal :

1°) de rejeter les demandes indemnitaires présentées par Mme A au titre de son préjudice patrimonial ;

2°) de ramener à de plus justes proportions le montant de l'indemnité due à Mme A au titre de ses préjudices personnels ;

3°) de mettre à la charge de Mme A la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la date de consolidation doit être fixée au mois de mars 2016, date à laquelle l'état de santé de la requérante n'a pas connu d'évolution clinique et thérapeutique ;

- la responsabilité pour faute n'est pas fondée, la requérante ayant repris son travail le 24 juin 2013 sans en informer l'établissement et n'établissant pas la réalité de son préjudice qu'elle ne chiffre pas ni le lien direct et certain avec l'aggravation de sa pathologie, alors qu'aucune obligation de visite de reprise ne reposait légalement sur l'établissement à cette date.

La clôture de l'instruction est intervenue le 3 avril 2023.

Un mémoire, enregistré le 7 avril 2023, présenté par le CHU de Nantes, n'a pas été communiqué.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de Mme Dubus, rapporteure publique,

- et les observations de Me Boisset représentant Mme A, et de Me Klein substituant Me Lesné représentant le CHU de Nantes.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été mutée depuis le centre hospitalier de Privas au centre hospitalier universitaire (CHU) de Nantes en qualité d'auxiliaire de puériculture à compter du 20 août 2012. Le 10 octobre 2012, elle a été victime d'un accident de trajet dans son véhicule en manœuvrant son volant, à la suite d'une perte de contrôle en raison de la présence d'une flaque de gasoil sur un rond point. Cet accident a provoqué une contusion de l'épaule droite et des contractures de la région lombaire pour lesquelles elle a été soignée sans que soit prescrit un arrêt de travail. Le 30 avril 2013, une échographie a mis en évidence une tendinopathie aiguë non calcifiée du supra épineux de l'épaule droite sans rupture associée. Mme A a été placée en arrêt de travail le 14 mai 2013 jusqu'au 24 juin 2013. L'ensemble des congés de maladie ont été reconnus imputables au service par le CHU de Nantes après expertise du 25 juin 2013. Mme A a, de nouveau, été placée en arrêt de travail par son médecin traitant à compter du 10 juillet 2013 et cet arrêt a été prolongé à plusieurs reprises en raison des suites douloureuses liées à son accident de trajet jusqu'au 30 juin 2016. L'ensemble des arrêts et de soins ont été reconnus imputables au service. Par un avis du 22 février 2016, le médecin du travail a reconnu Mme A apte à la reprise du travail sur la base d'un mi-temps thérapeutique, avec limitation du port de charges à 10kg. L'intéressée a bénéficié d'un mi-temps thérapeutique à compter du 22 mars 2016 mais a été de nouveau placée ce même jour en arrêt de maladie jusqu'au 5 décembre 2016. Mme A a été autorisée à reprendre un travail à mi-temps thérapeutique du 5 décembre 2016 au 18 mai 2017, mais elle a de nouveau été placée en arrêt de maladie à plusieurs reprises pendant cette période. Un expert a été désigné par ordonnance du 15 septembre 2016 du président de ce tribunal pour examiner Mme A, lequel expert a rendu son rapport le 3 novembre 2017. Par courrier du 24 juin 2019, notifié le 25 juin 2019, la requérante a saisi le CHU de Nantes d'une réclamation tendant à l'indemnisation des préjudices causés par son accident de service. Par la présente requête, Mme A demande, dans le dernier état de ses écritures, au tribunal de condamner le CHU de Nantes à lui verser une indemnité d'un montant total de 178 465,69 euros en réparation des préjudices patrimoniaux et personnels liés à son accident de trajet du 10 octobre 2012.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation sur le fondement de la responsabilité sans faute :

2. Compte tenu des conditions posées à leur octroi et de leur mode de calcul, la rente viagère d'invalidité et l'allocation temporaire d'invalidité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions, rappelées ci-dessus, qui instituent ces prestations, déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait.

3. Il est constant que le centre hospitalier a reconnu le lien entre les arrêts de travail et les examens et les soins prodigués à Mme A et l'accident de trajet dont elle a été victime le 10 octobre 2012 affectant son épaule droite. Ainsi, ces arrêts et ces soins qui se sont poursuivis jusqu'au 27 avril 2017, date de consolidation fixée par l'expert dans son rapport du 3 novembre 2017 sont en lien avec le service et ouvrent pour la requérante un droit à réparation de la part du CHU de Nantes, au titre de sa responsabilité sans faute, de ses préjudices personnels et des préjudices patrimoniaux d'une autre nature que les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique, à condition que ces préjudices présentent un lien direct et certain avec les pathologies en cause.

En ce qui concerne le lien direct de causalité entre l'accident de service et les préjudices invoqués par Mme A:

4. D'une part, il résulte des rapports réalisés par des médecins experts commis par le centre hospitalier, que l'établissement défendeur ne conteste pas, et par le rapport de l'expert judiciaire du 3 novembre 2017 qui permettent d'illustrer les préjudices endurés par l'intéressée, lesquels ont consisté, à compter de la mise en évidence d'une tendinopathie aiguë non calcifiée du supra épineux de l'épaule droite sans rupture associée, en de nombreuses séances d'infiltration, de rééducation par kinésithérapie ou balnéothérapie, une importante période d'arrêts de travail couvrant la quasi intégralité des années 2013 à 2016, complétée par deux arthrodistensions afin de rendre à l'épaule droite une mobilité contrariée par l'apparition, à partir de l'automne 2013 d'une capsulite rétractile secondaire à la tendinopathie, ainsi qu'un suivi par un algologue à compter du 11 juin 2015, qui a complété son traitement à base d'antalgiques morphiniques par un antidépresseur ayant des vertus apaisantes des douleurs neuropathiques. La prise en charge de la pathologie associée à cet accident et des complications qui en ont découlé ainsi que les arrêts, les soins et les traitements médicamenteux ont été pris en charge par le CHU de Nantes. Enfin le rapport d'expertise judiciaire ne mentionne aucun état antérieur alors qu'aucun élément au dossier ne permet d'établir que Mme A était entravée dans son activité professionnelle antérieurement à l'accident de service du 10 octobre 2012. Dès lors, Mme A est fondée à demander l'indemnisation des préjudices tels que précisés ci-dessous que cet accident de trajet a pu générer.

5. D'autre part, Mme A sollicite une extension de la prise en charge de ses préjudices en raison de son opération du 15 mai 2020 consistant en une acromioplastie et une ténotomie du long biceps. Toutefois le compte rendu du chirurgien au décours de cette opération évoque une pathologie dégénérative sans faire de lien avec le traumatisme précédent. De plus. Enfin Mme A, dont, au surplus, la consolidation médico-légale de l'état de l'épaule droite de la requérante a été fixée par l'expert au 27 avril 2017 au plus tard, ne communique aucun élément d'information sur son activité pendant son séjour en Martinique au titre de sa disponibilité accordée pour suivre son conjoint depuis juillet 2017. Dès lors, sans qu'il soit besoin de prévoir une expertise complémentaire, cette demande tendant à la prise en compte des préjudices consécutifs à cette nouvelle intervention sur son épaule doit être écartée.

6. Enfin, si le CHU de Nantes demande que la date de consolidation des séquelles de l'accident de trajet de Mme A soit fixée au mois de mars 2016 dès lors que l'expert judiciaire a noté qu'à compter de cette période, l'état de santé de l'intéressée n'a plus nécessité d'intervention quelconque, il n'apporte aucun autre élément alors qu'il résulte de l'instruction que l'établissement a toutefois poursuivi la prise en charge des arrêts de travail de la requérante au titre de cet accident jusqu'à sa reprise à mi temps thérapeutique le 23 février 2017. Dès lors il n'y a pas lieu de retenir une autre date de consolidation de l'état de santé de Mme A que celle retenue par l'expert.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation sur le fondement de la responsabilité pour faute :

7. Aux termes de l'article 41-1 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Après six mois consécutifs de congé de maladie pour une même affection, après un congé de longue maladie ou un congé de longue durée, les fonctionnaires peuvent être autorisés, après avis du comité médical compétent, à accomplir un service à temps partiel pour raison thérapeutique, accordé pour une période de trois mois renouvelable dans la limite d'un an pour une même affection () ". Aux termes de l'article 32 du décret du 19 avril 1988 : " Le comité médical consulté sur la reprise des fonctions d'un fonctionnaire qui avait bénéficié d'un congé de longue maladie ou de longue durée peut formuler des recommandations sur les conditions d'emploi de l'intéressé, sans qu'il puisse être porté atteinte à sa situation administrative () ".

8. Mme A soutient, à titre subsidiaire, que le CHU de Nantes a commis une faute à l'origine de ses préjudices en omettant de prévoir une visite de reprise de travail le 24 juin 2013 et ne prévoyant pas une adaptation de son poste de travail, ce qui a concouru à une aggravation des suites de son accident de trajet du 10 octobre 2012. Toutefois, aucune disposition légale ou réglementaire n'impose à l'administration d'organiser des visites médicales de reprise par le médecin du travail, les dispositions des articles R. 721-14, R. 7214-15 et R. 4624-22 du code du travail étant uniquement applicables aux salariés du secteur privé. Par ailleurs, compte tenu de la nature de la pathologie, laquelle survient souvent spontanément à la suite d'un événement douloureux de l'épaule, et compte tenu du délai écoulé entre l'accident de service du 10 octobre 2012 et la durée d'activité de Mme A, jusqu'au 13 mai 2013, le lien de causalité n'apparait pas établi entre le défaut d'aménagement du poste de la requérante, qui ne pouvait découler que d'un constat de la médecine du travail que l'administration n'avait pas l'obligation de faire réaliser, et la capsulite rétractile à l'origine de la majoration des douleurs de la requérante, constatée dès le 10 juillet. Dès lors, les conclusions indemnitaires présentées par Mme A fondées sur les fautes précitées qu'aurait commises le CHU de Nantes dans le cadre de la reprise de poste de l'intéressée doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :

9. En premier lieu, il résulte de l'instruction, que Mme A a subi deux arthrodistensions pour préserver la mobilité de son épaule droite. Ces deux interventions et l'état algique de l'intéressée entre le début constaté de la tendinopathie de l'épaule droite en mai 2013, et les interventions précitées, ainsi que les suites des interventions, lesquels ont été traités par la prescription de traitements médicamenteux lourds destinés à palier les douleurs ressenties y compris en période nocturne ainsi que par plus de cent séances de kinésithérapie et de balnéothérapie. Eu égard à la durée de la prise en charge, de cette tendinopathie compliquée par une capsulite rétractile apparue dès le mois de juillet 2013 et des douleurs résiduelles associées qui affectent Mme A, et compte tenu de l'évaluation de l'expert de 3 sur une échelle de 7, il n'y a pas lieu de réévaluer au regard des arguments avancés par la requérante, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 5 000 euros.

10. En deuxième lieu, dès lors que Mme A n'a été ni hospitalisée ni alitée, il y lieu de considérer que celle-ci n'a été atteinte que d'un déficit fonctionnel temporaire partiel. En l'espèce, Mme A a subi une mise au repos totale de son épaule droite qui s'est limitée à la période du 8 novembre 2013 jusqu'au 1er janvier 2014 mais ne l'a pas empêchée de mobiliser son autre main ni d'être autonome, période pour laquelle il y a lieu de retenir un taux de déficit fonctionnel temporaire partiel de 30%. Les périodes du 14 mai au 24 juin 2013 et du 1er janvier 2014 au 19 juin 2015 au cours desquelles la requérante est restée handicapée par une impotence fonctionnelle douloureuse de l'épaule droite et a subi plusieurs séances d'infiltration ainsi que des séances de kinésithérapie et de balnéothérapie avant qu'un allergologue constate une nette diminution de la douleur pour laisser place à une gêne principalement nocturne doivent être indemnisées en retenant un taux de déficit fonctionnel temporaire partiel de 20 %. Enfin les autres périodes d'arrêt de travail, du 1er juillet 2015 au 1er mars 2016, puis du 3 mai 2016 au 5 décembre 2016 ainsi que du 29 décembre 2016 au 22 février 2017, date de la reprise d'activité à mi temps thérapeutique par Mme A doivent être indemnisées en retenant un taux de déficit fonctionnel temporaire partiel de 10 %. Au vu de l'ensemble des périodes ci-dessus rappelées il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 2 500 euros.

11. En troisième lieu, Mme A demande la prise en charge de son déficit fonctionnel permanent pour lequel les conclusions administratives de l'expertise judiciaire du 3 novembre 2017 ont estimé son épaule droite consolidée au 27 avril 2017 avec un taux d'invalidité permanente de 8%. Si la requérante soutient qu'elle subit une gêne dans ses gestes du quotidien ainsi que dans l'accomplissement de ses loisirs, de telles demandes, ainsi que ses prétentions au titre de son préjudice moral, entrent dans le champ de réparation du déficit fonctionnel permanent. En outre, la circonstance que l'intéressée a subi une nouvelle opération le 15 mai 2020 consistant en une acromioplastie et une ténotomie du long biceps, alors que le compte rendu opératoire, qui évoque une pathologie dégénérative, ainsi que la date de la consolidation de son état antérieur fixé au 27 avril 2017 ne permettent pas de rattacher cette nouvelle intervention aux suites de l'accident de trajet du 10 octobre 2012 pouvant conduire à une réévaluation de son taux de déficit fonctionnel permanent. Eu égard au taux d'invalidité permanente retenu par l'expertise précitée, il sera fait une juste appréciation des préjudices découlant du déficit fonctionnel permanent affectant la requérante dans sa vie quotidienne en lui attribuant la somme de 11 000 euros.

12. En quatrième lieu, si Mme A soutient qu'elle subit un préjudice d'agrément en ce qu'elle ne peut plus réaliser certains travaux de bricolage ou de jardinage dans sa maison secondaire en Bretagne, ne peut plus pratiquer la natation, la danse et de fitness, ces allégations, qui ne sont justifiées que par une facture de séances de zumba de l'année 2013, ne permettent pas d'établir la réalité des activités précitées de manière continue avant la survenue de l'accident de trajet affectant la vie quotidienne de la requérante, lesquelles, au demeurant, sont, de par leur nature, déjà prises en charge par l'indemnisation du déficit fonctionnel permanent dont est affectée l'intéressée. Dès lors, il y a lieu de rejeter la demande de Mme A au titre du préjudice d'agrément.

13. En cinquième lieu, si Mme A sollicite la prise en charge de ses frais de santé pour un montant de 500 euros elle ne produit aucune facture pour établir tant la réalité que le montant des frais avancés. Par suite, cette demande doit également être rejetée.

14. En sixième lieu, Mme A demande le remboursement de ses frais de déplacements pour se rendre à l'ensemble des consultations médicales, soins médicaux et paramédicaux, rendez-vous d'expertise et autres activités en lien avec les suites pathologiques de son accident de trajet. D'une part, il y a lieu d'exclure de sa demande les frais se rapportant aux déplacements en pharmacie et ceux liés à ses déplacements dans le cadre de l'aménagement de son véhicule dont la réalité et le but exclusif ne sont pas établis, ceux se rapportant au recours à un médecin conseil qui n'apparaît pas dans la procédure, et les trois trajets en véhicule sanitaire léger dont il n'est pas établi qu'ils n'ont pas donné lieu à prise en charge par la sécurité sociale. D'autre part il y a lieu de retenir une moyenne de barème kilométrique pour un véhicule de même catégorie que celle appartenant à Mme A entre les années 2013 à 2017, couvrant l'époque où lesdits frais ont été engagés, à 0,489, ce qui, appliqué aux 5 394 kilomètres qu'il convient de retenir au titre des déplacements de l'intéressée en lien avec les suites de son accident, permet de faire une exacte appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 2 639 euros.

15. En septième lieu, Mme A sollicite le remboursement de frais annexes liés à sa santé. L'obligation d'équipement pour adapter son véhicule à son handicap, est reconnue par le rapport d'expertise et le devis présenté doit être pris en compte au titre d'un seul véhicule, conduit habituellement par la requérante. Il suit de là qu'il y a lieu de condamner le CHU de Nantes à verser à Mme A la somme de 568,09 euros au titre des frais d'aménagement de son véhicule.

16. En dernier lieu, si Mme A évoque une perte de chance d'évolution de sa carrière ainsi qu'un préjudice professionnel qui découlerait de l'impossibilité dans laquelle elle serait de travailler à plus de 50%, les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service sont couvert par l'allocation temporaire d'invalidité alors qu'il résulte de ce qui précède que ses conclusions tendant à engager la responsabilité du CHU de Nantes pour faute ont été rejetées. Par suite il y a lieu de rejeter les demandes liées à ce chef de préjudice.

17. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise avant dire droit, qu'il y a lieu de condamner le CHU de Nantes, à verser à Mme A une somme totale de 21 707,09 euros.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

18. Les intérêts moratoires dus en application de l'article 1153 du code civil, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue à l'administration ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. Par suite, Mme A a droit aux intérêts au taux légal afférents à la somme fixée au point 17 à compter de la date de réception par le centre hospitalier universitaire de Nantes de sa réclamation préalable, soit à compter du 25 juin 2019. En outre, Mme A a demandé, dans sa requête enregistrée le 1er octobre 2019, la capitalisation des intérêts. A cette date, les intérêts n'étaient pas dus pour au moins une année entière. Par suite, en application des dispositions de l'article 1154 du code civil, il y a lieu de faire droit à la demande de capitalisation de ces intérêts à compter 25 juin 2020, et à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

19. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du CHU de Nantes une somme de 1 500 euros à verser à Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, en revanche, de rejeter les conclusions présentées par le CHU de Nantes sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : Le CHU de Nantes est condamné à verser à Mme A une indemnité de 21 707,09 euros. Ladite somme portera intérêts aux taux légal à compter du 25 juin 2019 et capitalisation de ces intérêts à compter 25 juin 2020.

Article 2 : Le CHU de Nantes versera à Mme A la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions du CHU de Nantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5: Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier universitaire de Nantes.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu publique par mise à disposition au greffe le 10 mai 2023.

Le rapporteur,

B. C

La présidente,

M. D

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme.

La greffière,

N°1910689

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