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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1912084

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1912084

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1912084
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMARTINON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 novembre 2019 et le 16 décembre 2020, la société Allianz Iard, représentée par la SELARL Armen, demande au tribunal :

1°) de condamner la société Colas Centre Ouest à lui verser une somme de 3 548,93 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 3 septembre 2019, en réparation de ses préjudices consécutifs à un dommage de travaux publics survenu le 28 avril 2017 à Angers ;

2°) de condamner la société Colas Centre Ouest à lui verser une somme de 1 000 euros pour résistance abusive et injustifiée ;

3°) de mettre à la charge de la société Colas Centre Ouest une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le 28 avril 2017, alors qu'elle réalisait pour le compte de la commune d'Angers des travaux d'enfouissement de réseaux rue Louis de Romain, la société Colas Centre Ouest a arraché une phase du réseau électrique entraînant une coupure de celui-ci et notamment le dysfonctionnement d'appareils électriques de l'hôtel Le Continental situé à proximité ;

- en sa qualité d'assureur de la ville d'Angers, elle a versé à la société Maaf Assurances, assureur de l'hôtel Le Continental, une somme de 3 548,93 euros en dédommagement ;

- la société Colas Centre Ouest est responsable de l'endommagement du réseau électrique, de sorte que sa responsabilité est engagée sur le fondement des dommages de travaux publics ;

- elle est subrogée dans les droits de la commune d'Angers tant sur le fondement de l'article L. 121-12 du code des assurances que de l'article 1346-1 et de l'article 1346 du code civil.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 octobre 2020, la société Colas Centre Ouest, représentée par Me Martinon, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la société requérante le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la société requérante n'est pas subrogée dans les droits de la victime, au sens et pour l'application de l'article L. 121-12 du code des assurances, mais dans ceux de la commune d'Angers ;

- la commune d'Angers a réceptionné les travaux par un procès-verbal du 15 décembre 2017, avec effet au 2 septembre 2017, de sorte qu'elle ne peut plus être appelée en garantie ; par ailleurs, sa responsabilité ne peut être engagée au titre de la responsabilité décennale, en l'absence de désordres de l'ouvrage public ;

- en tout état de cause, elle n'est pas à l'origine du dommage dès lors qu'elle n'a pas tranché le câble mais que celui-ci s'est rompu du fait de sa vétusté ; Enedis étant dans l'incapacité d'identifier le client concerné, elle a choisi de couper l'électricité dans l'ensemble du secteur.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des assurances ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin, rapporteure,

- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public,

- et les observations de Me Dallemane, avocate de la société Colas Centre Ouest.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre d'un marché de travaux publics d'extension, d'amélioration, de renouvellement et de réhabilitation de réseaux d'adduction d'eau potable et de collecte des eaux usées, passé avec la commune d'Angers, l'entreprise Colas Centre Ouest aurait, le 28 avril 2017, endommagé une phase du réseau d'électricité située rue Louis de Romain. Cette rupture de réseau a entraîné une coupure d'électricité, entraînant au sein de l'établissement hôtelier Le Continental, situé rue Louis de Romain, une panne de la porte automatique, de l'ascenseur et le relogement de ses clients. Après la tenue d'une réunion d'expertise amiable le 25 septembre 2019, la société Allianz Iard, assureur de la commune d'Angers, a versé à MAAF Assurances, assureur de l'hôtel Le Continental, la somme de 3 548,93 euros, somme que MAAF Assurances avait elle-même versé à son assuré. Par un courrier réceptionné le 3 septembre 2019, la société Allianz Iard a demandé à la société Colas de l'indemniser de la somme de 3 548,93 euros. Par un courrier du 13 septembre 2019, la société Colas Centre Ouest a refusé de faire droit à cette demande. La société Allianz Iard, subrogée dans les droits de la commune d'Angers et dans ceux de la victime, l'hôtel Le Continental, et de son assureur MAAF assurances, demande au tribunal de condamner la société Colas à l'indemniser de la somme de 3 548,93 euros, sur le fondement de la responsabilité pour faute résultant de la faute commise par la société Colas Centre Ouest en arrachant un câble électrique ou de la responsabilité sans faute à raison d'un lien de causalité entre l'exécution des travaux publics et le sinistre.

2. D'une part, le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage présente un caractère accidentel.

3. D'autre part, aux termes de l'article 1346 du code civil : " La subrogation a lieu par le seul effet de la loi au profit de celui qui, y ayant un intérêt légitime, paie dès lors que son paiement libère envers le créancier celui sur qui doit peser la charge définitive de tout ou partie de la dette. " Aux termes du premier alinéa de l'article L. 121-12 du code des assurances : " L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur. " Il résulte de ces dispositions que la subrogation légale de l'assureur dans les droits et actions de l'assuré est subordonnée au seul paiement à l'assuré de l'indemnité d'assurance en exécution du contrat d'assurance et ce, dans la limite de la somme versée.

4. Aux termes de l'article 1346-1 du code civil : " La subrogation conventionnelle s'opère à l'initiative du créancier lorsque celui-ci, recevant son paiement d'une tierce personne, la subroge dans ses droits contre le débiteur. / Cette subrogation doit être expresse. / Elle doit être consentie en même temps que le paiement, à moins que, dans un acte antérieur, le subrogeant n'ait manifesté la volonté que son cocontractant lui soit subrogé lors du paiement. La concomitance de la subrogation et du paiement peut être prouvée par tous moyens. "

5. Si, en cas de dommage accidentel causé à des tiers par un ouvrage public, la victime peut en demander réparation, même en l'absence de faute, aussi bien au maître de l'ouvrage, au maître de l'ouvrage délégué, à l'entrepreneur ou au maître d'œuvre, il ne s'ensuit pas qu'en cas de condamnation de l'une ou l'autre de ces personnes intervenue à la demande d'un tiers, la ou les personnes condamnées qui entendraient mettre en cause la responsabilité de l'une ou l'autre de celles ayant concouru à la réalisation de l'ouvrage public puissent utilement se prévaloir, dans leurs rapports réciproques, d'un régime de responsabilité sans faute.

6. La société requérante ne dispose, par suite, à l'égard de l'exécutant des travaux sur les réseaux réalisés sous la maîtrise d'ouvrage de la commune d'Angers, sauf cas de fraude ou de dol, d'autre action que celle qui résulte du contrat qui unissait l'entrepreneur de travaux publics à la commune. Ces travaux ont donné lieu à réception définitive et sans réserve par un procès-verbal du 5 décembre 2017 avec effet au 2 septembre 2017. La réception définitive sans réserve ayant mis fin aux rapports contractuels nés du marché et la société requérante ne faisant valoir ni fraude, ni dol, les conclusions de la requête tendant à l'engagement de la responsabilité de la société Colas sur la base de la faute qu'aurait commise l'entreprise dans l'accomplissement de ses obligations contractuelles doivent être rejetées.

7. Par ailleurs, la circonstance que l'assureur de la victime ait, en vertu d'une quittance subrogative, subrogé la société Allianz Iard dans les droits de la victime est, à cet égard, sans incidence, dès lors que, ayant agi en sa qualité d'assureur de la commune d'Angers, la société requérante ne saurait avoir plus de droits que cette collectivité publique qui ne peut, ainsi qu'il a été dit, se prévaloir, à l'égard d'une entreprise auteur d'un sinistre, d'un régime de responsabilité sans faute.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par la société Allianz Iard doivent être rejetées.

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à que soit mise à la charge de la société Colas Centre Ouest, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la société Allianz Iard sur le fondement de ces dispositions. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Allianz Iard la somme demandée par la société Colas Centre Ouest sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Allianz Iard est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société Colas Centre Ouest sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Allianz Iard et à la société Colas Centre Ouest.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le. 8 novembre 2022.

La rapporteure,

C. MILIN

Le président,

A. A DE BALEINE

La greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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