mardi 24 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2000446 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | POLLONO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 janvier 2020 et le 18 mars 2021, M. A F et Mme E D épouse F, représentés par Me Pollono, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner l'Etat à leur verser une somme de 20 107,43 euros en réparation de leurs préjudices matériels et moraux, consécutifs à la faute commise par l'Etat en refusant de délivrer à M. F un visa de long séjour, somme assortie des intérêts au taux légal à compter de leur réclamation préalable et de leur capitalisation ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- l'illégalité de la décision du consul de France à Oran portant refus de délivrance d'un visa de long séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française, en date du 23 décembre 2015, et de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France annulée par un arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes du 30 octobre 2017, est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat et leur a occasionné divers préjudices matériels et moraux ;
- ces décisions de refus ont entraîné des frais de transport de Mme F à hauteur de 228 euros, des frais d'appels téléphoniques à hauteur de 135,14 euros et des frais postaux à hauteur de 144,29 euros ;
- elles ont été la cause d'un préjudice moral estimé à la somme de 200 euros par mois de séparation et par personne intéressée soit un total de 19 600 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 février 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les préjudices allégués ne présentent pas un caractère réel, direct et certain.
Par une décision du 3 juin 2020, Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, ressortissant algérien né en 1972, a, le 27 octobre 2012, épousé Mme E D, ressortissante française née en 1960. Le 28 octobre 2013, il a sollicité un visa de long séjour en qualité de conjoint de cette ressortissante française, visa dont la délivrance lui avait été refusée par les autorités consulaires françaises à Oran le 29 août 2014. M. F a saisi la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France le 13 août 2014, laquelle avait, le 18 septembre 2014, rejeté le recours de M. F. Par un jugement n°1409397, ce tribunal avait rejeté la requête en annulation formée par M. et Mme F contre cette décision. Par un arrêt n°16NT01949 du 30 octobre 2017, la cour administrative d'appel de Nantes a annulé ce jugement et la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France et a enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité, lequel a été remis à M. F le 8 février 2018. Le 17 mai 2018, M. et Mme F ont sollicité l'indemnisation des préjudices consécutifs selon eux à l'illégalité du refus de visa qui avait ainsi été opposé à M. F. Cette demande a fait l'objet d'un refus implicite. Par la présente requête, M. et Mme F demandent la condamnation de l'Etat à leur verser une somme globale de 20 107,43 euros en réparation des préjudices matériels et moraux qu'ils soutiennent avoir subis du fait du refus illégal de l'Etat de délivrer le visa sollicité.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la faute de l'Etat :
2. La cour administrative d'appel de Nantes a, par un arrêt, définitif, du 30 octobre 2017, annulé la décision de refus de visa d'établissement en France opposée par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France à M. F, motif pris de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, compte tenu de l'intention matrimoniale des époux. Dès lors, les requérants sont fondés à prétendre que l'illégalité de cette décision de refus constitue une faute de nature à leur ouvrir droit à réparation par l'Etat.
En ce qui concerne la période de responsabilité :
3. La responsabilité de l'Etat à l'égard des requérants court à compter de la date à laquelle le refus de visa a été opposé à M. F, ce refus de visa ayant fait obstacle à l'entrée en France de celui-ci, soit à compter de l'intervention de la décision implicite de rejet des autorités consulaires françaises à Oran, en date du 28 décembre 2013, et jusqu'au 8 février 2018, date à laquelle un visa a effectivement été délivré à l'intéressé.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant des frais de voyage entre la France et l'Algérie :
4. Il résulte de l'instruction que postérieurement à la décision de refus de visa, Mme F s'est rendue en Algérie, à Oran, en avion, du 26 janvier 2016 au 17 février suivant. La séparation géographique du couple et les frais de voyages y afférents sont directement imputables au refus illégal de visa, le ministre n'établissant pas que Mme F aurait eu pour objet, en se déplaçant en Algérie, de rendre visite à des membres de sa famille et non à son époux, quand bien même elle conserve des attaches familiales en Algérie. Il suit de là que les requérants sont fondés à demander réparation de ces frais de voyage alors engagés par Mme F. Il sera fait une exacte appréciation de ce chef de préjudice, compte tenu des justificatifs produits à l'instance, en allouant aux requérants la somme de 228 euros.
S'agissant des frais de téléphone :
5. Il résulte de l'instruction que si un voisin de Mme F atteste avoir prêté à celle-ci son téléphone portable afin qu'elle appelle son époux durant la période où celui-ci se trouvait en Algérie, cette attestation ne précise pas que Mme F aurait remboursé à son voisin le coût de ces communications, ce qui ne résulte pas non plus de l'instruction. Par ailleurs, les deux justificatifs d'achat de recharge de crédits sur téléphone de portable versés à l'instance ne comportent pas de nom, ni de numéro de téléphone permettant d'en identifier l'acquéreur. En revanche, il ressort du relevé d'appels entrants et sortants produit, sur lequel le numéro de téléphone de portable de Mme F figure comme destinataire des appels entrants, que celle-ci justifie de frais de communication d'un montant total de 14,46 euros depuis ou vers le numéro de téléphone identifié comme celui de M. F en Algérie, les autres communications vers l'international ne pouvant, en l'absence de précisions sur les titulaires de ces lignes téléphoniques, être prises en compte. Il sera fait une exacte appréciation du préjudice des requérants à ce titre en le fixant à la somme de 14,46 euros.
S'agissant des frais postaux :
Quant aux frais exposés dans le cadre du recours administratif préalable obligatoire :
6. M. et Mme F justifient de frais postaux, dans le cadre de l'exercice du recours administratif préalable devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa, à hauteur de 22,60 euros.
Quant aux frais exposés dans le cadre de l'instance contentieuse :
7. Les frais de justice exposés devant le juge administratif en conséquence directe d'une faute de l'administration sont susceptibles d'être pris en compte dans le préjudice résultant de la faute imputable à celle-ci. Toutefois, lorsque l'intéressé a la qualité de partie à l'instance, la part de son préjudice correspondant à des frais non compris dans les dépens est réputée intégralement réparée par la décision que prend le juge dans l'instance en cause sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, le préjudice tenant aux frais postaux exposés dans le cadre de l'instance contentieuse de M. et Mme F tendant à l'annulation du refus de visa opposé à M. F est réputée intégralement réparée par la décision prise par ce tribunal puis par la cour administrative d'appel de Nantes sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
S'agissant du préjudice moral :
8. Compte tenu de l'incidence de la décision de refus de visa qui a eu pour effet de séparer le couple durant une période de cinq ans, Mme F n'alléguant toutefois pas de circonstances l'empêchant de s'établir auprès de son époux en Algérie durant cette période de séparation, et de les contraindre à des démarches administratives et contentieuses, M. et Mme F sont fondés à soutenir que la décision attaquée leur a causé un préjudice moral et des troubles dans leurs conditions d'existence. Il sera fait une juste appréciation de leur préjudice en l'évaluant à la somme de 1 500 euros.
9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser aux requérants la somme de 1 765,06 euros, en réparation de leurs préjudices, cette somme portant intérêts à compter du 17 mai 2018, date de réception de la demande d'indemnisation par l'administration, la capitalisation de ces intérêts, demandée dans la requête du 14 janvier 2020, prendra effet à compter du 17 mai 2019, date à laquelle les intérêts étaient dus pour une année entière, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
10. Mme F ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Pollono renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. et Mme F une somme de 1 765,06 euros, assortie des intérêts à compter du 17 mai 2018 et de la capitalisation de ces intérêts au 17 mai 2019 et à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Article 2 : L'Etat versera à Me Pollono la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Pollono renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et Mme E D épouse F et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. B de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Milin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.
La rapporteure,
C. C
Le président,
A. B DE BALEINE
La greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne
au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne
ou à tous commissaires de justice à ce
requis en ce qui concerne les voies de droit commun
contre les parties privées, de pourvoir
à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026