vendredi 1 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1911322 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | RICHARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 17 octobre 2019, le 6 février 2022, le 15 février 2022 et le 8 avril 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Le Transfert, représentée par Me Richard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie pour la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014, ainsi que des majorations correspondantes, à hauteur de la somme totale de 3 063 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la méthode de reconstitution de son chiffre d'affaires utilisée par l'administration fiscale est radicalement viciée dans son principe et excessivement sommaire ;
- l'administration n'a pas tenu compte des boissons non alcoolisées consommées par ses employés ;
- elle n'a pas tenu compte de l'ensemble des types de boissons offertes ni des pertes et a ainsi sous-évalué la quantité des boissons achetées et non revendues ;
- l'administration fiscale a procédé à une évaluation forfaitaire de la quantité de boissons achetées et non revendues, sans s'appuyer sur des calculs précis ni prendre en compte ses conditions réelles d'activité ;
- la méthode de reconstitution de son chiffre d'affaires est viciée, en tant qu'elle n'a porté que sur son activité de vente de boissons alors que l'ensemble de sa comptabilité a été rejetée.
Par des mémoires en défense enregistrés le 8 janvier 2020, le 14 février 2022 et le 22 mars 2022, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Le Transfert exploite une activité d'hôtellerie, restauration et bar au sein d'un établissement situé à la Faute-sur-Mer, commune déléguée de la commune nouvelle de L'Aiguillon-la-Presqu'île (Vendée). Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant, en matière de taxe sur la valeur ajoutée, sur la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014 et, en matière d'impôt sur les sociétés, sur les exercices clos les 31 décembre 2013 et 2014. Le service a rejeté sa comptabilité comme irrégulière et non probante, et a procédé à la reconstitution de son chiffre d'affaires, en tant qu'il porte sur son activité de vente de boissons, au titre de cette même période. Il a en conséquence notifié à la société vérifiée, par une proposition de rectification du 15 juin 2016, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des rehaussements de son bénéfice imposable au titre de l'ensemble de la période vérifiée, les rappels de taxe et les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés ainsi mis à sa charge étant en outre augmentés des intérêts de retard et de la majoration de 40 % pour manquement délibéré prévue par l'article 1729 du code général des impôts. Les impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement le 16 août 2016. L'administration fiscale a partiellement fait droit à la réclamation préalable présentée par la SARL Le Transfert le 13 novembre 2018 par une décision du 21 août 2019, en lui accordant le dégrèvement d'une partie des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie. Par sa requête, la société demande au tribunal de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée laissés à sa charge ainsi que des majorations correspondantes, à hauteur de la somme de 3 063 euros.
Sur les conclusions aux fins de décharge des impositions :
En ce qui concerne la charge de la preuve :
2. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. () ".
3. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a rejeté la comptabilité de la SARL Le Transfert au motif qu'elle présentait d'importantes irrégularités lui ôtant toute valeur probante. Ainsi, la société, qui disposait d'une caisse enregistreuse, n'a pas été en mesure de présenter le détail de ses recettes journalières et n'a pu produire, au cours du contrôle, qu'une bande de caisse synthétisant, pour chaque journée, le chiffre d'affaires global réalisé dans son établissement par famille de produits et mode de paiement. La SARL Le Transfert n'a, de plus, pas produit d'inventaire de ses stocks au 31 décembre 2012 et au 31 décembre 2014. La société requérante ne conteste pas les irrégularités entachant sa comptabilité ainsi relevées, justifiant qu'il soit procédé à la reconstitution de son chiffre d'affaires au cours de la période vérifiée. Par ailleurs, la SARL Le Transfert n'a pas contesté la proposition de rectification du 15 juin 2016 dans le délai légal. Par suite, la charge de la preuve de l'exagération des bases d'imposition incombe à la SARL Le Transfert en application des dispositions précitées de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales. A cette fin, elle peut, soit critiquer la méthode de reconstitution des recettes à laquelle le service a recouru, en vue de démontrer en quoi elle aboutit à des résultats exagérés, soit soumettre à l'appréciation du juge de l'impôt une nouvelle méthode de reconstitution aboutissant à des résultats plus satisfaisants.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
4. Il résulte de l'instruction qu'après avoir écarté la comptabilité de la SARL Le Transfert, le service vérificateur a estimé que la marge brute déclarée par la société au cours de la période litigieuse variait de façon anormale au titre de son activité de vente de boissons entre les exercices 2013 et 2014 d'une part, et l'exercice 2015 d'autre part, alors que les conditions d'exploitation n'avaient pas varié au cours de cette période. En revanche, la marge brute déclarée demeurant stable sur l'ensemble de cette période pour les activités de restauration et d'hôtellerie exercées par la société requérante, le service a estimé qu'il n'y avait pas lieu de remettre en cause les recettes déclarées à ce titre, et a, de ce fait, procédé à la reconstitution du seul chiffre d'affaires réalisé au titre de l'activité de vente de boissons. Pour ce faire, il a déterminé la quantité de produits achetés à partir des factures d'achat de boissons produites par la SARL Le Transfert. Afin d'évaluer la quantité de boissons vendues, en l'absence d'inventaire établi au 31 décembre 2012 et au 31 décembre 2014 permettant d'apprécier l'évolution des stocks, et au regard des éléments apportés au cours du contrôle par la société, retracés au sein d'un compte-rendu établi par le vérificateur et signé par son gérant le 26 mai 2016, il a pris en compte l'ensemble des boissons achetées, dont il a déduit les boissons offertes et les consommations personnelles, correspondant à une quantité donnée, pour chacune des années en cause, de pastis, café, décaféiné et champagne, et les produits utilisés en cuisine, servis dans les formules " boisson comprise " ou considérés comme " spécifiques " (vins en " bib ", crèmes, Picon, Noilly Prat, Manzanita, Calva, 90 % des sirops, jus de fruits conditionnés en contenants au litre et sodas en bouteille plastique " PET "), puis a appliqué un abattement au titre des pertes, correspondant à 10 % des bières conditionnées en fût. Il a ensuite tenu compte des dosages de boissons servis ainsi que des prix de vente communiqués par la société, pour reconstituer les recettes procurées par les ventes de boissons au titre de chacun des exercices en cause.
5. En premier lieu, la circonstance que l'administration fiscale, après avoir écarté l'ensemble de la comptabilité de la SARL Le Transfert, a procédé à la reconstitution du seul chiffre d'affaires réalisé au titre de son activité de vente de boissons, n'est pas en elle-même de nature à vicier la méthode de reconstitution de son chiffre d'affaires, alors que la requérante n'établit, ni même n'allègue, que les omissions de déclaration des recettes perçues au titre de cette activité seraient compensées par des erreurs dans les déclarations des recettes perçues au titre des autres activités exercées par l'intéressée.
6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 4, que le service a procédé à la reconstitution du chiffre d'affaires de la SARL Le Transfert en tenant compte des conditions concrètes de fonctionnement de son établissement, qui ont été discutées avec son gérant au cours du contrôle. Si la société requérante soutient que l'administration n'a pas tenu compte des boissons offertes à son personnel, il résulte de ce qui a été dit précédemment qu'elle a exclu des boissons vendues d'une part, un certain nombre de boissons offertes et de consommations personnelles, comprenant notamment des cafés, et d'autre part, des boissons non alcoolisées telles que 90 % des sirops, ainsi que l'ensemble des jus de fruits conditionnés en contenants au litre et les sodas en bouteille plastique. La SARL Le Transfert soutient, il est vrai, que le nombre cumulé des boissons consommées par son personnel et de celles servies au sein des formules " boisson comprise " excède le nombre de boissons ainsi déduit des boissons vendues par l'administration. Toutefois, elle ne produit aucun élément de nature à justifier du nombre de ses salariés au cours de la période en cause, ni de leur consommation de boissons, et n'établit pas, par les éléments de calcul qu'elle présente et qui s'appuient sur des données relatives aux années 2015 et 2016, soit sur une période postérieure à la période en litige, l'insuffisance des déductions opérées par l'administration et la surévaluation du nombre de boissons vendues qui en résulterait.
7. En troisième et dernier lieu, il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 4, que, pour déterminer le nombre de boissons vendues par la SARL Le Transfert au cours des exercices en litige, le service a pris en compte les boissons offertes et a fait application d'un abattement pour tenir compte des pertes. Si la société requérante conteste la circonstance que les déductions opérées à ce titre n'ont concerné que certaines des boissons proposées, elle n'établit pas, alors que ces éléments ont été discutés au cours du contrôle et mentionnés au sein du compte-rendu signé par son gérant le 26 mai 2016, que les boissons offertes et les pertes auraient représenté un volume supérieur à celui ainsi retenu par l'administration.
8. Il résulte de ce qui précède que la SARL Le Transfert n'est pas fondée à soutenir que la reconstitution de son chiffre d'affaires au titre de la période correspondant aux exercices clos en 2013 et 2014 serait radicalement viciée en son principe ou excessivement sommaire.
9. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de la requérante aux fins de décharge des impositions litigieuses.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la SARL Le Transfert au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Le Transfert est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Le Transfert et à la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 3 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Livenais, président,
Mme Rosemberg, première conseillère,
M. Huin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 1er juillet 2022.
La rapporteure,
V. A
Le président,
Y. LIVENAIS
Le greffier,
Y. LECLERC
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
5
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026