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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1913759

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1913759

vendredi 28 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1913759
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDE LARMINAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 décembre 2019, M. D A et Mme B C épouse A, représentés par Me de Larminat, demandent au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à leur charge au titre des années 2015, 2016 et 2017, ainsi que des majorations correspondantes.

Ils soutiennent que :

- l'administration fiscale n'a pas accordé suffisamment de temps à M. A pour produire les bilans de la société Monkey Pneus ;

- le montant des charges retenu par l'administration dans le cadre de la reconstitution du résultat de cette société est " inconcevable " au regard de son activité d'achat-revente de pneus ;

- ils contestent avoir perçu les montants en cause ;

- au titre de l'année 2015, ils ne détenaient que 50 % du capital de la société, de sorte que seul 50 % de son résultat peut être regardé comme leur ayant été distribué ;

- l'application de la majoration de 40 % pour manquement délibéré n'est pas fondée.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 juin 2020, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- et les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est président et gérant de la société Monkey Pneus, dont le siège social est situé à Héric (Loire-Atlantique) et qui exerce une activité de vente de pneus. La société Monkey Pneus a fait l'objet d'une vérification de comptabilité en matière d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017 et de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, qui a conduit le service vérificateur à identifier l'existence de bénéfices distribués par cette dernière, et réputés appréhendés par M. A en application des dispositions du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. Par une proposition de rectification du 30 septembre 2018, l'administration fiscale a, en conséquence, notifié à M. A et son épouse, Mme C épouse A, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2015, 2016 et 2017. Par leur requête, M. A et Mme C épouse A demandent la décharge de ces impositions supplémentaires, ainsi que des majorations correspondantes.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

2. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés () ".

3. Est qualifiée de maître de l'affaire une personne qui exerce la responsabilité effective de l'ensemble de la gestion administrative, commerciale et financière de la société et dispose sans contrôle de ses fonds. Si l'administration fiscale entend imposer des revenus réputés distribués sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts au nom du maître de l'affaire, elle doit justifier de cette qualification, laquelle nécessite une analyse des circonstances propres à l'affaire et notamment du fonctionnement spécifique de l'entreprise. Le contribuable peut établir que les éléments apportés par l'administration sont insuffisants pour justifier de cette qualification. S'il est reconnu seul maître de l'affaire, il est alors réputé avoir appréhendé la totalité des revenus distribués par la société.

4. D'une part, l'administration fiscale a constaté, au cours de la vérification de comptabilité dont la société Monkey Pneus a fait l'objet, que celle-ci ne justifiait pas de la tenue d'une comptabilité au titre des exercices 2015, 2016 et 2017, et a, par suite, procédé à la reconstitution de son résultat au titre de cette période, en déterminant le montant des recettes perçues et des charges supportées à partir des opérations en crédit et en débit identifiées sur ses comptes bancaires. Elle a en outre tenu compte, au titre de l'exercice clos en 2015, d'un taux forfaitaire de 15 % correspondant aux frais de déplacement et aux autres charges d'exploitation, et, au titre des exercices clos en 2016 et 2017, d'un taux forfaitaire de 35 %, correspondant aux frais de déplacement ainsi qu'aux achats de marchandises n'ayant pu être identifiés à partir des opérations bancaires de la société. En se bornant à soutenir que l'administration fiscale n'a pas accordé à M. A suffisamment de temps pour produire ses bilans et que le montant des charges qu'elle a pris en compte est " inconcevable " dans le cadre de l'activité de vente de pneus exercée par la société Monkey Pneus, les requérants n'établissent pas que la procédure d'imposition dont ils ont fait l'objet serait entachée d'irrégularité, et ne contestent pas sérieusement la méthode de reconstitution du résultat de la société ainsi mise en œuvre, ni, par suite, le montant des impositions litigieuses mises à leur charge.

5. D'autre part, l'administration fiscale a regardé M. A comme le seul maître de l'affaire au titre de la période considérée, dans la mesure où, gérant et président de la société, il détenait l'intégralité du capital social de la société Monkey Pneus depuis le rachat, le 12 novembre 2015, des parts jusqu'alors détenues par son épouse, à hauteur de 5 % du capital, et par un tiers, à hauteur de 45 % du capital. Si les requérants soutiennent qu'ils ne détenaient, au cours de l'année 2015, que 50 % du capital de la société Monkey Pneus, cette circonstance ne permet pas d'établir que M. A, dont il n'est au demeurant pas contesté qu'il exerçait les fonctions de gérant de cette société dès la période antérieure au 12 novembre 2015, n'aurait pas eu la qualité de maître de l'affaire au titre de cette année, l'acquisition de l'intégralité des parts sociales étant intervenue avant la clôture de l'exercice le 31 décembre 2015, date à laquelle les bénéfices de la société doivent être regardés comme ayant été distribués. M. A et Mme C épouse A ne sont pas davantage fondés à soutenir que seuls 50 % des bénéfices de l'exercice 2015 devraient, pour ce motif, être regardés comme ayant été appréhendés par M. A. Dans ces conditions, l'administration fiscale a pu, à bon droit, regarder M. A comme le bénéficiaire des revenus distribués par la société Monkey Pneus, et réintégrer lesdits revenus dans le revenu imposable des intéressés au titre des années en litige, la circonstance qu'ils n'auraient pas effectivement perçu les sommes correspondantes étant sans incidence à cet égard.

En ce qui concerne la majoration pour manquement délibéré :

6. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

7. Pour estimer que les manquements commis par M. A et Mme C épouse A présentaient un caractère délibéré, l'administration fiscale s'est fondée sur la circonstance que M. A, gérant et unique associé de la société Monkey Pneus, n'a déclaré aucun revenu tiré de l'exercice de son activité au cours des années 2015, 2016 et 2017, les requérants n'apportant aucun élément de nature à expliquer ces absences de déclaration. L'administration fiscale doit dès lors être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, du caractère délibéré des manquements commis par M. A et Mme C épouse A. C'est par suite à bon droit qu'elle a mis à leur charge la majoration de 40 % prévue par le a) de l'article 1729 du code général des impôts.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A et Mme C épouse A ne sont pas fondés à demander la décharge des impositions litigieuses ainsi que des majorations correspondantes.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A et Mme C épouse A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Mme B C épouse A et à la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 7 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

M. Huin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 28 octobre 2022.

La rapporteure,

V. E

Le président,

Y. LIVENAIS

La greffière,

C. MICHAULT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

5

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