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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1911077

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1911077

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1911077
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSCP HAUTEMAINE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 octobre 2019 et 23 septembre 2021, Mme B A, représentée par Me Dupuy demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le pôle santé Sarthe et Loir à lui verser, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis, la somme totale de 69 919,95 euros après application d'un taux de perte de chance qui ne saurait être inférieur à 90 pour cent, assortie des intérêts à compter de sa demande préalable et de leur capitalisation ;

2°) de surseoir à statuer s'agissant des dépenses de santé futures ;

3°) de mettre à la charge du pôle santé Sarthe et Loir la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de condamner le pôle santé Sarthe et Loir aux dépens.

Elle soutient que :

- la responsabilité pour faute du pôle santé Sarthe et Loir doit être engagée :

* en raison d'une faute commise lors d'un acte de soins courants, compte tenu de l'absence de vérification de la stérilité de ses urines préalablement à l'intervention chirurgicale du 6 septembre 2017 ;

* en raison d'un choix thérapeutique erroné, compte tenu de l'absence de prescription d'une antibioprophylaxie à la suite de la mise en place de la bandelette sous-urétrale le 6 septembre 2017 ;

* en raison d'un retard de prise en charge septique, compte tenu de l'absence de prescription d'une antibiothérapie à large spectre lors de sa présentation aux services d'urgence avec une température corporelle élevée le 8 septembre 2017 ;

- le lien de causalité entre ces fautes et les préjudices subis est établi ;

- il y a lieu d'indemniser ses préjudices, avant l'application d'un taux de perte de chance qui ne saurait être inférieur à 90 pour cent dès lors qu'elle n'a eu connaissance que postérieurement à l'intervention du 6 septembre 2017 de ce qu'elle souffrait de diabète, laquelle pathologie a ainsi été prise en compte à tort par l'expert pour retenir un taux de perte de chance à hauteur de 65 pour cent, comme suit :

* 4 900 euros au titre des dépenses de santé actuelles ;

* 756 euros au titre de l'assistance par tierce personne temporaire ;

* 14 254,35 euros au titre de la perte de gains professionnels actuels ;

* 3 362,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;

* 15 000 euros au titre des souffrances endurées ;

* 4 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;

* 2 395 euros au titre de la perte de gains professionnels futurs ;

* 5 000 euros au titre de l'incidence professionnelle compte tenu de l'incidence de sa perte de revenus sur ses droits à la retraite ;

* 26 520 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;

* 1 500 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;

- il y a lieu de surseoir à statuer sur le poste de préjudice de dépenses de santé futures.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 décembre 2020 et le 29 août 2024, le pôle santé Sarthe et Loir, représenté par Me Buttier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de ne pas le condamner au-delà de sa part de responsabilité qui doit être fixée à hauteur de 50 pour cent ;

2°) de ramener à de plus justes proportions les indemnisations sollicitées par Mme A et d'allouer à celle-ci, compte tenu d'un taux de perte de chance qui ne saurait excéder 50 pour cent, les indemnisations suivantes :

* 1 306,25 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;

* 2 500 euros au titre des souffrances endurées ;

* 900 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;

* 8 200 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;

* 250 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;

3°) à titre principal, de rejeter la demande d'indemnisation de Mme A formée au titre des dépenses de santé actuelles et de l'assistance par une tierce personne temporaire, et à titre subsidiaire, de ramener à de plus justes proportions les indemnités allouées à l'intéressée au titre des dépenses de santé actuelles, à hauteur de 2 302,30 euros, et au titre de l'assistance par tierce personne temporaire, à hauteur de 180 euros ;

4°) d'apprécier les débours de la CPAM de la Loire-Atlantique, lesquels ne sauraient être mis à sa charge au-delà d'un taux de perte de chance qui ne saurait excéder 50 pour cent, et d'allouer ainsi à ladite caisse la somme maximale de 4 847,41 euros ;

5°) de ramener à de plus justes proportions les sommes allouées à Mme A et à la CPAM de la Loire-Atlantique en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il s'en remet à l'appréciation du tribunal sur le caractère nosocomial de l'infection contractée par la requérante ;

- le grief relatif à l'absence de vérification de la stérilité des urines n'est pas fondé ; il justifie de la réalisation d'un examen cytobactériologique des urines le 30 août 2017, soit une semaine avant l'intervention chirurgicale du 6 septembre 2017 ;

- le grief relatif à l'absence d'antibioprophylaxie avant l'intervention chirurgicale du 6 septembre 2017 n'est pas fondé ; il justifie de la mise en place d'une antibiothérapie à base de ciprofloxacine, qui a certes cessé la veille de l'opération, soit le 5 septembre 2017 ;

- l'établissement ne saurait être condamné à indemniser la requérante au-delà de 50 pour cent du montant de ses préjudices, dès lors que le risque d'infection du site opératoire chez un patient lambda diminue seulement de 50 pour cent en cas d'antibioprophylaxie, qu'une antibiothérapie avait bien été prescrite à la requérante et que l'intéressée présentait divers antécédents lourds ayant favorisé la survenue d'une infection ;

- le préjudice de dépenses de santé actuelles n'est pas établi ; subsidiairement, s'il devait être indemnisé, le montant mis à la charge de l'établissement, compte tenu du taux de perte de chance de 50 pour cent, ne saurait excéder 2 302,30 euros ;

- le préjudice d'assistance par tierce personne temporaire n'est pas établi ; subsidiairement, s'il devait être indemnisé, le montant mis à la charge de l'établissement, compte tenu du taux de perte de chance de 50 pour cent, ne saurait excéder 182 euros ;

- le préjudice de perte de gains professionnels actuels n'est pas établi, car alors que cette perte ne saurait concerner une autre période que celle du 7 octobre 2017 au 11 janvier 2018, la requérante a perçu des indemnités journalières de la part de la CPAM de la Loire-Atlantique correspondant à plus de deux mois de salaire, et elle n'établit en outre pas ne pas avoir perçu par ailleurs des indemnités journalières de la part d'un organisme de prévoyance ;

- l'indemnisation du préjudice de déficit fonctionnel temporaire, compte tenu du taux de perte de chance de 50 pour cent, ne saurait excéder 1 306,25 euros ;

- l'indemnisation du préjudice des souffrances endurées, compte tenu du taux de perte de chance de 50 pour cent, ne saurait excéder 2 500 euros ;

- l'indemnisation du préjudice esthétique temporaire, compte tenu du taux de perte de chance de 50 pour cent, ne saurait excéder 900 euros ;

- le préjudice de perte de gains professionnels futurs n'est pas établi, dès lors que la requérante se prévaut de telles pertes sur la période entre le 15 janvier 2019 et le 20 avril 2019, alors que selon l'attestation d'imputabilité du médecin-conseil de la CPAM de la Loire-Atlantique que seules les pertes de gains professionnels subies par l'intéressée entre le 7 octobre2017 et le 11 janvier 2018 sont imputables aux complications infectieuses rencontrées par l'intéressée ;

- l'indemnisation du préjudice de déficit fonctionnel permanent compte tenu du taux de perte de chance de 50 pour cent, ne saurait excéder 8 200 euros ;

- l'indemnisation du préjudice esthétique permanent, compte tenu du taux de perte de chance de 50 pour cent, ne saurait excéder 250 euros.

Par un mémoire enregistré le 2 décembre 2020, la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique, agissant pour le compte de celle de la Sarthe, demande au tribunal :

1°) de condamner le pôle santé Sarthe et Loir à lui verser la somme de 9 694,82 euros représentant le montant des prestations servies à Mme A au titre de l'assurance maladie, à hauteur d'un taux de perte de chance de 90 pour cent ou à tout le moins de 65 pour cent, somme assortie des intérêts à compter de la date d'enregistrement de son mémoire, et de leur capitalisation ;

2°) de mettre à la charge du pôle santé Sarthe et Loir la somme de 1 091 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;

3°) de mettre à la charge du pôle santé Sarthe et Loir la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les manquements commis dans la prise en charge de Mme A par le pôle santé Sarthe et Loir a entraîné pour cette dernière une perte de chance de 90 pour cent d'éviter ses séquelles, dès lors que c'est à tort que le diabète de Mme A, qui n'a été révélé que le 11 septembre 2017 soit postérieurement à son opération du 6 septembre 2017, a été pris en compte par l'expert concernant l'état antérieur de la patiente ;

- elle a justifié de l'état de ses débours et d'une attestation d'imputabilité qui sont des preuves suffisantes du quantum de sa créance et de son imputabilité pour la prise en charge des frais afférents à Mme A, lesquels éléments sont en outre conformes aux conclusions de l'expert et aux pièces médicales produites par l'intéressée ;

- les prestations ainsi liées aux fautes commises par le pôle santé Sarthe et Loir et versées à l'occasion de la prise en charge de Mme A représentent la somme de 9 694,82 euros, correspondant aux frais hospitaliers engagés du 11 septembre 2017 au 11 janvier 2018.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2021, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par Me Birot, conclut à ce qu'il soit mis hors de cause.

Il soutient qu'il doit être mis hors de cause dès lors que le déficit fonctionnel permanent subi par Mme A, en lien avec l'infection nosocomiale contractée par celle-ci au cours ou au décours de sa prise en charge par le pôle santé Sarthe et Loir le 6 septembre 2017, est inférieur à 25 pour cent.

Par un mémoire en intervention, enregistré le 22 juillet 2022, la société Malakoff Humanis Prévoyance sollicite, au titre de son recours subrogatoire, la condamnation du pôle santé Sarthe et Loir à lui verser la somme de 1 876,22 euros au titre des dépenses de santé qu'elle a engagées au profit de Mme A.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 2024-364 du 22 avril 2024 ;

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hannoyer, rapporteur,

- les conclusions de Mme Le Lay, rapporteure publique,

- et les observations de Me Cesbron, substituant Me Dupuy, représentant Mme A, et celles de Me Briand, substituant Me Buttier, représentant le pôle santé Sarthe et Loir.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, née en 1970, suivie en urologie au sein du pôle santé Sarthe et Loir (Sarthe) à la suite d'une néphrectomie partielle réalisée en juillet 2016, a bénéficié en novembre 2016 d'une cure de cystocèle et d'incontinence urinaire d'effort avec mise en place d'une bandelette sous-urétrale, puis en mai 2017 d'une cure itérative de cystocèle et d'une cure de rectocèle, puis, le 6 septembre 2017, en hospitalisation ambulatoire, d'une cure d'incontinence urinaire d'effort par la mise en place d'une bandelette par voie trans-obturatrice (bandelette TOT), visant à éviter toute infection urinaire afin de protéger son rein restant. Mme A sortait le jour-même, sans que la mèche vaginale lui ait été retirée par l'infirmière ambulatoire qui, ne trouvant pas ladite mèche, considérait que celle-ci avait déjà dû être retirée en salle de réveil. Le 8 septembre 2017, Mme A constatait la présence de la mèche vaginale, contactait l'hôpital de jour du pôle santé Sarthe et Loir par téléphone en vue de son ablation, et procédait finalement, compte tenu des consignes en ce sens alors données par téléphone par le corps médical, à l'ablation de cette mèche à domicile par ses propres moyens. Sa poche urinaire s'étant alors mise à fuir, elle se présentait au service des urgences de cet établissement le jour même, avec notamment une température de 38,5°C. Après que le médecin de garde des urgences a procédé au gonflement du ballonnet de sa sonde, elle était invitée à rentrer à son domicile. Le 11 septembre 2017, elle était prise en charge aux urgences de cet établissement pour une hyperthermie s'élevant à 38,9°C. Des examens étaient réalisés, notamment une tomodensitométrie abdominale et des analyses biologiques, lesquels révélaient une infiltration de la graisse ischio-rectale gauche ainsi qu'un diabète de type II. Elle était hospitalisée au sein du service de médecine générale et se voyait prescrire des antalgiques, de l'insuline et une antibiothérapie à large spectre par le médecin de garde. Le 13 septembre 2017 elle était prise en charge au sein du service de chirurgie afin de procéder au retrait de la bandelette TOT et à la mise à plat de son abcès, et les prélèvements bactériologiques réalisés révélaient la présence de streptocoques. Le 15 septembre 2017, elle regagnait son domicile avec prescription d'une antibiothérapie par amoxicilline. Une incontinence urinaire invalidante étant constatée lors d'une consultation de suivi du 19 octobre 2017, il était procédé, le 21 novembre 2017, à une fibroscopie urétro-vaginale ainsi qu'à un bilan urodynamique, lesquels mettaient en évidence une fistule urétro-vaginale et un sphincter peu fonctionnel, justifiant qu'une cure de la fistule soit réalisée le 12 décembre 2017 au sein du centre hospitalier universitaire (CHU) d'Angers (Maine-et-Loire). Lors d'une consultation du 13 février 2018 avec le chirurgien du CHU d'Angers, étaient constatées la disparition de la fistule mais la persistance d'une incontinence urinaire. Le 13 mars 2018, Mme A se présentait au service des urgences du CHU d'Angers, avec une symptomatologie caractéristique d'une pyélonéphrite due à une infection urinaire du fait de la présence d'une bactérie Escherichia coli. Elle regagnait le 13 mars 2018 son domicile, contre avis médical, avec prescription d'un traitement antibiotique, et était finalement hospitalisée le 15 mars 2018 après s'être présentée au service des urgences du CHU d'Angers. Le scanner abdomino-pelvien réalisé lors de son admission révélait une thrombose de l'artère mésentérique, justifiant son transfert au sein du service de chirurgie vasculaire et thoracique du CHU d'Angers, où elle bénéficiait d'une fibrinolyse in situ. Elle regagnait son domicile le 24 mars 2018 avec un traitement médicamenteux pour une durée de trois mois. Le 23 octobre 2018, compte tenu de la persistance de ses fuites urinaires, Mme A se voyait poser un sphincter artificiel par coelioscopie au CHU d'Angers. Le 5 novembre 2018, compte tenu de saignements vaginaux importants de brûlures mictionnelles et de fièvre, elle se présentait au service des urgences du même établissement. Les examens réalisés mettaient en évidence des hématomes pelviens et la présence d'un germe qui a été traité par antibiothérapie. A l'occasion d'une consultation urologique du 5 décembre 2018, son sphincter artificiel était activé.

2. Parallèlement, après qu'une médiation de la commission des usagers du pôle santé Sarthe et Loir a été organisée le 18 octobre 2017, Mme A a, par une requête, enregistrée le 28 juin 2018, saisi le juge des référés du tribunal administratif de Nantes afin qu'une expertise médicale soit ordonnée. Le rapport d'expertise a été déposé le 11 juin 2019. Par un courrier réceptionné le 19 juillet 2019, Mme A a présenté une demande indemnitaire auprès du pôle santé Sarthe et Loir, lequel l'a rejetée par une décision implicite née le 20 septembre 2019.

3. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, notamment de condamner le pôle santé Sarthe et Loir à lui verser au titre des préjudices qu'elle a subis, et après application d'un coefficient de perte de chance qui ne saurait être inférieur, selon ses demandes, à 90 pour cent, la somme totale de 69 919,95 euros (4 410 + 12 828,92 + 2 156,38 + 4 500 + 680,40 + 3026,25 + 23 868 + 13 500 + 3 600 + 1 350).

Sur la responsabilité sans faute du pôle santé Sarthe et Loir :

4. Aux termes du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, les professionnels de santé et les établissement, services ou organismes dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins " sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ". Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.

5. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que si Mme A a manifesté les symptômes d'une infection dès le 8 septembre 2017, laquelle a été diagnostiquée le 11 septembre suivant, l'intéressée souffrait toutefois déjà d'une infection urinaire les jours précédant son hospitalisation au sein du pôle santé Sarthe et Loir pour son intervention chirurgicale du 6 septembre 2017, soit depuis au moins le 30 août 2017, et aucun élément ne permet de considérer que le traitement antibiotique qui lui avait été administré jusqu'au 5 septembre 2017 aurait permis d'éradiquer la présence de cette infection. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que l'infection dont a souffert Mme A, diagnostiquée le 11 septembre 2017, soit survenue au cours ou au décours de l'intervention chirurgicale pratiquée le 6 septembre 2017 au sein du pôle santé Sarthe et Loir et présenterait ainsi un caractère nosocomial au sens des dispositions précitées de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.

Sur la responsabilité pour faute du pôle santé Sarthe et Loir :

6. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".

7. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, qu'en cas d'infection une intervention opératoire de cure d'incontinence urinaire à l'effort chez la femme doit être différée jusqu'à la stérilisation de ses urines. Ainsi, en se contentant d'un examen cytobactériologique des urines (ECBU) réalisé le 30 août 2017, soit une semaine avant l'intervention chirurgicale de cure d'incontinence urinaire à l'effort prévue pour Mme A, lequel examen mettait en outre en évidence la présence d'une bactérie d'Escherichia coli, et en ne différant pas ladite intervention dans l'attente de la réalisation d'un second ECBU permettant de s'assurer de la stérilisation des urines de la patiente, le pôle santé Sarthe et Loir a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

8. Par ailleurs, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que les recommandations médicales préconisent la mise en place d'une antibioprophylaxie (ABP) lors d'une cure de l'incontinence urinaire chez la femme par la pose d'une bandelette TOT. Le pôle santé Sarthe et Loir soutient que Mme A a fait l'objet d'une ABP à base de ciprofloxacine jusqu'au 5 septembre 2017, veille de l'intervention. Toutefois, il ressort des recommandations émises en 2017 par le comité d'infectiologie et la société française d'anesthésie et de réanimation que les cures de soutènement urétrale doivent s'accompagner de la mise en place d'une ABP à base d'aminopénicilline et d'inhibiteur de bêta-lactamases, et que les ABP dont la substance active sont les fluoroquinolones n'ont pas de place en chirurgie urologique à l'exception de la biopsie de la prostate. Dans ces conditions, dès lors que la ciprofloxacine appartient à la famille des fluoroquinolones, le choix de cet antibiotique fait par l'établissement n'était pas conforme aux données acquises de la science en matière de cure de soutènement urologique. Par suite, le pôle santé Sarthe et Loir a également commis une faute de nature à engager sa responsabilité en ne faisant pas un choix de traitement thérapeutique conforme aux données acquises de la science.

9. Enfin, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, qu'en ne pratiquant pas immédiatement des examens de nature à déterminer la cause des symptômes infectieux de Mme A dès sa première visite au service des urgences de cet établissement le 8 septembre 2017, alors qu'elle avait subi une intervention chirurgicale deux jours plus tôt et qu'elle était sujette à des infections urinaires récidivantes, le pôle santé Sarthe et Loir a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

10. Ces fautes, relatives à un acte de soin courant au cours de la surveillance post-opératoire, au retard de prise en charge d'une infection, et à un choix thérapeutique erroné, sont de nature à engager la responsabilité du pôle santé Sarthe et Loir.

Sur l'indemnisation des préjudices :

11. D'une part, dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou du traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage advienne, la réparation qui incombe à l'hôpital devant alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

12. Il résulte de ce qui précède, ainsi que du rapport d'expertise, que c'est en raison du cumul des fautes commises par le pôle santé Sarthe et Loir, mais également des antécédents non seulement de diabète de type II, mais également d'obésité sévère, de chirurgies itératives et d'infections urinaires récidivantes que Mme A a perdu une chance de ne pas subir les complications rencontrées à la suite de son intervention du 6 septembre 2017. Par suite, il y a lieu de fixer à soixante-cinq pour cent le taux de la perte de chance de Mme A d'éviter les préjudices subis et de mettre à la charge du pôle santé Sarthe et Loir la réparation de cette seule fraction de ces préjudices et des dépenses exposées par la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Sarthe et la société Malakoff Humanis Prévoyance pour le compte de la patiente et imputables à la prise en charge fautive.

13. D'autre part, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, qu'il n'existe pas de lien de causalité entre les complications subies par Mme A à la suite de la thrombose mésentérique du 15 mars 2018 et les fautes commises par le pôle santé Sarthe et Loir. Il résulte également de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que l'état de santé de Mme A peut être considéré comme consolidé à la date du 15 janvier 2019, date à laquelle cette dernière a repris son activité professionnelle à mi-temps.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

S'agissant des dépenses de santé actuelles :

14. En application des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, le juge saisi d'un recours de la victime d'un dommage corporel et de recours subrogatoires d'organismes de sécurité sociale doit, pour chacun des postes de préjudices patrimoniaux et personnels, déterminer le montant du préjudice en précisant la part qui a été réparée par des prestations de sécurité sociale et celle qui est demeurée à la charge de la victime. Il lui appartient ensuite de fixer l'indemnité mise à la charge du ou des auteurs du dommage au titre du poste de préjudice en tenant compte, s'il a été décidé, du partage de responsabilité avec la victime. Le juge doit allouer cette indemnité à la victime dans la limite de la part du poste de préjudice qui n'a pas été réparée par des prestations, le solde, s'il existe, étant alloué à l'organisme de sécurité sociale.

15. Mme A sollicite le remboursement de ses dépenses de santé actuelles pour un montant total de 4 410 euros au titre de son reste à charge lié à l'achat de serviettes de protection contre les fuites urinaires pendant quatorze mois. Il résulte de l'instruction et notamment de l'expertise que Mme A a dû effectivement se munir de protections urinaires compte tenu de ses incontinences à l'effort, pendant huit heures par jour sur la période du 6 septembre 2017, date de son intervention chirurgicale au pôle santé Sarthe et Loir, au 5 décembre 2018, date de l'activation de son sphincter artificiel ayant permis de mettre un terme auxdites incontinences. Il ressort toutefois également de l'instruction qu'au cours de cette période Mme A a bénéficié de soins sans lien avec les fautes commises par le pôle santé Sarthe et Loir et les complications en ayant résulté, l'intéressée ayant notamment été hospitalisée du 15 au 24 mars 2018 en raison d'un autre problème de santé. Dès lors, il convient d'exclure du préjudice indemnisable les frais exposés entre le 14 mars 2018 et le 3 octobre 2018, date des analyses faisant suite à une consultation médicale du 27 septembre 2018 au cours de laquelle avaient été prescrits des analyses d'urine et un bilan biologique complet en vue de l'intervention destinée à la pose du sphincter artificiel. Il s'en suit qu'il sera fait une juste appréciation de ce préjudice relatif aux dépenses de santé actuelles engagées par la requérante, en l'évaluant à hauteur de 2 500 euros.

16. Par ailleurs, au titre des dépenses de santé actuelles, la CPAM de la Loire-Atlantique, venant aux droits de la CPAM de la Sarthe, qui produit une attestation d'imputabilité signée par un médecin conseil le 24 octobre 2019, justifie avoir engagé des dépenses de santé actuelles pour le compte de son assurée, lesquelles comprennent des frais hospitaliers, médicaux, d'appareillage et de transport, pour un montant total de 6 276,75 euros.

17. La société Malakoff Humanis Prévoyance, institution de prévoyance complémentaire, sollicite, quant à elle, le remboursement des dépenses qu'elle a engagées en application d'un contrat de prévoyance santé conclu avec Mme A, pour un montant total de 1 876,22 euros, au titre de frais d'hospitalisation, médicaux et pharmaceutiques, d'appareillage, et de kinésithérapie, de septembre 2017 à décembre 2018. Toutefois, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, il y a lieu d'exclure du préjudice indemnisable les frais exposés entre le 14 mars 2018 et le 3 octobre 2018, car sur cette période, Mme A, victime d'une thrombose de l'artère mésentérique dont il ne résulte pas de l'instruction qu'elle serait en lien avec l'infection de septembre 2017, a bénéficié de soins sans lien avec les fautes et les complications en ayant résulté, l'intéressée ayant notamment été hospitalisée du 15 au 24 mars 2018. Le préjudice relatif aux dépenses de santé actuelles engagées par la société Malakoff Humanis Prévoyance en lien avec la faute commise par l'établissement public défendeur s'élève donc à la somme de 1 682,02 euros.

18. Il résulte de ce qui précède que le montant total du poste de préjudice de dépenses de santé actuelles s'élève à 10 458,77 euros. Compte tenu du taux de perte de chance retenu, la somme totale pouvant être mise à la charge du pôle santé Sarthe et Loir au titre de ce poste de préjudice s'élève à 6 798,20 euros. Il s'ensuit que le pôle santé Sarthe et Loir doit être condamné à verser à Mme A, qui bénéficie d'un droit de préférence sur les tiers payeurs, la somme de 2 500 euros, et à ces tiers payeurs, après répartition proportionnelle du solde par rapport à leurs paiements respectifs, les sommes de 3 389,81 euros à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique et de 908,39 euros à la société Malakoff Humanis Prévoyance.

S'agissant de la perte de gains professionnels actuels :

19. Mme A sollicite l'indemnisation de sa perte de gains professionnels actuels au titre de la période comprise entre le 6 septembre 2017 et le 15 janvier 2019, date de la fin de la période de son dernier arrêt de travail, à hauteur de 14 254,35 euros. La CPAM de la Loire-Atlantique sollicite quant à elle, sans être contestée, le remboursement des indemnités journalières versées au cours de la période comprise entre le 7 octobre 2017 et le 11 janvier 2018, à hauteur de 3 418,07 euros.

20. Il résulte de l'instruction que Mme A exerçait avant son hospitalisation du 6 septembre 2017 les fonctions d'éducatrice spécialisée auprès de majeurs en situation de handicap mental et qu'elle percevait à ce titre un revenu mensuel moyen de 1 688,08 euros. Il résulte par ailleurs de l'instruction que le problème de santé subi par Mme A en mars 2018, sans lien avec les faits à l'origine du présent litige, a eu pour conséquence de prolonger de trois mois ses arrêts de travail et qu'il convient dès lors de déduire cette durée de trois mois de la période indemnisable. Il s'en suit que sur la période comprise entre le 6 septembre 2017 et le 15 janvier 2019, Mme A a subi, après exclusion d'une période de trois mois, et déduction des autres revenus perçus par l'intéressée, une perte de gains professionnels à hauteur de 9 190,11 euros.

21. Il résulte de ce qui précède que le montant total du poste de préjudice de perte de gains professionnels actuels s'élève à 12 608,18 euros. Compte tenu du taux de perte de chance retenu, la somme totale pouvant être mise à la charge du pôle santé Sarthe et Loir au titre de ce poste de préjudice s'élève à 8 195,32 euros. Il s'ensuit que l'établissement de santé est condamné à verser à Mme A, qui bénéficie d'un droit de préférence sur le tiers payeur, la somme de 8 195,32 euros.

S'agissant de l'assistance par tierce personne temporaire :

22. Mme A sollicite l'indemnisation de son préjudice lié à la nécessité d'une assistance par tierce personne, dont il n'est pas allégué qu'elle devait être spécialisée, durant une semaine à la suite de chacune des quatre hospitalisations qu'elle a subies en septembre 2017, décembre 2017, octobre 2018 et novembre 2018. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que l'état de santé de Mme A a nécessité l'aide de son conjoint pour sa toilette à raison d'une heure par jour pendant une semaine après chacune de ces hospitalisations. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en accordant à Mme A, après application du taux de perte de chance, la somme de 236,60 euros.

S'agissant des dépenses de santé futures :

23. Il n'appartient pas au juge administratif de donner acte de réserves relatives à des préjudices futurs éventuels. Par suite les conclusions de Mme A tendant à ce que soient réservés ses droits relatifs à des frais de santé futurs, comprenant des besoins d'appareillages relatifs au sphincter artificiel, ne peuvent qu'être rejetées. Il lui appartiendra, si elle s'y croit fondée, de saisir la ou les personnes publiques compétentes, et, le cas échéant, la juridiction compétente, pour faire valoir sa demande d'indemnisation.

S'agissant de la perte de gains professionnels futurs :

24. Il appartient à Mme A, qui a continué à acquérir des congés payés durant ses arrêts de travail, de demander à son employeur un rappel de congés pour les périodes antérieures au 13 septembre 2023 au regard des dispositions de la loi du 22 avril 2024 susvisée. Par ailleurs, l'intéressée, qui a conservé son emploi et a continué à cotiser pendant ses arrêts de travail n'établit pas la perte de droits à la retraite alléguée. En outre, si Mme A demande une indemnisation au titre des jours d'ancienneté dont elle aurait pu bénéficier en l'absence des arrêts de travail à compter du 7 au 21 octobre 2017, du 22 octobre au 19 décembre 2017 et du 30 décembre 2017 au 11 janvier 2018, elle ne produit aucun élément permettant d'établir la perte de quatre jours d'ancienneté alléguée. Enfin, Mme A n'est pas fondée à solliciter l'indemnisation de la perte de gains professionnels qu'elle estime avoir subie à hauteur de 1 392, 21 euros sur la période comprise entre le 15 janvier 2019 et le 20 avril 2019, période pendant laquelle elle avait repris son activité à mi-temps thérapeutique, dès lors que, comme il a été dit précédemment, la consolidation de son état de santé en lien avec les fautes commises par le pôle santé Sarthe et Loir est intervenue le 15 janvier 2019. Cette demande doit donc être rejetée.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

25. Il résulte de l'instruction et notamment de l'expertise, que Mme A a subi un déficit fonctionnel temporaire total durant les périodes des 11 au 15 septembre 2017, 11 au 13 décembre 2017, 22 au 24 octobre 2017, ainsi que du 5 au 8 novembre 2018, soit une durée totale de quinze jours. Par ailleurs, elle a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel de classe deux du 7 octobre 2017 au 15 janvier 2019, période dont doit être déduite, comme il a été dit précédemment, celle du 15 mars 2018 au 1er juillet 2018 liée à un problème de santé sans lien avec les fautes commises. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en accordant à Mme A, après application du taux de perte de chance, la somme de 1 157,81 euros.

S'agissant des souffrances endurées :

26. Il résulte de l'instruction que du fait des fautes commises par le pôle santé Sarthe et Loir, Mme A a subi des souffrances évaluées par l'expert à 3,5 sur une échelle de 0 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en accordant à Mme A, après application du taux de perte de chance, la somme de 5 200 euros.

S'agissant des préjudices esthétiques temporaire et permanent :

27. Il résulte de l'instruction que le préjudice esthétique temporaire de Mme A a été estimé par l'expert à 2 sur une échelle de 0 à 7 eu égard à la circonstance que Mme A a dû porter une sonde urinaire et des protections jusqu'à la consolidation, ainsi qu'un préjudice esthétique permanent lié aux cicatrices apparentes et à la saillance de la pompe du sphincter artificiel pouvant être évalué à 0,5 sur la même échelle. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ces préjudices en accordant à Mme A, après application du taux de perte de chance les sommes de 1 170 euros au titre du préjudice esthétique temporaire et 325 euros au titre du préjudice esthétique permanent.

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

28. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que le déficit fonctionnel permanent de Mme A peut, comme l'a retenu l'expert en prenant notamment en compte les souffrances psychiques subies par l'intéressée, ainsi que cela résulte explicitement de la réponse de l'expert aux dires des parties, être fixé à 10 pour cent, l'expert ayant indiqué dans cette réponse retenir le taux maximal d'incapacité prévu pour tenir compte des souffrances psychiques. Compte tenu de ce taux et de l'âge de l'intéressée à la date de la consolidation, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en accordant à Mme A, après application du taux de perte de chance retenu, la somme de 7 150 euros.

29. Il résulte de tout ce qui précède que le pôle santé Sarthe et Loir est condamné à verser, au titre de l'indemnisation de leurs préjudices, les sommes de 25 934,73 euros à Mme A, de 3 389,81 euros à la CPAM de la Loire-Atlantique, et de 908,39 euros à la société Malakoff Humanis Prévoyance.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

30. L'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale dispose que : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée () ". L'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 dispose que : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 € et 1 191 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2024 ".

31. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 susvisé, et eu égard à la somme dont elle obtient le remboursement dans le présent jugement, la CPAM de la Loire-Atlantique est en droit d'obtenir le versement d'une indemnité forfaitaire de gestion d'un montant de 1129,93 euros. Cette indemnité doit être mise à la charge du pôle santé Sarthe et Loir.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

32. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.

33. D'une part, il y a lieu, dès lors, de faire droit aux conclusions de Mme A tendant à ce que la somme de 25 934,73 euros qui lui est allouée par le présent jugement porte intérêt au taux légal à compter du 19 juillet 2019, date de la réception de sa demande indemnitaire. La capitalisation des intérêts a été demandée aux termes de sa requête, enregistrée le 10 octobre 2019. Par suite, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 19 juillet 2020, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêt, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

34. D'autre part, il y a lieu de faire droit aux conclusions de la CPAM de la Loire-Atlantique tendant à ce que la somme de 3 389,81 euros qui lui est allouée par le présent jugement au titre de ses débours porte intérêt au taux légal à compter du 2 décembre 2020, date d'enregistrement de son mémoire au greffe du tribunal. La capitalisation des intérêts a été demandée aux termes de ce même mémoire. Par suite, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 2 décembre 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais d'expertise :

35. Les frais de l'expertise ordonnée par le juge des référés ont été liquidés et taxés à la somme de 3 986,23 euros par une ordonnance du premier vice-président du tribunal administratif de Nantes du 10 juillet 2019. Ces frais doivent être mis à la charge définitive du Pôle Santé Sarthe et Loir.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

36. D'une part, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge du pôle santé Sarthe et Loir une somme de 2 000 euros à verser à Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. D'autre part, il n'y a pas lieu de mettre à la charge dudit établissement la somme demandée au titre du même article par la CPAM de la Loire-Atlantique, laquelle n'est pas représentée dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Le pôle santé Sarthe et Loir est condamné à verser à Mme A la somme de 25 934,73 euros, cette somme portant intérêts au taux légal à compter du 19 juillet 2019, et ces intérêts étant capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts à la date du 19 juillet 2020 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Article 2 : Le pôle santé Sarthe et Loir est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique la somme de 3 389,81 euros, cette somme portant intérêts au taux légal à compter du 2 décembre 2020 et ces intérêts étant capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts à la date du 2 décembre 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Article 3 : Le pôle santé Sarthe et Loir versera à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique la somme de 1 129,93 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 4 : Le pôle santé Sarthe et Loir est condamné à verser à la société Malakoff Humanis Prévoyance la somme de 908,39 euros au titre des dépenses engagées pour Mme A.

Article 5 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 3 986,23 euros, sont définitivement mis à la charge du pôle santé Sarthe et Loir.

Article 6 : Le pôle Sarthe et Loir versera à Mme A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : Le surplus des conclusions de l'ensemble des parties est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au pôle santé Sarthe et Loir, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique, à la société Malakoff Humanis Prévoyance et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Une copie sera adressée pour information à l'expert.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.

Le rapporteur,

R. HANNOYER

La présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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