mercredi 23 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2002633 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat : Mme BAUFUME - R. 222-13 |
| Avocat requérant | JAD SUI GENERIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires respectivement enregistrés le 18 décembre 2019 et les 1er avril et 21 septembre 2022, Mme B A, représentée par Me Kimboo :
1°) forme opposition à la contrainte du 18 novembre 2019 par laquelle la caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine lui demande le remboursement d'une somme totale de 1 020,85 euros correspondant à un trop-perçu d'aide personnalisée au logement et de revenu de solidarité active ;
2°) demande au tribunal de condamner la caisse d'allocations familiales d'Ille et Vilaine au paiement des entiers dépens ;
3°) demande au tribunal de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales d'Ille et Vilaine la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la contrainte ;
- la contrainte n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ; elle n'a jamais bénéficié des sommes réclamées au titre de l'aide personnalisée au logement ;
- elles est entachée d'une erreur d'appréciation ; elle n'a jamais bénéficié des sommes réclamées au titre de l'aide personnalisée au logement ; la caisse d'allocations familiales ne peut soutenir que la somme de 440 euros aurait servi à rembourser partiellement une dette fondée sur une décision annulée par le tribunal administratif de Rennes par jugement n° 1703926 du 27 mars 2019 ; elle vit dans sa voiture et ses ressources sont à peine suffisantes à assurer ses dépenses alimentaires.
Par trois mémoires enregistrés le 11 mai 2021 et les 1er août et 5 octobre 2022, la caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de valider la contrainte pour un montant de 633,86 euros.
Elle soutient que :
- il n'y a plus lieu de statuer sur le trop-perçu de revenu de solidarité active dès lors qu'elle a, par décision du 3 février 2020, annulé cet indu ;
- la requérante est encore redevable des indus d'allocation personnalisée au logement ; la somme de 440 euros n'a pas été directement versée à Mme A mais a été déduite d'une somme que cette dernière lui devait ; elle doit donc être regardée comme ayant, indument, bénéficié de cette somme.
Les parties ont été informées, par courrier du 17 octobre 2022, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions reconventionnelles présentées par la caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine et tendant à la validation de sa contrainte dès lors qu'une personne publique ou une personne privée chargée d'une mission de service public est irrecevable à demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre elle-même.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mars 2021.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Baufumé, première conseillère, en application de l'article R. 222 - 13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a, sur sa proposition, dispensé la rapporteure publique de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par une contrainte émise le 18 novembre 2019 par la caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine, Mme A a été sommée de rembourser, d'une part, la somme de 327,85 euros versée au titre du revenu de solidarité active (RSA) pour la période comprise entre le 1 er mars 2014 et le 28 février 2015, d'autre part, la somme de 253 euros versée indument au titre de l'aide personnalisée au logement au cours du mois de novembre 2017 et, enfin, la somme de 440 euros versée indument, au titre de l'aide personnalisée au logement pour la période comprise entre le 1er décembre 2017 et le 31 janvier 2018. Par la présente requête, Mme A forme opposition à cette contrainte.
Sur l'indu de revenu de solidarité active :
2. Il est constant que, par décision du 3 février 2020, la caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine, suite à une régularisation du dossier de la requérante, a notamment retiré la contrainte du 18 novembre 2019 en tant qu'elle sommait Mme A de répéter la somme de 327,85 euros au titre d'un indu de RSA. La requérante ayant obtenu satisfaction sur ce point, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de sa requête par lesquelles elle forme opposition contre ladite contrainte en tant qu'elle concerne cet indu de RSA.
Sur la contrainte en ce qui concerne les indus d'allocation personnalisée au logement :
En ce qui concerne le trop-perçu de 440 euros :
3. Il résulte des termes de la contrainte contre laquelle Mme A forme opposition, que la CAF d'Ille-et-Vilaine lui a demandé le remboursement d'une somme de 440 euros correspondant à un trop perçu d'APL du 1er décembre 2017 au 31 janvier 2018. Si Mme A soutient ne jamais avoir perçu cette somme, la CAF d'Ille-et-Vilaine soutient, aux termes de ses écritures en défense, que des retenues sur les droits APL de Mme A ont été effectuées, en décembre 2017 et en janvier 2018, à hauteur de 220 euros par mois, en remboursement d'une dette, dont elle ne précise pas la nature, et que la requérante a, par conséquent, et indirectement, bien bénéficié de cette somme de 440 euros. Il résulte par ailleurs de l'instruction, que par décision du 6 novembre 2017, la caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine a bien informé Mme A qu'elle avait indument perçu le RSA et la prime de Noël du 1er mars 2014 au 28 février 2015 et que ce trop-perçu ferait l'objet de retenues mensuelles, à hauteur de 220 euros par mois, à compter du 1er décembre 2017. Toutefois, il résulte également de l'instruction que par jugement n° 1703926 du 27 mars 2019, devenu définitif, le tribunal administratif de Rennes a annulé la décision du 3 juillet 2017 par laquelle le président du conseil départemental d'Ille-et-Vilaine avait rejeté le recours administratif présenté par Mme A en contestation du bien fondé d'un indu de RSA socle pour la période de mars 2015 à février 2017, la juridiction ayant considéré que le calcul de l'indu était erroné, l'abattement applicable à la situation de la requérante n'ayant pas été appliqué. Il en résulte enfin, que par décision du 3 février 2020, susmentionnée, la CAF d'Ille-et-Vilaine, à la suite de ce jugement, a régularisé la situation de Mme A et a informé cette dernière de l'annulation des trop-perçus notifiés par décision du 6 novembre 2017 pour la période de mars 2014 à février 2015. Il résulte de tout ce qui précède que la dette qui a été compensée par les deux retenues de 220 euros en décembre 2017 et janvier 2018 a, en tout état de cause, été annulée. Mme A ne peut donc être regardée comme ayant bénéficié de la somme de 440 euros au titre de l'APL. Il s'en suit que la CAF d'Ille-et-Vilaine a commis une erreur de fait en réclamant à la requérante, par la contrainte du 18 novembre 2019, un trop-perçu d'APL de 440 euros.
En ce qui concerne le trop-perçu de 253 euros :
4. Il résulte des termes de la contrainte contre laquelle Mme A forme opposition, que la CAF d'Ille-et-Vilaine lui a demandé le remboursement d'une somme de 253 euros correspondant à un trop perçu d'APL au titre du mois de novembre 2017, la requérante ayant quitté son logement le 8 novembre 2017. Il en résulte par ailleurs qu'une retenue de 59,14 euros a été effectuée par la CAF, la somme en litige s'élevant par conséquent à 193,86 euros. Il résulte toutefois également de l'instruction, et notamment des écritures de la CAF d'Ille-et-Vilaine, que les sommes dont bénéficiait Mme A au titre de l'APL étaient directement versées à son bailleur. Par conséquent, cette dernière est fondée à soutenir qu'elle n'a pas perçu le versement d'une telle somme au titre du mois de novembre 2017. Il en résulte également qu'ayant quitté son logement le 8 novembre 2017, Mme A ne peut en tout état de cause être considérée comme ayant bénéficié d'une aide indirecte, via le versement de l'APL à son bailleur, au titre du loyer du mois de novembre 2017. Il s'en suit que la CAF d'Ille-et-Vilaine a commis une erreur de fait en réclamant à la requérante, par la contrainte du 18 novembre 2019, un trop-perçu d'APL de 253 euros.
5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la contrainte du 18 novembre 2019 délivrée par la directrice de la caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine doit être annulée en tant qu'elle réclame à Mme A le remboursement de deux indus d'APL à hauteur de 253 euros et 440 euros.
Sur les conclusions reconventionnelles présentées par la CAF d'Ille-et-Vilaine :
6. En application du principe selon lequel une personne morale de droit public ou privé chargée d'une mission de service public est irrecevable à demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre elle-même, l'organisme payeur n'est pas recevable à demander au tribunal de condamner un allocataire au remboursement de prestations qu'il a indûment perçues, dès lors qu'il dispose, comme il en a usé en l'espèce, du pouvoir de délivrer une contrainte lui permettant de recouvrer une prestation indument versée qui, sauf opposition fondée, comporte les effets d'un jugement en application des dispositions de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale. Par suite, s'il incombe au tribunal de statuer sur les oppositions à contrainte formées par les débiteurs, il ne lui appartient pas en revanche de valider une contrainte. Les conclusions reconventionnelles de la CAF sont donc irrecevables et doivent être rejetées comme telles.
Sur les conclusions relatives aux dépens :
7. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de Mme A présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me Kimboo, conseil de Mme A.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions par lesquelles Mme A a fait opposition à la contrainte du 18 novembre 2019 délivrée par la directrice de la caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine en tant qu'elle lui demande de rembourser la somme de 327,85 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active.
Article 2 : La contrainte du 18 novembre 2019 délivrée par la directrice de la caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine est annulée en tant qu'elle concerne les deux trop-perçus d'aide personnalisée au logement.
Article 3 : Les conclusions reconventionnelles présentées par la caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine sont rejetées.
Article 4 : La caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine versera à Me Kimboo, conseil de Mme A, une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine et à Me Kimboo.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2022.
La magistrate désignée,
A. C
La greffière,
Y. BOUBEKEUR
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement
en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026