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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1912772

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1912772

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1912772
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP ATLANTIQUE AVOCATS ASSOCIES (SAINT-HERBLAIN)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par l'effet de la loi n° 2018-607 du 13 juillet 2018 relative à la programmation militaire pour les années 2019 à 2025 et portant diverses dispositions intéressant la défense, le dossier de la requête de M. B A a été transféré au tribunal administratif de Nantes, où il a été enregistré le 1er novembre 2019.

Par une requête et un mémoire enregistrés le 29 avril 2019 et le 7 juin 2021, M. A, représenté par Me Salquain, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 19 décembre 2018 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de versement d'une pension militaire d'invalidité ;

2°) d'ordonner, avant dire droit, une expertise médicale ayant pour objet de se prononcer sur les taux d'invalidité résultant de ses infirmités et sur l'imputabilité au service de ces infirmités ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'expertise réalisée par un médecin généraliste expert est dépourvue de neutralité, l'administration ayant indiqué dans sa demande d'expertise que certaines invalidités pouvaient avoir pour cause un symptôme dépressif ; en outre, l'expert n'a pas recherché l'origine des douleurs, ni proposé de taux correspond aux infirmités pour lesquelles il était consulté ;

- l'oto-rhino-laryngologue expert n'a pas recherché l'origine de ses troubles auditifs et de ses céphalées et en a sous-estimé les conséquences ;

- l'administration a insuffisamment évalué les taux d'invalidité concernant l'ensemble de ses infirmités.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 mars 2021 et le 5 octobre 2021, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Frelaut,

- et les conclusions de M. Jégard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, engagé dans l'armée de terre au grade de soldat le 5 septembre 2006 et rayé des contrôles le 5 septembre 2011, a, par un courrier enregistré le 4 octobre 2016 par l'administration, sollicité le versement d'une pension militaire d'invalidité, au titre des infirmités résultant de ses céphalées temporo-pariétales gauches intermittentes, de ses gonalgies gauche et droite, de ses séquelles traumatiques de l'épaule droite, de ses lombalgies, de son hypoacousie et de ses acouphènes à l'oreille gauche. Par une décision du 19 décembre 2018, la ministre des armées a rejeté sa demande, aux motifs que le taux d'invalidité était inférieur au minimum indemnisable de 30% concernant les céphalées, qu'il était inférieur à 10% concernant les gonalgies, les séquelles traumatiques de l'épaule droite et les lombalgies, enfin, que l'hypoacousie et les acouphènes à l'oreille gauche n'entraînaient aucune gêne fonctionnelle. M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L 121-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Ouvrent droit à pension : / 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service ; / 2° Les infirmités résultant de maladies contractées par le fait ou à l'occasion du service ; () ". Aux termes de l'article L. 121-4 de ce code : Les pensions sont établies d'après le taux d'invalidité résultant de l'application des guides barèmes mentionnés à l'article L. 125-3. () ".

3. Aux termes de l'article L. 121-5 de ce code : " La pension est concédée : / 1° Au titre des infirmités résultant de blessures, si le taux d'invalidité qu'elles entraînent atteint ou dépasse 10 % ; / 2° Au titre d'infirmités résultant de maladies associées à des infirmités résultant de blessures, si le taux global d'invalidité atteint ou dépasse 30 % ; / 3° Au titre d'infirmités résultant exclusivement de maladie, si le taux d'invalidité qu'elles entraînent atteint ou dépasse : / a) 30 % en cas d'infirmité unique ; / b) 40 % en cas d'infirmités multiples. ".

4. Aux termes de l'article L. 151-2 du même code : " La pension militaire d'invalidité prévue par le présent code est attribuée sur demande de l'intéressé. L'entrée en jouissance est fixée à la date du dépôt de la demande. () ". Il résulte de ces dispositions que c'est à cette date qu'il faut se placer pour évaluer le taux des infirmités à raison desquelles la pension est demandée.

S'agissant des céphalées temporo-pariétales gauches intermittentes :

5. Il résulte du rapport de l'oto-rhino-laryngologue expert qui a examiné M. A à la demande de l'administration, daté du 30 avril 2018, que ce dernier souffre de céphalées temporo-pariétales " survenant de manière intermittente, de durée variable, soulagées par les antalgiques classiques ", au titre desquelles l'administration a retenu un taux d'invalidité de 10%. Aucun élément du dossier ne permet de remettre en cause cette évaluation, le requérant n'apportant d'ailleurs à ce titre aucune précision utile. Il n'est donc pas fondé à soutenir que l'administration aurait insuffisamment évalué son taux d'invalidité.

S'agissant des gonalgies, les séquelles traumatiques de l'épaule droite et les lombalgies :

6. Il résulte de l'instruction que le 23 janvier 2007, suite à une marche programmée, M. A a subi une tendinite au genou gauche. Le requérant soutient également s'être blessé au dos et à l'épaule en septembre 2009. Le médecin généraliste expert a toutefois estimé, dans son rapport du 23 mai 2018, que l'examen des genoux était normal, et que, concernant les lombaires, le requérant souffrait d'une douleur diffuse à la palpation mais qu'il n'y avait ni sciatalgie, ni déficit. S'il a également considéré que l'intéressé présentait une tendinopathie du supra-épineux, le médecin chargé des pensions militaires d'invalidité à la sous-direction des pensions du ministère des armées a estimé que les séquelles fonctionnelles se limitaient à des douleurs, en l'absence de raideur. Aucun élément du dossier ne permet de remettre en cause ces avis médicaux. Par ailleurs, si le courrier du 7 mars 2018, par lequel le médecin chargé des pensions militaires d'invalidité a sollicité une expertise auprès d'un confrère concernant les gonalgies, les lombalgies et les séquelles traumatiques de l'épaule droite de l'intéressé, a indiqué que " les lombalgies s'associent à un syndrome dépressif ", cette remarque, contrairement à ce que fait valoir M. A, ne remet pas en cause la neutralité de l'expert qui l'a ensuite examiné. Dans ces circonstances, l'administration n'a pas sous-évalué les taux d'invalidité résultant des gonalgies, des séquelles traumatiques de l'épaule droite et des lombalgies de M. A en considérant qu'ils étaient inférieurs à 10%.

S'agissant de l'hypoacousie et les acouphènes à l'oreille gauche :

7. Le tableau d'évaluation des diminutions d'acuité auditive, présent au guide barème des pensions militaires d'invalidité, prévoit qu'une perte auditive moyenne inférieure à 30 décibels correspond à un taux d'invalidité nul.

8. Il résulte de l'instruction que M. A a été victime, le 26 juillet 2007, d'un traumatisme sonore à l'oreille gauche au cours d'un exercice de tir, qui a occasionné une surdité de 60 décibels sur les fréquences de 4000 et 8000 hertz, ainsi qu'un acouphène. Le médecin de l'hôpital de Brive-la-Gaillarde consulté par le requérant indiquait toutefois, dans son rapport du 5 septembre 2007, que ce dernier avait, à cette date, quasiment tout récupéré de son audition, à l'exception d'une perte auditive de 30 décibels sur la fréquence de 8000 hertz, et que son acouphène avait quasiment disparu. Dans son rapport établi à la date du 30 avril 2018, l'oto-rhino laryngologue expert sollicité par l'administration pour examiner M. A a conclu à une perte auditive moyenne de 12,5 décibels concernant l'oreille droite et de 12,5 décibels concernant l'oreille gauche. Il indique également que l'acouphène dont se plaignait le requérant apparait " ressenti uniquement en ambiance silencieuse, alors que l'examen audiométrique retrouve une récupération complète du scotome sur les fréquences aigües du côté gauche ", et propose, tant au titre de l'hypoacousie de l'oreille droite que des acouphènes, un taux d'invalidité nul. Aucun élément du dossier ne permet de remettre en cause cette évaluation, conforme au guide-barème précité. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'administration a insuffisamment évalué ses infirmités résultant de ses troubles auditifs.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, sans qu'il soit utile d'ordonner une expertise.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance la somme que demande le requérant au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Salquain et à la ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.

La rapporteure,

L. FRELAUT

Le président,

S. DEGOMMIERLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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