vendredi 22 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2000662 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | RICHARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 janvier 2020 et 29 décembre 2022, Mme A, représentée par Me Richard, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations d'impôt sur le revenu qui ont été mises à sa charge au titre des années 2015 et 2016 et des pénalités correspondantes ;
2°) à défaut de limiter les conséquences de la reconstitution de recettes sur la même période à partir des recettes comptabilisées et encaissées ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que la demande d'option de traitement informatique qui lui a été adressée ne lui permettait pas de produire une réponse éclairée sur le fondement du II de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales ;
- la méthode de reconstitution des recettes tirées de l'activité du garage et de l'activité de restauration est radicalement viciée et sommaire.
Par des mémoires en défense enregistrés le 5 juin 2020 et le 6 janvier 2023, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique conclut au non-lieu partiel à statuer et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Elle fait valoir que :
- le litige est dépourvu d'objet en tant qu'il porte sur les droits et les intérêts de retard dégrevés ;
- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Allio-Rousseau, présidente,
- les conclusions de M. Huin, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A exerce, sous la forme d'une entreprise individuelle, une double activité de garage de mécanique automobile, de carrosserie et de vente de véhicules d'occasion et de restauration asiatique à consommer sur place ou à emporter à Saint-Nazaire. Mme A n'ayant déposé aucune déclaration fiscale au titre des années 2015 et 2016, des mises en demeure de déposer ses déclarations de résultat et d'impôt sur le revenu lui ont été adressées les 9 et 15 juin 2017. Elle n'a déposé aucune déclaration. Son activité a fait l'objet d'une vérification de comptabilité qui s'est déroulée du 22 août 2017 au 29 novembre 2017 et qui a porté en matière d'impôt sur le revenu sur les années 2014, 2015 et 2016. Par une proposition de rectification en date du 18 décembre 2017, l'administration a évalué d'office le montant de son bénéfice industriel et commercial au titre de chacune de ces années. Mme A demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 et 2016, à hauteur respectivement de 29 316 euros et de 21 764 euros, ainsi que des pénalités correspondantes, à hauteur respectivement de 13 719 euros et de 9 141 euros.
Sur l'étendue du litige :
2. Par une décision du 5 juin 2020, postérieure à l'introduction de la requête, l'administration a prononcé le dégrèvement des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à la charge de Mme A au titre de l'année 2015, à hauteur de 8 301 euros en droits et de 3 884 euros en pénalités, et au titre de l'année 2016, à hauteur de 8 784 euros en droits et de 3 690 euros en pénalités. Les conclusions de la requête relatives à ces impositions sont, dans cette mesure, devenues sans objet.
Sur les conclusions à fin de décharge des impositions litigieuses :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
3. Aux termes de l'article L. 73 du même livre : " Peuvent être évalués d'office : / 1° Le bénéfice imposable des contribuables qui perçoivent des revenus provenant d'entreprises industrielles, commerciales ou artisanales, ou des revenus d'exploitations agricoles imposables selon un régime de bénéfice réel, lorsque la déclaration annuelle prévue à l'article 53 A du code général des impôts n'a pas été déposée dans le délai légal ; / () / Les dispositions de l'article L. 68 sont applicables dans les cas d'évaluation d'office prévus aux 1° et 2° ". Aux termes de l'article L. 67 dudit livre : " La procédure de taxation d'office prévue au 1° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure ".
4. Lorsque l'administration fiscale est en mesure d'établir, par d'autres moyens que les constatations qu'elle a effectuées au cours de la vérification de la comptabilité d'un contribuable, que celui-ci encourait une imposition par voie de taxation d'office, en particulier pour ne pas avoir souscrit dans les délais impartis les déclarations auxquelles il était astreint, les irrégularités qui ont pu entacher la vérification de comptabilité demeurent sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition.
5. Il est constant que la requérante n'a pas déposé dans le délai légal ses déclarations fiscales professionnelles et personnelles qu'elle était tenue de souscrire au titre des années 2015 et 2016. Par suite, l'administration pouvait ainsi légalement recourir à la procédure de taxation d'office, prévue par les dispositions précitées, dont la nécessité n'avait pas été révélée par la vérification de comptabilité dont la requérante a fait l'objet. Il en résulte que les moyens soulevés par la requérante, tirés de l'irrégularité de la vérification de comptabilité, doivent, en tout état de cause, être écartés comme inopérants pour contester l'évaluation de ses revenus professionnels.
En ce qui concerne le bien fondé des impositions litigieuses :
6. Il résulte de l'instruction qu'au cours de la vérification de comptabilité de l'entreprise individuelle de Mme A, aucune comptabilité, dématérialisée ou papier, n'a été présentée à la vérificatrice au titre des années 2015 et 2016. Faute d'avoir déposé dans les délais légaux suite à l'envoi de mises en demeure ses déclarations professionnelles et personnelles sur les années 2015 et 2016, Mme A a été placée en situation de taxation d'office et d'évaluation d'office de ses bénéfices industriels et commerciaux en application des dispositions des articles L. 68 et L. 73 du livre des procédures fiscales. Dans ces conditions, la charge de la preuve de l'exagération des bases d'imposition en matière d'impôt sur le revenu lui incombe en application des dispositions de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales.
7. Il résulte de ces dispositions que le contribuable à qui incombe la charge de prouver l'exagération de l'évaluation administrative peut, s'il n'est pas en mesure d'établir le montant exact de son bénéfice en s'appuyant sur une comptabilité régulière et probante, soit critiquer la méthode d'évaluation que l'administration a suivie et qu'elle doit faire connaître au contribuable, en vue de démontrer que cette méthode aboutit à une exagération des bases d'imposition, soit encore, aux mêmes fins, soumettre à l'appréciation du juge une nouvelle méthode d'évaluation permettant de déterminer les bases d'imposition avec une précision meilleure que celle qui pouvait être atteinte par la méthode utilisée par l'administration.
8. En l'absence de tout document comptable, la vérificatrice a distingué les deux activités de Mme A et, partant des quelques documents comptables incomplets ayant été présentés pour l'exercice 2014, a procédé à une reconstitution des recettes de cet exercice dont les résultats ont été extrapolés pour les années 2015 et 2016, les conditions d'exploitations étant inchangées. En ce qui concerne l'activité de garage, l'administration s'est fondée à la fois sur les données propres de l'entreprise, à savoir le logiciel facturier utilisé par Mme A, qui retrace les sommes réglées au titre de chaque année et sur la valorisation des achats omis en comptabilité déterminés, d'une part, auprès de son principal fournisseur, dont l'administration a eu connaissance suite à l'exercice de son droit de communication auprès de ce dernier, d'autre part, à partir du rapprochement des immatriculations portées sur les factures émises. En ce qui concerne l'activité de restauration asiatique, le service vérificateur s'est basé sur la moyenne du chiffre d'affaires déterminé à partir de trois méthodes différentes que sont le rendement du loyer au taux de 7,4 %, une estimation du nombre de repas servis au prix moyen de 20 euros à partir du nombre de tables dans l'établissement et du nombre de jours d'ouverture et les tickets de tables présentés pour six jours du mois de novembre 2014 qui représentaient 3,78 % des encaissements retrouvés sur les comptes bancaires de l'année.
9. En premier lieu, la méthode de reconstitution ainsi décrite, particulièrement détaillée, repose sur des éléments propres à l'entreprise de sorte qu'elle ne saurait être qualifiée de sommaire.
10. En deuxième lieu, si Mme A explique que l'administration a appliqué le montant des omissions mises en évidence sur un fournisseur à l'ensemble des achats de l'entreprise, et que l'administration a estimé le nombre d'immatriculations n'ayant pas donné lieu à facturation à hauteur de 109, alors que le rapprochement effectué entre les factures d'achat et de vente aboutit à un résultat de 52, il résulte de l'instruction que ces arguments ont été pris en compte par l'administration qui a procédé aux dégrèvements correspondants le 5 juin 2020.
11. En troisième lieu, si Mme A fait valoir que les factures clients ne mentionnent pas systématiquement l'immatriculation des véhicules ayant fait l'objet d'une prestation de services par son entreprise, elle n'apporte aucun élément permettant d'établir, ainsi qu'il lui incombe, le nombre exact de factures clients concernées. Elle ne démontre pas davantage que les chiffres d'affaires et les recettes telles qu'évalués par le service sont incompatibles avec l'effectif réel de son entreprise de garage, qu'elle estime à deux personnes, alors qu'il ressort des termes de la proposition de rectification du 18 décembre 2017, que l'effectif moyen de cet établissement était de 4.83, 5.57 et 2,82 équivalents temps plein au cours de la période vérifiée.
12. En quatrième lieu, la première méthode de reconstitution du bénéfice tirée de l'activité de restauration asiatique de Mme A, fondée sur le loyer de son local commercial, repose sur une étude établie par l'union régionale bretonne des centres de gestion agréés selon laquelle, pour les activités de restauration de spécialités étrangères, le loyer représente 7,4 % du chiffre d'affaires TTC de ces établissements. En se bornant à énoncer que cette méthode de reconstitution est viciée dans son principe même, alors qu'elle repose sur l'analyse comparative d'éléments comptables issus d'entreprises exerçant une activité similaire, Mme A n'établit pas l'exagération de ses bénéfices industriels et commerciaux alors au surplus que la détermination de ces derniers repose sur la pondération de trois méthodes différentes.
13. En cinquième lieu, si Mme A fait valoir que la deuxième méthode de reconstitution du bénéfice issu de son activité de restauration est exagérée, compte tenu du nombre de jours d'ouverture de l'établissement, de la fermeture de cet établissement en septembre et de l'absence de constatations sur place, il résulte de l'instruction que le service vérificateur a évalué les jours d'ouverture à partir des données disponibles au sein de l'entreprise, à savoir le dépliant publicitaire du restaurant et les inscriptions portées sur la vitrine de l'établissement, qui font état d'une ouverture le jeudi midi. Ces données ne peuvent, contrairement à ce que soutient Mme A, être sérieusement contredites par les copies d'avis de clients du restaurant émis sur un site internet, au demeurant, postérieurement aux opérations de contrôle. A cet égard, si Mme A fait valoir qu'un dépouillement des notes de table de l'année 2016 constituerait une méthode de détermination des jours d'ouverture du restaurant, permettant de déterminer les bases d'imposition avec une précision meilleure que la méthode retenue par l'administration, elle ne produit aucune note de table à l'appui de sa requête, alors qu'il ressort des mentions non contestées de la proposition de rectification qui lui a été adressée que seuls seize tickets de table relatifs à quatre jours du mois de novembre 2014 ont été produits au titre des années vérifiées. Enfin, la circonstance que sur ces années le restaurant ne disposait pas d'une licence pour les boissons est sans incidence sur la méthode de reconstitution globale retenue par l'administration qui ne repose pas sur les liquides.
14. En dernier lieu, Mme A conteste la méthode d'extrapolation utilisée par l'administration au titre des années 2015 et 2016 en soutenant qu'elle utiliserait des éléments qui ne portent que sur une année de la période couverte par la vérification, alors que l'intégralité des factures auraient été présentées à la vérificatrice, et qui reposeraient sur des constatations réalisées sans tenir compte du nombre réel de jours d'ouverture de l'établissement. Ce faisant, elle n'établit pas que cette méthode serait excessivement sommaire ni qu'elle aurait conduit à la détermination d'un chiffre d'affaire inexact, dès lors que l'administration ne disposait pas de l'intégralité des documents justificatifs du détail des recettes journalières, et qu'elle s'est fondée sur l'examen d'un nombre suffisant de ventes et d'achats au regard des conditions d'exploitation du garage et du restaurant. Enfin, Mme A ne démontre pas que les conditions d'exploitation de ces deux activités auraient connu une modification sensible entre 2014 et 2016.
15. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions de la requête de Mme A doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme A à concurrence de la somme de 17 085 euros en droits et de 7 574 euros en pénalités.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 8 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
Mme Frelaut, première conseillère,
Mme Benoist, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.
La présidente-rapporteure,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAUL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
L. FRELAUT
La greffière,
E. HAUBOIS
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026