jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2001037 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Président 5 |
| Avocat requérant | CALDERERO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 janvier 2020 et 27 septembre 2022, Mme C B, représentée par Me Calderero, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision 48 SI du 13 décembre 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté la perte de points de son permis de conduire, a invalidé son titre de conduite et a enjoint sa restitution ainsi que les décisions individuelles de retraits de points consécutives aux infractions constatées ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son permis de conduire dès la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 720 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la compétence du signataire de la décision attaquée n'est pas démontrée ;
- elle n'a pas bénéficié de la reconstitution du nombre de points prévue à l'article L. 223-6 du code de la route ;
- elle n'a pas reçu, lors de la constatation des infractions relevées à son encontre ni même dans un délai raisonnable, l'avertissement et les informations prévues par l'article L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;
- l'administration devra rapporter la preuve qui lui incombe du paiement de ses amendes ou à défaut établir que l'obligation d'information préalable a bien été respectée ;
- les décisions de retrait de points ne lui ont pas été notifiées ;
- le retard avec lequel elle a été informée du retrait de ses points l'a empêchée d'accomplir un stage de récupération de points.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mars 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 21 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été prononcée au 22 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Caro, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite de plusieurs infractions au code de la route, entraînant retraits de points de son permis de conduire, Mme B a fait l'objet d'une décision référencée " 48 SI ", du 13 décembre 2019. Par la présente requête, Mme B demande au Tribunal d'annuler cette décision ainsi que les décisions de retraits de points consécutives aux infractions constatées.
Sur l'étendue du litige :
2. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral de l'intéressée, que le point retiré lors de l'infraction commise le 24 février 2018 a été restitué le 10 janvier 2019, antérieurement à l'introduction de la requête. Les conclusions afférentes à cette décision sont dès lors dépourvues d'objet et par suite irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la compétence de l'auteur de la décision 48SI :
3. Par une décision du 15 juillet 2014, publiée au Journal officiel du 20 juillet 2014, régulièrement renouvelée par une décision du 3 mai 2017 publiée au Journal officiel du 6 mai 2017, le ministre de l'intérieur a donné délégation de signature à M. Biergeon, conseiller d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, chef du service du fichier national des permis de conduire, à l'effet de signer, au nom du ministre de l'intérieur, tous actes, arrêtés, décisions et correspondances courantes au nombre desquels figurent les décisions relatives aux permis de conduire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 13 décembre 2019 manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de notification des décisions de retrait de points :
4. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, la circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. Mme B ne saurait dès lors utilement se prévaloir de ce que divers retraits de points ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire.
En ce qui concerne le défaut d'information préalable :
5. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. () / La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. () ".
6. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. / Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif. ".
7. L'information prévue par les dispositions précitées du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, partant, de la légalité du retrait de points.
S'agissant de l'infraction commise le 29 novembre 2017
8. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. Avant même qu'elles ne soient rendues obligatoires par un arrêté du 13 mai 2011 introduisant dans le code de procédure pénale un article A. 37-28, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration était revêtu des mentions qui permettaient au contrevenant de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende il serait procédé au retrait de points et qui portaient à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet. Il en va autrement si le contrevenant, qui conteste les éléments du relevé d'information intégral et l'attestation de paiement établie par le comptable public produite en défense par le ministre, apporte la preuve que le paiement de l'amende forfaitaire majorée est intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public.
9. En l'espèce, le ministre de l'intérieur produit l'attestation du comptable public de la trésorerie du contrôle automatisé datée du 7 février 2020 selon laquelle l'intéressée s'est acquittée des sommes dues à raison de l'infraction du 29 novembre 2017 constatée par radar automatique. La requérante ne produit aucun élément de nature à remettre en cause les mentions du relevé d'information intégral et l'attestation du comptable public et notamment que le paiement de l'amende forfaitaire majorée serait intervenu par la voie du recouvrement forcé. Dans ces conditions, le retrait d'un point opéré à raison de cette infraction doit être regardé comme étant intervenu selon une procédure régulière.
S'agissant des infractions commises les 18 décembre 2017, 30 juin 2018 et 23 novembre 2018
10. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de Mme B que les infractions commises les 18 décembre 2017, 30 juin 2018 et 23 novembre 2018 ont été relevée au moyen d'un radar automatique, ainsi qu'en témoigne la mention "tribunal d'instance ou de police de CNT-CSA", et ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires d'amendes forfaitaires majorées. Le ministre de l'intérieur produit à l'instance les avis d'amendes forfaitaires majorées des 1er juin 2018, 11 janvier 2019 et 12 avril 2019, correspondant aux infractions susvisées, qui comportent les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route et qui ont été adressés à Mme B par lettres recommandées. Dans ces conditions, et alors que ces plis ont été retournés à l'autorité administrative avec la mention " pli avisé non réclamé ", l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information préalable prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
S'agissant des infractions commises les 27 avril 2018, 10 septembre 2018, 4 octobre 2018, 17 décembre 2018, 25 décembre 2018, 27 décembre 2018 et 23 juin 2019
11. Si les mentions portées au relevé d'information établissent la réalité de l'infraction en application des dispositions du quatrième alinéa de l'article L.223-1 du code de la route, elles ne permettent pas d'établir que le requérant aurait reçu l'avis de contravention comportant les informations exigées par l'article L. 223-3 du code de la route. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'ensemble des informations requises, n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes.
12. En ce qui concerne les infractions relevées par radar automatique les 27 avril 2018, 10 septembre 2018, 4 octobre 2018, 17 décembre 2018, 25 décembre 2018, 27 décembre 2018 et 23 juin 2019, il résulte des mentions du relevé d'information intégral produit par le ministre que ces infractions ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires d'amendes forfaitaires majorées. Ainsi, Mme B, qui n'a pas payé les amendes forfaitaires afférentes à ces infractions, ne peut être regardée comme ayant nécessairement reçu les avis de contravention correspondants. Toutefois, il résulte du relevé d'information intégral que l'intéressée a bénéficié, à l'occasion des nombreuses précédentes infractions de même nature, dont celle récente du 29 novembre 2017, relatives à des excès de vitesse inférieures à 20 km/h, de l'ensemble des informations légalement exigées, y compris celles relatives au traitement automatisé des points et à la possibilité d'exercer un droit d'accès. Dans ces circonstances, l'omission de ces informations lors de la constatation des infractions susvisées, à la supposer établie, n'a pas eu pour effet de la priver d'une garantie liée à l'information relative à l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que les décisions ayant retiré des points de son permis de conduire à la suite de ces infractions est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière.
En ce qui concerne le délai d'enregistrement des infractions :
13. Aucune disposition n'impartit un délai au ministre de l'intérieur pour enregistrer les infractions sur le fichier national du permis de conduire et pour notifier à l'intéressé le retrait des points qui en résulte et, le cas échéant, la perte de validité de son permis. Par conséquent, le moyen tiré de l'enregistrement tardif de l'infraction doit être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne l'absence de restitution de point en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route :
14. Aux termes de l'article L. 223-6 du code de la route : " Si le titulaire du permis de conduire n'a pas commis, dans le délai de deux ans à compter de la date du paiement de la dernière amende forfaitaire, de l'émission du titre exécutoire de la dernière amende forfaitaire majorée, de l'exécution de la dernière composition pénale ou de la dernière condamnation définitive, une nouvelle infraction ayant donné lieu au retrait de points, son permis est affecté du nombre maximal de points. () Toutefois, en cas de commission d'une infraction ayant entraîné le retrait d'un point, ce point est réattribué au terme du délai de six mois à compter de la date mentionnée au premier alinéa, si le titulaire du permis de conduire n'a pas commis, dans cet intervalle, une infraction ayant donné lieu à un nouveau retrait de points ".
15. Mme B se borne à soutenir que des points auraient dû lui être restitués au terme d'un délai de six mois en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route. L'intéressée n'apporte aucune précision quant aux infractions pour lesquelles elle estime qu'elle aurait dû bénéficier de ces dispositions. En l'espèce, il ressort du relevé d'information intégral que le point retiré consécutivement à l'infraction commise le 24 février 2018 a été restitué à la requérante. Elle ne pouvait bénéficier des dispositions précitées pour les autres infractions commises puisqu'il est constant qu'elle a commis, à chaque fois, une nouvelle infraction dans le délai prévu, et que, pour les infractions les plus récentes, elle n'était plus titulaire d'un permis de conduire valide avant le terme du délai. Dès lors, le moyen tiré du défaut de restitution de points au solde de points du permis de conduire de Mme B ne peut qu'être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 13 décembre 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation du titre de conduite de Mme B et lui a enjoint de le restituer ne peuvent qu'être rejetées. Il en est de même en ce qui concerne les conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.
La magistrate désignée,
N. A
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
V. Malingre
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026