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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2000561

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2000561

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2000561
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationMagistrat : M. ROSEMBERG - R. 222-13
Avocat requérantGOUEDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I) Par une requête enregistrée le 16 janvier 2020 sous le n° 2000561, M. A D, représenté par Me Gouedo, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 novembre 2019 par laquelle le président du conseil départemental de la Mayenne a rejeté son recours préalable contre les décisions de la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Mayenne du 1er octobre 2019, a mis à sa charge un indu de revenu de solidarité active de 20 156,76 euros au titre de la période du 1er mars 2016 au 31 août 2019 et a mis fin à ses droits au revenu de solidarité active à compter du 1er mars 2016, et de le décharger de l'obligation de payer la somme correspondante ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de la Mayenne de le rétablir dans ses droits au bénéfice du revenu de solidarité active et de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge du département de la Mayenne une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, en l'absence de saisine préalable de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Mayenne ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il n'est pas établi qu'il aurait reçu, comme elle l'indique, l'ensemble des informations relatives aux conditions de versement du revenu de solidarité active ;

- le président du conseil départemental de la Mayenne a estimé à tort qu'il avait commis une fraude ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant au montant des ressources dont il dispose ;

- l'existence de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge n'est pas établie ;

- l'absence de déclaration des ressources issues de capitaux placés est sans incidence sur son droit au bénéfice du revenu de solidarité active, compte tenu du faible montant de ces capitaux ;

- la radiation du dispositif du revenu de solidarité active constitue une sanction disproportionnée compte tenu de sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 octobre 2021, le département de la Mayenne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55 %) par une décision du 11 janvier 2021.

II) Par une requête enregistrée le 19 février 2020 sous le n° 2001996, M. A D, représenté par Me Gouedo, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 octobre 2019 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Mayenne lui a notifié un indu de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant total de 457,35 euros au titre des années 2016, 2017 et 2018 ainsi que la décision du 13 décembre 2019 rejetant le recours gracieux formé contre cette décision, en tant qu'elle met à sa charge des indus de prime exceptionnelle de fin d'année au titre des années 2017 et 2018, et de le décharger de l'obligation de payer la somme correspondante ;

2°) de condamner la caisse d'allocations familiales de la Mayenne à lui verser la somme de 457,35 euros correspondant à la prime exceptionnelle de fin d'année qu'il était en droit de percevoir au titre des années 2016, 2017 et 2018 ;

3°) de mettre à la charge du département de la Mayenne une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision du 13 décembre 2019 n'est pas signée ;

- la décision du 13 décembre 2019 est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle a été prise sur le fondement d'un décret du 14 décembre 2018 entré en vigueur postérieurement aux primes exceptionnelles de fin d'année qui lui ont été versées au titre des années 2016 et 2017 ;

- il entend contester par voie d'exception la légalité de la décision de la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Mayenne du 1er octobre 2019 lui notifiant un indu de revenu de solidarité active de 20 156,76 euros au titre de la période du 1er mars 2016 au 31 août 2019, dès lors que cet indu de revenu de solidarité active n'est pas fondé et que cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Une mise en demeure a été adressée le 1er février 2023 au préfet de la Mayenne.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55 %) par une décision du 11 janvier 2021.

III) Par une requête enregistrée le 16 septembre 2020 sous le n° 2009266, M. A D demande au tribunal :

1°) d'accueillir son opposition à la contrainte émise à son encontre le 25 août 2020 par le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Mayenne tendant à récupérer un indu de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 457,35 euros au titre des années 2016, 2017 et 2018 ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer la somme correspondante.

Il soutient qu'en application de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année mis à sa charge ne pouvait être recouvré alors qu'il avait introduit un recours afin d'en contester le bien-fondé.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 mai 2021, le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Mayenne conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à la condamnation de M. D à lui verser la somme de 457,35 euros indument perçue au titre de la prime exceptionnelle de fin d'année des années 2016, 2017 et 2018.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les pièces des dossiers.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le décret n° 2016-1945 du 28 décembre 2016 ;

- le décret n° 2017-1785 du 27 décembre 2017 ;

- le décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018 ;

- le code de justice administrative.

Le rapporteur public a été, sur sa proposition, dispensé de prononcer ses conclusions sur cette affaire, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Rosemberg a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2000561, 2001996 et 2009266 concernent un même requérant, présentent à juger des mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

2. M. D, allocataire de la caisse d'allocations familiales de la Mayenne, s'est vu notifier, par deux décisions de la directrice de la caisse du 1er octobre 2019, d'une part, un indu de revenu de solidarité active de 20 156,76 euros au titre de la période du 1er mars 2016 au 31 août 2019 et, d'autre part, la fin de ses droits au bénéfice du revenu de solidarité active. Le recours préalable formé contre ces décisions a été rejeté par une décision du président du conseil départemental de la Mayenne du 12 novembre 2019, qui s'est substituée à ces deux décisions du 1er octobre 2019. La directrice de la caisse d'allocations familiales de la Mayenne a, par ailleurs, informé M. D, par un courrier du 4 octobre 2019, de l'engagement à son encontre d'une procédure de lutte contre la fraude et de l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année mis à sa charge à hauteur de 457,35 euros au titre des années 2016, 2017 et 2018. Le recours gracieux formé par M. D afin de contester l'indu ainsi mis à sa charge au titre des années 2017 et 2018 ayant été rejeté par une décision du 13 décembre 2019, et après mise en demeure du 20 janvier 2020, le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Mayenne a délivré à l'encontre de l'intéressé une contrainte en vue de procéder au recouvrement de cet indu le 25 août 2020. Par ses requêtes, M. D doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision du président du conseil départemental de la Mayenne du 12 novembre 2019, de la décision de la directrice de la caisse d'allocations familiales de ce département du 4 octobre 2019 ainsi que de la décision du 13 décembre 2019 rejetant son recours gracieux, l'intéressé formant en outre opposition à la contrainte émise à son encontre pour le recouvrement de l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année mis à sa charge et demandant la décharge de l'obligation de payer l'ensemble des sommes correspondantes, ainsi que la condamnation de la caisse d'allocations familiales de la Mayenne à lui verser la somme de 457,35 euros au titre de la prime exceptionnelle de fin d'année à laquelle il estime pouvoir prétendre pour les années 2016, 2017 et 2018.

Sur la contestation des indus de prestations mis à la charge de M. D :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 est fixé par décret. Il est revalorisé le 1er avril de chaque année (). / L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article L. 262-13 du même code : " Le revenu de solidarité active est attribué par le président du conseil départemental du département dans lequel le demandeur réside ou a () élu domicile. () ". L'article L. 262-46 du même code dispose : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif. / Sauf si le bénéficiaire opte pour le remboursement de l'indu en une seule fois, l'organisme mentionné au premier alinéa procède au recouvrement de tout paiement indu de revenu de solidarité active par retenues sur les montants à échoir. / () L'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale est applicable pour le recouvrement des sommes indûment versées au titre du revenu de solidarité active. () ". Aux termes de l'article R. 262-6 de ce même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ". Aux termes de l'article R. 262-7 de ce code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'allocation sont égales à la moyenne mensuelle des ressources perçues au cours des trois mois précédant la demande ou la révision ". Et aux termes de l'article R. 262-37 dudit code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".

4. D'autre part, les décrets des 28 décembre 2016, 27 décembre 2017 et 14 décembre 2018 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année à certains allocataires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite au titre, respectivement, des années 2016, 2017 et 2018, prévoient qu'une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre ou, à défaut, du mois de décembre de l'année considérée, à condition que les ressources du foyer n'excèdent pas un certain montant.

5. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, d'aide exceptionnelle de fin d'année ou de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

En ce qui concerne l'indu de revenu de solidarité active et le droit au bénéfice de cette allocation à compter du 1er mars 2016 :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ". Et aux termes de l'article R. 262-89 : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. / Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée. ". La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

7. En l'espèce, la décision du président du conseil départemental de la Mayenne du 12 novembre 2019 vise en particulier les dispositions de l'article R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles et mentionne que M. D, qui ne pouvait ignorer l'obligation de déclarer l'ensemble de ses ressources, puisqu'il avait participé, le 9 octobre 2012, à la journée de présentation des droits et des devoirs des bénéficiaires du revenu de solidarité active au cours de laquelle l'ensemble des informations relatives à cette prestation lui ont été délivrées, a attesté sur l'honneur qu'il ne détenait aucun capital placé ou non, alors qu'il dispose d'un livret A, d'un livret bleu et d'un plan d'épargne populaire, qu'il a souscrit une assurance-vie et ouvert un plan d'épargne logement, qu'il a hérité d'une assurance-vie et qu'il détient la nue-propriété d'une maison suite à la donation réalisée par sa mère, dont il est l'unique héritier. Elle précise en outre qu'en application de l'article R. 262-45 du code de l'action sociale et des familles, si l'action en recouvrement des sommes indûment payées au titre du revenu de solidarité active se prescrit en principe par deux ans, le délai de prescription du recouvrement est porté à cinq ans en cas de fraude ou de présomption de fraude et que, dans ces conditions, M. D ne justifiait plus d'un droit à la perception de cette allocation à compter du 1er mars 2016, et était par suite redevable d'une somme de 20 156,76 euros au titre de la période de mars 2016 à août 2019. Dans ces conditions, et quand bien même elle ne précise pas les éléments ayant servi au calcul du montant de l'indu, la décision comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet à l'intéressé de comprendre les motifs du rejet de son recours administratif préalable obligatoire. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

8. En deuxième lieu, si M. D soutient que son recours administratif préalable obligatoire n'a pas été soumis pour avis à la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Mayenne, il résulte de l'instruction que la convention mentionnée à l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles conclue entre le département et la caisse d'allocations familiales de la Mayenne le 16 novembre 2009 prévoit, en son article 2.2, que le président du conseil départemental n'est pas tenu de saisir la commission avant de se prononcer sur les recours présentés par les bénéficiaires du revenu de solidarité active.

9. En troisième lieu, il résulte de l'instruction, en particulier des mentions du rapport d'enquête établi par l'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales de la Mayenne, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, qu'ainsi que le mentionne la décision attaquée du 12 novembre 2019, M. D est allocataire du revenu de solidarité active depuis 2009 et a participé, le 9 octobre 2012, à la journée de présentation des droits et des devoirs des bénéficiaires du revenu de solidarité active organisée par la caisse d'allocations familiales de la Mayenne en vue de délivrer auxdits bénéficiaires une information relative en particulier aux conditions à remplir pour la perception de cette allocation et aux ressources à déclarer. Dans ces conditions, en se bornant à soutenir, sans apporter aucun élément au soutien de ses allégations, que l'ensemble des informations relatives aux conditions d'attribution du revenu de solidarité active ne lui auraient pas été délivrées, M. D n'établit pas que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur de fait.

10. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active litigieux, mis à la charge de M. D au titre de la période du 1er mars 2016 au 31 août 2019, trouve son fondement dans la circonstance que l'intéressé n'a pas déclaré la totalité des ressources de son foyer au cours de cette période, puisqu'il n'a pas déclaré les revenus tirés de ses capitaux placés. Le président du conseil départemental s'est, en particulier, fondé sur les circonstances d'une part que M. D dispose d'un livret A, d'un livret bleu et d'un plan d'épargne populaire, qu'il a souscrit une assurance-vie et ouvert un plan d'épargne logement, qu'il a hérité, le 31 octobre 2018, d'une assurance-vie à hauteur d'un montant de 32 580 euros, quand bien même il a reversé une partie des sommes ainsi perçues à sa mère, et qu'il détient la nue-propriété d'une maison d'une valeur de 160 000 euros suite à la donation réalisée par sa mère le 28 septembre 2016, et d'autre part, qu'il n'a pas déclaré les revenus tirés des capitaux ainsi détenus. Si le requérant soutient que les montants des capitaux placés qu'il détient sont minimes et que ces capitaux ne lui ont pas procuré de ressources suffisantes pour affecter son droit au bénéfice du revenu de solidarité active, il résulte de l'instruction qu'il a perçu, au cours de la période en litige, des versements de sommes d'argent qu'il n'a pas déclarés à la caisse d'allocations familiales de la Mayenne, et dont il n'explique pas l'origine, à hauteur de 1 550 euros en 2016, 1 075,90 euros en 2017 et 6 455,22 euros en 2018. Le président du conseil départemental de la Mayenne pouvait, par suite, estimer que M. D n'avait pas satisfait à ses obligations déclaratives, et devait être regardé comme s'étant rendu coupable de fraude l'ayant conduit à percevoir indûment le revenu de solidarité active. Le requérant, qui ne conteste par ailleurs pas sérieusement le montant du trop-perçu litigieux, n'est, par suite, pas fondé à contester le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge au titre de la période du 1er mars 2016 au 31 août 2019, ni à soutenir que sa situation lui ouvrait droit au bénéfice de cette allocation à compter du 1er mars 2016.

11. En cinquième lieu, M. D ne peut utilement soutenir, pour contester la décision attaquée du 12 novembre 2019, qu'en mettant fin à son droit au revenu de solidarité active à compter du 1er mars 2016, le président du conseil départemental de la Mayenne aurait prononcé une sanction disproportionnée aux manquements qui lui sont reprochés, dès lors que sa décision ne constitue pas une sanction mais résulte seulement de la circonstance que l'intéressé ne remplissait plus les conditions ouvrant droit au versement de cette allocation.

En ce qui concerne l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année :

12. En premier lieu, si M. D soutient que la décision par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Mayenne a rejeté son recours gracieux contre la décision du 4 octobre 2019 lui notifiant l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année litigieux au titre des années 2017 et 2018, prise après avis de la commission de recours amiable de la caisse, n'est pas signée par son auteur, il résulte de l'instruction que le courrier de notification de cette décision du 13 décembre 2019 comporte la signature du directeur, M. E B.

13. En deuxième lieu, il ne résulte pas des termes des décisions attaquées que le directeur de la caisse d'allocations familiales se serait fondé, à tort, au titre de l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année mis à la charge de M. D pour les années 2016 et 2017, sur les dispositions du décret du 14 décembre 2018, et que cet indu ne serait ainsi pas fondé.

14. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Mayenne a estimé qu'une fois prises en compte les ressources perçues par M. D, telles que mentionnées au point 10, et non déclarées par celui-ci, la situation de l'intéressé ne lui permettait pas de prétendre au bénéfice du revenu de solidarité active au titre des mois de novembre 2016, 2017 et 2018, ni des mois de décembre des mêmes années, et qu'il ne remplissait pas, dès lors, les conditions prévues, respectivement pour chacune de ces trois années, par les décrets des 28 décembre 2016, 27 décembre 2017 et 14 décembre 2018 pour se voir attribuer la prime exceptionnelle de fin d'année. M. D, en se bornant à reprendre les arguments développés pour contester le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge et précédemment mentionnés, n'établit pas, pour les mêmes motifs que ceux déjà exposés, que l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année mis à sa charge ne serait pas fondé.

Sur la contrainte émise le 25 août 2020 :

15. D'une part, un versement indu de l'aide exceptionnelle attribuée à un allocataire du revenu de solidarité active au titre de cette allocation doit être regardé comme relevant des " sommes indûment versées au titre du revenu de solidarité active " au sens des dispositions de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles citées au point 3. Aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale, auquel ces dispositions renvoient : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée et sans préjudice des articles L. 133-4 du présent code et L. 725-3-1 du code rural et de la pêche maritime, le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire.".

16. D'autre part, en adoptant les dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, le législateur a entendu que l'effet suspensif des recours dirigés contre une décision de récupération de l'indu s'attache à l'exigibilité de la créance. Il en résulte que l'exercice d'un tel recours, de même d'ailleurs qu'une demande de remise gracieuse, fait par lui-même obstacle, aussi longtemps que ce recours est pendant devant l'administration ou devant les juges du fond, d'une part, à la possibilité pour l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active d'opérer une compensation avec les sommes dues à l'allocataire et, d'autre part, à l'émission d'un acte de contrainte tendant à obtenir le recouvrement de cet indu.

17. M. D a, par sa requête n° 2001996 enregistrée devant le tribunal le 19 février 2020, formé un recours tendant à obtenir l'annulation de la décision de la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Mayenne du 4 octobre 2019 mettant à sa charge un indu de prime exceptionnelle de fin d'année de 457,35 euros au titre des années 2016, 2017 et 2018 et de la décision du 13 décembre 2019 rejetant son recours gracieux ainsi que la décharge de l'obligation de payer la somme correspondante. Le caractère suspensif de ce recours faisait obstacle à ce que le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Mayenne lui délivre, le 25 août 2018, une contrainte en vue de procéder au recouvrement de cet indu. M. D est, dans ces conditions, fondé à demander l'annulation de la contrainte litigieuse et la décharge de l'obligation de payer la somme correspondante. En revanche, dans la mesure où il ne résulte pas de l'instruction que M. D aurait effectivement versé à la caisse d'allocations familiales de la Mayenne la somme en litige de 457,35 euros en exécution de cette contrainte, les conclusions du requérant tendant à ce que cette dernière soit condamnée à lui reverser ladite somme doivent être rejetées.

Sur les conclusions de la caisse d'allocations familiales de la Mayenne tendant à la condamnation de M. D à lui verser la somme de 457,35 euros indument perçue au titre de la prime exceptionnelle de fin d'année pour les années 2016, 2017 et 2018 :

18. Il n'appartient pas au juge administratif de prononcer la condamnation de M. D à verser à la caisse d'allocations familiales de la Mayenne la somme de 457,35 euros indument perçue au titre de la prime exceptionnelle de fin d'année pour les années 2016, 2017 et 2018, au recouvrement de laquelle elle peut elle-même procéder. Les conclusions présentées en ce sens doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter les conclusions présentées par M. D tendant à la prise en charge des frais exposés et non compris dans les dépens sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La contrainte délivrée à l'encontre de M. D le 25 août 2020 par le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Mayenne en vue de recouvrer un indu de prime exceptionnelle de fin d'année de 457,35 euros au titre des années 2016, 2017 et 2018 est annulé.

Article 2 : M. D est déchargé de l'obligation de payer l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année mis à sa charge au titre des années 2016, 2017 et 2018 pour un montant total de 457,35 euros.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. D est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de la caisse d'allocations familiales de la Mayenne tendant à la condamnation de M. D à lui verser une somme de 457,35 euros sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, au département de la Mayenne et à Me Gouedo.

Copie du présent jugement sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Mayenne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.

La magistrate désignée,

V. ROSEMBERG

Le greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

5

2, 2001996, 2009266

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