mardi 4 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1914404 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP RICHARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 31 décembre 2019, le 12 février 2020 et le 12 avril 2023, M. B A, représenté par Me Richard, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 353 815,77 euros, sauf à parfaire, au regard notamment d'une éventuelle modification à intervenir du taux de rachat des cotisations sociales, assortie des intérêts au taux légal à compter du 26 février 2013, date de réception de sa demande d'indemnisation par l'administration ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- en s'abstenant de l'affilier au régime général de la sécurité sociale et au régime complémentaire de l'IRCANTEC, l'Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- il a subi un préjudice financier dont le montant correspond au remboursement des cotisations patronales et salariales qu'il aura à acquitter en lieu et place de l'Etat pour la période comprise entre le 1er janvier 1965 et le 31 décembre 1989, ainsi qu'au versement des pensions de retraite au titre de la période comprise entre la date de son admission à la retraite salariée (2010) et la date du versement par l'Etat de la somme précédente ;
- il est fondé, au titre de la réparation de son préjudice, à voir prendre en considération l'assiette forfaitaire visée à l'article R. 351-11 du code de la sécurité sociale, s'agissant des années pour lesquelles il n'a pas été en mesure de retrouver un justificatif des salaires versés et pour lesquelles l'Etat s'est abstenu de produire les documents qu'il détient nécessairement en sa qualité d'employeur ;
- le préjudice qu'il a subi s'élève ainsi à la somme de 353 815,77 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2021, le ministre de l'agriculture et de l'alimentation conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la créance dont se prévaut M. A est prescrite ;
- l'indemnité à laquelle il peut prétendre en raison du défaut d'affiliation au régime général ne saurait excéder 182 538,40 euros.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 89-412 du 22 juin 1989 ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Frelaut,
- et les conclusions de M. Jégard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, vétérinaire libéral, a fait valoir ses droits à la retraite auprès de la caisse autonome de retraites et de prévoyances des vétérinaires à compter du 1er mai 1998. Il a été, du 13 janvier 1965 au 31 décembre 1989, titulaire d'un mandat sanitaire qui l'a conduit à remplir des missions de service public sous l'autorité de l'Etat, au sens de l'article L. 211-11 du code rural et de la pêche maritime. Au titre de ses missions, il a perçu de l'Etat des rémunérations qui n'ont pas donné lieu à cotisations aux régimes de retraites gérés par la CARSAT et l'IRCANTEC, et qui n'ont pas été prises en compte dans le calcul de ses droits à la retraite. Par un courrier du 25 février 2013, M. A a saisi l'administration d'une demande d'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis. Par une lettre du 16 juillet 2013, le ministre en charge de l'agriculture a communiqué au requérant une proposition d'assiette des cotisations concernées, à laquelle ce dernier a donné son accord. N'ayant perçu aucune indemnité, M. A demander au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme de 353 815,77 euros à titre de dommages et intérêts.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la prescription de la créance :
2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. () ". Son article 3 dispose : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement.".
3. Une créance telle que celle dont se prévaut M. A ne se rattache pas à chaque année au titre de laquelle les cotisations de sécurité sociale sont dues, non plus qu'à chaque année au cours de laquelle les pensions correspondantes auraient dû être versées, mais à l'année au cours de laquelle le préjudice est connu dans toute son étendue, c'est-à-dire celle au cours de laquelle l'intéressé cesse son activité et fait valoir ses droits à la retraite. Pour le bénéficiaire de plusieurs pensions de retraite, l'année prise en compte pour déterminer le point de départ du délai de la prescription est celle où l'intéressé a fait valoir ses droits à la retraite au titre de l'activité à laquelle sa créance de droits à pension se rattache, soit, en l'espèce, s'agissant de l'activité de mandat sanitaire des vétérinaires au service de l'Etat, au titre du régime général d'assurance vieillesse des salariés.
4. Il résulte de l'instruction que M. A a fait valoir ses droits à la retraite au titre de son activité libérale, auprès de la caisse autonome de retraites et de prévoyance des vétérinaires, à compter du 1er mai 1998, ainsi que l'indique le ministre en défense. Toutefois, il résulte également de l'instruction que le requérant a poursuivi une activité salariée auprès de la fédération nationale des courses françaises, au titre de laquelle il a fait valoir ses droits à la retraite auprès du régime général d'assurance vieillesse à compter du 1er janvier 2010. M. A doit ainsi être regardé comme ayant eu connaissance de l'étendue de son préjudice à compter de cette date, de sorte que le délai de prescription a couru à compter du 1er janvier 2011 et n'était pas expiré lorsque l'intéressé a saisi l'administration d'une réclamation préalable indemnitaire par lettre du 25 février 2013, pour obtenir le paiement d'une somme en réparation du préjudice qu'il estimait avoir subi du fait du défaut de versement par l'Etat de ces cotisations. Par suite, le ministre de l'agriculture et de l'alimentation n'est pas fondé à soutenir que la créance de M. A est prescrite.
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
5. Il n'est pas contesté que M. A, par l'effet du mandat sanitaire qui lui avait été confié, avait la qualité d'agent non titulaire de l'État relevant du régime général de la sécurité sociale en application de l'article L. 311-2 du code de la sécurité sociale ainsi que du régime de retraite complémentaire des agents publics non titulaires de l'État jusqu'au 1er janvier 1990, date d'entrée en vigueur de la loi du 22 juin 1989 qui assimile les rémunérations perçues au titre des actes accomplis dans le cadre du mandat sanitaire à des revenus tirés de l'exercice d'une profession libérale. Par suite, en omettant de faire procéder à son immatriculation au régime général de sécurité sociale et au régime de retraite complémentaire des assurances sociales en faveur des agents non titulaires de l'État et des collectivités territoriales, l'État a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne le préjudice :
6. Le préjudice ouvrant droit à réparation au profit de M. A et dont il sollicite l'indemnisation correspond, d'une part, à son droit au remboursement du montant des cotisations patronales et salariales qu'il aura, en vertu de l'article R. 351-11 du code de la sécurité sociale, à acquitter en lieu et place de l'État, son employeur, pour la période durant laquelle il a exercé des activités au titre de ses mandats sanitaires, tant auprès de la CARSAT que de l'IRCANTEC, afin de percevoir une pension de retraite complète, et d'autre part, à la différence entre le montant des pensions qu'il a perçues, minorées faute de versement de ces cotisations, pour la période allant de la date de son départ à la retraite à celle du versement par l'Etat des mêmes cotisations, et le montant des pensions qu'il aurait dû percevoir si ces cotisations avaient été acquittées en temps utile.
7. D'une part, le montant des rémunérations perçues par les vétérinaires libéraux au titre d'un mandat sanitaire ne saurait se déduire de la seule existence de ce mandat, détenu par la quasi-totalité des vétérinaires à raison d'une activité qui ne revêtirait au demeurant qu'un caractère accessoire et complémentaire, en sus de leur activité libérale.
8. M. A n'apporte pas d'éléments de nature à justifier de la réalité de l'exercice de son mandat sanitaire et des revenus qu'il en aurait tirés, au cours de la période comprise entre 1965 et 1973. En outre, s'il appartient à l'administration en tant qu'employeur de produire les documents qu'elle détient concernant ses agents, il incombe toutefois au requérant d'établir le caractère certain de sa créance dans le cadre de la présente instance engagée par ce dernier. M. A ne peut, en conséquence, réclamer pour la période comprise entre 1965 et 1973 le bénéfice d'une indemnisation ni au titre des revenus dont il se prévaut sans toutefois, ainsi qu'il a été dit, les établir, ni au titre de l'assiette forfaitaire prévue par le code de la sécurité sociale, laquelle au demeurant n'a pas été retenue par la circulaire du 24 avril 2012 organisant la procédure amiable de traitement des demandes d'indemnisation des vétérinaires sanitaires. A défaut d'apporter tout commencement de preuve de ce qu'il a effectivement exercé une activité dans le cadre de son mandat sanitaire, il ne peut davantage se prévaloir utilement de l'instruction ministérielle du 9 avril 2013, laquelle renvoie à une circulaire CNAV du 29 octobre 2009, ni de la circulaire ministérielle du 6 mars 2013 faisant référence au mécanisme de l'évaluation forfaitaire.
9. D'autre part, il est constant que M. A a effectivement exercé des activités liées à son mandat sanitaire à compter de 1974. Il résulte de l'instruction, en particulier des documents établis par les organismes de retraite des régimes général et complémentaire, produits par le ministre et qui seuls peuvent servir de base de calcul à l'indemnité due à M. A, que s'agissant des arriérés de cotisations pour le régime général, le montant des cotisations dues à la CARSAT entre 1974 et 1989 s'élève à 100 255,57 euros. En outre, le différentiel des pensions nettes échues entre la date de liquidation de la retraite de M. A, soit le 1er janvier 2010, et la date du présent jugement s'élève à 99 384,36 euros (soit 609,72 euros par mois sur 163 mois). Par ailleurs, s'agissant des arriérés de cotisations et du différentiel de pension du régime complémentaire, M. A n'a pas, en dépit de la mesure d'instruction qui lui a été adressée en ce sens, produit d'élément qui auraient permis d'apprécier le montant du préjudice subi à ce titre.
10. Il résulte de ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser au requérant une somme globale de 199 609,93 euros.
Sur les intérêts :
11. L'indemnité de 100 255,57 euros relative aux arriérés de cotisations portera intérêts au taux légal à compter du 26 février 2013, date de réception de la demande indemnitaire de M. A par l'administration. En outre, M. A a droit, à compter du 26 février 2013, aux intérêts calculés sur les sommes dues au titre du différentiel des pensions échues avant cette date et, pour la période postérieure à cette date, à ceux qui courent à compter de la date d'échéance de chaque pension de retraite.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en vertu de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A une somme de 199 609,93 euros.
Article 2 : L'indemnité de 100 255,57 euros relative aux arriérés de cotisations portera intérêts au taux légal à compter du 26 février 2013. L'indemnité de 99 384,36 euros due au titre du différentiel des pensions de retraite portera intérêts, à compter du 26 février 2013, sur la somme due pour la période du 1er janvier 2010 au 26 février 2013, puis à chaque échéance de ces pensions à compter de cette dernière date.
Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Degommier, président,
Mme Frelaut, première conseillère,
Mme Martel, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.
La rapporteure,
L. FRELAUT
Le président,
S. DEGOMMIERLa greffière,
F. ARLAIS
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026