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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1913818

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1913818

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1913818
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL LEVEQUE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée sous le n° 1913818 le 16 décembre 2019, la SAS LOGISTIQUE FRANCE, représentée par Me Baillet, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires de cotisation foncière des entreprises (CFE) auxquels elle a été assujettie dans les rôles de la commune de Sainte-Luce-sur-Loire (Loire-Atlantique) au titre des années 2013, 2014 et 2015 à raison d'un établissement dont elle est exploitante ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

II. Par une requête enregistrée sous le n° 2002548 le 3 mars 2020, la SAS LOGISTIQUE FRANCE, représentée par Me Baillet, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations de CFE auxquelles elle a été assujettie dans les rôles de la commune de Sainte-Luce-sur-Loire (Loire-Atlantique) au titre des années 2016 et 2017 à raison d'un établissement dont elle est exploitante ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- c'est à tort que l'administration a qualifié l'établissement qu'elle exploite à Sainte-Luce-sur-Loire d'industriel au sens des dispositions de l'article 1499 du code général des impôts, l'activité de stockage et de prestations logistiques qu'elle y exerce n'étant pas industrielle par nature ;

- les deux critères cumulatifs pour l'appréciation de cette qualité ne sont pas réunis : les moyens techniques ne sont ni importants ni prépondérants dès lors que son activité est caractérisée par de multiples phases manuelles lors de la préparation des commandes, que l'établissement a un effectif en temps plein de 128,4 salariés en 2015, que les chariots rétractables sont utilisés moins de deux heures par jour et que les frais de personnel représentent plus de 60 % du total des frais liés aux trois composantes hommes / immeubles / matériels.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 mai 2020 dans l'instance n° 1913818 et 23 juin 2020 dans l'instance n° 2002548, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction des vérifications nationales et internationales et la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique concluent au rejet des requêtes.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la SAS LOGISTIQUE FRANCE ne sont pas fondés.

Vu les pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de M. Kaczynski, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS LOGISTIQUE FRANCE exploite à Sainte-Luce-sur-Loire un établissement, dont la SA DECATHLON est propriétaire, dans lequel elle exerce une activité de stockage, préparation et distribution de produits commercialisés. A l'issue d'une vérification de comptabilité portant sur les années 2013 à 2015, l'administration fiscale a remis en cause l'application de la méthode prévue à l'article 1498 du code général des impôts pour l'évaluation de la valeur locative de cet établissement. Par deux requêtes n°s 1913818 et 2002548 qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un même jugement, la SAS LOGISTIQUE FRANCE demande au tribunal la décharge des impositions supplémentaires à la cotisation foncière des entreprises qui lui ont en conséquence été réclamées au titre des années 2013, 2014, 2015, 2016 et 2017.

2. Aux termes de l'article 1467 du code général des impôts : " La cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France () dont le redevable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle () ". Aux termes de l'article 1494 du code général des impôts : " La valeur locative des biens passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties () est déterminée, conformément aux règles définies par les articles 1495 à 1508, pour chaque propriété ou fraction de propriété normalement destinée à une utilisation distincte ". Et aux termes de l'article 1499 du même code : " La valeur locative des immobilisations industrielles passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties est déterminée en appliquant au prix de revient de leurs différents éléments, revalorisé à l'aide des coefficients qui avaient été prévus pour la révision des bilans, des taux d'intérêt fixés par décret en Conseil d'Etat () ". Revêtent un caractère industriel, au sens de ces dispositions, les établissements dont l'activité nécessite d'importants moyens techniques, non seulement lorsque cette activité consiste dans la fabrication ou la transformation de biens corporels mobiliers, mais aussi lorsque le rôle des installations techniques, matériels et outillages mis en œuvre est prépondérant.

3. La SAS LOGISTIQUE FRANCE exploite à Sainte-Luce-sur-Loire une plate-forme logistique, constituant l'un des centres d'approvisionnement régionaux (CAR), dans lequel elle réceptionne et entrepose les marchandises qu'elle reçoit sur palettes par voie routière en provenance des centres d'approvisionnement continentaux (CAC), puis reconditionne les marchandises lors de la préparation des commandes adressées quotidiennement par les magasins Décathlon relevant de son ressort géographique.

4. Il résulte de l'instruction que le CAR de Sainte-Luce-sur-Loire, d'une superficie de 28 759 m², dispose d'une capacité de stockage de 316 349 m3, de vingt-six quais de chargement et déchargement, dont vingt-deux utilisés par l'exploitante, de vingt-six engins de manutention électrique, d'une trieuse, d'un palettiseur et d'un convoyeur ainsi qu'un système informatique indiquant les articles à prélever, les géolocalisant et guidant le magasinier pour lui faire emprunter le parcours le plus rapide. Ce centre approvisionne quotidiennement trente-deux magasins de la marque Décathlon et a traité au cours de l'année 2015, plus de 28 millions d'articles représentant plus de 21 000 références. Ainsi, les moyens humains dont la SAS LOGISTIQUE FRANCE dispose, qui correspondent à un effectif de 128,4 salariés équivalents temps plein (ETP) en 2015 ne permettent pas, sans le recours à d'importants moyens techniques, de gérer dans des délais contraints de tels volumes compte tenu de son organisation logistique, laquelle suppose une réception, une organisation, un stockage et un repositionnement de gros volumes avant que le personnel procède au prélèvement manuel des articles à l'unité destinés à être envoyés aux magasins de la marque. Il est en outre constant que le stockage des marchandises se fait sur des racks d'une hauteur de plus de neuf mètres dont la première rangée est située à 2,40 mètres de hauteur, contraignant les employés à utiliser des engins motorisés pour les déplacer. Dans ces conditions, les moyens techniques décrits ci-dessus doivent être regardés comme ayant un rôle prépondérant dans l'activité exercée par la SAS LOGISTIQUE FRANCE dans l'entrepôt litigieux, alors même que, comme elle le fait valoir, elle aurait recours à une main d'œuvre importante et que l'utilisation quotidienne des chariots rétractables serait limitée.

5. Il s'ensuit que de ce qui précède que la SAS LOGISTIQUE FRANCE n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration fiscale a estimé que l'établissement litigieux revêt un caractère industriel et a retenu la méthode prévue à l'article 1499 du code général des impôts pour la détermination de sa valeur locative.

6. Il résulte de ce qui précède que les requêtes de la SAS LOGISTIQUE FRANCE doivent être rejetées, en toutes leurs conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de la SAS LOGISTIQUE FRANCE sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS LOGISTIQUE France, au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et à la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 10 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mlle Wunderlich, présidente,

Mme Diniz, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Lu en audience publique le 8 juillet 2022.

La rapporteure,

I. ALa présidente,

A.-C. WUNDERLICHLa greffière,

C. MICHAULT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°s 1913818

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