vendredi 26 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1911921 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | ex 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CMS BUREAU FRANCIS LEFEBVRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 octobre 2019, M. A C et Mme B C, représentés par Me Carcelero et Me Bazin, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2015 ainsi que des intérêts de retard correspondants, à hauteur de la somme totale de 355 850 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'administration fiscale a estimé à tort que la dette d'un montant de 476 756 euros inscrite au passif de la SARL Gelis France n'était pas justifiée, et que M. C avait de ce fait bénéficié d'un avantage occulte imposable dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers ;
- ils justifient de l'existence et du montant de cette dette, correspondant au prêt consenti à la SARL Gelis France par la société Gelis SA pour l'acquisition du château de l'Epinay le 4 mars 2005 ;
- l'origine de cette dette est en particulier établie par les éléments comptables de l'étude notariale intervenue dans le cadre de l'acquisition du château de l'Epinay et par laquelle les fonds ont transité, la comptabilité de la SARL Gelis France, l'acte d'acquisition de l'immeuble ainsi que l'acte de cession des parts sociales de cette société détenues par la société Gelis SA à M. C ;
- ils sont fondés à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations des commentaires administratifs publiés sous la référence BOI-ENR-AVS-10-40 paragraphe n° 70 et 120 ;
- ils établissent que la société Gelis SA a cédé la créance qu'elle détenait sur la SARL Gelis France à M. C par un acte du 27 juillet 2015, opposable à l'administration fiscale ;
- ils justifient de l'existence et du montant de la dette inscrite au passif de la SARL Gelis France pour un montant de 195 170 euros, correspondant aux travaux réalisés aux droits du château de l'Epinay et pris en charge par M. C ;
- à titre subsidiaire, si le tribunal devait estimer que la dette détenue sur la SARL Gelis France n'était pas justifiée, celle-ci ne peut être regardée comme constituant une distribution occulte, dans la mesure où ils n'ont pas pu disposer des sommes en cause du fait de la situation de la trésorerie de la société.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 mars 2020, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C a procédé au rachat, le 23 février 2007, des parts sociales de la société à responsabilité limitée (SARL) Gelis France détenues par la société de droit luxembourgeois Gelis SA, et en est depuis lors l'associé unique et le gérant. Il réside au château de l'Epinay, situé à Saint-Georges-sur-Loire (Maine-et-Loire), que la SARL Gelis France a acquis le 25 février 2005 et où son épouse, Mme B C, exploite une activité d'hôtellerie restauration. Consécutivement à la vérification de comptabilité dont cette société a fait l'objet en matière d'impôt sur les sociétés, sur les exercices clos en 2013, 2014 et 2015 et, en matière de taxe sur la valeur ajoutée, sur la période du 1er janvier 2013 au 31 mars 2016, et qui a conduit l'administration fiscale à identifier l'existence d'avantages occultes au sens du c) de l'article 111 du code général des impôts au bénéfice de M. C, les intéressés se sont vu mettre à leur charge, par proposition de rectification du 14 octobre 2016, des suppléments d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2015 à raison de ces revenus distribués, assortis des intérêts de retard. M. et Mme C ont présenté leurs observations aux fins de contestation desdites impositions par un courrier du 15 décembre 2016, auquel l'administration fiscale a partiellement fait droit le 10 février 2017. Les impositions ont été mises en recouvrement le 30 avril 2018. La réclamation formée par les intéressés le 13 juin 2018 a été rejetée par une décision du 2 septembre 2019. Par leur requête, M. et Mme C demandent au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2015 ainsi que des intérêts de retard correspondants, à hauteur de la somme totale de 355 850 euros.
Sur les conclusions aux fins de décharge des impositions litigieuses :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 158 du code général des impôts, sont notamment imposables à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers les revenus considérés comme distribués en application des articles 109 et suivants du même code. Aux termes de l'article 111 de ce code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / c. Les rémunérations et avantages occultes () ".
3. A l'occasion de la vérification de comptabilité dont la SARL Gelis France a fait l'objet, l'administration a constaté, au titre de l'exercice clos en 2015, l'inscription au crédit du compte courant d'associé de M. C d'une somme de 476 756 euros qui correspondait, selon la société, à une créance cédée à l'intéressé le 29 juin 2015 par la société Gelis SA, et résultant d'un prêt consenti pour l'acquisition du château de l'Epinay. Elle a estimé en conséquence que la SARL Gelis ne justifiait pas de la créance qui aurait ainsi été détenue par M. C, et que celui-ci devait dès lors être regardé comme ayant bénéficié d'un avantage occulte au sens du c) de l'article 111 du code général des impôts.
4. M. et Mme C soutiennent que l'administration fiscale a estimé à tort que la somme de 476 756 euros inscrite dans la comptabilité de la SARL Gelis France au compte courant de M. C constituait un passif injustifié. Ils ne produisent toutefois aucune pièce, et en particulier aucune convention, permettant d'établir l'accord des parties sur le principe, le montant et les conditions dans lesquelles la société Gelis SA aurait accordé un prêt à la SARL Gelis France pour l'acquisition du château de l'Epinay. Si les extraits de la comptabilité du notaire produits par les requérants permettent de constater le versement d'une somme de 369 000 euros réalisé pour la SARL Gelis France dans le cadre de l'acquisition du château de l'Epinay, ces documents sont insuffisants pour justifier du prêt qui lui aurait été accordé par la société Gelis SA, à hauteur du montant enregistré à son passif. Les requérants ne sauraient par ailleurs se prévaloir de la cohérence des écritures comptables de la SARL Gelis France avec la comptabilité du notaire, celles-ci ne permettant pas en elles-mêmes de justifier de la créance en cause. En outre, l'acte d'acquisition du château de l'Epinay du 25 février 2005 se borne à mentionner la société Gelis SA en tant qu'associée de la SARL Gelis France, sans faire état du prêt qu'elle lui aurait accordé. Si l'acte du 23 février 2007 par lequel la société Gelis SA a cédé l'intégralité de ses parts sociales de la SARL Gelis France à M. C mentionne l'existence d'une créance d'un montant de 389 900 euros détenue sur l'intéressée, et dont le remboursement devait intervenir au plus tard au 31 décembre 2007, cet élément est insuffisant, en l'absence de toute précision sur l'origine et la nature de cette créance, pour justifier de la dette inscrite au passif de la SARL Gelis France au titre de l'exercice clos en 2013 pour un montant de 476 756 euros. Il en est de même de l'acte du 29 juin 2015 par lequel la société Gelis SA a cédé ladite créance à M. C, et faisant état d'une créance de 476 756 euros détenue sur la SARL Gelis France. Enfin, en soutenant que la comptabilité de la SARL Gelis France révèle l'absence de fonds propres qui lui auraient permis d'acquérir le château de l'Epinay sans bénéficier d'un prêt et l'absence de recours à un emprunt auprès d'un établissement bancaire, les requérants n'établissent pas l'existence du prêt que lui aurait octroyé la société Gelis SA. Dans ces conditions, M. et Mme C ne sont pas fondés à soutenir que l'administration aurait regardé à tort la créance en cause comme n'étant pas justifiée. Par suite, et compte tenu de l'existence de ce passif injustifié, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, que la somme inscrite au compte courant de M. C constitue un avantage occulte au bénéfice de l'intéressé, imposable en tant que revenu distribué en application des dispositions du c) de l'article 111 du code général des impôts.
5. En second lieu, il résulte de l'instruction que la SARL Gelis France présentait une trésorerie négative à hauteur de 252 985 euros, 213 827 euros et 919 570 euros au titre des exercices clos respectivement en 2013, 2014 et 2015. Toutefois, la société disposait, à la clôture de l'exercice le 31 décembre 2015, d'un actif net de 2 417 695 euros. Les requérants soutiennent, il est vrai, que cet actif, composé en particulier du château de l'Epinay enregistré pour une valeur de 2 216 572 euros, n'était pas disponible, l'immeuble ne pouvant, compte tenu de ses caractéristiques, être vendu rapidement. Il est toutefois constant que cet immeuble était comptabilisé dans les stocks de la société et pouvait, de ce fait, être regardé comme ayant vocation à être cédé. Dans ces conditions et dans la mesure où M. C, unique associé de la SARL Gelis France, a fait le choix de ne pas procéder à la cession de cet immeuble, la circonstance que la société percevrait de faibles ressources tirées de la location du château de l'Epinay à l'entreprise gérée par Mme C pour l'exploitation d'une activité d'hôtellerie restauration ne permet pas d'établir que l'intéressé n'aurait pas disposé de la somme en cause. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a imposé cette somme dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers au titre de l'impôt sur le revenu de M. et Mme C de l'année 2015.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles M. et Mme C ont été assujettis au titre de l'année 2015 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. et Mme C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme B C et à la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 17 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Livenais, président,
Mme Rosemberg, première conseillère,
M. Huin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 26 août 2022.
La rapporteure,
V. D
Le président,
Y. LIVENAIS
La greffière,
L. BILLAUD
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
5
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026