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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2001535

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2001535

vendredi 23 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2001535
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLEFEUVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 7 février 2020, 1er février 2021 et 1er mars 2022, M. et Mme K J, représentés par Me Lefeuvre, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014 et 2015 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- aucune somme figurant au crédit du compte courant d'associé de M. A J dans les comptes de la SARL Nantes Atlantic Auto ne peut être considérée comme attribuée à ce dernier, de sorte que l'administration fiscale n'a pu légalement imposer les sommes en litige sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts ; en outre, ils établissent que ces sommes constituaient des avances de fonds faites par M. A J à la société dont il était alors le gérant et l'associé ;

- leur expert-comptable a passé des écritures comptables contraires à la réalité économique des opérations d'achats et de ventes effectuées par la SARL Nantes Atlantic Auto en mouvementant à tort le compte courant d'associé de M. A J d'opérations créditrices, sommes dont pourtant ce dernier n'a jamais eu la disposition ;

- ils sont fondés à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, du paragraphe 310 des commentaires administratifs publiés au Bulletin officiel des finances publiques - Impôts le 12 septembre 2012 sous la référence BOI-RPPM-RCM-10-20-10 ;

- l'administration fiscale aurait dû déduire des bénéfices industriels et commerciaux évalués d'office le prix d'achat des véhicules en cause, soit un montant de 11 200 euros ;

- la somme de 14 500 euros correspondant au produit de la vente d'une Audi A 6 à M. I doit être exclue des bénéfices industriels et commerciaux en litige dans la mesure où il s'agissait du véhicule personnel de M. A J ;

- les crédits bancaires suivants ont été regardés à tort par l'administration fiscale comme des revenus d'origine indéterminée :

* s'agissant des crédits figurant sur le compte n° 81458982 ouvert au crédit Agricole, les chèques de 2 500 euros et de 4 400 euros émis par la SARL Nantes Atlantic Auto et encaissés par M. A J les 25 février et 28 février 2014 ont été comptabilisés au compte 401 " fournisseurs particuliers " de la société ; la somme de 2 790 euros créditée le 24 décembre 2014 correspond à l'encaissement d'un chèque établi par le frère de M. A J dans le cadre d'un prêt familial ; la somme de 1 000 euros créditée le 3 octobre 2014 correspond au versement du loyer par la société Vallet Atlantic Auto à M. A J, propriétaire du local commercial et a de ce fait déjà fait l'objet d'une imposition au titre des revenus fonciers ; il en va de même pour les sommes de 1 797 euros créditée le 27 février 2015, de 2 760 euros créditée le 4 juin 2015 et de 1 965 euros créditée le 5 décembre 2015 ; la somme de 14 800 euros créditée le 16 mars 2015 correspond au produit de la vente d'un véhicule personnel de M. A J à M. I et, en tout état de cause, fait l'objet d'une double imposition dans la mesure où elle a été imposée dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux ; enfin, le chèque de 3 000 euros émis par M. G et encaissé le 9 octobre 2015 et le chèque de 2 000 euros émis par la société MGC Construction et encaissé le 14 octobre 2015 correspondent au remboursement d'un chantier annulé pour lequel M. A J avait avancé des fonds ;

* s'agissant des crédits figurant sur le compte n° 81717135 ouvert au Crédit Agricole : il existe un lien évident entre le dépôt d'espèces de 3 000 euros crédité sur le compte le 5 juin 2014 et le débit de cette même somme, le même jour, par chèque ; la somme de 7 920,40 euros créditée le 19 juillet 2014 correspond au produit de la vente d'un véhicule à M. H, lequel a été comptabilisé en produit dans les comptes de la SARL Nantes Atlantic Auto ; les encaissements de chèques de 4 000 euros le 15 janvier 2015, 4 300 euros le 17 janvier 2015 et 5 000 euros le 11 juillet 2015 ont été imputés sur le compte courant d'associé de M. N A J, frère de M. K A J ; les sommes de 1 990 euros, 4 500 euros et 3 800 euros correspondent aux produits de cessions de véhicules et ont, dès lors, déjà fait l'objet d'une imposition dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux ;

* les sommes, d'un montant total de 23 500 euros, figurant sur le compte indivis ouvert à la BNP Paribas au nom de M. et Mme A J ne sont pas imposables dès lors qu'il s'agit d'apports qui n'émanent pas d'eux ;

* certaines opérations s'expliquent par le fait que M. A J procédait à des transferts d'argent de compte à compte non par des virements mais par des remises de chèques ;

* la somme 11 700 euros créditée le 25 janvier 2015 sur le compte bancaire n° 2093956 ouvert à la banque Chaabi correspond à l'encaissement d'un chèque établi par M. O C dans le cadre d'un prêt ;

* enfin, les sommes portées au crédit des comptes bancaires de M. A J ne peuvent être qualifiées de revenus d'origine indéterminée par l'administration fiscale dès lors que la cour d'appel de Rennes a constaté qu'elles se rattachaient à une activité de travail dissimulé ; ainsi, les cotisations sociales devant être recouvrées par l'union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d'allocations familiales (URSSAF) ne peuvent être exigées par l'administration fiscale et les sommes prélevées par l'URSSAF, à savoir 81 747 euros au titre de l'année 2014 et 82 644 euros au titre de l'année 2015, doivent être déduites de la base imposable en cause ;

- la majoration pour manquement délibéré n'est pas justifiée dans la mesure où ils n'avaient pas l'intention d'éluder l'impôt ;

- la majoration pour activité occulte n'est pas justifiée dans la mesure où M. A J s'est seulement borné à liquider le stock de véhicules de la SARL Nantes Atlantic Auto dont il était associé.

Par des mémoires en défense enregistrés les 4 août 2020, 8 décembre 2021 et 5 octobre 2022, le directeur du contrôle fiscal Centre-Ouest conclut au non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement prononcé en cours d'instance et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- il a prononcé, par une décision du 7 décembre 2021, un dégrèvement partiel des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles M. et Mme A J ont été assujettis au titre des années 2014 et 2015, à concurrence d'une somme de 17 078 euros en droits et pénalités ;

- les autres moyens soulevés par M. et Mme A J ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de commerce ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thierry, conseillère,

- les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public,

- et les observations de Me Lefeuvre, représentant M. et Mme A J.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme K A J ont fait l'objet d'un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle au titre des années 2014 et 2015. Parallèlement, l'administration fiscale a également procédé à une vérification de comptabilité au titre de la période allant du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015 portant sur l'activité de vente de véhicules automobiles exercée par M. A J jusqu'à la fin de l'année 2014 dans le cadre de la SARL Nantes Atlantic Auto, dont il était gérant et associé principal, et dont le service vérificateur a estimé qu'elle avait été exercée de manière occulte par M. A J au cours de l'année 2015. A l'issue de cet examen, une proposition de rectification en date du 13 décembre 2017 leur a notifié des rectifications en matière d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux à raison, selon la procédure d'évaluation d'office d'une part, de bénéfices industriels et commerciaux reconstitués au titre de l'année 2015 issus de la vente de véhicules d'occasion de manière occulte, selon la procédure de taxation d'office d'autre part, de revenus d'origine indéterminée et, enfin, selon la procédure contradictoire, de revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, résultant des sommes regardées comme distribuées à M. A J par la SARL Nantes Atlantic Auto. M. et Mme A J ont contesté les suppléments d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux ainsi mis à leur charge au titre de ces deux années par deux réclamations des 27 mai et 17 juillet 2019, qui ont été rejetées par décision du 5 décembre 2019. M. et Mme A J demandent au tribunal la décharge des impositions litigieuses.

Sur l'étendue du litige :

2. Postérieurement à l'introduction de la requête, par une décision du 7 décembre 2021, le directeur du contrôle fiscal Centre-Ouest a prononcé le dégrèvement, d'une part au titre de l'année 2014, à concurrence des sommes de 5 397 euros en droits et 4 836 euros en pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles M. et Mme A J ont été assujettis au titre de la catégorie des revenus d'origine indéterminée et, d'autre part au titre de l'année 2015, à concurrence d'une somme de 3 685 euros en droits et 3 160 euros en pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles M. et Mme A J ont été assujettis au titre de cette même catégorie de revenus. Les conclusions de la requête sont, dans cette mesure, devenues sans objet.

Sur le bien-fondé des impositions litigieuses restant en litige :

En ce qui concerne les revenus de capitaux mobiliers :

S'agissant de l'application de la loi fiscale :

3. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : () / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices ". Les sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé ont, sauf preuve contraire apportée par l'associé titulaire du compte, le caractère de revenus et ne sont alors imposables que dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Pour que l'associé échappe à cette imposition, il lui incombe de démontrer, le cas échéant, qu'il n'a pas pu avoir la disposition de ces sommes ou que ces sommes ne correspondent pas à la mise à disposition d'un revenu.

4. Il résulte de l'instruction que l'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle des époux A J a révélé qu'une somme de 523 848 euros avait été portée au crédit du compte courant d'associé ouvert au nom de M. A J dans la SARL Nantes Atlantic Auto dont il était le gérant et l'associé jusqu'au mois de décembre 2014, au cours duquel la société a été dissoute. Si M. A J a pu apporter certaines justifications sur la nature de ces sommes lors de la procédure d'imposition, il n'a en revanche pas été en mesure d'établir leur caractère non imposable à hauteur d'un montant de 383 649 euros de sorte que le service a considéré que ce montant avait été mis à disposition de l'intéressé et était dès lors imposable entre les mains de son foyer fiscal sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. Si les requérants soutiennent que les sommes en litige constituaient des remboursements d'avances de fonds faites par M. A J à la SARL Nantes Atlantic Auto, ils n'assortissent cette allégation d'aucun élément justificatif permettant d'en apprécier la réalité. A cet égard, la lettre produite par les requérants, datée du 10 juillet 2020, rédigée par le cabinet comptable Burban et associés indiquant que " M. A J [leur] indiquait sur certaines factures d'achat, factures de ventes, remises de chèques et chèques émis : " AVANCES DE FONDS " et " RETOUR SUR AVANCES ". Toutes les pièces mentionnant ces annotations ont été enregistrées par son compte courant. " ne saurait constituer une preuve suffisante de ce que les crédits en litige seraient la contrepartie de dépenses effectivement prises en charge personnellement par M. A J. Par ailleurs, les requérants ne peuvent sérieusement soutenir dans le même temps, pour contester la mise à disposition des sommes en litige, que les crédits inscrits sur le compte courant d'associé de M. A J procédaient d'une erreur commise par le cabinet comptable en ce qu'il aurait passé des écritures comptables contraires à la réalité économique des opérations d'achats et de ventes, M. A J étant responsable, en sa qualité de gérant et d'associé, de la sincérité desdites écritures comptables. Enfin, la circonstance, à la supposer établie, que neuf opérations portées au crédit de ce compte courant ont pour contrepartie des inscriptions au compte de charges 607 " achat de marchandises ", ce qui traduit au demeurant un appauvrissement de la société au profit de M. A J, n'est pas de nature à établir que les sommes concernées n'auraient pas été effectivement mises à la disposition de M. A J. Les requérants n'apportant pas la preuve, qui leur incombe, que la somme de 383 649 euros n'avait pas le caractère de revenus distribués appréhendés par M. A J, l'administration fiscale a pu, à bon droit, l'imposer dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, entre les mains de M. et Mme A J.

S'agissant de l'interprétation administrative de la loi fiscale :

5. Les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir des énonciations du paragraphe 310 des commentaires administratifs publiés au Bulletin officiel des finances publiques - Impôts le 12 septembre 2012 sous la référence BOI-RPPM-RCM-10-20-10, qui ne donnent pas de la loi fiscale une interprétation différente de celle dont il est fait application au point 4 du présent jugement.

En ce qui concerne les bénéfices industriels et commerciaux :

S'agissant du principe de l'imposition :

6. Aux termes de l'article 34 du code général des impôts : " Sont considérés comme bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par les personnes physiques et provenant de l'exercice d'une profession commerciale, industrielle ou artisanale (). ". Aux termes de l'article L. 110-1 du code de commerce, est réputé acte de commerce " tout achat de biens meubles pour les revendre, soit en nature, soit après les avoir travaillés et mis en œuvre ". Ainsi, les résultats provenant de telles opérations sont imposables dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux lorsque celles-ci sont réalisées à titre professionnel. Aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. / Par exception aux dispositions du premier alinéa, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la sixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due, lorsque le contribuable n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce () ". Il résulte de ces dispositions que dans le cas où un contribuable n'a ni déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire, ni fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, l'administration doit être réputée apporter la preuve, qui lui incombe, de l'exercice occulte de l'activité professionnelle si le contribuable n'est pas lui-même en mesure d'établir qu'il a commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ses obligations déclaratives.

7. L'administration, sur la base des éléments recueillis au cours du contrôle, et notamment lors de l'exercice de son droit de communication auprès des établissements bancaires concernés qui a révélé que de nombreux chèques inscrits au crédit de deux comptes bancaires de M. A J correspondaient aux produits de cessions à des particuliers de plusieurs véhicules automobiles d'occasion au cours de l'année 2015, a estimé que M. A J devait déclarer cette activité qu'il exerçait à titre personnel. Il n'est pas contesté que cette activité de négoce n'a donné lieu à aucune déclaration fiscale et que M. A J n'a pas fait connaître ses activités à un centre de formalités des entreprises ou un greffe de tribunal de commerce. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a regardé M. A J comme exerçant une activité occulte de négoce de véhicules automobiles et a imposé, dans le cadre d'une procédure d'évaluation d'office, les sommes résultant de cette activité dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux.

S'agissant du montant des bénéfices industriels et commerciaux :

8. En premier lieu, pour contester le montant des bénéfices industriels et commerciaux évalués d'office, les requérants soutiennent que l'administration fiscale aurait dû déduire de ces bénéfices le prix d'achat des véhicules en cause. Pour établir le prix d'achat de ces véhicules, les requérants produisent un extrait des écritures comptables de la SARL Nantes Atlantic Auto comportant une écriture de reprise du stock de véhicules par le débit du compte courant de M. A J d'un montant de 11 200 euros et des extraits du livre de police permettant d'identifier les véhicules acquis. Toutefois, de telles pièces ne permettent pas d'établir que les véhicules ainsi acquis par M. A J correspondaient précisément aux sept véhicules qu'il a vendus au cours de l'année 2015.

9. En second lieu, si les requérants soutiennent que le produit de la vente d'une Audi A6 à M. I d'un montant de 14 500 euros devrait être exclu des bénéfices industriels et commerciaux en litige dans la mesure où il s'agissait du véhicule personnel de M. A J, ils n'assortissent cette allégation d'aucun élément justificatif permettant d'en apprécier le bien-fondé, alors même que M. A J a indiqué, lors du premier entretien effectué dans le cadre de la procédure d'examen contradictoire, ne détenir aucun des véhicules à titre personnel.

En ce qui concerne les revenus d'origine indéterminée :

10. Aux termes de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales : " () sont taxés d'office à l'impôt sur le revenu les contribuables qui se sont abstenus de répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications prévues à l'article L. 16 ". Aux termes de l'article L. 16 de ce livre, dans sa rédaction applicable au litige : " En vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu, l'administration peut demander au contribuable des éclaircissements. () / Elle peut également lui demander des justifications lorsqu'elle a réuni des éléments permettant d'établir que le contribuable peut avoir des revenus plus importants que ceux qu'il a déclarés, notamment lorsque le total des montants crédités sur ses relevés de compte représente au moins le double de ses revenus déclarés ou excède ces derniers d'au moins 150 000 €. () ". Et aux termes de l'article L. 193 du même livre : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ".

11. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a adressé à M. et Mme A J, le 20 juin 2017, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales, une demande d'éclaircissements ou de justifications portant sur de nombreux crédits bancaires figurant sur différents comptes ouverts au nom de M. A J révélant une discordance importante entre leurs montants et le montant des revenus déclarés par les époux A J au titre des années 2014 et 2015, à savoir respectivement des montants de 357 917 euros et 370 672 euros. Considérant que les contribuables n'avaient pas répondu de manière complète et satisfaisante à cette demande, l'administration fiscale leur a adressé une mise en demeure le 28 août 2017, laquelle n'a toutefois pas permis de justifier de l'origine de la totalité des sommes. L'administration fiscale a alors mis en œuvre la procédure de taxation d'office prévue par les dispositions précitées de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales et a constaté, après avoir pris en compte les divers justificatifs produits par les requérants à l'appui de leurs observations en réponse à la proposition de rectification du 13 décembre 2017, que devaient être taxées dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée les sommes d'un montant de 110 111 euros au titre de l'année 2014 et de 174 435 euros au titre de l'année 2015. Par suite, il appartient à M. et Mme A J, en application de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales, de démontrer le caractère exagéré des impositions supplémentaires résultant de ces rehaussements.

S'agissant des crédits figurant sur le compte n° 81458982 ouvert au Crédit Agricole :

Quant à l'année 2014 :

12. Si les requérants soutiennent qu'un chèque de 2 500 euros émis par la SARL Nantes Atlantic Auto et encaissé par M. A J le 25 février a été comptabilisé au compte 401 " fournisseurs particuliers " de même qu'un chèque de 4 400 euros encaissé le 28 février suivant, ils ne produisent toutefois aucun justificatif comptable à l'appui de ces affirmations et n'établissent pas davantage, pour attester de la réalité des remboursements allégués, que M. A J aurait effectivement payé le fournisseur au moyen de ses deniers personnels.

13. Si les requérants soutiennent que la somme de 2 790 euros créditée le 24 décembre correspond à l'encaissement d'un chèque établi par le frère de M. A J dans le cadre d'un prêt familial, ils ne produisent aucune pièce permettant d'établir l'existence de ce prêt.

14. S'agissant de la somme de 1 000 euros créditée le 3 octobre correspondant au versement du loyer par la société Vallet Atlantic Auto à M. A J, propriétaire du local commercial, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a abandonné cette rectification en cours d'instance et prononcé en conséquence le dégrèvement correspondant.

Quant à l'année 2015 :

15. S'agissant des sommes de 1 797 euros, 2 760 euros et 1 965 euros respectivement créditées les 27 février, 4 juin et 5 décembre et correspondant aux versements des loyers par la société Vallet Atlantic Auto à M. A J, propriétaire du local commercial, il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, que l'administration fiscale a abandonné ces rectifications en cours d'instance et prononcé en conséquence le dégrèvement correspondant.

16. Pour contester le caractère imposable de la somme de 14 800 euros créditée le 16 mars, les requérants font valoir, dans un premier temps, qu'elle correspond au produit de la vente d'un véhicule personnel de M. A J à M. I. Cependant, il résulte de l'instruction que le prix payé par M. I pour la vente d'un véhicule Audi A6 s'élevait à 14 500 euros et ne peut donc correspondre à la remise de chèque litigieuse d'un montant de 14 800 euros. En tout état de cause, ainsi qu'il a été dit précédemment, les requérants n'établissent pas qu'il s'agirait de la cession d'un véhicule personnel. Dans un second temps, les requérants soutiennent que cette somme aurait déjà fait l'objet d'une imposition dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux. Cependant, il résulte de l'instruction que cette somme ne correspond ni à la vente effectuée au profit de M. I ni davantage aux transactions identifiées par le service vérificateur dans le cadre de l'évaluation d'office du bénéfice commercial réalisé par M. A J au titre de l'année 2015.

17. Si les requérants soutiennent que le chèque de 3 000 euros émis par M. G et encaissé le 9 octobre et le chèque de 2 000 euros émis par la société MGC Construction et encaissé le 14 octobre correspondent au remboursement d'un chantier annulé pour lequel M. A J avait avancé des fonds, ils ne produisent toutefois aucun justificatif de règlement au soutien de leurs allégations.

S'agissant des crédits figurant sur le compte n° 81717135 ouvert au Crédit Agricole :

Quant à l'année 2014 :

18. S'agissant du dépôt d'espèces de 3 000 euros crédité le 5 juin, les requérants n'établissent pas le caractère non imposable d'une telle somme en se bornant à faire valoir qu'elle aurait été débitée le même jour, par le débit d'un chèque du même montant, sans préciser au demeurant le bénéficiaire dudit chèque.

19. S'agissant de la somme de 7 920,40 euros créditée le 19 juillet, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a abandonné cette rectification en cours d'instance et prononcé en conséquence le dégrèvement correspondant.

Quant à l'année 2015 :

20. En se bornant à soutenir, sans plus de précision, que les encaissements de chèques de montants respectifs de 4 000 euros, 4 300 euros et 5 000 euros les 15 janvier, 17 janvier et 11 juillet ont été imputés sur le compte courant d'associé de M. N A J, frère de M. K A J, les requérants n'établissent pas le caractère non imposable de ces sommes.

21. Si les requérants soutiennent que les sommes de 1 990 euros, 4 500 euros et 3 800 euros versées respectivement par M. E F le 23 juin 2015, Mme L le 26 novembre 2015 et Mme B D le 27 novembre 2015 correspondent aux produits des cessions de véhicules et ne peuvent être imposées dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée dans la mesure où elles ont déjà fait l'objet d'une imposition dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux, il résulte toutefois de l'instruction qu'aucune de ces personnes ne fait partie des acquéreurs identifiés par le service vérificateur dans le cadre de l'évaluation d'office du bénéfice commercial réalisé par M. A J au titre de l'année 2015.

S'agissant des autres crédits :

22. S'agissant des sommes, d'un montant total de 23 500 euros, figurant sur le compte indivis ouvert à la BNP Paribas au nom de M. et Mme A J, il résulte de l'instruction que l'imposition de celles-ci a été abandonnée par l'administration fiscale au stade de la réponse aux observations du contribuable en date du 1er mars 2018.

23. En se bornant à faire valoir, sans plus de précision, que certaines opérations s'expliqueraient par le fait que M. A J procédait à des transferts d'argent de compte à compte non par des virements mais par des remises de chèques, les requérants n'établissent pas sérieusement le caractère non imposable desdits crédits bancaires, qu'ils ne sont au demeurant pas en mesure d'identifier précisément.

24. Si les requérants soutiennent que la somme de 11 700 euros créditée le 25 janvier 2015 sur le compte bancaire n° 2093956 ouvert à la banque Chaabi au Maroc correspond à l'encaissement d'un chèque établi par M. O C dans le cadre d'un prêt, ils n'établissent pas l'existence du prétendu prêt en se bornant à produire le chèque en cause et la pièce d'identité de M. C.

25. Enfin, les requérants soutiennent de façon générale que les sommes portées au crédit des comptes bancaires de M. A J ne peuvent être qualifiées de revenus d'origine indéterminée par l'administration fiscale dès lors que la Cour d'appel de Rennes, par un arrêt du 11 mars 2021, a constaté qu'ils se rattachaient à une activité de travail dissimulé. A titre subsidiaire, ils soutiennent que les cotisations sociales devant être recouvrées par l'union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d'allocations familiales (URSSAF) ne peuvent être exigées par l'administration fiscale et que les sommes prélevées par l'URSSAF, à savoir 81 747 euros au titre de l'année 2014 et 82 644 euros au titre de l'année 2015, doivent être déduites de la base imposable en cause. Toutefois, les termes de l'arrêt de la cour d'appel de Rennes ne permettent pas d'identifier les faits qui ont conduit la Cour à fixer à 287 727 euros le montant des sommes qualifiées de salaires non déclarés ni de rapprocher, en tout état de cause, les sommes taxées comme revenus d'origine indéterminée par l'administration fiscale des sommes considérées comme des salaires non déclarés par la Cour. Par conséquent, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les sommes en cause auraient été qualifiées à tort de revenus d'origine indéterminée par l'administration fiscale. Par suite, ils ne sont pas davantage fondés à soutenir que les revenus en cause ont été à tort assujettis aux prélèvements sociaux au motif que des contributions sociales auraient déjà été prélevées par les services de l'URSSAF.

Sur les pénalités :

En ce qui concerne la majoration pour manquement délibéré :

26. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

27. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a assorti les impositions supplémentaires mises à la charge de M. et Mme A J au titre des années 2014 et 2015, en tant qu'elles résultent de la réintégration dans leurs revenus imposables de revenus d'origine indéterminée et de revenus de capitaux mobiliers, de la majoration pour manquement délibéré prévue par les dispositions précitées du code général des impôts aux motifs que les revenus imposables ont été soustraits à l'impôt pendant deux années consécutives et s'élevaient à quatorze fois le revenu brut déclaré au titre de l'année 2014 et cinq fois celui déclaré au titre de l'année 2015. Dans ces conditions, et pour ces seuls motifs, alors que les requérants se bornent à soutenir qu'ils n'ont jamais eu l'intention d'éluder l'impôt dans les mesure où toutes les sommes en cause ne présenteraient pas un caractère imposable, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, du caractère délibéré des manquements commis par M. et Mme A J. C'est par suite à bon droit qu'elle a mis à la charge des intéressés, au titre des années en cause, la majoration de 40 % prévue par le a) de l'article 1729 du code général des impôts.

En ce qui concerne la majoration pour activité occulte :

28. Aux termes de l'article de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () / c. 80 % en cas de découverte d'une activité occulte. (). ". Et aux termes du troisième alinéa de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable au litige : " () L'activité occulte est réputée exercée lorsque le contribuable n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et soit n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, soit s'est livré à une activité illicite. ". Il résulte de ces dispositions que dans le cas où un contribuable n'a ni déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire, ni fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, l'administration doit être réputée apporter la preuve, qui lui incombe, de l'exercice occulte de l'activité professionnelle si le contribuable n'est pas lui-même en mesure d'établir qu'il a commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ses obligations déclaratives.

29. L'administration a appliqué la majoration de 80 % prévue, en cas de découverte d'une activité occulte, par le c) du 1. de l'article 1728 du code général des impôts aux seuls suppléments d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux résultant de l'imposition des bénéfices industriels et commerciaux générés par l'activité de vente de véhicules d'occasion effectuée par M. A J au titre de l'année 2015. Il est constant que M. A J n'a pas déposé les déclarations qu'il était tenu de souscrire au titre de l'exercice de cette activité, dont la réalité est, ainsi qu'il a été dit au point 7 du présent jugement, établie, ni fait connaître son activité de commerce de véhicules d'occasion au cours de l'année 2015. Par suite, alors que M. A J n'établit ni même n'allègue avoir commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune des obligations prévues par l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve de l'exercice occulte d'une activité commerciale par l'intéressé au cours de l'année 2015 justifiant l'application de la pénalité prévue au c) de l'article 1728 du code général des impôts.

30. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions aux fins de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles M. et Mme A J ont été assujettis au titre des années 2014 et 2015 doit être rejeté ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. et Mme A J à concurrence du dégrèvement, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux d'un montant total de 17 078 euros prononcé par le directeur du contrôle fiscal Centre-Ouest au titre des années 2014 et 2015.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme A J est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme K A J et au directeur du contrôle fiscal Centre-Ouest.

Délibéré après l'audience du 2 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

Mme Thierry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2023.

La rapporteure,

S. THIERRY

Le président,

Y. LIVENAISLe greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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