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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2000056

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2000056

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2000056
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDENIS - MESCHIN - LE TAILLANTER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 janvier 2020, l'EARL Château du Grand Bois, représentée par Me Meschin, demande au Tribunal :

1°) de condamner l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer (FranceAgriMer) à lui verser la somme totale de 25 129,29 euros, assortie des intérêts aux taux légaux à compter du 7 juillet 2013 et de leur capitalisation ;

2°) de mettre à la charge de FranceAgriMer la somme de 5 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'illégalité de la décision de rejet de versement de l'aide à la restructuration et à la reconversion du vignoble par l'établissement FranceAgriMer, laquelle décision a fait l'objet d'une annulation par une décision du Conseil d'Etat, est constitutive d'une faute susceptible d'engager la responsabilité de cet établissement ;

- elle est, en conséquence, fondée à solliciter la condamnation de FranceAgriMer à lui verser la somme de 21 733,44 euros correspondant au montant de la subvention refusée illégalement ;

- elle est également fondée à solliciter la condamnation de FranceAgriMer à lui verser la somme correspondant à la subvention pour le palissage des parcelles d'un montant de 3 395,85 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2022, FranceAgriMer conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête et à titre subsidiaire à son rejet.

Il fait valoir que :

- l'expiration du délai permettant d'introduire un recours en annulation contre une décision expresse dont l'objet est purement pécuniaire fait obstacle à ce que soient présentées des conclusions indemnitaires ayant la même portée ;

- les moyens invoqués par la société requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 8 février 2023, la clôture d'instruction a été prononcée au 22 février 2023.

Vu :

- le jugement n° 1004185 du 7 mai 2013 du Tribunal ;

- l'arrêt n° 13NT01973 du 5 février 2015 de la cour administrative d'appel de Nantes ;

- la décision n°389254 du 14 novembre 2018 du Conseil d'Etat ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 479/2008 du Conseil du 29 avril 2008 portant organisation commune du marché vitivinicole, en ce qui concerne les programmes d'aide, les échanges avec les pays tiers, le potentiel de production et les contrôles dans le secteur vitivinicole ;

- le règlement (CE) n° 555/2008 de la commission du 27 juin 2008 modifié fixant les modalités d'application du règlement (CE) n° 479/2008 du Conseil portant organisation commune du marché vitivinicole, en ce qui concerne les programmes d'aide, les échanges avec les pays tiers, le potentiel de production et les contrôles dans le secteur vitivinicole ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- l'ordonnance n° 2009-325 du 25 mars 2009 relative à la création de l'Agence de services et de paiement et de l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer ;

- le décret n° 2009-153 du 11 février 2009 modifié relatif à la prime à l'arrachage de vignes ;

- le décret n° 2009-178 du 16 février 2009 définissant, conformément au règlement (CE) n° 555/2008, les modalités de mise en œuvre des mesures retenues au titre du plan national d'aide au secteur vitivinicole financé par les enveloppes nationales définies par le règlement ((CE) n° 479/2008 du Conseil du 29 avril 2008 ;

- le décret n° 2009-340 du 27 mars 2009 relatif à l'Agence de services et de paiement, à l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer et à l'Office de développement de l'économie agricole d'outre-mer ;

- l'arrêté du 11 février 2009 relatif à l'octroi de la prime à l'arrachage de vignes pour la campagne 2008-2009 ;

- l'arrêté du 26 mai 2009 relatif aux conditions d'attribution de l'aide à la restructuration et à la reconversion du vignoble ;

- l'arrêté du 3 juin 2009 relatif aux modalités d'octroi de l'aide à la restructuration et à la reconversion du vignoble pour la campagne 2008-2009 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Gave, rapporteur public,

- et les observations de Me Sauldet, substituant Me Meschin représentant la société Château du Grand Bois.

Considérant ce qui suit :

1. L'EARL Château du Grand Bois, qui vient aux droits de la SCI du même nom, exerce une activité d'exploitant viticole notamment sur le territoire des communes de Faye-d'Anjou, Champ-du-Layon et Beaulieu-sur-Layon dans le département de Maine-et-Loire. La SCI Château du Grand Bois a présenté le 29 juillet 2009 une demande d'aide à la restructuration et à la reconversion du vignoble pour la campagne 2008/2009, consistant en une demande d'aide à la replantation à la suite d'un arrachage de vignes. Par une décision du 18 décembre 2009, le directeur général de FranceAgriMer a rejeté cette demande au motif qu'il avait été constaté, lors de contrôles effectués sur place les 27 août et 15 septembre 2009 par un agent de FranceAgriMer, que sur certaines parcelles, l'arrachage des vignes n'avait pas été effectué dans des conditions conformes à la réglementation en vigueur. Par un jugement du 7 mai 2013, le Tribunal a annulé cette décision du 18 décembre 2009. Par un arrêt du 5 février 2015, la cour administrative d'appel de Nantes, faisant droit à l'appel de FranceAgriMer, a annulé ce jugement et rejeté la demande de la société tendant à l'annulation de la décision de FranceAgriMer du 18 décembre 2009. Par une décision du 30 janvier 2017, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux sur le pourvoi en cassation introduit par la SCI Château du Grand Bois, a sursis à statuer jusqu'à ce que la Cour de justice de l'Union européenne se prononce sur la question préjudicielle posée en application de l'article 267 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne. Par son arrêt du 7 août 2018, Château du Grand Bois SCI (C-59/17), la Cour de justice de l'Union européenne a dit pour droit que les articles 76, 78 et 81 du règlement du 27 juin 2008 doivent être interprétés en ce sens qu'ils n'autorisent pas les agents qui procèdent à un contrôle sur place à pénétrer sur une exploitation agricole sans avoir obtenu l'accord de l'exploitant. Suite à l'interprétation ainsi donnée par la Cour de justice de l'Union européenne, le Conseil d'Etat a, par une décision n°389254 du 14 novembre 2018, d'une part, annulé l'arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes du 5 février 2015, au motif qu'en jugeant que la circonstance que l'agent de FranceAgriMer chargé du contrôle avait pénétré sur la propriété de la SCI Château du Grand Bois sans avoir obtenu l'autorisation d'une personne la représentant était sans incidence sur la légalité de la décision de rejet de sa demande d'aide à la restructuration du vignoble, la cour administrative d'appel de Nantes avait entaché son arrêt d'une erreur de droit, d'autre part, rejeté la requête en appel de FranceAgriMer. L'EARL Château du Grand Bois a alors sollicité FranceAgriMer, par courrier du 1er décembre 2018, afin que, d'une part, il statue à nouveau sur sa demande d'aide à la restructuration déposée le 29 juillet 2009 et, d'autre part, il l'indemnise de ses préjudices à hauteur de la somme de 35 629,29 euros. Par une décision du 24 septembre 2019, l'établissement a répondu à l'EARL qu'il n'était pas en mesure de lui verser l'aide sollicitée dans la mesure où aucun contrôle ne pouvait plus être utilement effectué sur ses parcelles, objets de la demande d'aide, avant et après arrachage, de sorte qu'il se trouvait dans l'impossibilité de se prononcer de nouveau sur la demande d'aide. Par la présente requête, l'EARL Château du Grand Bois ne conteste pas cette dernière décision mais demande au Tribunal la condamnation de cet établissement à lui verser la somme totale de 25 129,29 euros.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Le refus illégal opposé par FranceAgriMer, dans sa décision du 18 décembre 2009, à la demande d'aide financière de la SCI Château du Grand Bois constitue une faute de nature à engager la responsabilité de FranceAgriMer à l'égard de l'EARL Château du Grand Bois, pour autant qu'il en soit résulté pour celle-ci un préjudice direct et certain. Comme il a été exposé au point 1, le Conseil d'Etat, pour annuler la décision de FranceAgriMer du 18 décembre 2009, a considéré que le fait pour un agent de FranceAgriMer d'avoir, afin de contrôler l'arrachage de vignes sur les parcelles de la SCI Château du Grand Bois, pénétré sur ces parcelles sans y avoir été autorisé avait privé la SCI d'une garantie.

3. Lorsqu'une personne sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité d'une décision administrative entachée d'un vice de procédure, il appartient au juge de plein contentieux, saisi de moyens en ce sens, de rechercher, en forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, si, compte tenu de la nature et de la gravité de cette irrégularité procédurale, la même décision aurait pu être légalement prise dans le cadre d'une procédure régulière.

4. D'une part, les dispositions du règlement (CE) n° 479/2008 du Conseil du 29 avril 2008 portant organisation commune du marché vitivinicole prévoient : " Article 11 : Restructuration et reconversion des vignobles () 3. L'aide à la restructuration et à la reconversion des vignobles ne peut porter que sur une ou plusieurs des actions suivantes : a) la reconversion variétale, y compris par surgreffage ; b) la réimplantation de vignobles ; c) l'amélioration des techniques de gestion des vignobles. () 4. L'aide à la restructuration et à la reconversion des vignobles ne peut prendre que les formes suivantes : () b) une participation aux coûts de la restructuration et de la reconversion. () Chapitre III Régime d'arrachage Article 98 Portée et définition : Le présent chapitre établit les conditions suivant lesquelles les viticulteurs reçoivent une prime en échange de l'arrachage de vigne (ci-après dénommée "prime à l'arrachage") ". Aux termes de l'article 70 du règlement (CE) n° 555/2008 de la Commission du 27 juin 2008 fixant les modalités d'application du règlement (CE) n° 479/2008 du Conseil portant organisation commune du marché vitivinicole, en ce qui concerne les programmes d'aide, les échanges avec les pays tiers, le potentiel de production et les contrôles dans le secteur vitivinicole : " 1. Les États membres arrêtent la procédure de présentation des demandes, qui prévoit notamment : a) les informations devant accompagner la demande ; b) la communication ultérieure au producteur considéré de la prime pouvant être accordée; c) la date avant laquelle l'arrachage doit avoir lieu. 2. Les États membres vérifient le bien-fondé des demandes. Ils peuvent prévoir à cette fin que le producteur concerné joigne à sa demande un engagement écrit. En cas de retrait de la demande sans raison valable, l'État membre peut exiger du producteur le remboursement des frais de traitement de sa demande ". Aux termes de l'article 72 du même règlement : " Le versement de la prime à l'arrachage est effectué après vérification que l'arrachage a effectivement eu lieu et au plus tard pour le 15 octobre de l'année d'acceptation de la demande par l'État membre conformément à l'article 102, paragraphe 5, du règlement (CE) n° 479/2008 ".

5. D'autre part, pour l'application du règlement (CE) n° 479/2008 du Conseil du 29 avril 2008 portant organisation commune du marché vitivinicole, la " prime à l'arrachage" peut-être attribuée après " élimination complète des souches se trouvant sur une superficie plantée en vigne. ". Aux termes de l'article 10 de l'arrêté du 11 février 2009 du ministre chargé de l'agriculture relatif aux conditions d'attribution de la prime à l'arrachage de vignes : " L'arrachage est défini comme le dessouchage des vignes avec extirpation des racines maîtresses et le retrait des bois de la parcelle ou le regroupement de ces bois en tas bien formés. ". Aux termes de l'article 9 du même arrêté : " Pour bénéficier de la prime, l'arrachage doit intervenir, après l'enquête terrain de Viniflhor visée à l'article 6, au plus tard le 15 mai de la campagne en cause, sauf dérogation accordée par le directeur de Viniflhor en raison de circonstances exceptionnelles dûment justifiées. Un deuxième contrôle de Viniflhor après arrachage a pour but d'en vérifier l'effectivité. ".

6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que lors du contrôle, irrégulièrement réalisé le 25 août 2009 par FranceAgriMer, de l'effectivité et de la conformité de l'arrachage de vignes effectué par la SCI Château du Grand Bois, le contrôleur avait pu constater que les souches avaient été sectionnées et que les racines maîtresses n'avaient pas été extirpées sur les parcelles B175, B176, F821 et A688. Eu égard à ces constatations, non sérieusement contestées par l'EARL Château du Grand Bois qui se borne à soutenir que la faute commise par FranceAgriMer lui ouvre doit à la perception des aides demandées, il est constant que les opérations d'arrachage réalisées par la SCI Château du Grand Bois ne l'ont pas été conformément aux dispositions communautaires et réglementaires citées ci-dessus, selon lesquelles l'arrachage de vignes consiste en l'élimination complète des souches, à savoir le dessouchage des vignes avec extirpation des racines maîtresses. Il résulte ainsi de l'instruction que la décision de rejet de la demande d'aide aurait pu être légalement prise dans le cadre d'une procédure régulière. Par suite, les préjudices allégués, à savoir la non-perception des primes à l'arrachage et des aides au palissage, ne peuvent être regardés comme la conséquence directe du vice de procédure ayant entaché la décision de FranceAgriMer du 18 décembre 2009.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par FranceAgriMer, que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par l'EARL Château du Grand Bois doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de FranceAgriMer, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la société Château du Grand Bois au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de l'EARL Château du Grand Bois est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'EARL Château du Grand Bois et à l'Etablissement national des produits de l'agriculture et de la mer, FranceAgriMer.

Copie en sera adressée au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

M. Labouysse, premier conseiller,

Mme Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

La rapporteure,

N. A

Le président,

L. MARTINLa greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

V. Malingre

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