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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2001148

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2001148

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2001148
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation12eme chambre
Avocat requérantAVOXA NANTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 30 janvier 2020, 10 novembre 2020, 27 mai 2021 et 22 juillet 2021, Mme B A, représentée par Me Bernot, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE) à lui verser la somme de 114 879 euros en réparation de l'ensemble des préjudices subis à raison de la fin anticipée de son contrat d'expatriée, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de sa demande indemnitaire préalable ;

2°) de mettre à la charge de l'AEFE le versement d'une somme de 4 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de fin de mission anticipée prise à son encontre est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- cette décision est entachée d'un détournement de pouvoir ;

- elle a subi un préjudice financier de 76 104 euros correspondant à la différence entre la rémunération qui aurait dû lui être versée en cas de maintien sur son poste au lycée français de Tokyo jusqu'à la fin de son contrat d'expatriée et la rémunération qui lui a été versée à son retour de détachement ;

- elle a subi un préjudice moral de 25 000 euros ;

- elle demande le remboursement d'une somme de 13 775 euros compte tenu des frais supplémentaires exposés du fait de la fin anticipée de sa mission.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 mai 2020, l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin, première conseillère ;

- les conclusions de Mme Malingue, rapporteure publique ;

- les observations de Me Bernot, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, attachée principale de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur, a été placée en position de détachement auprès de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE) et recrutée, dans le cadre d'un contrat d'expatriée, pour exercer les fonctions de directrice administrative et financière au lycée français international de Tokyo (LIFT), du 1er septembre 2017 au 31 août 2020. Par une décision du 26 juillet 2019, le directeur de l'AEFE a mis fin de manière anticipée au contrat d'expatriée de Mme A à compter du 31 août 2019. Par un courrier du 30 septembre 2019, Mme A a demandé à l'AEFE de l'indemniser des préjudices résultant selon elle de la décision du 26 juillet 2019. Cette demande a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par sa requête, Mme A demande au tribunal de condamner l'AEFE à l'indemniser des préjudices résultant de la décision du 26 juillet 2019.

2. La requérante soutient que la responsabilité de l'AEFE est engagée à raison de l'illégalité fautive de la décision du 26 juillet 2019 par laquelle le directeur de l'AEFE a mis fin de manière anticipée à son contrat d'expatriée à compter du 31 août 2019.

3. Aux termes de l'article D. 911-52 du code de l'éducation : " Il peut être mis fin de manière anticipée au contrat d'un personnel résident ou expatrié sur décision du directeur de l'agence après consultation des commissions consultatives paritaires compétentes de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger. ". L'administration qui accueille un fonctionnaire en position de détachement peut, à tout moment, dans l'intérêt du service, remettre celui-ci à la disposition de son corps d'origine en disposant, à cet égard, d'un large pouvoir d'appréciation. Il n'appartient au juge de l'excès de pouvoir de censurer l'appréciation ainsi portée par l'autorité administrative qu'en cas d'erreur manifeste.

4. Il résulte de l'instruction que, pour mettre fin de manière anticipée au contrat d'expatrié de Mme A, le directeur de l'AEFE s'est fondé à la fois sur des difficultés d'ordre technique rencontrées par l'intéressée ainsi sur des difficultés managériales.

5. S'agissant des difficultés techniques rencontrées par Mme A, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de la mission diligentée les 26 et 27 juin 2019 par l'AEFE et du rapport du proviseur du LIFT du 8 juillet 2019, qu'ont été relevés à l'égard de Mme A un retard de 7 à 8 mois dans les imputations budgétaires de la masse salariale locale préjudiciable au suivi de la consommation des crédits en 2018, un déficit d'information du proviseur et du directeur de l'école élémentaire sur la consommation des crédits pédagogiques, une absence d'information mensuelle des membres du conseil d'administration et de l'équipe de direction sur l'état des dépenses et des recettes, l'information tardive du proviseur et des membres du conseil d'administration sur l'existence d'un déficit important du compte financier 2018 et une absence de suivi budgétaire, d'analyse prospective et de contrôle de gestion ayant conduit au constat tardif de ce déficit. Mme A conteste l'absence d'information du proviseur et du directeur de l'école élémentaire sur la consommation des crédits pédagogiques. S'il ressort des pièces du dossier que cette critique figurait dans le rapport de mission susmentionné, elle n'est étayée par aucun élément précis, de sorte que la requérante est fondée à soutenir que la matérialité de cette critique n'est pas établie. En revanche, Mme A, qui se borne pour l'essentiel à évoquer le contexte difficile dans lequel elle a exercé ses missions, le manque de soutien de sa hiérarchie et la mauvaise volonté d'une partie des équipes placées sous sa responsabilité et à insister sur les améliorations qu'elle a apportées au fonctionnement de la chaîne comptable, ne conteste pas sérieusement les autres manquements qui doivent ainsi être regardés comme établis.

6. S'agissant par ailleurs des difficultés managériales rencontrées par Mme A, il résulte de l'instruction que la requérante, en procédant à divers changements d'organisation au sein de son service, a été progressivement confrontée à une remise en cause de la part de la quasi-totalité de ses collaborateurs, dont cinq se sont plaints au mois de juin 2019 auprès du proviseur de ses méthodes managériales, cette remise en cause allant jusqu'à l'impossibilité d'assurer un fonctionnement d'équipe normal. Les auteurs du rapport de mission susmentionné ont conclu au caractère irrémédiable de cette situation de blocage et ont ainsi préconisé, pour ce motif et le motif tiré des difficultés techniques de Mme A, de mettre fin au contrat de celle-ci de manière anticipée, le proviseur du LIFT effectuant la même préconisation aux termes de son rapport du 8 juillet 2019. La requérante, qui reconnaît avoir dès sa prise de poste choisi d'adopter un positionnement diamétralement opposé à celui de son prédécesseur, en déléguant à ses équipes des tâches que ce dernier assumait directement par le passé, ne conteste pas que sa relation avec ses collaborateurs avait atteint à la date à laquelle la décision de fin de contrat a été prise un niveau de conflictualité tel qu'il obérait toute possibilité de retour à la normale, mais attribue cette situation à la malveillance des agents placés sous son autorité, qui ont réagi avec hostilité aux changements organisationnels pourtant nécessaires qu'elle avait mis en place depuis sa prise de poste. Il résulte à cet égard de l'instruction que plusieurs agents du service administratif et financier du LIFT manifestaient leur défiance à l'égard des personnels de direction de l'établissement, avant même l'arrivée de Mme A, et que cette défiance s'est plus particulièrement dirigée contre la requérante, après que celle-ci a souhaité rationaliser les processus budgétaires et comptables ainsi que la distribution des missions au sein du service par une plus grande délégation des tâches. Si les premières actions menées à bien par Mme A, consistant dans le déploiement de deux logiciels métiers efficaces et en la sécurisation des processus budgétaires et comptables ont été saluées par le proviseur, l'agent comptable et plusieurs de ses collaborateurs et collègues, le rapport de mission susmentionné fait également état d'une conduite du changement perfectible, les collaborateurs de Mme A ayant déploré un manque d'explicitation des changements et une absence de réponses à leurs interrogations ainsi qu'une surcharge de travail insoutenable. Par conséquent, quand bien même aucune faute disciplinaire n'était reprochée à la requérante et que ses compétences professionnelles n'étaient pour l'essentiel pas remises en cause, le comportement managérial de celle-ci s'est trouvé à l'origine d'une situation de blocage qui ne paraissait pas pouvoir trouver d'issue dans l'hypothèse d'un maintien de l'intéressée dans son poste. La circonstance que les compétences professionnelles de Mme A aient toujours été reconnues est sans incidence sur le constat des difficultés rencontrées par l'intéressée dans le management de ses collaborateurs au LIFT. Si la requérante souligne, à juste titre, que la tonalité du compte rendu d'entretien professionnel signé par le proviseur le lendemain de la rédaction du rapport susmentionné, dans lequel il demandait son départ, diffère sensiblement de la tonalité de ce rapport, cette différence entre les deux documents ne permet pas de remettre en cause la réalité des difficultés relevées à l'égard de Mme A, qui ont également été observés par les auteurs du rapport de mission de l'AEFE et dont l'exactitude matérielle résulte suffisamment de l'instruction, comme il a été dit. En outre, ce compte rendu, bien que globalement favorable, identifie très clairement la nécessité d'un développement des compétences comptables de la requérante et insiste à deux reprises sur la nécessité de mieux informer et partager l'information, de sorte qu'il ne saurait être considéré que les deux documents sont en complète contradiction. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en particulier des responsabilités qui étaient celles de Mme A, des manquements relevés dans le suivi de la situation budgétaire et financière du LIFT et de la situation de blocage constatée au sein du service administratif et financier, et en dépit des qualités professionnelles certaines de Mme A et d'un contexte conflictuel structurel au sein de l'établissement, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le directeur de l'AEFE a entaché sa décision de mettre fin, dans l'intérêt du service, de façon anticipée à son contrat d'expatriée d'une erreur de fait ou d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. La requérante soutient par ailleurs que la décision du 26 juillet 2019 est entachée d'un " détournement de pouvoir ", estimant qu'elle a servi de " bouc émissaire " dans le règlement d'un conflit préexistant à son arrivée au LIFT, alors que sa manière de servir était jusque-là saluée par le proviseur du lycée comme par l'AEFE et que la décision de mettre fin à son contrat d'expatrié a présenté un caractère précipité. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que cette décision était justifiée par l'intérêt du service, de sorte que le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi. Par ailleurs, la circonstance que les compétences professionnelles de Mme A étaient globalement reconnues ne faisait pas obstacle à ce qu'il soit mis fin de manière anticipée à son contrat pour mettre fin à une situation de blocage attribuée à son comportement managérial, quand bien même les agents concernés ont eu également leur part de responsabilité dans cette situation et qu'aucune faute disciplinaire n'était reprochée à Mme A.

8. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision du 26 juillet 2019 est entachée d'illégalité fautive et que la responsabilité de l'AEFE est engagée à raison de cette illégalité fautive. Il suit de là que les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, la demande présentée par Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

La rapporteure,

C. MILIN

La présidente,

V. GOURMELON

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'Europe et des affaires étrangères en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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