jeudi 9 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2003757 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Président 5 |
| Avocat requérant | SCP ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 mars 2020, M. A B, représenté par Me Olivier Grebille-Romand, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré trois points du capital de son permis de conduire à la suite de chacune des infractions relevées les 25 avril 2016 et 30 mai 2017;
2°) d'annuler les décisions du 6 mars 2020 par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré six points de ce capital à la suite d'une infraction relevée le 8 mars 2019 et a constaté la perte de validité de ce permis de conduire ;
3°) d'annuler la décision implicite de rejet, par le ministre de l'intérieur, de son recours gracieux ;
4°) d'enjoindre à cette autorité de lui restituer son permis de conduire, reconstitué des points illégalement retirés, dans un délai de huit jours ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les retraits de points sont entachés d'illégalité dès lors qu'ils n'ont pas été précédés de la délivrance de l'information requise par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;
- avant la réception de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire, il a accompli un stage de sensibilisation à la sécurité routière, lequel n'a pas été pris en compte.
Par un mémoire, enregistré le 23 septembre 2020, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. B.
Il soutient que :
- les points découlant du suivi du stage de sensibilisation à la sécurité routière ont été ajoutés avant la notification de la décision constatant la perte de validité du permis de conduire du requérant ;
- le moyen tiré du défaut de délivrance de l'information n'est pas fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. David Labouysse, premier conseiller, pour statuer sur les litiges cités à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 26 janvier 2023 à 11h00.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 6 mars 2020, le ministre de l'intérieur a retiré six points du capital du permis de conduire de M. A B à la suite d'une infraction relevée le 8 mars 2019. Par une décision du même jour, formalisée par le même acte, après avoir rappelé que quatre retraits de trois points chacun avaient été précédemment prononcés à la suite d'infractions relevées respectivement les 25 avril et 14 décembre 2016, ainsi que les 23 janvier et 30 mai 2017, le ministre de l'intérieur a constaté que le permis de conduire de M. B avait perdu la totalité de ces points, et par suite, sa validité. L'intéressé a formé un recours gracieux qui a été implicitement rejeté. Il demande au tribunal l'annulation de l'ensemble de ces décisions à l'exception de celles retirant trois points à la suite de chacune des infractions relevées les 14 décembre 2016 et 23 janvier 2017.
Sur les conclusions à fin d'annulation des retraits de points :
2. La délivrance, préalablement à l'établissement de la réalité de l'infraction, de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une condition de la légalité d'un retrait de points. Lorsque la procédure d'amende forfaitaire est mise en œuvre, l'information doit porter sur le fait que le paiement de l'amende ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée établit la réalité de l'infraction, dont la qualification doit être précisée, et entraîne un retrait de points correspondant, ainsi que sur l'existence du traitement automatisé de points et la possibilité d'exercer un droit d'accès.
3. M. B soutient que l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui a pas été délivrée à la suite de chacune des infractions relevées les 25 avril 2016 et 30 mai 2017. La procédure d'amende forfaitaire a été mise en œuvre pour chacune de ces infractions.
4. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral que l'infraction du 25 avril 2016 a été relevée au moyen d'un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé. Les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code issues de l'arrêté du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une informations suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.
5. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral que M. B a payé l'amende forfaitaire correspondant à l'infractions relevée le 25 avril 2016 par procès-verbal électronique. Il n'a pas produit l'avis de contravention, qu'il a nécessairement reçu, correspondant à cette infraction. Dès lors, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme apportant la preuve de la délivrance, à l'intéressé, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route préalablement au prononcé du retrait de points procédant de cette infraction.
6. S'agissant de l'infraction relevée le 30 mai 2017, le II de l'article R. 49-1 du code de procédure pénale prévoit que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-19 du même code, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". Enfin, en vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, le résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée précise qu'elle entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
7. Lorsqu'une infraction entraînant un retrait de points est constatée au moyen d'un appareil conforme aux dispositions citées ci-dessus, l'agent verbalisateur invite le contrevenant à apposer sa signature sur une page écran où figure l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées.
8. M. B a, lors de l'établissement du procès-verbal relatif à l'infraction relevée le 30 mai 2017, apposé sa signature sur la page écran mentionnée au paragraphe précédent. Au surplus, il ressort de l'examen de la copie du procès-verbal électronique produite en défense, laquelle n'a au demeurant donné lieu à aucune réplique du requérant, que l'ensemble des informations requises y figurent. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme apportant la preuve de la délivrance, à l'intéressé, de l'information prévue aux articles L. 223 3 et R. 223-3 du code de la route préalablement au prononcé du retrait de points procédant de cette infraction.
9. En second lieu, la délivrance, préalablement à l'établissement de la réalité de l'infraction, de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue également une condition de la légalité des décisions de retrait de points lorsque la procédure de composition pénale a été mise en œuvre. L'information remise ou adressée au conducteur doit porter, en vertu du deuxième alinéa de ce même article L. 223-3, d'une part, sur le fait que l'exécution de la composition pénale établit la réalité de l'infraction, dont la qualification est précisée, et entraîne un retrait de points correspondant à cette infraction, d'autre part, sur l'existence d'un traitement automatisé des points et la possibilité d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9 du code.
10. M. B soutient, s'agissant du retrait de six points consécutif à l'infraction relevée le 8 mars 2019, dont la réalité a été établie par l'exécution d'une composition pénale que l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui a pas été délivrée. Le ministre de l'intérieur ne saurait sérieusement soutenir que l'exécution d'une composition pénale doit être assimilée à une condamnation pénale devenue définitive alors que ces deux modes d'établissement de la réalité de l'infraction sont clairement distinguées au sein du code de la route. Le ministre de l'intérieur n'apporte pas le moindre élément tendant à établir que l'information dont le contenu a été rappelée au point 9 aurait été remise ou adressée à M. B. Il ne résulte pas de l'instruction que M. B aurait précédemment commis une infraction de même nature que celle relevée le 30 mai 2017, c'est à dire, selon les termes du relevé d'information intégral, d'une "conduite malgré [l']usage de stupéfiants" et ayant donné lieu à l'exécution d'une composition pénale. En conséquence, l'absence de délivrance de l'information requise à la suite du relevé de l'infraction du 30 mai 2017 l'a privée d'une garantie. Il suit de là que la procédure suivant laquelle a été prononcé le retrait de points lié à cette infraction est entachée d'une irrégularité affectant la légalité de ce retrait.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 6 mars 2020 procédant au retrait de six points du capital du permis de conduire consécutivement à l'infraction du 30 mai 2017 et de la décision implicite de rejet du recours gracieux formé contre ce retrait.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision constatant la perte de validité du permis de conduire :
12. L'annulation de la décision du 6 mars 2020 retirant six points a pour conséquence que le capital du permis de conduire du requérant n'était pas nul à cette même date de sorte que la décision du même jour constatant la perte de validité de ce permis et la décision implicite de rejet du recours gracieux formé contre cette décision du 6 mars 2020 sont également entachées d'illégalité. Elles doivent, dès lors, être également annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction () prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant d'un délai d'exécution ".
14. L'exécution du présent jugement qui annule la décision procédant au retrait de six points du capital du permis de conduire de M. B implique de rétablir le bénéfice de ces points sans, toutefois, que cette restitution puisse avoir pour effet de fixer ce capital au-delà du nombre maximal de points dont il peut être doté en application du deuxième alinéa de l'article L. 223-1 du code de la route. Il y a lieu ainsi d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à ce rétablissement, et, le cas échéant, à la restitution à l'intéressé de son permis de conduire, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
15. Bien qu'il soit, dans la présente instance, la partie perdante au sens de l'article
L. 761- 1 du code de justice administrative, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme à verser à M. B au titre des frais susceptibles d'être remboursés sur le fondement des dispositions de cet article.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 6 mars 2020 retirant six points du capital du permis de conduire de M. B consécutivement à l'infraction relevée le 30 mai 2017 et constatant la perte de validité de ce permis, ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux formé contre ces décisions du 6 mars 2020 sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, au capital du permis de conduire de M. B, les points illégalement retirés par la décision mentionnée à l'article 1, dans la limite du nombre maximal de points dont peut être doté ce capital et, le cas échéant, de rendre à l'intéressé son permis de conduire.
Article 3 : Les autres conclusions présentées par M. B sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Une copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de La Roche-sur-Yon en application de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.
Le magistrat désigné,
D. C
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026