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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2003530

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2003530

mercredi 2 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2003530
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC+
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMAURY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mars 2020, le département de la Corrèze demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 janvier 2020 par laquelle la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire, en qualité de préposée de la Caisse des dépôts et consignations, a refusé de consigner la somme de 6 635 009,84 euros concernant le reliquat de mensualités de décembre 2019 du revenu de solidarité active concernant la caisse d'allocations familiales (CAF) et la mutualité sociale agricole (MSA) ;

2°) d'enjoindre à la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire de procéder à la consignation de la somme de 6 635 009,84 euros sans délai, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la direction régionales des finances publiques des Pays de la Loire n'était pas compétente ;

- le signataire de la décision attaquée n'était pas compétent pour ce faire ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article L. 518-7 du code monétaire et financier, dès lors que la caisse des dépôts était tenue de faire droit à sa demande ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit, dès lors que la DRFIP des Pays de la Loire a ajouté une condition non prévue par les textes ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit, dès lors qu'elle fait obstacle au caractère exécutoire de la délibération de la commission permanente du conseil départemental du département de la Corrèze du 17 janvier 2020.

Par un mémoire enregistré le 3 novembre 2020, la Caisse des Dépôts et Consignations, représenté par Me Maury, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge du département de la Corrèze sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par le département requérant n'est fondé.

Un mémoire, présenté par la Caisse des dépôts et consignations, a été enregistré le

16 septembre 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution du 4 octobre 1958 ;

- le code monétaire et financier ;

- le code général des collectivités territoriales :

- l'ordonnance du 3 juillet 1816 relative aux attributions de la Caisse des dépôts et consignations ;

- le décret n° 2009-707 du 16 juin 2009 relatif aux services déconcentrés de la direction générale des finances publiques ;

- l'arrêté du 4 octobre 2019 du ministre chargé du budget pris en application du décret n° 2009-707 du 16 juin 2009 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Dias, rapporteur public,

- et les observations de Me Maury, représentant la Caisse des dépôts et consignations.

Une note en délibéré présentée pour la Caisse des dépôts et consignations a été enregistrée le 7 octobre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Au titre de l'exercice budgétaire du département de la Corrèze pour l'année 2019, les recettes transférées par l'Etat pour le financement du revenu de solidarité active n'ont pas couvert l'intégralité des dépenses d'aide sociale assumées par le département, avec un solde de négatif de 6 635 009,84 euros de déficit. Par délibération du 17 janvier 2020, la commission permanente du conseil départemental de la Corrèze a décidé de consigner auprès de la Caisse des dépôts et consignations le reliquat des mensualités appelées par la Caisse d'allocations familiales et de la Mutualité sociale agricole au titre du RSA 2019 pour le montant de 6 635 009,84 euros mentionné ci-dessus. Par sa requête, le département de la Corrèze demande au tribunal d'annuler la décision du 24 janvier 2020 par laquelle la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire, en qualité de préposée de la Caisse des dépôts et consignations, a refusé de consigner cette somme.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 518-14 du code monétaire et financier : " La caisse des dépôts a des préposés pour le service qui lui est confié dans toutes les villes où siège un tribunal judiciaire. / Le directeur général peut faire appel aux comptables publics de l'Etat pour effectuer dans les départements les recettes et les dépenses qui concernent la caisse des dépôts et consignations () ". Aux termes de l'article R. 518-24 du même code : " Les comptables de l'Etat mentionnés à l'article L. 518-14 sont des comptables de la direction générale des finances publiques. / Lorsqu'ils traitent les consignations et les dépôts des clientèles dont le compte est ouvert dans les livres de la Caisse des dépôts et consignations, ces comptables sont ses préposés () ". Aux termes de l'article 2 du décret visé ci-dessus du 16 juin 2009 dans sa version en vigueur : " Les directions départementales des finances publiques assurent la mise en œuvre, dans le ressort territorial du département, sans préjudice des compétences dévolues à d'autres services déconcentrés et service à compétence nationale de la direction générale des finances publiques, des missions dévolues à cette direction générale en ce qui concerne notamment : () 8° Les opérations de trésorerie de l'Etat, la gestion des fonds déposés auprès de l'Etat et les activités de préposé de la Caisse des dépôts et consignations ". Aux termes de l'article 4 du même décret : " () Dans le but de rationaliser les conditions d'exercice des activités de préposé de la Caisse des déports et consignations, une direction départementale ou régionale des finances publiques peut assurer les opérations de gestion des consignations relevant de plusieurs directions départementales, régionales ou locales. La liste de ces directions et la délimitation de leur ressort territorial pour lesdites opérations sont fixées par arrêté du ministre chargé du budget ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du ministre chargé du budget du 4 octobre 2019 pris en application du décret n° 2009-707 du 16 juin 2009 modifié : " En application des dispositions du II de l'article 4 du décret du 16 juin 2009 susvisé : / 1° La direction régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique est compétente pour assurer les opérations de gestion des consignations : / - des directions départementales des finances publiques de () la Corrèze () ".

3. Par décision du 4 septembre 2019 régulièrement publiée au registre des actes administratifs du département de la Loire-Atlantique n° 71 du 6 septembre 2019, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire a donné délégation à M. B, inspecteur des finances publiques, pôle de consignations, et signataire de la décision attaquée, délégation pour signer notamment " tous les récépissés de consignation et e-consignations sans limitation de montant ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité et du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait dans ses deux branches.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 518-17 du code monétaire et financier : " La Caisse des dépôts et consignations est chargée de recevoir les consignations de toute nature, en numéraire ou en titre financiers, prévues par une disposition législative ou réglementaire ou ordonnées soit par une décision de justice soit par une décision administrative ". Aux termes de l'article 2 de l'ordonnance du 3 juillet 1816 relative aux attributions de la Caisse des dépôts et consignations : " Seront versés dans ladite caisse : () 5° Les sommes dont les cours ou tribunaux ou les autorités administratives, quand ce droit leur appartient, auraient ordonné la consignation, faute pour les ayants droit de les recevoir ou réclamer, ou le séquestre en cas de prétentions opposées () ". Il résulte de ces dispositions que la Caisse des dépôts peut encaisser les sommes consignées par décision de justice ou lorsque la consignation a été ordonnée par l'autorité administrative, lorsqu'elle en a le pouvoir.

5. Pour rejeter la demande du département de la Corrèze, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire, en qualité de préposée de la Caisse des dépôts et consignations, s'est fondée, d'une part, sur le motif tiré de ce qu'une somme ne peut pas être consignée en l'absence de base légale ou réglementaire le prévoyant expressément, et d'autre part, sur la circonstance que la délibération ordonnant la consignation méconnaissait la règle obligeant les collectivités territoriales à déposés leurs fonds et disponibilités aux Trésor.

6. Il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire ni d'aucun principe qu'un département disposerait de la faculté de s'ordonner à lui-même de consigner une somme auprès de la Caisse des dépôts et consignations. A ce titre, les dispositions de l'article 72-2 de la Constitution énonçant le principe de libre administration des collectivités territoriales et celles de l'article L. 1614-1 du code général des collectivités territoriales qui imposent à l'Etat d'assurer la compensation intégrale des charges transférées aux collectivités territoriales dans le cadre de la décentralisation, ne sauraient être regardées comme conférant par elles-mêmes un droit des collectivités territoriales à procéder à des consignations administratives. Dans ces conditions, la directrice régionale des finances publiques des Pays de Loire a pu, sans commettre d'erreur de droit, rejeter pour le premier motif énoncé au point 5 la demande du département de la Corrèze. Il résulte de l'instruction que la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire aurait pris la même décision en ne se fondant que sur ce premier motif.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions mentionnées ci-dessus doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'apparaît pas inéquitable de laisser à la charge de chacune des parties les frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du département de la Corrèze est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la Caisse des dépôts et consignations au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au département de la Corrèze, à la direction régionale des finances publiques des Pays de la Loire et à la Caisse des dépôts et consignations.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Simon, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2022.

Le rapporteur,

P-E. A

La présidente,

C. LOIRATLa greffière,

S. LEGEAY

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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