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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1913015

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1913015

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1913015
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation12eme chambre
Avocat requérantDOUVISI-MORRIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 novembre 2019, Mme B A, représentée par Me Douvisi-Morris, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune d'Orvault à lui verser une somme de 3 016,85 euros en réparation des préjudices résultant des illégalités fautives commises par la commune, avec intérêts au taux légal à compter du 5 septembre 2018 et capitalisation de ces intérêts ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Orvault le versement d'une somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision de la commune d'Orvault de lui retirer la décision créatrice de droits consistant à lui verser sa rémunération durant son congé parental est illégale en ce qu'elle est intervenue au-delà du délai de 4 mois ;

- cette décision a entraîné un préjudice financier de 2 516,85 euros et un préjudice moral et d'anxiété de 500 euros ;

- à titre subsidiaire, la commune d'Orvault a commis des négligences et carences fautives en lui versant indûment un traitement alors qu'elle se trouvait en congé parental ;

- cette faute, compte tenu de sa difficile situation financière, a entraîné un préjudice financier de 2 516,85 euros et un préjudice moral et d'anxiété de 500 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 janvier 2020, la commune d'Orvault conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une décision du 16 octobre 2019, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par une lettre du 24 novembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que l'irrecevabilité des conclusions présentées en raison de l'expiration du délai de recours en annulation contre une décision expresse dont l'objet est purement pécuniaire, fait obstacle à ce que soient présentées des conclusions indemnitaires ayant la même portée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin, première conseillère ;

- les conclusions de Mme Malingue, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée par la commune d'Orvault en qualité d'adjoint d'animation du 6 janvier au 28 février 2014, puis du 17 mars au 4 juillet 2014 et enfin du 1er septembre 2014 au 3 juillet 2015. Par un courrier du 22 janvier 2015, la commune a accusé réception du courrier par lequel Mme A l'informait de ce qu'elle bénéficierait d'un congé parental à compter du 16 février 2015. Le 3 septembre 2015, le maire d'Orvault a émis un titre exécutoire à l'encontre de Mme A portant sur la récupération du versement indu de la rémunération de l'intéressée durant la période de congé parental. Par un courrier réceptionné le 7 septembre 2018, Mme A a demandé à la commune d'Orvault de l'indemniser des préjudices résultant des fautes commises dans la gestion de sa rémunération durant son congé parental. Par un courrier du 1er octobre 2018, le maire d'Orvault a refusé de faire droit à la demande de Mme A.

Sur la responsabilité de la commune d'Orvault et les préjudices :

2. Contrairement à ce que soutient la requérante, le versement de sa rémunération alors qu'elle se trouvait en congé parental et ne pouvait prétendre à pareil versement ne constitue pas une décision créatrice de droits ne pouvant plus être rapportée après l'expiration d'un délai de quatre mois mais une simple erreur de liquidation. En tout état de cause, il résulte de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000, dans sa rédaction issue de l'article 94 de la loi n° 2011-1978 du 28 décembre 2011 portant loi de finances rectificative pour 2011, " qu'une somme indûment versée par une personne publique à l'un de ses agents au titre de sa rémunération peut, en principe, être répétée dans un délai de deux ans à compter du premier jour du mois suivant celui de sa date de mise en paiement sans que puisse y faire obstacle la circonstance que la décision créatrice de droits qui en constitue le fondement ne peut plus être retirée. ". Par conséquent, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la responsabilité de la commune d'Orvault serait engagée à raison de l'illégalité fautive de la décision de récupérer la somme qui lui a indument été versée au titre de sa rémunération.

3. En revanche, il résulte toutefois de l'instruction que la perception, indue, par Mme A de sa rémunération jusqu'au terme de son contrat de travail à durée déterminée, alors qu'elle avait informé la commune d'Orvault de son placement en congé parental à compter du mois de février 2015, n'a été rendue possible que par une faute de service de nature à engager la responsabilité de la commune à l'encontre de la requérante.

4. Compte tenu de la durée de ce versement indu, de la diligence avec laquelle la commune d'Orvault a émis un titre de perception aux fins de récupération de la somme indument versée, de l'absence de responsabilité de Mme A dans l'erreur commise par l'administration et de ce que les difficultés de la requérante à remplir l'obligation où elle se trouve de reverser les sommes perçues ne sont pas contestées, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par Mme A en condamnant la commune d'Orvault à lui verser une indemnité de 800 euros.

5. Si la requérante se prévaut également d'un préjudice moral et d'anxiété, celui-ci n'est aucunement établi et ne saurait, dès lors, donner lieu à indemnisation.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner la commune d'Orvault à verser à Mme A la somme totale de 800 euros. Cette somme portera intérêts à compter du 6 septembre 2018, date de réception de la demande indemnitaire préalable de Mme A par la commune d'Orvault.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Douvisi-Morris renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de celui-ci, au bénéfice du conseil du requérant, la somme de 1 200 euros au titre des frais non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La commune d'Orvault est condamnée à verser à Mme A la somme de 800 euros augmentée des intérêts à compter du 6 septembre 2018.

Article 2 : La commune d'Orvault versera à Me Douvisi-Morris la somme de 1 200 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que l'intéressé renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Douvisi-Morris et à la commune d'Orvault.

Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

La rapporteure,

C. MILIN

La présidente,

V. GOURMELON

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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