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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2001597

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2001597

jeudi 8 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2001597
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationMagistrat : M. LABOUYSSE - R. 222-13
Avocat requérantPHILIPPON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 février 2020, M. B C, représenté par

Me Thibaut Philippon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet, par le préfet de la Loire-Atlantique, de sa demande tendant à l'échange de son permis de conduire syrien contre un permis de conduire français, ainsi que la décision du 27 décembre 2019 par laquelle cette autorité a expressément confirmé sa décision implicite de rejet ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à l'échange de son permis de conduire, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de 15 jours et sous astreinte de 25 euros par jour de retard à l'expiration de ce délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision du 27 décembre 2019 est entachée d'incompétence ;

- le refus d'échange est entaché d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juillet 2020, le préfet de la Loire-Atlantique demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. B C.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. C par une décision du 12 août 2020 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- l'arrêté du 9 avril 2019 modifiant l'arrêté du 12 janvier 2012 ;

- le code de justice administrative ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991.

Le président du tribunal a désigné M. David Labouysse, premier conseiller, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. F a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 1er septembre 2022 à partir de 10h45.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C est un ressortissant de nationalité syrienne qui est né le 13 janvier 1979. Il a, le 27 novembre 2018, sollicité l'échange du permis de conduire qui lui a été délivré par les autorités syriennes le 14 septembre 2010 contre un permis de conduire français. Une décision implicite de rejet, par le préfet de la Loire-Atlantique, de cette demande est intervenue compte tenu du silence gardé par cette autorité pendant deux mois à compter de sa réception. Le préfet de la Loire-Atlantique a expressément statué sur cette même demande pour la rejeter par une décision du 27 décembre 2019. M. C demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

2. Il ressort des pièces du dossier que le rejet de la demande d'échange du permis de conduire présentée par M. C est fondé sur le motif tiré de l'absence d'accord de réciprocité relatif à l'échange des permis de conduire, conclu entre la France et la Syrie.

3. Aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3 Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé ". Pour l'application de ces dispositions, l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen dispose : " I. ' Pour être échangé contre un titre français, tout permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit répondre aux conditions suivantes :/ A. ' Avoir été délivré au nom de l'Etat dans le ressort duquel le conducteur avait alors sa résidence normale, sous réserve qu'il existe un accord de réciprocité entre la France et cet Etat conformément à l'article R. 222-1 du code de la route. () ".

4. En premier lieu, dans sa rédaction en vigueur jusqu'au 19 avril 2019, le I de l'article 11 du même arrêté du 12 janvier 2012 disposait que : " I. Les dispositions du A du I de l'article 5 ne sont pas applicables au titulaire d'un permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen possédant un titre visé au I de l'article 4 comportant la mention "réfugié" ". Ces dispositions ont toutefois été abrogées par l'article 1er de l'arrêté du 9 avril 2019 modifiant l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen. Cet arrêté du 9 avril 2019 a été publié au Journal officiel de la République française le 18 avril 2019. Il est entré en vigueur le lendemain de cette publication.

5. D'une part, sauf dispositions expresses contraires, il appartient à l'autorité administrative de statuer sur les demandes dont elle est saisie en faisant application des textes en vigueur à la date de sa décision. Il en va notamment ainsi, en l'absence de texte contraire, des décisions que l'administration est amenée à prendre, implicitement ou expressément, sur les demandes d'échange de permis de conduire qui lui sont présentées en application des dispositions citées au point 3.

6. D'autre part, si l'article L. 221-4 du code des relations entre le public et l'administration énonce que : " Sauf s'il en est disposé autrement par la loi, une nouvelle réglementation ne s'applique pas aux situations juridiques définitivement constituées avant son entrée en vigueur ou aux contrats formés avant cette date ", le dépôt d'une demande d'échange de permis de conduire ne saurait être regardé comme instituant, au profit du demandeur, une situation juridique définitivement constituée à la date de ce dépôt. Par suite, la circonstance qu'une demande d'échange de permis de conduire a été déposée avant l'entrée en vigueur des modifications introduites par l'arrêté du 9 avril 2019 ne saurait faire obstacle à ce que ces modifications lui soient applicables.

7. Ainsi, lorsque l'administration statue, à compter du 19 avril 2019, c'est-à-dire à compter de l'entrée en vigueur des dispositions ayant rendu applicable, aux bénéficiaires du statut de réfugié, aux apatrides ou aux étrangers ayant obtenu la protection subsidiaire, la condition d'existence d'un accord de réciprocité pour tout échange d'un permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne ni à l'Espace économique européen, il lui appartient de vérifier le respect de cette condition, y compris pour les demandes qui ont été déposées avant le 19 avril 2019.

8. Il en va ainsi même si la décision de refus prise postérieurement au 19 avril 2019 fait suite à une demande, déposée par un bénéficiaire du statut de réfugié, un apatride ou un étranger ayant obtenu la protection subsidiaire, qui a donné lieu, avant cette date, à une première décision de rejet, expresse ou implicite, fondée sur l'absence d'accord de réciprocité. L'illégalité susceptible d'entacher ce premier refus est en effet sans incidence sur le bien-fondé de la décision qui, postérieurement au 19 avril 2019, abroge ce premier refus, lequel n'est pas créateur de droit, et oppose un nouveau refus fondé sur l'absence, à la date de la nouvelle décision, d'accord de réciprocité entre la France et l'Etat ayant délivré le permis.

9. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

10. Il résulte de ce qu'il vient d'être dit que les conclusions présentées par M. C, dirigées contre la décision implicite de rejet de sa demande par le préfet de la Loire-Atlantique et la décision expresse de rejet opposée par cette autorité le 27 décembre 2019, doivent être regardées comme tendant à la seule annulation de cette décision expresse qui n'est pas confirmative de la décision implicite de rejet, mais s'y substitue de sorte qu'en l'espèce, seule la décision du 27 décembre 2019 doit être regardée comme statuant sur la demande d'échange présentée par le requérant.

11. En conséquence, compte tenu de ce qui a été dit aux points 3 à 8, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas commis d'erreur de droit en appréciant le bien-fondé de cette demande à la date du 27 décembre 2019 et en opposant ainsi l'absence d'accord de réciprocité conclu entre la France et la Syrie, laquelle suffit, à elle seule, à justifier, en vertu des dispositions précitées de l'article 5 de l'arrêté interministériel du 12 janvier 2012, le rejet de la demande d'échange.

12. En second lieu, d'une part, dans le cadre de conventions de délégations de gestion en matière d'échange de permis de conduire signées le 5 septembre 2017 entre le préfet de la Loire-Atlantique et les préfets de départements, publiées au recueil des actes administratifs de la préfecture de Loire-Atlantique du 5 octobre 2017, les demandes d'échange de permis de conduire étrangers contre des permis français sont instruites, depuis le mois de septembre de l'année 2017, par le centre d'expertise et de ressources titres (CERT) de Nantes, sous l'autorité du préfet de la Loire Atlantique, à l'exception de celles dont les demandeurs résident à Paris. D'autre part, par un arrêté du 17 septembre 2019 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de ce département, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation de signature à Mme E, directrice du CERT de Nantes, pour les décisions relatives aux échanges de permis de conduire étrangers et, en cas d'absence ou d'empêchement de cette dernière, notamment à Mme D A, cheffe du pôle instruction au CERT de Nantes. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision du 5 octobre 2019, signée au nom du préfet de la Loire-Atlantique par Mme A aurait été prise par une autorité incompétente doit, en tout état de cause, être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant l'échange de son permis de conduire, opposée par le préfet de la Loire-Atlantique le 27 décembre 2019. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions présentées par M. C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Thibault Philippon.

Une copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

D. F La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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