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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2003194

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2003194

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2003194
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantAVANTIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 mars 2020 et 8 décembre 2020, la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) JNL Automobiles, représentée par Me Laurens, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui ont été mis à sa charge au titre de la période allant du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'administration fiscale ne lui a pas communiqué certains éléments en sa possession, en méconnaissance de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ;

- elle a méconnu le respect des droits de la défense dès lors que l'administration ne lui a pas communiqué tous les éléments issus des vérifications de comptabilité de l'EURL Max Automobiles et de la SASU Max Automobile et servant de fondement aux poursuites pénales engagées à l'encontre de son dirigeant ;

- elle a méconnu le 3 de l'article 272 du code général des impôts dès lors qu'il n'a pas été démontré qu'elle savait ou ne pouvait ignorer que, par ses acquisitions, elle participait à une fraude consistant à ne pas reverser la taxe à due raison de livraisons de biens ;

- la méthode retenue par le vérificateur pour établir qu'elle savait ou ne pouvait ignorer qu'elle participait à une fraude n'est pas pertinente ;

- l'administration a méconnu le principe de neutralité de la taxe sur la valeur ajoutée ;

- elle se trouve dans la même situation que plus de deux cents entreprises clientes de l'EURL Max Automobiles et la SASU Max Automobile.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 octobre 2020 et le 18 décembre 2023, le directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions de la requête, en tant qu'elles excèdent le quantum de l'imposition contestée pour le montant de 1 633 056 euros, sont irrecevables ;

- les moyens soulevés par la SASU JNL Automobiles ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2006/112/CE du 28 novembre 2006 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Benoist,

- les conclusions de M. Huin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) JNL Automobiles, dont l'associé unique est M. B A, exerce une activité de négoce de véhicules automobiles légers. Elle a fait l'objet d'une procédure d'enquête visée aux articles L. 80 F à L. 80 J du livre des procédures fiscales débutée le 30 septembre 2014 et clôturée le 9 mars 2015, puis d'une vérification de comptabilité qui a eu lieu du 31 mars 2017 au 22 septembre 2017. Une proposition de rectification du 10 octobre 2017 a été adressée à la société requérante, laquelle a formé réclamation par un courrier du 10 septembre 2019. Suite au rejet en date du 2 mars 2020 de sa réclamation préalable, la SASU JNL Automobiles demande au tribunal de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui ont été mis à sa charge au titre de la période allant du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016 ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. D'une part, aux termes de l'article 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne dont les droits et libertés garantis par le droit de l'Union ont été violés a droit à un recours effectif devant un tribunal dans le respect des conditions prévues au présent article. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable par un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi. Toute personne a la possibilité de se faire conseiller, défendre et représenter. Une aide juridictionnelle est accordée à ceux qui ne disposent pas de ressources suffisantes, dans la mesure où cette aide serait nécessaire pour assurer l'effectivité de l'accès à la justice ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt C-199/11 Europese Gemeenschap c/ Otis NV et autres du 6 novembre 2012, que le principe de protection juridictionnelle effective figurant à cet article 47 est constitué de divers éléments, lesquels comprennent, notamment, les droits de la défense, le principe d'égalité des armes, le droit d'accès aux tribunaux ainsi que le droit de se faire conseiller, défendre et représenter. S'agissant du respect des droits de la défense invoqués dans un litige fiscal portant sur une fraude à la taxe sur la valeur ajoutée, la Cour de justice de l'Union européenne a jugé, dans son arrêt C-189/18 Glencore Agriculture Hungary du 16 octobre 2019, que ce principe a pour corollaire le droit d'accès au dossier au cours de la procédure administrative et qu'une violation du droit d'accès au dossier commise lors de la procédure administrative n'est pas, en principe, régularisée du simple fait que l'accès au dossier a été rendu possible au cours de la procédure juridictionnelle concernant un éventuel recours visant à l'annulation de la décision contestée. La Cour de justice a également jugé dans ce même arrêt que, dans un tel litige de fraude à la taxe sur la valeur ajoutée, le respect des droits de la défense n'impose pas à l'administration fiscale une obligation générale de fournir un accès intégral au dossier dont elle dispose, mais exige que l'assujetti ait la possibilité de se voir communiquer, à sa demande, les informations et les documents se trouvant dans le dossier administratif et pris en considération par cette administration en vue d'adopter sa décision, lesquels incluent en principe non seulement l'ensemble des éléments du dossier sur lesquels l'administration fiscale entend fonder sa décision mais aussi ceux qui, sans fonder directement sa décision, peuvent être utiles à l'exercice des droits de la défense. Au nombre de ces derniers figurent en particulier les éléments que cette administration a pu rassembler et qui seraient susceptibles de faire douter de la participation du contribuable, en connaissance de cause, à des opérations impliquées dans une fraude à la taxe sur la valeur ajoutée mais qu'elle a regardés comme non probants.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ". L'obligation ainsi faite à l'administration fiscale de tenir à la disposition du contribuable qui le demande, avant la mise en recouvrement d'impositions établies au terme d'une procédure de rectification contradictoire ou par voie d'imposition d'office, les documents ou copies de documents qui contiennent les renseignements qu'elle a utilisés pour procéder aux redressements correspondants, sauf dans le cas où ces renseignements sont librement accessibles au public, permet au contribuable de vérifier l'authenticité de ces documents et d'en discuter la teneur ou la portée et constitue ainsi une garantie pour l'intéressé. Cette obligation ne peut toutefois porter que sur les documents originaux ou les copies de ces documents effectivement détenus par les services fiscaux. Par suite, dans le cas où l'administration, dans l'exercice de son droit de communication, a pris des copies des documents détenus par un autre service, elle est tenue, en principe, de mettre l'intégralité de ces copies à la disposition du contribuable. Cependant, l'obligation du secret professionnel prévu à l'article L. 103 du livre des procédures fiscales, peut faire obstacle à la communication par l'administration à un contribuable de renseignements concernant un tiers, sans le consentement de celui-ci ou de toute personne habilitée à cet effet. Dès lors, des redressements fondés sur des documents dont les copies détenues par les services fiscaux n'ont été communiquées au contribuable qu'après occultation des informations couvertes par un tel secret peuvent être régulièrement établis.

4. Il résulte de l'instruction que par un courrier du 4 décembre 2017, la SASU JNL Automobiles a demandé à l'administration de lui communiquer les " pièces () visées aux termes de la proposition de rectification du 10 octobre 2017 ". Par une lettre du 1er juillet 2019, l'administration lui a communiqué, d'une part, les pièces issues du droit de visite et de saisie mené le 9 novembre 2016 dans les locaux des sociétés Max Automobile et Max Automobiles, à savoir " un timbre humide de la SASU JNL Automobiles, une facture de vente du véhicule Kadjar de Max Automobile à la SASU JNL Automobiles, un courriel du 22 juillet 2016 relatif à un bon de commande du véhicule Renault Kadjar par Nordifusion S. L. à Max Automobile pour 19 335 euros HT, un courriel interne de M. B A mentionnant la revente du véhicule Renault Kadjar pour un prix de 22 500 euros, un bon de commande du 25 juillet 2016 de Max Automobile à la SASU JNL Automobiles pour un montant de 18 750 euros HT, une copie de la boîte mail de M. B A sur son ordinateur dans les locaux de la société Max Automobiles ", d'autre part, les éléments de fait concernant la gérance de fait de M. A de la société Max Automobile, à savoir " des pièces issues du Crédit du Nord dans le cadre du contrôle de Max Automobile, des pièces issues de la société anonyme Fransabank dans le cadre du contrôle de Max Automobile et des factures du fournisseur " Logic Automocion SLU " ", dont ont été occultées les mentions relatives à des tiers non concernés par le contrôle et protégées par le secret professionnel comme les noms, adresses, numéros de téléphone. Si la SASU JNL Automobiles estime qu'elle aurait dû obtenir la communication des propositions de rectification adressées à l'EURL Max Automobiles et à la SASU Max Automobile, d'une part, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle en aurait spécifiquement fait la demande, d'autre part, les documents élaborés par l'administration elle-même ne sont pas au nombre des documents visés à l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales. En outre, le vérificateur a indiqué, notamment dans la proposition de rectification du 10 octobre 2017, avec suffisamment de précisions, les constats effectués au cours des opérations de vérification des autres sociétés. Il ne résulte pas de l'instruction que la SASU JNL Automobiles aurait sollicité la communication d'éléments supplémentaires. Par ailleurs, si la SASU JNL Automobiles soutient que l'incomplétude des documents communiqués a pour conséquence que les droits de la défense ont été méconnus dès lors que M. A est poursuivi pénalement pour les mêmes faits que ceux ayant donné lieu aux rehaussements de taxe sur la valeur ajoutée en litige, elle ne peut utilement s'en prévaloir, en vertu du principe d'indépendance des procédures, pour contester l'imposition à laquelle elle est soumise. Par suite, la SASU JNL Automobiles n'est pas fondée à soutenir que la procédure d'imposition aurait été entachée d'une méconnaissance de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales, de l'article L. 103 du même livre et de l'article 47 de le Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Sur le bien-fondé de l'impôt :

5. En premier lieu, aux termes du I de l'article 256 du code général des impôts : " Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel ". Aux termes des I et II de l'article 271 du même code : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / () II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures ; () ". Le 3 de l'article 272 du code général des impôts dispose : " La taxe sur la valeur ajoutée afférente à une livraison de biens ne peut faire l'objet d'aucune déduction lorsqu'il est démontré que l'acquéreur savait ou ne pouvait ignorer que, par son acquisition, il participait à une fraude consistant à ne pas reverser la taxe due à raison de cette livraison. ".

6. Il résulte des dispositions de l'article 17 de la sixième directive 77/388/CEE du 17 mai 1977, reprises en substance à l'article 168 de la directive 2006/112/CE du 28 novembre 2006 et dont les dispositions du I et du a) du 1 du II de l'article 271 du CGI assurent la transposition, que le bénéfice du droit à déduction de taxe sur la valeur ajoutée doit être refusé à un assujetti lorsqu'il est établi, au vu d'éléments objectifs, que celui-ci savait ou aurait dû savoir que, par l'opération invoquée pour fonder ce droit, il participait à une fraude à la taxe sur la valeur ajoutée commise dans le cadre d'une chaîne de livraisons ou de prestations, ainsi que l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne, notamment par son arrêt du 18 décembre 2014, Staatssecretaris van Financiën c/ Schoenimport " Italmoda " Mariano Previti vof et Turbu.com BV, Turbu.com Mobile Phone's BV (C-131/13, 163/13 et 164/13).

7. Si les opérateurs qui prennent toute mesure pouvant raisonnablement être exigée d'eux pour s'assurer que leurs opérations ne sont pas impliquées dans une fraude, qu'il s'agisse de la fraude à la taxe sur la valeur ajoutée ou d'autres fraudes, ne doivent pas perdre leur droit à déduire la taxe sur la valeur ajoutée acquittée en amont, en revanche, un assujetti qui savait ou aurait dû savoir que, par son acquisition, il participait à une opération impliquée dans une fraude à la taxe sur la valeur ajoutée, doit être considéré comme participant à cette fraude, indépendamment de la question de savoir s'il tire ou non un bénéfice de la revente des biens, dès lors que, dans une telle situation, l'assujetti devient complice de la fraude, comme l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt du 6 juillet 2006, Axel Kittel et Recolta Recycling SRPL (C-439/04 et C-440/04).

8. Si l'administration fiscale ne peut exiger de manière générale de l'assujetti souhaitant exercer le droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée, d'une part, qu'il vérifie que l'émetteur de la facture correspondant aux biens et aux services au titre desquels l'exercice de ce droit est demandé dispose de la qualité d'assujetti, qu'il disposait des biens en cause et était en mesure de les livrer et qu'il a rempli ses obligations de déclaration et de paiement de la taxe, afin de s'assurer qu'il n'existe pas d'irrégularités ou de fraude au niveau des opérateurs en amont, ou, d'autre part, qu'il dispose de documents à cet égard, un opérateur avisé peut, en revanche, lorsqu'il existe des indices permettant de soupçonner l'existence d'irrégularités ou de fraude, se voir contraint de prendre des renseignements sur un autre opérateur auprès duquel il envisage d'acheter des biens ou des services afin de s'assurer qu'il s'est acquitté de ses obligations fiscales, comme l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt du 21 juin 2012, Mahagében kft (C-80/11). Lorsque les indices permettent de soupçonner une méconnaissance, par un fournisseur de biens ou un prestataire de services, de ses obligations de déclaration ou de paiement de la taxe sur la valeur ajoutée, il appartient ainsi à l'assujetti qui a acquis certains de ces biens ou services, pour les céder à son tour, de s'assurer qu'en ce qui concerne ces biens et services, son fournisseur ou son prestataire s'est acquitté de ses obligations.

9. Enfin, il incombe à l'administration fiscale d'établir les éléments objectifs permettant de conclure que l'assujetti savait ou aurait dû savoir que l'opération invoquée pour fonder le droit à déduction était impliquée dans une fraude. Lorsque sont en cause des opérations similaires réalisées par des sociétés différentes pendant une courte période, ces éléments doivent porter sur chacune de ces sociétés, qu'il s'agisse de l'existence de la fraude reprochée, des indices permettant à l'assujetti mis en cause de la soupçonner ou encore des mesures qui peuvent raisonnablement être exigées.

10. La SASU JNL Automobiles exerce une activité de revente de véhicules automobiles neufs acquis en totalité auprès de professionnels de l'Union européenne par l'intermédiaire exclusif de l'EURL Max Automobiles puis, à compter du 22 décembre 2015, de la SASU Max Automobile, sociétés spécialisées dans le négoce de véhicules automobiles importés à prix discount. En application du 3 de l'article 272 du code général des impôts, l'administration fiscale a remis en cause le droit à déduction par la SASU JNL Automobiles de la taxe sur la valeur ajoutée afférente aux achats effectués auprès de l'EURL Max Automobiles et de la SASU Max Automobile au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016 au motif que ces deux fournisseurs appliquaient de façon abusive le régime de la marge bénéficiaire en matière de taxe sur la valeur ajoutée collectée et émettaient des documents présentant de nombreuses anomalies en matière de facturation.

11. La société requérante soutient qu'elle n'est pas impliquée dans un circuit de fraude et que l'administration n'apporte pas la preuve qui lui incombe qu'elle ne l'ignorait pas.

12. Toutefois, d'une part, suite aux vérifications de comptabilité de l'EURL Max Automobiles, menées du 2 septembre 2014 au 9 juillet 2015 puis du 1er février 2016 au 7 juillet 2016, pour la période allant du 1er janvier 2011 au 30 novembre 2015, l'administration a constaté de nombreux et importants manquements aux règles de facturation à leur enregistrement dans cette société, dont le directeur commercial est M. B A, également dirigeant de la société requérante, des omissions dans la comptabilisation de la taxe sur la valeur ajoutée et dans les déclarations des acquisitions intracommunautaires et enfin une application abusive du régime de la marge bénéficiaire en matière de taxe sur la valeur ajoutée collectée, l'EURL Max Automobiles déclarant la taxe sur des opérations de cession de véhicules neufs selon le régime de la marge réservé aux seules opérations de vente de véhicules d'occasion acquis auprès de personnes non assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée. Par ailleurs, il résulte de la proposition de rectification du 10 octobre 2017 que depuis la création de la SASU JNL Automobiles en novembre 2013 et jusqu'à la fin de la période vérifiée le 30 juin 2014, les ventes de voitures réalisées par l'EURL Max Automobiles ont été effectuées moyennant un prix hors taxe systématiquement inférieur à leur prix d'achat.

13. D'autre part, la vérification de comptabilité de la SASU Max Automobiles pour la période du 1er octobre 2015 au 30 septembre 2016 a mis en lumière d'importants manquements aux règles de facturation dont des ventes de véhicules sans application de la taxe sur la valeur ajoutée, des manquements relatifs à la déclaration de cette taxe et des anomalies dans la comptabilisation des factures de ventes. Le service a considéré que M. B A, gérant de la SASU JNL Automobiles, était également le dirigeant de fait de la SASU Max Automobile dès lors qu'il disposait d'une autorisation de signature sur les comptes de la société et que des factures d'achat de véhicules émises par le principal fournisseur le mentionnait, à l'inverse de l'associé unique de cette société qui n'était pas salarié, ne disposait d'aucune autorisation de signature sur ses comptes financiers, n'exerçait aucune activité dans le domaine automobile et n'était pas l'interlocuteur de la société auprès de ses fournisseurs.

14. Par ailleurs, il résulte également de la proposition de rectification du 10 octobre 2017 adressée à la SASU JNL Automobiles qu'au cours des visites des locaux de l'EURL Max Automobiles et de la SASU Max Automobile, réalisées selon la procédure de l'article L. 16 B du livre des procédures fiscales, le service a relevé que M. B A, directeur commercial des deux sociétés, dirigeait la SASU JNL Automobiles depuis son bureau commercial au sein de la SASU Max Automobile dans le 16e arrondissement de Paris, s'occupait des achats et ventes de véhicules effectuées par cette même société et qu'il gérait les opérations commerciales de l'EURL Max Automobiles et de la SASU Max Automobile. Au cours de la visite des locaux de la SASU JNL Automobiles, il a été également constaté qu'il n'y disposait pas de bureau. Il a déclaré exercer la fonction de directeur commercial pour l'EURL Max Automobiles, en charge de l'animation d'une équipe de huit commerciaux, en vue d'élaborer la stratégie de développement de l'entreprise etd'accroître ses résultats commerciaux.

15. Enfin, pour justifier que M. B A, dirigeant de la SASU JNL Automobiles, ne pouvait ignorer participer à une fraude à la taxe sur la valeur ajoutée, le vérificateur a considéré qu'il était directeur salarié responsable de l'animation du service commercial de l'EURL Max Automobiles et de la SASU Max Automobile, lesquelles sont les fournisseuses exclusives de la SASU JNL Automobiles, société qu'il dirigeait depuis son bureau parisien, situé dans leurs locaux. Ainsi, et comme le soutient l'administration, il ne pouvait pas ignorer l'origine et le circuit d'approvisionnement des véhicules, les irrégularités en matière de taxe sur la valeur ajoutée consistant à ne pas déclarer sur les CA3 les acquisitions intracommunautaires taxables de véhicules neufs, ni qu'il participait à une fraude organisée dès lors que la taxe sur la valeur ajoutée n'a pas été reversée, de façon abusive.

16. La société requérante ne conteste pas utilement être impliquée dans un circuit de fraude en affirmant qu'il ne s'agissait pas d'une fraude de type " carrousel " mais " une application contestable du régime de la taxe sur la valeur ajoutée sur marge " et des " non déclarations et/ou de paiements partiels de la taxe sur la valeur ajoutée collectée ". De même, et alors qu'elle reconnaît avoir acquis sur plusieurs mois des véhicules à ses fournisseurs à un prix inférieur à leur prix d'achat, les circonstances selon lesquelles ces prix avantageux sont le résultat de la négociation par M. A, en qualité de directeur commercial des sociétés fournisseuses, et d'une situation de surstockage dans le pays de provenance des véhicules, ne permettent pas de remettre en cause les éléments de preuve apportés par l'administration caractérisant l'existence d'une situation de fraude. Enfin, si la SASU JNL Automobiles estime également que l'administration n'a pas été en mesure de prouver qu'elle savait ou ne pouvait ignorer qu'elle participait à une fraude, il résulte des éléments relevés par l'administration à l'occasion des vérifications de comptabilité et de l'exercice du droit de visite dans les locaux des trois sociétés que M. A, dirigeant de la SASU JNL Automobiles, est gérant de fait de la SASU Max Automobiles, qu'il signait les bons de commande et était en charge d'élaborer la stratégie de développement de l'entreprise en vue d'accroître ses résultats commerciaux. Les circonstances selon lesquelles M. A, qui est un professionnel dans le domaine du négoce automobile, ignorait les règles relatives à la taxe sur la valeur ajoutée, n'est pas l'unique détenteur d'une délégation de signature sur les comptes bancaires de ces entreprises, qu'il n'était ni associé ni mandataire, et que d'autres commerciaux signaient également les bons de commande, ne permettent pas de sérieusement remettre en cause les constats opérés par l'administration fiscale. Par suite, l'administration apporte la preuve qui lui incombe que la SASU JNL Automobiles savait ou ne pouvait ignorer que, par ses acquisitions de véhicules à l'EURL Max Automobiles et la SASU Max Automobile, elle participait une fraude consistant à ne pas reverser intégralement la taxe due à raison de ces livraisons. Il suit de là que la SASU JNL Automobiles n'est pas fondée à soutenir que l'administration aurait méconnu le principe de neutralité de la taxe sur la valeur ajoutée, ce principe devant être concilié avec l'objectif de lutte contre la fraude, ainsi que l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne notamment dans les arrêts cités aux points 6 à 8. Ainsi, le refus de la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée à un assujetti lorsqu'il est établi, au vu d'éléments objectifs, que celui-ci savait ou aurait dû savoir que, par l'opération invoquée pour fonder ce droit, il participait à une fraude à la taxe sur la valeur ajoutée, ne méconnaît pas ce principe.

17. En deuxième lieu, si la SASU JNL Automobiles entend contester la méthode retenue par le vérificateur, il ne résulte pas de l'instruction, ainsi que cela a été détaillé aux points 12 et 13 du présent jugement, qu'il aurait procédé " par amalgame " de la situation des deux sociétés, l'EURL Max Automobiles et la SASU Max Automobile. Par suite ce moyen ne peut qu'être écarté.

18. En troisième lieu, elle ne peut utilement se prévaloir de ce que, selon ses allégations, plus de deux cents sociétés clientes de l'EURL Max Automobiles et de la SASU Max Automobile se trouvaient dans la même situation.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SASU JNL Automobiles doit, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest, être rejetée, ainsi que par voie de conséquences, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) JNL Automobiles est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) JNL Automobiles et au directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Benoist, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

L-L. BENOISTLa présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

E. HAUBOIS

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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