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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2003061

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2003061

vendredi 7 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2003061
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDE LARMINAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 mars 2020, M. A B, représenté par Me De Larmina, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2016 et 2017 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, ainsi que des intérêts de retard correspondants ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure d'imposition est viciée dès lors que c'est à tort que le service a appliqué la procédure d'évaluation d'office en invoquant une infraction au code du travail ;

- le service n'a pas tenu compte pour le calcul du quotient familial de ce qu'il a la charge de deux enfants mineurs qui sont scolarisés à Bouguenais ;

- le service a appliqué à tort le taux de taxe sur la valeur de 20 % alors qu'une partie de son activité relève du taux réduit de 10 % prévu par l'article 279-0 bis du code général des impôts.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 août 2020, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- en application de l'article R*200-2, 2e alinéa du livre des procédures fiscales, la requête de M. B est irrecevable en ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée dans la mesure où cette imposition n'a pas été visée par l'intéressé dans sa réclamation du 8 novembre 2019 ; au surplus, la demande formulée en matière de taxe sur le chiffre d'affaires de taxation d'une partie du chiffre d'affaires au taux de 10 % plutôt que 20 % a été réitérée par M. B dans une réclamation du 21 décembre 2019 qui a fait l'objet d'une admission totale et d'un dégrèvement en droits de 5 432 euros le 22 juin 2020 de sorte que la requête est sur ce point dépourvue d'objet ;

- pour le surplus, les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Penhoat,

- et les conclusions de M. Huin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B exerce, à titre individuel, une activité de réfection de toitures et charpentes. Il a déclaré réaliser un chiffre d'affaires annuel hors taxes n'excédant pas le plafond d'application du régime des micro-entreprises prévu à l'article 50-0 du code général des impôts. Par ailleurs, son activité a été déclarée sous le régime de la franchise en base de taxe sur la valeur ajoutée. Après avoir exercé son droit de communication auprès des autorités judiciaires, sur le fondement des articles L. 82 C et L. 101 du livre des procédures fiscales le 24 janvier 2019, le service a estimé que M. B relevait du régime réel en matière de taxe sur la valeur ajoutée et que ses revenus professionnels des années 2016 et 2017 devaient être réévalués. L'administration fiscale lui a notifié, selon la procédure d'évaluation d'office, des rehaussements du montant des bénéfices non commerciaux ainsi que, selon la procédure de taxation d'office, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et d'impôt sur le revenu. Les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des années 2016 et 2017 et les rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017 correspondants ont été mis en recouvrement les 9 juillet et 30 septembre 2019. Ces droits ont été assortis d'intérêts de retard et de majorations. Les réclamations formées par M. B ont été partiellement admises les 21 octobre 2019 et 22 juin 2020 à la suite notamment de la taxation d'une partie de son chiffre d'affaires au taux de 10 %. Par la présente requête, M. B demande au tribunal la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2016 et 2017 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, ainsi que des intérêts de retard correspondants.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a prononcé, au cours de l'instance, par une décision du 22 juin 2020, le dégrèvement partiel des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à la charge de M. B au titre de l'année 2016 à hauteur en droits de la somme de 5 432 euros en conséquence de la prise en compte de sa demande de taxation d'une partie de son chiffre d'affaires au taux réduit de 10 %. Les conclusions du requérant sont donc, dans cette mesure, devenues sans objet, de sorte qu'il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

3. Aux termes de l'article L. 73 du livre des procédures fiscales : " Peuvent être évalués d'office : / 1° Le bénéfice imposable des contribuables qui perçoivent des revenus provenant d'entreprises industrielles, commerciales ou artisanales, ou des revenus d'exploitations agricoles imposables selon un régime de bénéfice réel, lorsque la déclaration annuelle prévue à l'article 53 A du code général des impôts n'a pas été déposée dans le délai légal () / 1° bis Les résultats imposables selon le régime d'imposition défini à l'article 50-0 du code général des impôts dès lors : () / b. Ou que la différence entre le montant du chiffre d'affaires déclaré et celui du chiffre d'affaires réel est supérieure à 10 % du premier chiffre ; () / d. Ou qu'il a été constaté des infractions aux interdictions mentionnées à l'article L. 8221-1 du code du travail dans le cadre des articles L. 8271-7 à L. 8271-10 du même code () ".

4. Il est constant que, malgré une mise en demeure de souscrire la déclaration de résultats de son entreprise individuelle de réfection de toitures et charpentes au titre de son exercice clos en 2016, M. B n'a pas régularisé sa situation. Il résulte également de l'instruction et n'est pas contesté que les constatations opérées par le service vérificateur ont permis d'établir au titre de l'année 2017 que la différence entre le montant du chiffre d'affaires déclaré et celui du chiffre d'affaires réel était supérieure à 10 % du premier chiffre. Dans ces conditions, M. B a pu régulièrement faire l'objet d'une rectification selon la procédure d'évaluation d'office au titre des années 2016 et 2017 conformément aux dispositions précitées, sans qu'ait d'incidence à ce titre la circonstance que le service ait retenu, à titre surabondant, qu'une enquête judiciaire ait révélé des infractions visées à l'article L. 8221-1 du code du travail.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne le quotient familial :

5. D'une part, qu'aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable à la présente procédure : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré / Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable () ". En vertu de ces dispositions, il incombe à M. B, qui a été imposé d'après les bases indiquées dans les déclarations qu'il a souscrites, de démontrer le caractère exagéré des impositions qu'il conteste.

6. D'autre part, aux termes de l'article 194 du code général des impôts : " I. () Lorsque les époux font l'objet d'une imposition séparée en application du 4 de l'article 6, chacun d'eux est considéré comme un célibataire ayant à sa charge les enfants dont il assume à titre principal l'entretien. Dans cette situation, ainsi qu'en cas de divorce, de rupture du pacte civil de solidarité ou de toute séparation de fait de parents non mariés, l'enfant est considéré, jusqu'à preuve du contraire, comme étant à la charge du parent chez lequel il réside à titre principal. ". Aux termes de l'article 6 du même code : " () 3. Toute personne majeure âgée de moins de vingt et un ans, ou de moins de vingt-cinq ans lorsqu'elle poursuit ses études, ou, quel que soit son âge, lorsqu'elle effectue son service militaire ou est atteinte d'une infirmité, peut opter, dans le délai de déclaration et sous réserve des dispositions du quatrième alinéa du 2° du II de l'article 156, entre : / 1° L'imposition de ses revenus dans les conditions de droit commun ; / 2° Le rattachement au foyer fiscal dont elle faisait partie avant sa majorité, si le contribuable auquel elle se rattache accepte ce rattachement et inclut dans son revenu imposable les revenus perçus pendant l'année entière par cette personne ; le rattachement peut être demandé, au titre des années qui suivent celle au cours de laquelle elle atteint sa majorité, à l'un ou à l'autre des parents lorsque ceux-ci sont imposés séparément. ".

7. M. B soutient qu'il assumait au cours des années 2016 et 2017 la charge exclusive de ses deux enfants mineurs et qu'en conséquence, l'imposition en litige a été établie en prenant en compte un nombre de parts insuffisant. Le requérant n'apporte toutefois à l'appui de ses allégations aucun élément probant alors qu'il a déclaré au titre des années d'imposition en litige être célibataire sans enfant et que la mère de ses enfants a déclaré en avoir la charge. Dans ces conditions, le requérant ne démontre pas, alors que la charge de la preuve lui incombe, que le nombre de parts pris en compte au titre du quotient familial, qui a été appliqué pour le calcul des impositions en litige, était erroné.

En ce qui concerne les rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

8. Aux termes de l'article L. 193 du même livre : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". En vertu de l'article R. 193-1 de ce livre, dans le cas prévu à l'article L. 193, le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré.

9. Les rappels de taxe sur la valeur ajoutée ayant été notifiés à l'intéressé selon la procédure de taxation d'office, pour défaut de déclaration, sur le fondement du 2° et du 3° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, la charge de la preuve de l'exagération des impositions lui incombe également sur le fondement de l'article L. 193 du même livre.

10. M. B se borne à reprendre sa demande présentée dans sa réclamation préalable du 21 décembre 2019 tendant à obtenir qu'une partie de son chiffre d'affaires soit soumise au taux réduit de 10 % prévu par l'article 279-0 bis du code général des impôts alors qu'il est constant qu'elle a fait l'objet d'une admission totale et d'un dégrèvement en droits de 5 432 euros le 22 juin 2020 comme il a été dit au point 2. Dans ces conditions, le requérant n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, du caractère exagéré des droits de taxe sur la valeur ajoutée restant à sa charge.

Sur les intérêts de retard :

11. La contestation des intérêts de retard doit être rejetée par voie de conséquence du rejet des conclusions aux fins de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à la charge de M. B lequel ne soulève à cet égard aucun moyen propre.

12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2016 et 2017 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, ainsi que des intérêts de retard correspondants.

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. B à concurrence de la somme de 5 432 euros en droits de taxe sur la valeur ajoutée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

M. Penhoat, premier conseiller,

Mme Frelaut, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.

Le rapporteur,

A. PENHOATLa présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

E. HAUBOIS

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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